Voici le Désert est de ces recueils qui vivent leur vie de lichen, leur vie de semence. Collés à l’énergie de leur hôte, comme lui ils transcendent parfois, se laissent enfouir souvent, rejaillissent sans faillir à l’heure bleue – quand elle sonne.
VIII
Dans cette rivière asséchée
sur son lit de pierre friableoù attendent les eaux absentes
il pleut si rarement
que les plantes ont évolué
pour semer pousser fleurir fertiliser
et se propager en trois joursavant que le feu de la sécheresse extermine
tout sauf les semences robustes
qui peuvent rester tapies des années dans les absencesainsi
ces chansons
avaient chanté avantce stylo avait plongé dans les pluies impossibles
On n’attend rien, on ne demande pas aux poèmes de Dom Gabrielli de porter notre désespoir, notre rage, ou nos pulsions corrompues.
Ses mots de l’intime – le sien ô combien! – les voici qui viennent à la rescousse, la mienne, lorsque j’ai à nommer ce qui va me libérer. Il suffit donc de reconnaître le poème, et cet autre, qui déverrouille et met en paix.
XVIII
Par magie je te trouve
parfumée de menthe douceje t’inhale
dans les lèvres pétries de mon ignorancetoute tradition est enfreinte
ta lumière
tes sucres inconnus
dans les rires décapités du temps
Franchir, c’est l’injonction qui nous bloque, autant que le mantra qui nous libère. On parvient, des fois, à s’arracher à la glaise, à faire décoller l’avion.
Reprendre un cap, retrouver une vision: ce job qui est à soi – rien qu’à soi – s’accomplit, s’adoucit avec l’accolade affectueuse des quelques vers du poète.
XXXVIII
(…) j’emporte assez de silence en me couchant
pour me mêler à toi
jusqu’à demain
Voici le Désert, recueil bilingue Anglais – Français,
traduit par l’auteur et Laetitia Lisa
publié par L’Aile éditions

