L’enterrement de la Médiathèque

Créée en 1956, en Belgique, la Médiathèque est – était une association dédiée au prêt de médias audio-visuels pour le grand public dans la partie francophone du pays – lisez: la Wallonie et la région de Bruxelles. Sa fonction était de compléter l’offre des bibliothèques publiques alors limitée aux livres et aux documents écrits. Dissociée de ces dernières, l’institution a construit son propre réseau de centres de prêt réparti entre 13 villes et quatre entités mobiles (semi-remorques aménagés).

Au moment où elle s’apprêtait à fêter son 70e anniversaire, la ministre Élisabeth Degryse, chargée de la Culture au sein de l’actuel gouvernement de droite dure, décide de fermer définitivement la Médiathèque en juin 2026 *.

Je reproduis ici le texte d’Etienne Bours, qui fut conseiller d’achat pour les musiques des mondes au sein de l’institution, et par ailleurs auteur de nombreux ouvrages de référence.

Jeudi 23 Avril : Enterrement de la Médiathèque

Ce jeudi 23 avril 2026, j’ai participé à l’enterrement de la Médiathèque. Nous étions nombreux, anciens et actuels membres du personnel. Un soleil printanier nous a fait l’honneur de sa présence et les sourires de ces dizaines de collègues n’étaient pas des parures de façades. On se retrouvait comme on se retrouve sur le parvis de l’église à la sortie de la cérémonie. Que deviens-tu, comment vas-tu, content de te revoir. Chaleur humaine non feinte, souvenirs émus… on enterrait notre passé, nos engagements, nos idées, nos passions… Un quidam de passage nous aurait pris pour une joyeuse bande de fêtards. Qu’il se détrompe. Nos sourires mangeaient nos larmes.

Sur le parking, les containers étaient remplis de nos vies, de nos recherches, de nos dossiers, de disques même : le vinyle Giant steps de Coltrane trônait, nu, au milieu des déchets d’une institution culturelle violemment rejetée par un gouvernement imbécile. Un symbole qui hurle comme un tableau de Munch.

Mais derrière notre bonne humeur rampait visible, tangible, une vraie détresse, celle de ceux qui y travaillent encore. Pour un ou deux jours, voire une ou deux semaines. C’est à eux que je pense, c’est pour eux que j’ai envie de pleurer, c’est avec eux que je suis furieux. Lorsque nous, les anciens, avons quitté ou dû quitter le navire nous savions que ce que nous avions contribué à construire allait continuer à vivre et à se développer entre de bonnes mains : celles de tous ceux qui aujourd’hui doivent quitter aussi.
Certes ce ne fut pas évident. Il y eut des moments erratiques où de mauvaises décisions furent prises par certains directeurs à moins que ce soient certaines décisions prises par de mauvais directeurs. Mais au moment où tout repartait sur les meilleurs rails possibles, au moment où, enfin, les collections devenaient accessibles dans tout le réseau des bibliothèques, à ce moment même, les chasseurs de la droite dure ont tiré sur une institution valide prétendant qu’elle ne l’était plus.

Alors oui cette nuit, toute cette nuit, j’ai pensé à ceux qui ont travaillé dans cette noble institution jusqu’au dernier moment. Le ministère de la culture leur a donné une scie et leur a dit « coupez la branche sur laquelle vous êtes assis ». Tombés sur le sol et meurtris par la chute, on leur a remis la scie entre les mains et on leur a dit « maintenant coupez l’arbre ».
Mais ils savaient, et nous savons tous, qu’ils abattaient un arbre remarquable. Hier, jeudi 23 avril 2026, j’ai vu cet arbre remarquable couché sur le sol, abattu alors qu’il pouvait encore vivre des centaines d’années. Et je pense à tous ceux qu’on a obligé à devenir bûcherons chômeurs. Et je les salue.

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Née sous le nom de Discothèque nationale de Belgique, devenue ensuite La Médiathèque, puis Point Culture et nouvellement Médiathèque Nouvelle, l’institution a accompagné des générations de citoyennes et de citoyens, de bibliothécaires, d’enseignantes et d’enseignants, de médiateurs et médiatrices et de collectivités locales dans leurs projets de diffusion, d’éducation et d’accès à la culture. **

Initialement constituées de disques vinyles, ses collections ont collé avec l’évolution des supports techniques, intégré très tôt la vidéo, et se sont adaptées au développement du marché de l’édition (passage du vinyle au CD, de la vidéo VHS ou Betamax au DVD).
Ses conseillers d’achat (musique classique, rock/pop, musique des mondes, chanson française, films de fiction, vidéos documentaires, etc.) ont ainsi composé un catalogue original au départ de l’offre commerciale mainstream mais l’ont surtout enrichi de documents rares, dénichés grâce à leur expertise et leurs réseaux dans le monde de la production indépendante internationale.
Elle a également assuré une fonction éditoriale en matière de vidéo documentaire, genre absent de l’offre commerciale à la naissance de ce marché: prospection et achat de droits de diffusion non-commerciale limitée à son réseau (à titre d’exemple on peut citer les premiers films socio-culturels des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne).

Sa mission, inscrite dans le contrat-programme 2022-2026, s’articulait autour de ces axes :
• Accompagner les bibliothèques et opérateurs culturels dans leurs projets,
leurs programmations et leurs actions de médiation ;
• Diffuser et valoriser les œuvres — musicales, cinématographiques, jeux
vidéo — à travers le prêt, la médiation et la mise en réseau de ressources ;
• Conserver et mettre en valeur un patrimoine culturel unique, mémoire
vivante de la création belge et internationale ;
• Développer l’éducation aux médias, à la culture et à la citoyenneté, par
des animations, outils pédagogiques divers ;
• Favoriser l’innovation et la coopération, au service d’une culture partagée,
équitable et accessible à tous. **

Observées aux niveaux local, régional, national, et ce dans de nombreux pays contaminés par une dérive droitière radicale, les coupes drastiques opérées dans le financement de la culture au nom de priorités budgétaires ne masquent plus une idéologie identitaire assumée.
Couper les subsides, annuler des festivals, fermer des institutions, dépecer le service public, … voilà quelques instruments pernicieux d’une réécriture de l’Histoire et du grand remplacement des valeurs et des références culturelles qui sont les ferments et l’espoir (qui fait vivre) d’une authentique société démocratique.


* Le non-renouvellement de la subvention annuelle ne laisse d’autre choix que d’envisager une liquidation avec licenciement collectif des salariés

** Extraits du communiqué de presse du 13/10/2025

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La rénovation de la Galerie du Château d’Eau. Un chantier et l’esprit des lieux, toute une histoire.


Au centre culturel Saint-Cyprien à Toulouse, une exposition de photographies restitue le travail d’immersion de Caroline Andrivon et Mathis Benestebe durant le long chantier de rénovation de la plus ancienne galerie photo de France. C’est une nouvelle collaboration vertueuse entre la Galerie Le Château d’Eau, la prestigieuse école de photographie ETPA de Toulouse, et le précieux Pôle photographie du Centre Culturel Saint-Cyprien.

photographies de © Caroline Andrivon et Mathis Benestebe

La Vibration des Strates. Exposition de Caroline Andrivon et Mathis Benestebe
56 allées Charles de Fitte 31300 Toulouse – Jusqu’au 20 mars 2026
Ouverture exceptionnelle avec animation les dimanches 1er février et 1er mars 12h-18h

« Au cours de l’année de réhabilitation du Château d’Eau, Caroline Andrivon et Mathis Benestebe ont documenté, chacune et chacun à leur manière, la métamorphose du lieu, du lancement des travaux jusqu’au ré-aménagement du site. Par les gestes des ouvriers et l’exploration des espaces en mutation, Caroline Andrivon et Mathis Benestebe proposent un portrait sensible et pluriel de cette période suspendue et offrent un accès inédit aux coulisses de ce chantier hors norme. »

Voilà pour le communiqué de presse .
Au sortir d’une ou de plusieurs visites de l’exposition, chacun peut se la raconter comme il veut. Allons-y !

photographies de © Caroline Andrivon et Mathis Benestebe

D’entrée, il faut saluer la prouesse des deux photographes de n’avoir pas changé d’angle, de n’avoir pas dévié de leur projet créatif : la série n’est pas un reportage, et de l’avoir mené à bien dans le contexte d’un vrai chantier, c’est-à-dire avec des contraintes d’accès et de circulation non-négociables, le tout dans un environnement clos où de prime abord le bruit et la poussière n’incitent pas exactement à la rêverie.

Néanmoins, même sans intention documentaire, les images témoignent de regards qui ont vu juste : les gestes et les manœuvres sont saisis à distance, sans mise en scène – rien à redire. Les espaces envahis, les structures malmenées, les désordres nécessaires, … toute la réalité et la dynamique d’un chantier lourd sont bien là.

photographies de © Caroline Andrivon et Mathis Benestebe

Pour autant, aussi respectueuse qu’ait été la cohabitation et sans la trahir en aucune manière, le projet et sa restitution se devaient de rester fidèle à l’intention de leurs auteurs.

Créatifs et inspirés par les palettes plasticiennes auxquelles la photographie contemporaine fait la part belle, les images collectées par les photographes semblent avoir eu vocation dès la conception du projet à servir de matériau pour construire la scénographie de l’exposition accrochée dans la galerie de l’Espace Culturel Saint-Cyprien. Une scénographie dynamique, un parcours qui induit indiscutablement un sentiment d’immersion, sinon dans la réalité d’un chantier, à coup sûr dans le narratif de l’histoire dans l’histoire de la rénovation d’un vénérable bâtiment.

photographies de © Caroline Andrivon et Mathis Benestebe


Un récit sous tension, la tension entre deux pôles : le jour les secousses du chantier, la nuit leur résonance dans la brique de l’édifice. Ou bien ni jour, ni nuit, puisque dans la vraie vie du chantier tout marche ensemble. Le récit, lui, est libre de représenter le temps du bruit et de la poussière – disons le code orange, et le temps du silence, quand tout s’éteint, la respiration d’un esprit des lieux qu’on peut imaginer troublé jusque dans ses tréfonds d’édifice qui jadis commerça avec la Garonne – disons le code bleu.
Le titre de l’exposition – La Vibration des Strates – prend alors tout son sens.

« Chantier interdit au public », voilà une injonction que les deux photographes protagonistes auront plaisir à enfreindre en vous invitant les 1er février et 1er mars (12h-18h) à venir vous faire tirer le portrait dans un studio–chantier installé dans la salle Le Chapeau Rouge du Centre Culturel Saint-Cyprien. Le tout sans compromettre votre sécurité rassurez-vous, quoique le port du casque – non-obligatoire – ne détonnerait absolument pas dans cette installation ludique.

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Les photographies représentées dans cet article sont de © Caroline Andrivon et Mathis Benestebe

Entrée libre
Centre culturel St Cyprien
56 allées Charles de Fitte à 31300 Toulouse

Une exposition co-produite par la Galerie Le Château d’Eau et l’Etpa avec le concours du Laboratoire Photon

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Tunisie 1979

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Je me suis payé un regard noir

AMENAGEMENTS SUCCESSIFS DU NOIR
Le livre de la photographe Sladjana Stanković

© Sladjana Stanković

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour noël, je me suis payé un regard noir.

C’est un petit livre, un cahier plutôt, même pas relié mais joliment édité.  Une fois ouvert, ses feuillets ne demandent qu’à se disperser et à composer toutes sortes de figures libres avec les masses de pierre noire et les lumières crues que la photographe Sladjana Stanković a dessinées sur le plan de la ville, le long d’un chemin dont elle seule se souvient.  Ou peut-être pas, car ses Aménagements successifs du noir suggèrent tout aussi bien l’errance d’un chien dans la ville endormie, guidé par les seules accroches de ses sens aux odeurs et aux mouvements qui le saisissent.

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KONTAKT de Damien Daufresne – Par tous les sens effleurés

Exposition au centre Culturel Saint-Cyprien dans le cadre d’Une Saison Photo à Toulouse – jusqu’au 15 janvier 2025

KONTAKT © Damien Daufresne

Avec sa création KONTAKT, Damien Daufresne combine trois de ses modes d’expression : le dessin, la photographie, et le film super-8 dans une scénographie unique pensée pour la galerie du Centre Culturel. Un événement majeur, à l’échelle nationale, co-produit avec la Galerie Le Château d’eau.

 

Try again, fail again, fail better  [Samuel Beckett]

La vie est perpétuel mouvement. Elle est faite de répétitions et de changements. Elle combine infini et obligatoire finitude. Comment en rendre compte ? Comment, et avec quels outils partager avec d’autres la réalité de ce que nous sommes et les sentiments qu’elle induit ? questionne Christian Caujolle * à l’entrée de la galerie.

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GLORIA – Photographies et micro-fictions

Transposition de mon exposition au bar Le Gloria / Toulouse septembre 2024

Exposition en forme d’exercice de style, pêle-mêle de photographies hors-série et de petites histoires inventées, à relier – ou pas – sur la carte des chemins accidentés et des liaisons improbables. Un terrain de jeu pour l’imagination de chacun.

Une photographie est un secret à propos d’un secret.
Plus elle vous en dit, moins vous en savez.
[Diane Arbus]

 

Les histoires

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Musica ! Un bouquet d’Italie

Avec ce début d’été pour le moins déroutant, on n’a malgré tout pas envie de rester sur le mot ‘tristesse’, comme encourage la chanteuse française Zaho de Sagazan.
Alors direction l’Italie avec un ensemble polyphonique et rythmique, les voix toniques ou charmeuses de Farafulla, Maria Mazzota, et Dario Muci – coup d’œil sur les nouveaux albums de ces artistes du label Zero Nove Nove.

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US – Le Road-trip majuscule du photographe Arno Brignon

US – Exposition photographique à la Galerie du Château d’Eau jusqu’au 21/04/2024 & Livre coédité avec les Éditions lamaindonne

US © Arno Brignon

US est le récit surgi en contrepoint d’un road-trip hybride aux USA, fusionnant par une nécessité doublement consentie voyage familial et projet photographique professionnel.
Arno Brignon est né à la photographie à Toulouse, principalement au contact des collections, des expositions, et des animateurs de la Galerie du Château d’Eau qui l’expose aujourd’hui. A cette occasion, la Galerie a coédité avec les Éditions lamaindonne un livre mêlant photographies et journal de bord.

US © Arno Brignon

Le projet

L’idée de US a germé en 2017 dans l’esprit d’un Arno Brignon encore sous influence du film Paris, Texas (Wim Wenders, 1984) visionné peu de temps auparavant, mais pressé ce soir-là de répondre à un de ces appels à projets dont les photographes professionnels ont tant besoin pour vivre de leur art – qui est aussi un métier (*).

Même s’il avoue ne pas être de prime abord attiré par les USA, Arno Brignon est cependant rompu aux défis et aux confrontations, exercice déjà pratiqué dans le cadre de résidences effectuées notamment en itinérance sur un territoire.  L’idée du road-trip s’impose, et celle d’un parcours reliant les villes américaines éponymes de capitales européennes révélera peut-être si ce Nouveau Monde est toujours celui qui nous attend.
Le challenge s’annonce d’autant plus intéressant que les trois voyages (de 2018 à 2022) s’effectueront en famille– un paramètre inédit et questionnant avec lequel il devra composer.

US © Arno Brignon

Chemin faisant

US, titre de l’exposition à la Galerie du Château d’Eau à Toulouse et du livre coédité avec les Éditions lamaindonne, résonne comme une sur-impression sur la pellicule : les USA plutôt insolites – observés dans le cadre photographique du 35mm, et le nous qui désigne l’équipage familial embarqué à la découverte du Nouveau Monde. Une situation plutôt incongrue que le photographe va toutefois rapidement retourner en appréciant, grâce à la présence de sa fille et de sa compagne, de pouvoir aller plus facilement au contact d’américains pas toujours friendly. A fortiori quand on ne fait que passer dans l’Amérique de l’intérieur, celle des petites villes oubliées par les métropoles-monde.

Un autre film de Wim Wenders : Alice dans les villes, axé sur le thème d’une quête aux composantes multiples : photo, travail, famille, nous semble davantage faire écho au cheminement d’Arno Brignon. On y voit un journaliste, las de sécher sur la rédaction d’un article, s’embarquer dans un road-trip muni d’un polaroïd et photographier au gré de ses ressentis. Plus tard on lui confie Alice, la petite-fille qui cherche à retrouver sa grand-mère, et c’est un tout autre voyage qui prend forme.

US © Arno Brignon

Le regard a changé

Celui d’Arno Brignon va petit à petit ouvrir sur un imaginaire apte à témoigner de son immersion paradoxale dans un pays déroutant, faussement familier, encombré de clichés en tous genres.
La matière des sensations initiales du photographe va alors pouvoir composer avec des paramètres plus ou moins choisis, dont la présence ou les manifestations aléatoires seront immanquablement lisibles dans son travail : tentation de vacances, pellicules argentiques périmées, aléas du quotidien en pays inconnu, … ces accidents génèrent l’écriture sous tension qui traverse la double restitution du projet US.

Dans la photographie d’Arno Brignon, les clichés figuratifs alternent avec le brouillage ou la dissolution des formes stables, le bougé, le flou, ou l’explosion des couleurs qui placent le regardeur à la lisière de ce qui peut advenir, chacun dans son imaginaire, face à la même image. Une image peut être floue comme une pensée  résume remarquablement Bernard Plossu. Le même affirme qu’avec le procédé argentique il est impossible de tricher (**).

US © Arno Brignon

Dans un article où il questionne le geste créatif à l’heure de l’I.A., le philosophe Eric Sadin (***) observe finement que

L’abstraction en peinture, ou en photographie, n’a pas rompu avec toute attache au réel. Elle a fait apparaître un autre type de réel, délivré de référent objectif, fait de la seule présence des formes s’offrant à notre perception et à même de la stimuler autrement.

US © Arno Brignon

Photographe de terrain, Arno Brignon a le témoignage chevillé au corps, et il en rend compte avec la même urgence qu’un reporter en mission. Ici le vécu intime autant que le saisissement, la sidération, l’émerveillement ou encore le malaise dans les situations rencontrées témoignent d’une même sincérité.

La restitution

On peut l’appréhender dans l’exposition, où la scénographie dynamique varie les distances, comme autant d’états d’âme: agrandissements, petits formats, bandes de lecture rythment le cheminement
Le livre quant à lui est une belle réalisation de plus inscrite dans la collection co-éditée par La Galerie du Château d’Eau et les Éditions lamaindonne, sous la direction de David Fourré et Christian Caujolle. US s’y révèle être un livre de photographie et un récit en soi, à la manière de ces écrivains-voyageurs capables d’insuffler à leur journal de bord le souffle littéraire d’un périple qui les a transformés.

Editions lamaindonne – Galerie du Chateau d’Eau – Toulouse

 arno-brignon.fr 

Arno Brignon est membre de Signatures, Maison de Photographes

Instagram @arnobrignon

US – L’Exposition à la Galerie du Château d’Eau à Toulouse jusqu’au 21 avril 2024.
C’est la dernière exposition à la galerie avant sa fermeture jusqu’à l’automne 2025 pour cause de travaux d’agrandissement.

US – Le livre aux Éditions lamaindonne – 22 €

(*) Lire l’article d’Ericka Weidmann du 7 février 2024 dans son indispensable webzine photo ‘9 lives magazine » consacré aux appels à projets abusifs

(**) in Made in USA, la photographie de Bernard Plossu dans l’émission Bienvenue au club / France Culture du 21 mars 2023

(***) Eric Sadin in Le Monde Diplomatique, novembre 2023, p.27 L’Humain Diminué

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Hengameh, l’attrapeuse de rêves / the dreamcatcher (RIP)

Dans son propre rêve et avant même de connaître son existence, A. me la décrit avec des bijoux dans les yeux.

photo © pierre david 1987

Que peut-on lire dans les yeux d’Hengameh quand elle débarque d’Iran, jeune ado, pour étudier en Belgique ? La niaque. Certainement pas encore qu’elle accompagnera, produira ou vendra à l’international les films de ces cinéastes-auteurs qu’elle aura su repérer. Point de cauchemars dans son dream-catcher : un ours, un lion, et une palme d’or.

Mais plus tôt, avant de courir le monde, de négocier sur les plus grands marchés, et avant que son avis de décès inonde l’autre jour les publications professionnelles, d’Hollywood à Tokyo, avant tout ça, au temps des premières armes à Bruxelles, le bureau est dans son entresol, lumière allumée toutes les nuits, et la petite imprimante à jet d’encre crache les feuilles du catalogue.

Pour sa première participation au marché du film à Cannes, elle remplit un fourgon avec son canapé et la table basse du salon pour habiller le stand. Un studio pour six dans la périphérie de Cannes, et ses sœurs qui rappliquent pour aider à plier les flyers et aller acheter les sandwiches.

A l’époque, la production du documentaire sur Charlie Parker se montait et Hengameh avait dégotté un tuyau pour tenter d’arranger une interview avec Miles Davis. « On a ce numéro aux USA pour l’appeler ce soir ; il en change tous les jours. » Sonnerie – répondeur : court solo de trompette – beep « Good evening Mr Davis, I’m Hengameh Panahi .. » etc.. Elle raccroche, les yeux allumés comme jamais « On verra bien ! »

Tous ceux qui l’ont connue parlent d’abord de son sourire.
Ses bijoux dans les yeux.
La nouvelle étoile dans le ciel, c’est elle.

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Hengameh Panahi, the dream-catcher

Without even knowing her existence, A. tells me she saw her in a dream with jewels in her eyes.

What can be read in young Hengameh’s eyes when she arrives from Iran to study in Belgium? A kind of get-up-and-go . Certainly not yet that she will support, produce or sell internationally the films of these filmmakers-authors that she’s been able to spot.

No nightmares in her dream-catcher: a bear, a lion, and a palme d’or .

But earlier, before running the world, negotiating on the major markets, and before her obituary floods the professional magazines the other day, from Holywood to Tokyo, before all that fame, in the time of first experiences in Brussels, the office light in her mezzanine is on every night, and the small inkjet printer spits the catalog sheets.

For her first participation in the Cannes film market – MIP , she fills a van with her own sofa and coffee table to dress the stand; a studio for six is hired on the outskirts of Cannes, and her sisters come to help fold the flyers and fetch the sandwiches.

In these days the production of Bird Now (*) was going up and Hengameh had managed to try and arrange an interview with Miles Davis about Charlie Parker. “We have this number in the US to call him tonight; he changes it every day.” Ringer – answerphone: short trumpet solo – beep « Good evening Mr Davis, I’m Hengameh Panahi .. » etc.. She hangs up, eyes lit like never «We’ll see!»

Everyone who knew her first talk about her smile.
Her jewels in the eyes.
She’s the new star in the sky.

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(*) Bird Now, first film about the life and legend of Charlie Parker, narrated by Dizzy Gillespie. – Marc Huraux, France,1987

Hommage: lire ici / Tribute: read here

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Heimweh / Mal du Pays, comète au Festival Supernova à Toulouse

Mise à jour: prochaines représentations à La Scène Nationale d’Orléans du 28 au 30/11/23

Donnez-vous cette chance de découvrir la vitalité de la jeune scène d’un théâtre décidément indispensable à la petite comme à la Grand Histoire.

photo © Gabriel Murisier

Fausse farce, beignet au piment. Heimweh / Mal du Pays de Gabriel Sparti est un spectacle au bouquet surprenant comme on dit de certains vins : si on part sur des notes rieuses et c’est pourtant une amertume longue en bouche qui colle au palais, ici celui des clichés d’une Suisse champêtre et blanchisseuse, anesthésiée dans un conformisme obscène. Mais quel pays n’est pas en reste ? La Belgique joyeuse ? La France des droits de l’Homme ? Et toutes les terres promises ?

Un temps seulement on peut chanter en faisant semblant. Si on n’a plus rien à dire sur le pays qui vous a vu naître, si même l’écrire restera lettre morte, alors on se fait violence en partant. C’est ça qu’on appelle le mal du pays ? Douleur de rester ? Douleur de partir ? Et une identité comme une tache d’encre indélébile ?

Gabriel Sparti écrit là un spectacle qui questionne tout en finesse. Sa mise en scène est réjouissante, qui amène ses comédiens à jouer de tout : d’eux-même et du plateau.
Mention spéciale – non : gratitude ! pour la séquence lumière en ouverture, un voyage en soi qui révèle chez Gabriel et Nora Boulanger-Hirsch, créatrice lumière, une sensibilité de photographe qui ajoute au plaisir. Ça promet !

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Lead Belly, pilier de la folk music, ensemenceur de la pop.

Lead Belly.  George Harrison dira que sans lui les Beatles n’auraient tout simplement pas existé, Bob Dylan le considère comme le point de départ de sa carrière, le premier disque acheté par Janis Joplin est un disque de Lead Belly, Kurt Cobain le considérait comme son artiste préféré.
Amaury Cornut lui consacre un livre entier, sa première biographie en français.

Présentation et signature ce samedi 30/09 – 11h à la Librairie Ombres Blanches (Toulouse)

« Né dans une plantation de coton en Louisiane à la fin du XIXe siècle, Huddie William Ledbetter alias Lead Belly est doté d’un talent inné pour la guitare et d’un tempérament fougueux. Pas étonnant donc de croiser l’autoproclamé Roi de la guitare douze-cordes en train d’ambiancer les juke joints grâce à son répertoire d’airs populaires. En 1933, alors qu’il purge une peine de prison pour tentative de meurtre, sa route croise celle du folkloriste John Lomax; il enregistre avec lui un pan entier de la musique traditionnelle américaine. S’ensuit une carrière peu glorieuse avant de revenir sur le devant de la scène dans les années quarante grâce au renouveau de la musique folk américaine porté notamment par ses admirateurs Woody Guthrie et Pete Seeger.

Et pourtant Lead Belly  ne connaîtra jamais le succès de son vivant et ironiquement c’est seulement quelques mois après sa mort lorsque ses amis les Weavers reprennent son titre Goodnight Irene (longtemps #1 des charts) qu’il est enfin reconnu à la fois par le public et par l’industrie du disque dont il a accompagné l’essor. Si son nom ne vous dit rien, c’est qu’il est ce socle, cette fondation nécessaire sur laquelle s’est construite toute la pop music au point d’être recouverte par elle.

Sans même le savoir, vous avez probablement déjà entendu au moins l’une des chansons qu’il a popularisées comme Black Betty (Ram Jam, Tom Jones), House Of The Rising Sun  (Bob Dylan, The Animals), Midnight Special (Harry Bellafonte, Creedence Clearwater Revival) ou encore Where Did You Sleep Last Night?  (Nirvana)… »
(extrait du communiqué de presse)

Amaury Cornut n’est pas un inconnu à Toulouse: rappelez-vous l’exceptionnelle Saison Moondog, du nom de ce musicien de génie surnommé le Viking de de la 6e avenue (New-York). Amaury a été le conseiller artistique d’une programmation généreuse, rehaussée par la participation de quelques fameux interprètes et qui a rythmé la cité rose de septembre 2018 à juin 2019 dans tous les événements et les lieux qui comptent dans son paysage musical.

Amaury Cornut photo © Alexandre Ollier

Musicien et producteur,  Amaury Cornut est également un chercheur passionné, animé par le désir de mettre en lumière ces inconnus légendaires comme il aime à les qualifier. Tant pour Moondog que pour Lead Belly, il replace les œuvres de ces songsters dans l’histoire de la musique et souligne leur rôle-clé dans la naissance ou le développement d’autres courants musicaux.

Éditions Le Mot et le Reste 09/2023

Lead Belly – le livre paru le 15 septembre dernier – est un véritable page-turner, un récit épique piqué d’anecdotes et toujours sérieusement documenté.  Amaury Cornut le présentera à la Librairie Ombres Blanches (Toulouse) samedi 30 septembre en fin de matinée.  La veille, à la Cinémathèque, il introduira la projection du film de John Ford tiré du roman de John Steinbeck: Les Raisins de la Colère.
A l’occasion de ces rencontres, vous découvrirez un autre visage d’Amaury Cornut, conférencier atypique et enthousiaste qui partage joyeusement la grande et ses petites histoires avec le public.

Garanti, on ne va pas s’ennuyer !

LEAD BELLY – Amaury Cornut, Editions Le Mot et le Reste, septembre 2023

RENCONTRES:
* Vendredi 29/09 2023 à 21h, Cinémathèque de Toulouse:  présentation du film Les Raisins de la Colère par Amaury Cornut.
* Samedi 30/09/2023 à 11h, Librairie Ombres Blanches (Toulouse): présentation et signature

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Protégé : INSCRIRE LE PAYSAGE (en cours)

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ARISE, l’album d’une suite jazz atmosphérique

En concert à Toulouse / Salle Nougaro le 6 février 2024

Avec davantage de finesse qu’un concerto ou qu’une symphonie, autres formats d’histoire découpée en mouvements, une suite musicale s’apparente au récit en littérature. Elles sont nombreuses dans le répertoire dit classique.
Le pianiste Amaury FAYE, lui, décline en mode jazz la structure plus ou moins convenue d’une suite instrumentale. Bien loin de l’exercice académique, ARISE naît, gonfle, et explose d’une évocation multisensorielle que le compositeur n’a pu concevoir sans une expérience intime de la montagne.

ARISE Cover

ARISE a tout d’une histoire contée qu’on écoute attentivement, accroché au fil narratif, immergé dans les micro-climats installés entre deux rebondissements. Déjà suggéré par le visuel très réussi de l’album, le tableau montagnard dans lequel Amaury FAYE va tisser son intrigue lui est d’autant plus familier qu’il est inspiré par ses deux grands-pères alpinistes.

Photo Louise Verdier

photo © Louise Verdier

Comme dans une course en montagne, sa composition conduit un espace-temps rythmé par la progression dans cette journée et le paysage traversé.

Dans cette idée, l’ouverture (A Stone heart) est la clé de la suite ARISE. Elle donne le ton, dessine le tracé sur la carte avant le départ. C’est l’introduction, le prologue devant le rideau encore fermé au théâtre, la préface, le préambule quand on ouvre un livre.
Ici le mouvement est apaisé, bien qu’on devine plein de pistes, de développements retenus – mais c’est presque obligé, tant la légèreté et le drame seront appuyés par la … suite.
Alors seulement la journée peut commencer.

Les étapes suivantes enchaînent les atmosphères secrètes de la forêt traversée en approche, la pause au bord du ruisseau, l’effort sur les pentes, les quelques mots échangés avec l’Ancien sur l’estive, et le vent fou du sommet, enfin.

A l’écoute d’ARISE, on imagine ce qu’on veut, on voit véritablement tout ce qu’on entend – et à chacun sa brise qui le porte.  Les musiciens de l’ensemble sont brillants. Chaque son, chaque instrument donne à ressentir l’espace, les temps longs et les surprises, les couleurs, les températures, et les humeurs.

Photo Astrid Vanderwaren

photo © Astrid Vanderwaren

ARISE est un petit miracle d’écriture jazz, conçu, composé, assemblé par un Amaury FAYE sous influence. Cette œuvre singulière a tout d’un accomplissement. Et parce qu’elle a infusé dans l’histoire familiale, elle est peut-être de celles qu’un artiste ne signe qu’une seule fois dans sa carrière, on verra bien. A tout le moins elle ne laisse aucun doute sur l’identité forte d’un musicien-auteur, d’un artiste complet.

Bonnes suites, Amaury Faye !

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Ecoutez son interview sur TSF Jazz, dans l’émission Deli Express

Ce que les pros en disent :

« un lyrisme direct et sophistiqué, des arrangements remarquablement fins et riches dans une veine parfois impressionniste. » [Froggy’s Delight]

« Un sacré défi, d’autant que la diversité des atmosphères et des caractères de son écriture est grande, sans pour autant qu’on perde le fil de cette suite de neufs morceaux. » [Jazz Magazine]

 « En résumé, ARISE {suite} est un album extraordinaire qui combine habilement différentes influences musicales, offrant une expérience sonore unique et captivante. Si vous êtes passionné de jazz, de musique classique ou de bandes sonores de films, nous vous recommandons vivement d’écouter cet album. » [Jazz in Family]

« Il y a définitivement quelque chose d’épique dans cette œuvre musicale, comme un souffle en écho aux paysages évoqués. » [Dragon Jazz]

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amauryfaye.com

Amaury Faye, la page Facebook

Tous les liens pour écouter, acheter, …

En concert le 6 février 2024 à la Salle Nougaro de Toulouse : réserver ici

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Amaury Faye présente les musiciens

Julian Lee

photo © Leila Belaubre

« Le soliste principal de l’album, pour qui j’ai eu l’immense plaisir d’écrire cette suite. Un des jeunes ténors montants de la scène américaine. Après être sorti de la Juilliard School of Music et avoir gagné le Lincoln Center Emerging Artist Award 2017, il s’est produit aux côtés d’artistes tels que Christian McBride, Jon Batiste ou encore au sein de formations prestigieuses telles que le Mingus Big Band ou encore le Dizzy Gillespie All-Star Big Band. Il est désormais un membre régulier du Lincoln Center Jazz Orchestra de Wynton Marsalis.  L’héritage de Lester Young que l’on retrouve dans le phrasé et le son ample de Julian conjugués à sa simplicité, son humilité et son côté «pépé-cool» m’ont immédiatement séduit, après que ma manageuse Leila nous ait présentés. Pour avoir une proposition artistique à la hauteur de son talent j’ai choisi de composer une suite qui s’éloigne de ce qu’il joue en temps normal, si bien que c’est un plaisir de pouvoir entendre un musicien de son envergure sortir de ses répertoires habituels et apporter sa pierre à l’édifice. Et Julian a relevé le défi avec brio, en témoignent les premiers retours critiques sur l’album qui saluent unanimement sa performance. Je le remercie sincèrement pour l’engagement dont il a fait preuve, en voulant se mettre constamment au service d’une musique qui a été en grande partie écrite pour lui, et je suis heureux grâce à cette aventure de le compter aujourd’hui comme un ami proche. »

Louis Navarro

photo © Leila Belaubre

« Après 7 années d’existence à enregistrer des disques, tourner en France et à l’étranger avec le Amaury Faye Trio aux côtés des scintillants Louis Navarro et Théo Lanau, ARISE arrive comme une nouvelle étape, un tournant artistique. Si initialement j’avais prévu une longue série d’albums live en trio, la pandémie a rebattu les cartes. Si cette idée est restée dans les tiroirs, celle d’écrire pour une formation plus large s’est imposée rapidement, et l’objectif était de rester dans la continuité de ce que j’avais commencé avec le trio. Ainsi j’ai eu le plaisir de pouvoir rappeler Théo et Louis pour démarrer cette nouvelle aventure, et garder une cohérence avec ce qui a été fait avant. Avec Louis c’est une longue histoire, nous avons commencé ensemble il y a plus de 10 ans, lorsque nous nous sommes rencontrés pendant les études. Avec un éventail esthétique très large, un son généreux et un time implacable, Louis a su s’intégrer rapidement avec le quatuor à cordes tout en gardant le rôle de «taulier» du trio qu’il tient depuis le début.« 

Theo Lanau

photo © Leila Belaubre

« Théo a rejoint le trio à mon retour de Boston, il y a environ 7 ans. Passé par Marciac avant de voyager dans toute l’Europe dans différentes et prestigieuses écoles, il a dans son bagage un large éventail, avec pas mal d’excursions dans les musiques improvisées. Sa technique, sa musicalité, son interaction et son écoute permanentes, ses idées toujours plus originales et un son très personnel en font un musicien avec qui j’adore jouer.« 

 

 

OCT

photo © Leila Belaubre

« Ma première collaboration avec ce prestigieux orchestre remonte à quelques années plus tôt, lorsque  j’avais répondu à une commande de quatre arrangements pour quintet à cordes de thèmes populaires. J’ai ainsi pu nouer contact avec l’OCT et découvrir que leur démarche était ouverte sur la création actuelle, ne se cantonnant pas comme d’autres formations à des périodes figées dans l’histoire de la musique. L’OCT est un ensemble qui collabore avec des artistes d’aujourd’hui et c’est donc tout naturellement à eux que j’ai pensé pour la réalisation de cet album.
L’ancien musicien de cet ensemble et désormais administrateur Renaud Gruss nous a littéralement offert un partenariat de luxe, mettant à disposition 4 musiciennes et musiciens formidables: Audrey Dupont (violon), Aurélie Fauthous (violon), Carlos Vizcaino Gijon (alto) et Nabi Cabestany (violoncelle) et en nous assurant un remarquable confort logistique.
Travailler avec le quatuor a été une expérience mémorable. L’OCT est une formation de prestige qui existe depuis 1953 et qui s’est produite à travers 5000 concerts dans 30 pays (de l’URSS à la Chine en passant par les USA), ayant enregistré plus de 60 disques. Audrey, Aurélie, Carlos et Nabi nous ont permis en peu de temps d’aller au vif du sujet. Composer pour un quatuor de haut niveau et dont les membres se connaissent par coeur musicalement revient à avoir un instrument unique dans les mains, multipliant les possibilités tout en ayant une réactivité instantanée. Cela restait pour autant un défi pour moi qui avait une faible expérience de l’arrangement pour cordes, et heureusement leur gentillesse et leur bienveillance m’ont permis d’aborder les sessions sereinement. Je tiens à les remercier pour avoir mis leur talent et leur expertise au service de cette musique, y avoir apporté leur touche personnelle.« 

Amaury Faye, piano
Julian Lee, saxophone ténor
Louis Navarro, contrebasse
Théo Lanau, batterie
Audrey Dupont, violon
Aurélie Fauthous, violon
Carlos Vizcaino-Gijon, alto
Nabi Cabestany, violoncelle

 

CREDITS

Produit par Clearway Prod, ADAMI et SCPP.
Directeur artistique: Giuseppe Millaci
Productrice exécutive: Virginie RavierCoordination production: Leila Belaubre
Paru et distribué sous le label Hypnote Records
Relations presse: Simon Veyssière (Accent Presse)
Toute les pistes ont été enregistrées en Juillet 2022
Enregistré par Valentin Mattedi à la Salle Nougaro, Toulouse, FR
Mixé par Jonas Verrijdt en Septembre 2022 au WallStudio, Bruxelles, BE
Mastérisé par Dave Darlington en Janvier 2023 aux Bass Hit Studios, New York, USA
Amaury a joué sur un Steinway D274 préparé par Frederic Delcorn de chez Pianos ParisoArtwork et layout par Romain Barbot

Pierre David

(article initialement posté sur le blog

Le Magazine Septembre

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Vincent Segal présente: Les Egarés

Nouvel album [No Format , 2023]

Le violoncelliste polyglotte nous plonge dans les harmonies, les rythmes, et les parfums d’un monde étiré entre l’Afrique de l’ouest et le Pakistan, en passant par l’incontournable Perse.

On aurait tort de limiter ses collaborations avec d’autres artistes au simple rôle d’accompagnateur. Vincent Segal est un auteur, créatif et subtil, à l’écoute de tant de langues musicales, avant tout axé sur le « jouer ensemble » qui infuse tous les albums sur lesquels il est crédité.

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En Champsaur, le pas de côté de Vivian Maier

(article mis à jour ce 13/06/2023)

Vadrouilles sur les chemins, dans les villages.  Loin du mythe.

photo © pierre david

Comme d’autres j’imagine, la découverte du phénomène Vivian Maier au travers du documentaire de John Maloof a généré en moi un peu de malaise (1)  et, heureusement, davantage de curiosité.  Intéressé au premier chef par son travail de photographe, j’ai préféré me rapprocher de l’état d’esprit de cette arpenteuse au regard affûté, mais au calme, loin du cliché street-photographer auquel on la réduit désormais.  Quel meilleure destination pour cela que le Champsaur, un territoire avec lequel Vivian Maier a entretenu des liens privilégiés.
Ce fut mon pas de côté, en août 2022.

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Blues et Pizzica, Rock et Taranta: la rencontre qui réinvente l’harmonie et la ferveur

STILL MOVING: l’album de Mauro Durante et Justin Adams

Mauro Durante & Justin Adams
Photo © Ugo Dalla Porta

Cette réunion était inscrite. Tôt ou tard elle devait se produire.
Deux musiciens de traditions et d’horizons différents se rejoignent comme arrivent les nomades au caravansérail, mêlent leurs voix et leurs instruments.  En jouant, ils s’apprennent l’un l’autre et chacune des deux musiques résonne distinctement dans son essence pure, intacte.  C’est un miracle.

La voix et la guitare de Justin Adams sonnent bues et rock pur jus. Mauro Durante chante et chauffe les instruments de la pizzica exactement comme on le connaît dans le célèbre ensemble Canzoniere Grecanico Salentino.  Les deux traditions se retrouvent pourtant dans les mêmes élans, sur les mêmes rythmes, avec la même fougue.

Leur rencontre et cet album n’ont rien d’un métissage hybride, ce n’est pas un projet de producteur avide d’un montage mondo-mix bien dans l’air du temps.
Ces musiciens jouent ensemble, l’accordage est naturel.

Ce qu’on entend donne envie de danser sur les tables, de parler aux étoiles.

Un billet sur la radio FIP raconte cette belle histoire.

Still Moving, 2020 – Ponderosa Music records

 

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Dans le bain de la Photographie et du Territoire

Retour sur le Festival Zoom Photo en Couserans  à Seix (Ariège) – 12 au 14/05/23

Juste rentré d’une Belgique pluvieuse, débarqué du train dans la pluie de Toulouse, vite chercher le flyer de ce festival ZOOM PHOTO EN COUSERANS dont j’avais oublié les dates. C’est déjà mort pour le vernissage, alors le lendemain, rebelotte le train à 6h44-Matabiau, puis le car 452 à Boussens jusqu’à Seix où j’arrive – dans la pluie – juste à temps pour la table ronde dans la grande salle du château.

Faut se mouiller parfois quand on désire fort quelque chose ou quelqu’un. On est plus attentif à la qualité de la rencontre : prêt à s’exposer dans l’échange où, avec un peu de chance, l’autre n’attendait que ça. Magie.

L’équipe du festival a su réunir et installer les conditions qui favorisent ces rencontres singulières, entre imaginaires créatifs et territoires de caractère. On y retrouve sans surprise les membres de l’Asso Déclic, arpenteurs des chemins, des vallées, et des villages, exactement à leur place. L’association Autres Directions avec Le Bus – Espace Culturel, formidable outil à tisser une identité culturelle contemporaine pour une Ariège où tous les habitants se reconnaissent. Le Collectif Trigone : aiguillon avisé qui sait stimuler la curiosité dans la pratique photographique et greffer, organiser des animations qui dynamisent des événements comme celui-ci. D’autres structures appuient l’initiative de ces organisateurs : les programmateurs de l’ADECC, la Communauté de Communes Couserans-Pyrénées, et l’incontournable Espace Saint-Cyprien de Toulouse.

La table ronde Interaction.s : Photographes, Territoiress, et Habitant.e.s a tenté de disséquer le vecteur de la photographie comme instrument de rencontre. On a essentiellement entendu des photographes (mais où étaient les habitants??) témoigner de leur posture, de leur approche, de leurs expériences, tant dans la manière d’aborder un territoire – parfois inconnu (comprendre sa géographie, son histoire, sa dynamique, …) que dans le soin apporté à l’échange : qu’est-ce qu’on vient « prendre » et surtout qu’est-ce qu’on apporte à ce territoire, à ses habitants ?
Le contexte d’une « résidence photographique » – avec sa demande de restitution en fin de parcours, laisse plus ou moins de liberté aux photographes. Dans tous les cas, l’enjeu est de permettre aux habitants de se reconnaître dans le regard de la / du photographe, qui les découvre et les respecte autant qu’elle / il les étonne. Dans tous les cas, la réussite de la rencontre dépendra de la personnalité de chacun, des deux côtés de l’objectif (dans les deux sens du terme).

Lever d’entrée l’appareil photo sous le nez de son interlocuteur, c’est sûr que ça ne va pas le faire.
Des fois, on repart sans la photo, mais tout de même avec l’histoire de la rencontre réussie. C’est Anne Desplantez qui parle (Association Déclic).

photo FIFV

On n’embrasse pas une femme en lui sautant dessus me confie plus tard Rodrigo Gomez Rovira. Ce gars est immense. Un colosse en photographie. Un regardeur capable de déclencher autant pour la photo – si elle se présente, que par affection pour son sujet, j’en suis sûr. Dans les salles du château de Seix, une large exposition des images de ce Chilien, un temps réfugié en France réfugié en France – dictature oblige, mêle des photos de son pays natal, où il réside désormais, à celles saisies dans le Couserans au gré d’une résidence et de vadrouilles toutes personnelles. Directeur du Festival International de Valparaiso, Rodrigo a également publié plusieurs livres. Celui que j’ai emporté, Registre des Voyageurs, offre une incroyable palette graphique qui harmonise ses photographies et les aquarelles d’Anamaria Briede dans une texture de noirs et blancs d’une sensualité qui appelle le toucher. La réalisation de l’objet livre (ou cahier) est un projet éditorial d’une rare audace mais qui colle on ne peut mieux à l’identité de Rodrigo. Bravo à Filigranes Editions, à Patrick Le Bescont pour la réalisation graphique.

Il reste du temps avant le déjeuner, l’occasion de parcourir les autres expositions.
Traversées, une exposition rétrospective et collective.
Tao Douay: La falaise des Ames.
Séverine Gallus: Trisomique et alors?
Thomas Guillin: Conquêtes.
Arthur Batut, une figure du photographe amateur.
Nicholas Nixon, collection du Château d’Eau

Je voudrais juste souligner ici l’originalité et la qualité de leur scénographie, chacune composée dans un récit qui sert en soi la thématique autant qu’il raconte le lieu qui l’accueille : le vieux parquet des salles du château, la chapelle tapie dans la lumière et la poussière de son dernier sacrement (mais l’orgue joue encore), la peinture défraîchie des murs du presbytère, le Bus-espace culturel… Voilà qui change des galeries lookées façon chambre froide 😄

Midi. J’opte pour le restaurant traditionnel sur la place, dans l’idée d’y trouver peut-être les habitants de ce territoire, qui ont manqué je trouve à la table ronde racontée plus haut. Mais non … Quelques habitués. Une dame que l’on place à ma table et qui déclame gentiment mais doctement l’équivalent d’un flyer de l’office de tourisme vantant les attraits de la région. J’acquiesce poliment et je me sauve. Pas davantage de monde dans les ruelles en ce samedi pluvieux d’entre-saison : bistrots fermés, la boutique de produits du terroir n’offre que trois demi-tomes de fromage « on ne m’a pas livré le reste».

Va pour le territoire. En face de la chapelle, deux hommes débarquent une jument de la bétaillère devant les chiens curieux. Une fois dans le pré, elle tient à distance l’étalon avec lequel elle va partager le pré. Hennissements et ruades : la noce n’est pas pour tout de suite. Village trempé de pluie. Eau vive de printemps, descendue de la montagne, qui s’engouffre sous les passerelles de pierre, se brise en écume contre les murs des caves qui la borde, avant de rejoindre le Salat.

Rive du Salat, vers l’amont. Pluie fine, herbes lourdes à tremper les jambes du pantalon, foison de fleurs qui explosent sur le moindre brin d’herbe, boue du chemin. Le moi de Mai est ici organique, généreux. L’âpreté des canicules qui désormais dévorent les étés donnera sans doute un autre visage aux territoires, mais ils défendront leur nom.

En longeant la rivière, j’avais en tête la mélodie de Land and Country, composée par P.Faccini et interprétée par Yelli Yelli sur son album Terre de mon Poème. Vous avez dit territoires ?
Special dedicace à Rodrigo, Anne, Arno, Ingrid, en souvenir de nos parlottes ce jour-là.

Faute de temps (failli rater le car-retour bon sang!), j’ai zappé les animations du Bus, du Collectif Trigone, la séance de dédicace des bouquins, le parcours commenté des expos, etc … mais l’énergie de ce programme a infusé ma journée, et tout le WE certainement !

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Après la clôture du festival dimanche, seules restent visibles l’exposition Echos du Silence, de Rodrigo Gomez Rovira, jusqu’au 18 juin au Château de Seix, les WE de 14h30 à 18h ; et celles accrochées aux cimaises de la Médiathèque de Seix, aux heures d’ouverture jusqu’au 15 septembre : Trisomique et alors ? (Séverine Gallus), Conquêtes (Thomas Guillin).

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L’exposition Echos du Silence, de Rodrigo Gomez Rovira, a été co-produite par le Festival Internacional de Fotografia de Valparaiso (FIFV) et le Département Photographie de l’Espace Saint-Cyprien de Toulouse, avec le projet pour ce dernier de la programmer dans sa galerie en septembre / octobre de cette année.

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Rodrigo Gomez Rovira exposera dans la cadre du prochain festival Images Singulières à Sète (18/05 au 11/06).

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Le Bus – Espace culturel

Association Declic

Collectif Trigone

Espace Saint-Cyprien

Rodrigo Gomez Rovira

Images Singulières à Sète

 

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PLOSSU, photographe, c’est tout ce qu’il sait faire

Les années américaines. Images inédites 1966 –  1985

Exposition (24/03 – 28/05/23, Paris) & Entretien filmé (21/03/23)

Bien en phase avec le travail et l’approche du photographe Bernard Plossu, j’ai pu chroniquer ici quelques unes de ses expositions accrochées à Toulouse.
La prochaine, je ne l’ai pas encore vue.
Alors, pour motiver les visites, voici la reproduction du dossier de presse diffusé par la galerie qui l’héberge:  La Fab à Paris, ainsi qu’un entretien avec Olivia Gesbert à France Culture réalisé à cette occasion.

Figure incontestée de la photographie française contemporaine, récemment lauréat avec le tireur Guillaume Geneste du Prix du tirage Collection Florence & Damien Bachelot, Bernard Plossu découvre les États-Unis en 1966, depuis le Mexique où une partie de sa famille est implantée et où il a initié quelques années plus tôt, dans le Chiapas, une pratique cinématographique et photographique. Bill Coleman, un de ses plus fidèles amis, sera son passeur et son guide.

De 1966 à 1974, ce seront des années de découverte de la société américaine et de rencontres multiples, en particulier avec les protagonistes de la contre-culture américaine. De 1974 à 1985, une immersion approfondie dans le territoire de l’Ouest américain. En 1977, il pose même ses valises au Nouveau-Mexique et y fonde une famille, jusqu’à son retour irrévocable en France en 1985.

« En photographie, on ne capture pas le temps, on l’évoque. Il coule comme du sable fin, sans fin. Et les paysages qui changent, n’y changent rien.
On ne prend pas une photographie, on la “voit“, puis on la partage avec les autres.
Je pratique la photographie pour être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe. »

Bernard Plossu

 

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CRIA CUERVOS aux cinémas UTOPIA

Ana Torrent. Une enfant au regard silencieux, aux yeux insondables. Sa sensibilité est illisible par les adultes, hormis dans son jardin secret, par sa mère décédée qu’incarne avec grâce et tendresse une Géraldine Chaplin attachante.

Re-sortie en salles de ce film admirable et envoûtant signé Carlos Saura (1976).

Encore quelques séances aux deux Utopia Toulousains – et plusieurs autres en France. Hâtez-vous !

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M/OTHER TONGUE – Nouvel album du trio néo-zélandais ACAPOLLiNATiONS

Album à paraître ce 01/03/2023

La chanteuse TUi Mamaki, rencontrée en 2018 à l’occasion de la parution de son EP Hear My Voice (Beating Drum 2018), est une de ces personnalités singulières qui ne cessent de creuser le sillon d’une poésie unique, empreinte ici d’une forme de sacré connecté aux traditions vocales.

photo © Shannon Aroha

Au sein de son trio vocal a cappella Acapollinations, TUi Mamaki annonce un nouvel album et une série de concerts..

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METAPHORS, nouveau livre de la photographe Dimitra Dede

METAPHORS, aux Editions VOID (Athènes, 2022)

Que veut-on voir,
Que reconnaît-on lorsque le regard s’absente au monde ?

photo © Dimitra Dede

Metaφors est un rêve tenace et vertigineux que la photographe Dimitra Dede ne lâche pour rien au monde. Plongées dans les encres inconnues des montagnes, caresses aux arbres et autres lieux désolés, éblouissements face au vivant qui palpite font la texture de ce livre dont c’est peu dire, tant sa facture est soignée, qu’il est en lui-même un cadeau (merci Void). Lire la suite →

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La photographe Gabrielle Duplantier expose chez Photon

Jusqu’au 31 janvier 2023

Ne manquez pas la belle exposition de Gabrielle Duplantier, issue de sa résidence à Sète et accrochée aux cimaises du Laboratoire Photon à Toulouse.
Même avec une part d’improvisation, saluons la synchronisation idéale d’événements autour de la photographe : une exposition deux semaines à peine après son workshop fin novembre à l’Atelier de photographie du Centre Culturel Saint-Cyprien *, c’est bonheur !

Gabrielle Duplantier Sete#2

photo © Gabrielle Duplantier

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Gabrielle Duplantier, oser l’intime

Workshop photo

Du 25 au 27 novembre prochains, l’hyperactif pôle photographique du Centre Culturel Saint-Cyprien à Toulouse organise un workshop avec Gabrielle Duplantier, une photographe-autrice familière des cimaises toulousaines.  Suivra l’exposition issue de sa belle résidence à Sète, le 7 décembre dans la galerie du Laboratoire Photon, à Toulouse encore.  Cette double actualité a motivé une petite conversation avec celle qui s’est résolue à accompagner chez d’autres l’éveil ou le développement d’une écriture visuelle singulière.

photo © Gabrielle Duplantier

Au travers d’un travail original diffusé depuis plusieurs années via expositions, livres [1] et  résidences, Gabrielle Duplantier se définit essentiellement comme une autodidacte parvenue à une familiarité avec le medium photographique au prix d’un parcours long et exigeant. Lire la suite →

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I D’Iles – Dans la longue vue de Ferdinand Doumerc

Création musicale et visuelle inédite sur une idée de Ferdinand Doumerc
Ce 16 novembre 2022 à L’Escale (Tournefeuille)

De tous temps les îles ont attiré explorateurs, voyageurs, scientifiques, exploitants avides de ressources, dont la plus contemporaine porte comme on sait le nom de tourisme.  Ferdinand Doumerc, lui, est demeuré aimanté par toutes ces évocations et les fantasmes qu’elles dont elles font souvent l’objet. Bien plus, il a continué à nourrir son attraction par des lectures et des recherches qui remplissent aujourd’hui la bibliothèque de son imaginaire. Dans les veines de ce musicien qui ne tient pas en place, l’expérimentation pulse à 200 à l’heure.
I d’îles ne pouvait donc pas être un simple projet de répertoire.

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NUN TE NE FA’ : Il bell’abbraccio di GNUT !

Musique Folk Italienne: nouvel album

cover – photo © famille Domestico

Petite musique en quatre mots et dix chansons par l’auteur-compositeur Napolitain Claudio Domestico – aka GNUT .  Un quatrième album par celui qui s’affirme en nouveau marqueur de la scène folk méditerranéenne. Des mélodies pétries d’harmonies et d’une lumière qui changent la vie.  Je vous jure!

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Mickael Zermati: des photos XXL pour tagger les murs de l’Espace JOB

La Peau De Nos Nuits – exposition photo

Au Centre Culturel Espace JOB 105 Route de Blagnac, 31200 Toulouse (Sept Deniers)
Du ven. 30 sept. au dim. 30 oct.

Mickael ZERMATI expose sa série photographique LA PEAU DE NOS NUITS accrochée sur les façades de l’ancienne usine JOB à Toulouse.
Cette installation est la restitution d’une résidence du photographe, organisée par le pôle photographique du Centre culturel St Cyprien en association avec le Centre culturel Espace JOB, en écho à la pièce chorégraphique NUIT de la Compagnie Sylvain HUC et à la masterclass organisée à l’atelier Danse Saint-Cyprien.

photo © Mickael Zermati

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Une rétrospective des photographies de Françoise Nuñez à Toulouse

Jusqu’au 4 nov.+ ouverture exceptionnelle le dimanche 6 novembre de 12h à 18h,  dans le cadre d’une Saison Photo à Toulouse 2022
Au Centre Culturel Saint-Cyprien

Le très actif département photo du Centre culturel Saint-Cyprien à Toulouse programme une exceptionnelle exposition de Françoise Nuñez, photographe voyageuse.

photo © Françoise Nuñez

Lumières tremblantes ou qui terrassent, ombres lourdes ou vaporeuses, ciels à se perdre, et le mouvement, toujours, Lire la suite →

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Les photos font des histoires – Martine Ravache et ses Regards paranoïaques

Historienne d’art, critique, et spécialiste de la photographie, Martine Ravache a collaboré avec tous les titres français de la presse spécialisée.  Elle a créé un atelier pédagogique intitulé « Apprendre à voir », actuellement animé au sein de l’agence photo VU.  Avec son ouvrage « REGARDS PARANOIAQUES – La photographie fait des histoires », elle se fait essayiste et enquêtrice pour replonger dans le révélateur quelques photos qui n’avaient semble-t-il pas dit leur dernier mot…  A moins que nous, regardeurs, n’ayons pas fini de délirer à leur sujet?

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Simone Prattico, batteur-percussionniste, leader et compositeur : That’s It !

Mise à jour: Concert à Paris / Studio de l’Ermitage le 14/12/2022

Suite à la parution il y a quelques mois de son 2e album ‘ORIUNDO’, le batteur-percussionniste romain Simone Prattico sort un EP : ORIUNDO : THAT’S IT qui confirme avec une formule inédite la signature d’un artiste hautement créatif.

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Les Beaux Gestes: Baro d’Evel, le livre

Cher Baro d’Evel,

On s’est déjà vu quelque part, et pas qu’une fois.  Depuis Le Sort du Dedans jusqu’à Falaise en passant par Bestias, Mazùt, et bien sûr Là, d’abord dans cette petite forme, un work-in-progress au Théâtre Garonne de Toulouse. Inoubliable!  Puis tu es revenu, et voilà que tu repasses ces jours-ci.

photo © François Passerini

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Inner Territories, Matrix and Outcome, by Dimitra Dede

Apeiron © Dimitra Dede

ΆPEIRON, by Dimitra DEDE

at the Galerie du Château d’Eau, Toulouse (FR) until May 15th, 2022

A perfect picture! What are we talking about?!
A sophisticated display, generated by the latest technology stuffed with pixels and settings upon insensitive sensors ? Thanks to some gallerists and publishers’ intuition and bravery, it’s more often a captured image than a transformed one, whatever the technique, becoming a correspondence – completed or still wandering – between a shared world and the a sincere artist’s inner-self. A subjectivity accepted by photographers like Martin Bogren, Gaël Bonnefon, Arno Brignon, just to name a few whose work Toulouse’s public is familiar to.
“What you do knows what you are, is you”  wrote the psychiatrist Lacan. With photography too.
Dimitra Dede’s exhibition is mapping a way forward to that urge for writing and creating – here with the image – that amplifies the experience of life.

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Territoires intérieurs, matrice et devenir, par Dimitra Dede

Dans une actualité photo toulousaine bien dense en ce printemps chahuté, deux expositions viennent d’ouvrir, qui tracent à leur manière un chemin vers cette nécessité d’écriture et de création – ici par l’image – qui amplifie l’expérience de la vie.

Apeiron © Dimitra Dede

Episode 2 :

ÁPEIRON, de Dimitra DEDE

à la galerie du Château d’eau jusqu’au 15/05/2022

Une photo réussie ! Mais de quoi parle-t-on ?!
D’un visuel sophistiqué, issu d’une technologie dernier cri gavée de pixels et de pré-réglages sur capteurs … de parfois rien ? Heureusement, grâce au flair et au courage de certain.e.s galeristes et maisons d’édition, il s’agit plus souvent d’une image capturée puis transformée, quelle que soit la technique, pour devenir la correspondance – aboutie ou toujours en question – entre un monde qui nous est commun et l’intime d’un.e artiste sincère. Une subjectivité assumée que l’on retrouve chez des photographes tels que Martin Bogren, Gaël Bonnefon, ou Arno Brignon, pour ne citer que quelques familiers des cimaises toulousaines.
« Ce que vous faites sait ce que vous êtes, sait vous. » écrivait le psychanalyste Jacques Lacan.
En photo aussi.

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Reflets sur la lune argentique – L’errance de François Boutaud

© François Boutaud

Dans une actualité photo toulousaine bien dense en ce printemps chahuté, deux expositions viennent d’ouvrir, qui tracent à leur manière un chemin vers cette nécessité d’écriture et de création – ici par l’image – qui amplifie l’expérience de la vie.

Episode 1 :

11946 (Bayle) de François Boutaud au Laboratoire Photon  jusqu’au 12/07/2022

© François Boutaud

Heureux élu de la première édition d’une résidence artistique de territoire organisée par le Collectif Trigone, François Boutaud pousse un beau matin la porte du café du village et d’emblée y prend sa place : « Bonjour, je m’appelle François Boutaud, je suis photographe et j’entame une résidence dans votre village. Vous allez me voir souvent, un peu partout parce que je n’ai pas de repères. On se recroisera certainement. (sourires) » Lire la suite →

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Dans la lumière frisante des Lignes de Crêtes d’Arno Brignon

Expo photo au Centre culturel des Mazades (Toulouse) jusqu’au 25/03/2022

photo © Arno Brignon

Plongée dans l’univers poétique d’Arno Brignon dont les images révèlent un non-dit sauvage, typique des affleurements d’intensité qui  infusent – ou parfois surprennent – le photographe-marcheur.

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Dans l’ether de KANAL

Images de l’usine Citroën désaffectée avant sa reconversion pour abriter la Fondation KANAL-Centre Pompidou dédiée à l’art contemporain

©RLICC-IPW3-Studio Citroën

[Bruxelles, place de l’Yser, février 2018]
Il y a un mois à peine, l’immense bâtiment de béton, d’acier et de verre qui me fait face était encore une usine Citroën. Édifiée dans les années ’30 dans un style qui entend correspondre à l’esprit moderniste de l’époque, elle sera, pendant une longue période, la plus grande d’Europe. Au déménagement de l’usine hors-les-murs, la Région de Bruxelles-Capitale acquiert le bâtiment afin d’y développer un pôle culturel d’envergure internationale: la Fondation KANAL-Centre Pompidou dédiée à l’art contemporain. En 2018/2019, le site a ouvert avec une programmation exceptionnelle pour une année de préfiguration, avant d’entamer de lourds travaux de reconversion pour une ouverture définitive fin 2022/début 2023.

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Carnet de Photographie (13)

1979  Après quelques jours à Tunis, un taxi collectif nous descend vers le sud. Premier stop à Djerba, débarqués en fin de journée sur une place en ville. Le temps de refaire les sacs, de se repérer et de discuter un plan pour dormir, la nuit est tombée.  En chemin pour se trouver des bricks, on passe devant l’atelier encore éclairé d’un tisserand.
Chaude ambiance avec les pièces de laine accrochées ou empilées partout, irrésistible, d’ailleurs on nous invite à rentrer.

Tisserand ‘Au Fil D’Or’ – Djerba 1979 – photo © pierreDavid

On commence à papoter. Arrive un plateau de thé. Nous achetons un grand sac en laine.  Le tisserand nous raconte avec tristesse les Clubs Med’ déjà bien installés à l’époque sur les plages de l’île, dans lesquels ses collègues vendeurs d’artisanat et autres danseurs folkloriques entrent délivrer la fameuse couleur locale à des bronzés confinés hors-sol. Misère … Une heure passe, un couscous débarque avec la famille et quelques voisins. La soirée se prolonge dans une ambiance inoubliable, et nous sommes invités à dormir dans la maison familiale.

photo © pierreDavid

Le lendemain matin, nous retrouvons la famille, la mère du tisserand, le frère, la sœur, son épouse, leurs enfants.  Je vous épargne les photos-souvenirs en pose un peu (trop) classique.  Je demande si je peux faire le portrait de l’épouse avec le petit dernier.
Aucune gêne, aucun tralala, et cette beauté …

photo © pierreDavid

photo © pierreDavid

photo © pierreDavid

 

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Textes & Voix, au singulier pluriel

LE SON DE LA TERRE |  Lecture d’une série inédite de Jean-Luc Outers
(confinement 2020)

Dans les œillères de la réclusion que-vous-savez, nos yeux se sont abîmés sur toutes sortes d’informations alarmistes sinon fake, sèchement factuelles ou trop scientifiques, et leur cortège de commentaires rageurs voire carrément barrés.  Plus tard, nos sens ont déniché enfin de quoi étancher leur soif de récit, de musique, et de poésie.  Ainsi les capsules du Son de la Terre catapultées par les résistants magnifiques de l’association Textes & Voix ont-elles réussi à fissurer le confinement de ses aficionados.
Ça vous dit d’en être ?

Billets d’un étonné confiné, journal intime résolument démasqué, les textes de l’écrivain belge Jean-Luc Outers (L’Ordre du Jour,  Le Voyage de Luca, Le Dernier Jour… ) confiés à Nadine Eghels (Textes et Voix – aka T&V) trouvent dans ce contexte un matériau idéal pour les observations amusées et les accents de faux candide si caractéristiques de cet auteur attachant.

Jean-Luc Outers (photo © Alice Piemme)

En adaptant sa formule originale (voir plus loin) d’événements de lectures par des comédien-ne-s, rehaussées d’incises musicales, l’équipe de T&V diffuse quotidiennement depuis plusieurs jours maintenant une courte séance vidéo avec Marianne Basler, actrice, ou Jean-Philippe Puymartin, acteur, et la musicienne Silvia Lenzi, au violoncelle ou à la viole de gambe.  Habilement montés par Guy Baudon et introduits par Nadine Eghels, ces rendez-vous sont rapidement devenus un fil d’Ariane pour cette traversée inédite des spectateurs distanciés.

L’initiative est en effet exceptionnelle et remarquable à plus d’un titre.  Exceptionnelle dans la tradition de T&V  mais essentielle pour cette petite structure qui entend garder vivant le lien avec le public de ses événements.  Remarquable par la réactivité et l’intuition dans la conception d’une formule qui a su préserver dans l’artefact d’une vidéo enregistrée et montée la fraîcheur des renbcontres habituellement organisées au Reid Hall / Columbia Global Center à Paris.

Mais enfin, on n’embarque pas ici par pure solidarité – fût-elle louable.  C’est que, avant tout, le spectacle est bon, savoureux, et devient même jubilatoire au fil des livraisons, de la lente dérive des réflexions de l’auteur, et de l’inspiration des interprètes – tous virtuoses. Littéralement ravis par le ton des lectures bien sûr, mais aussi par le choix des décors dans leur huis-clos, l’emploi d’accessoires en clin d’œil (mention à Silvia Lenzi!), on voit les séances d’abord sages glisser vers l’amusement, instiller malice et ironie, flirter avec l’absurde et le surréaliste, et composer petit à petit un excellent teaser pour une suite déjantée – vous avez dit déjantée ??

Avec ces petits cailloux blancs semés pour retrouver (bientôt) la chaleur de ses soirées-événements, T&V témoigne ici et maintenant de la vitalité des acteurs singuliers de cette scène artistique que nous vous invitons régulièrement à privilégier dans une démarche élective plutôt que boulimique.

TEXTES & VOIX. Après de nombreuses années à s’occuper de la communication de théâtres de renom (Le Varia à Bruxelles, Les Amandiers à Paris), Nadine Eghels fonde en 1999 l’association Textes & Voix,  dédiée à l’organisation de lectures de textes non-dramatiques par des actrices et des acteurs.  Pionnière dans ce concept largement décliné aujourd’hui, Nadine Eghels a participé à la création du Marathon des Mots de Toulouse, événement auquel elle a ensuite collaboré plusieurs années avant de créer, avec Jean-Luc Outers, le Marathon des Mots de Bruxelles, qui était biennal et a connu trois éditions.  Depuis bientôt 21 ans, T&V a invité de nombreux auteurs et comédiens parmi lesquels Nancy Huston, Jean-Claude Carrière, Annie Ernaux, Denis Lavant, Mathias Enard, Dominique Pinon, Paul Andreu, Yannick Haenel, Maylis de Kerangal, Fanny Cottençon, Alain Badiou, Jean Echenoz, Marianne Denicourt, …

Nadine Eghels, Nancy Huston & Marianne Denicourt en 2015 (photo Roman Lewkowicz)

https://www.textes-et-voix.fr/

Pour être averti des vidéos mises en ligne et recevoir toutes les nouvelles à propos des événements organisés par T&V, ou pour tous renseignements,  écrivez à: contact@textes-et-voix.fr

Les événements T&V sont organisés avec ses partenaires permanents La librairie Tschann  (Paris)  et le Reid hall / Columbia Global Center Paris 

Depuis septembre 2015, l’association TEXTES & VOIX est éligible au dispositif des dons et du mécénat (infos sur le site)

(Merci à Alice Piemme)

 

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Carnet de photographie (12)

Des lectures en fin d’adolescence avaient nourri une fascination pour les voyages immersifs sur des destinations plus ou moins lointaines.  Je pense à L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier bien sûr, et à Jacques Lacarrière qui s’était affranchi du Guide Michelin pour s’enfoncer dans les chemins creux de la France avant d’entrer dans son fameux Eté grec.  Leonard Cohen assurerait plus tard la bande-son depuis Hydra.
Entre les années ’50 et la liberté de nos dix-huit ans, la Grèce avait connu de sinistres colonels.  Aussi dès que le charme des îles redevint accessible, on vit les Cyclades connaître une fréquentation touristique qui ne s’est arrêtée que … cette année, avec la pandémie que nous traversons.

1976.  Ma première vague dans ces îles, ce fut avec quatre amis, à dix-huit ans, à la sortie des études.  Trois jours de train, le ferry au Pirée, pour atterrir sur l’incontournable Mykonos où le business n’avait pas traîné à prendre la main.  Nous dormions sur les plages, comme la majorité des backpackers.  La nuit, nous étions parfois délogés par la police, dirigés vers un camping (de mèche évidemment!), passeports confisqués à récupérer le lendemain au poste, une fois (j’en ris encore) après l’examen circonspect de ma tablette d’aspirine par des gros yeux calés entre visière du képi et big moustache!

1978 . Deux ans plus tard, j’y reviens avec mon amie, en choisissant soigneusement des îles et des itinéraires à l’écart.  A Tinos, on dormait seuls dans une crique, salade le midi chez une dame qui avait tiré quatre chaises en plastique et un parasol décoloré devant sa porte.  Nos sacs pouvaient rester sans surveillance la journée entière sur la plage ou contre la fontaine du village quand nous partions balader, ça craignait pas.

photo © pierreDavid

Je me souviens du jour où on a traversé l’île à pied, par la montagne, pour changer de quartier.  On fait une pause au petit col, au milieu de la caillasse quand arrive Nestor sur sa mule.  Paysan sans doute, comme tous ici, mais voyez sa veste!  Trois mots baragouinés, des gestes, beaucoup de sourires échangés.  Dans cette situation, on ne cherche pas à photographier à la dérobée, c’est même un des plaisirs partagés d’une rencontre qui a pris son temps.  Il note son adresse et on lui envoie la photo au retour.

photo © pierreDavid

En décembre, Nestor a répondu, remerciements, vœux de bonne santé et de vie clémente.
Quand ce genre d’échange prolonge les lectures, c’est sûr que les voyages forment la jeunesse.

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Carnets du Ralentir (4) avec Maria Mazzotta

AMORE AMARO | nouvel album (2020)

On ne compte plus depuis mars les nouveaux projets musicaux suspendus en plein envol.  L’attente est ce que tout le monde exprime en cette période, frustrante pour les uns, critique pour ceux qui risquent de dépérir faute de pouvoir maintenir le flux tendu des conditions de leur viabilité. De créations en rencontres publiques, la plupart des artistes de la scène musicale vivent littéralement de cela (à la différence des mega-stars idolâtrées qui nourrissent aussi leur ego).  Maria Mazzotta est de cette trempe d’artistes, vulnérables certes, mais dont la dynamique demeure engagée – et celle de ce nouvel album disponible saura animer nos quarantaines, en attendant les live ressourçants.

photo © Giulio Rugge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maria Mazzotta, déjà chroniquée ici, est l’une des personnalités musicales les plus emblématiques du sud de l’Italie. Auparavant avec le groupe Canzoniere Grecanico Salentino, elle est devenue l’une des voix les plus appréciées de la scène musicale européenne.  Elle est de ces chanteuses absolues dont le tempérament transforme toute interprétation, même studio, en live – en vivant les émotions qu’elle exprime.  Ces artistes sont captivant(e)s, autant Maria avec son jeu explosif, dramatico, ou encore lyrique, que – à l’opposé par exemple – la trop rare Zsuzsanna Varkonyi dans sa palette toute de douceur mélancolique.

Pour ce nouvel album, la force tellurique de Maria Mazzotta trouve un contrepoint rêvé dans le jeu ample, apaisant mais soutenu quand il le faut de l’accordéoniste malgache Bruno Galeone.  Sur l’album, on apprécie également le concours d’Andrea Presa au didgeridoo (« Amoreamaro ») et de Bijan Chemirani, grand percussionniste d’origine iranienne sur le titre « Tore Tore », cette belle valse lente.

Amore Amaro (« Amour Amer »)  est une réflexion intense et passionnée, d’un point de vue féminin, sur les différents visages de l’amour, traitant de l’amour passionnel, tantôt tendre ou désespéré, et des personnalités destructrices que l’on peut rencontrer.

Ces dix chansons traversent toutes les émotions que ce sentiment peut susciter, le chant servant de véhicule à la catharsis, de consolation, et de remède.  La chanson-titre Amore Amaro, composition originale de Maria en langue salentine, est par exemple jouée dans le style pizzica, très populaire dans les Pouilles et le Salento, qui est aussi une danse pour guérir, lors des tarentelles, une véritable musique de transe.  D’autres chansons de l’album offrent des exutoires libérateurs bienvenus, énergisants comme les danses traditionnelles qu’elles relisent (Rosa canta e cunta, Vorrei volare/Ballata della presa di coscienza, ..), ou les covers puissantes de titres qui ont ouvert la voie à la grande chanson italienne comme Lu pisci Spada de Domenico Modugno, Tu non mi piaci più (« Je ne t’aime plus ») de Gabriella Ferri, sans oublier ce monument de la chanson sarde : Non potho reposare d’Andrea Parodi, qui nous avait fauché lors du dernier Festival Rio Loco à Toulouse en juin 2019.

L’internet aujourd’hui a permis l’hyper-circulation des œuvres et le flux des réseaux sociaux conduit, si on n’y prend garde, à ne plus savoir où donner de la tête, à fonctionner comme une mémoire-tampon qui ne conserverait que les derniers coups de cœur.  En ces temps favorables aux pas-de-côté et à la réflexion, je plaide au contraire pour une démarche plus élective, à taille humaine : celle de bien s’entourer et de se constituer une bibliothèque personnelle, choisie, familière.  Par le fait, en achetant les albums ou les chansons (les œuvres en général) de ces  artisans de la création, on donne un signal, on engage à continuer et on en donne les moyens.
Savez-vous par exemple que le visionnage d’une chanson sur Youtube ne rapporte que quelques cents à l’unité, mais qu’il faut que la chaîne de l’artiste compte au moins 1000 abonnés pour commencer à y avoir droit ?

Voilà.  Un peu de réflexion et de pratiques gagnant/gagnant, pour continuer à se sentir vivants.

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Carnets du Ralentir (3) avec Macha Gharibian

JOY ASCENSION | nouvel album de Macha Gharibian (2020)

Mise à jour 4 mai 2020: Avec Joy Ascension, Macha Gharibian est nominée pour la première fois dans la catégorie « Révélation » des Victoires du Jazz – Résultats en septembre 2020

Dans les moments calmes d’une quarantaine qui se prolonge, on bénit ces échappées belles pour l’imaginaire offertes par la lecture et la musique, saines alternatives au vacarme des news et autres rumeurs de comptoirs qui toutes enferment.  JOY ASCENSION, nouvel album de Macha Gharibian sorti en janvier 2020, ouvre assurément une de ces fenêtres salutaires.

Sa musique est de celles qui échappent aux étiquettes.  Fille du grand Dan GHARIBIAN (ex Bratsch), Macha a naturellement infusé dans l’écosystème complexe de son univers personnel les sonorités des ballades arméniennes et russes, autant que les rythmes tziganes et le rebetiko bluesy de cet héritage.
Pianiste, elle se frotte au jazz, tâte du Fender Rhodes, et place une voix de chanteuse qui révèle aujourd’hui une belle maturité.  Mais avant tout elle compose intuitivement, à la manière d’une plasticienne, des pièces mélodieuses ou rythmées toujours irriguées d’une époustouflante musicalité. JOY ASCENSION chatoie de résonances arméniennes ou géorgiennes tissées sur une trame jazz qui laisse souvent affleurer des tessitures rondes et riches.  L’ensemble séduit et captive comme la fleur de peau au toucher d’une caresse.

La musique de Macha Gharibian est une alchimie rare.  Le contraire d’un patchwork.  Elle est un voyage avec toutes ses surprises.  La lumière changeante d’une journée, accordée aux pulsions qui font les pas-de-côté. Avec le parcours de ses albums précédents et nourrie de rencontres déterminantes (le batteur Dre Pallemaerts et le contrebassiste Chris Jennings pour ne citer que les comparses de son dernier opus), Macha semble avoir mûri ce JOY ASCENSION comme on dessine un chemin secret, une invitation qui résonne aujourd’hui d’une fraîcheur plus que bienvenue.
A l’esprit rendu confus par la perte de repères dans ce contexte de crise inédit, on rend singulièrement service en favorisant les pensées et les humeurs qui renforcent la vitalité native de l’Humain.  Une spirale ascensionnelle, à l’image de la dynamique de cet album – à découvrir.

Cette photographie, tirée de mes archives personnelles, symbolise à la fois l’enfermement et l’issue vers le haut, une aspiration.

 

 

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (11)

Peu importe l’année et l’endroit. A l’évidence c’est l’été à la plage, pourtant ce qui interpelle c’est la posture pas vraiment je-bronze-à-Benidorm de la fille allongée.

Nous étions partis en voyage pour tenter de donner un peu d’air à une relation qui commençait à s’essouffler. Vadrouilles sac sur le dos, hors des circuits, petites auberges ou nuits à la belle, … tout ce qui nous allait si bien depuis longtemps ne parvenait pas à faire refluer chez l’un et chez l’autre des épisodes de mélancolie. Je peux donc témoigner que ce n’est pas l’image d’une sieste réparatrice. La serviette autant que la posture de repli figurent à mes yeux un espace personnel nécessaire, un petit territoire isolé dont les frontières ne sont contigües à aucun autre.

Aujourd’hui cette photo m’évoque (un peu) le confinement qu’on nous impose comme pis-aller. Ou plutôt, dans un registre plus personnel, la confusion dans laquelle cette quarantaine – et sa raison – plonge certains d’entre nous.
Je ne parle pas de ceux qui, essentiellement frustrés de tant de privations matérielles, se préparent une orgie de consommation compensatrice.
Je pense à ceux pour qui cette période ouvre sur une prise de conscience aigüe des conséquences dévastatrices du modèle économique néo-libéral dominant sur le vivant. Ceux-là passent nécessairement par une étape de sidération, d’extrême confusion, et sont saisis d’un questionnement vertigineux: quoi faire? quoi faire pour restaurer le vivant dans sa globalité, avec l’humain à sa juste place?

A cette époque, mon amie se levait tôt pour peindre, et à dater de ces jours, elle y a consacré de plus en plus de temps. Elle a fini par s’installer aux USA et y vit depuis de son art. Loin de moi l’idée de poser cette histoire particulière en panacée comme réponse artistique à toutes les crises, ce serait trop simple.
Mais dans toute crise, il y a un nœud à dénouer.

photo ©pierreDavid

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Carnet de photographie (10)

(1976)

Celle-ci date du moment où on bascule de l’Instamatic-à-souvenirs pour s’intéresser à la photographie. En curieux d’abord, puis on commence à regarder différemment, on cadre, on guette le fameux « instant décisif » selon la théorie d’Henri Cartier-Bresson. Et un beau jour arrive un de ces encouragements qui confirme l’instinct (j’ai pas envie d’appeler ça la chance du débutant).

Je suis en voiture, arrêté à un carrefour, l’appareil sur le siège à côté. Au feu vert, la voiture devant moi ne démarre pas de suite, mais la file d’en face s’avance lentement. Cette voiture passe à ma hauteur, marque 1 ou 2 secondes d’arrêt puis redémarre – c’est là que mon bras part tout seul et que je me retrouve à déclencher après une mise au point à la volée (inch allah les autres réglages en mode full manuel!).
Je n’étais pas à l’affût. Je n’ai pas choisi l’instant décisif. J’allais presque dire que je n’y suis pour rien! Un ami photographe m’a dit Non, t’étais prêt, c’est un bonus.

C’est à ce jour mon portrait le plus abouti: instantané fugitif, expression de ces éclats de vie qui nous sautent au visage et enrichissent notre bibliothèque émotionnelle.
Je « relis » cette gamine comme le passage d’un papillon dans le vent de sa vie qui se lève et l’emporte …
Mais voilà que je me raconte encore des histoires.  Comme dit si bien l’immense cinéaste Andreï Tarkovski:

L’image n’est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur mais tout un monde miroité dans une goutte d’eau.

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (9)

Lagarde-Freinet, 1984 – Auberge

Souvenir d’une autre quarantaine. Fin 1983, j’ai chopé une tuberculose dans l’hôpital militaire où je faisais mon service (non armé!) La suite, ce sont les semaines en chambre stérile à l’hosto, puis les longs mois de convalescence avec les contraintes rigoureuses que vous imaginez. Après un temps, les visites arrivent, puis les promenades à mesure que la réparation progresse.
A la fin du printemps, je file dans les Alpes, autant pour « le bon air qu’on y respire » que par soif d’espaces après 5 mois de chambre. J’y rencontre une jeune fille et assez vite nous entamons une lente dérive bucolique, diagonale amoureuse entre les Alpes et la Provence. On s’arrêtait au gré des envies, dans une liberté totale, une pure innocence; c’était la vie qui affluait et de toutes ses forces.

J’ai lu quelque part que le bonheur est toujours un souvenir, rarement une expérience ou un projet réussis. Pour « demain », je ne sais quoi penser: je crois qu’on va déguster par certains aspects; pour le reste, on verra bien  :-))

(publié en avril 2020, après un mois de quarantaine)

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (8)

1979

Étudiant à l’époque, je vis pour la première fois dans une ville qui n’est pas celle où j’ai grandi. Pour m’acclimater, pour prendre son pouls, je parcours ses rues, l’appareil en bandoulière.
A hauteur d’une brasserie, je tombe en arrêt devant cette supposée « scène de la vie conjugale ». Ce n’est pourtant pas la perspective d’un hommage aux mises en scène du grand Ingmar Bergmann qui me fait déclencher, mais le visage de la jeune femme qui m’aimante littéralement. L’intensité de son regard – seul élément mobile de la scène – s’oppose au large dos immobile de l’homme qui lui fait face. Les 2 ou 3 autres photos de la série montrent un peu plus tard la jeune femme seule, debout, perdue dans ses pensées (l’homme est parti régler la note ou que sais-je). A ce moment, j’ai failli rentrer pour l’aborder, mais je n’aurais pas su quoi dire…
J’ai déclenché à travers la vitrine, totalement focalisé, captivé par ce visage attirant.

La disposition des éclairages en forme de cloches est fortuite, un bonus dirons-nous, et une forme de clin d’œil en ce jour de Pâques (publié initialement le 12 avril 2020).

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (7)

Turquie,1988,

Le mur de Berlin n’est pas encore tombé. Quelques heures de transit à Hopa, en attente d’un bus vers Kars.  Les brumes de la Mer Noire et une pluie fine figent le temps dans les rues boueuses et défoncées de cette petite ville percluse du trafic routier avec la Géorgie proche. Tout est délabré, lourd. Dehors, des camions et des pick-ups passent avec fracas.

Où sont les gens?
En voici quelques-uns, réfugiés comme nous dans les salles d’attente de la gare routière, à chercher un billet, à négocier un chargement, à prendre des nouvelles.
A fumer, à boire du café.

photo © pierreDavid

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (6)

(Tunisie 1979)

J’ai longtemps observé ce gamin totalement absorbé par le rinçage de son balai. Certes le filet d’eau est mince mais il est resté de si longues minutes parfaitement immobile, sans déplacer ni faire tourner son balai, que l’affaire a sans doute tourné à la contemplation méditative. Bruit cristallin de l’eau, tourbillons de vent qui soulèvent la poussière, et puis le clac de mon déclenchement (qui ne l’a pas perturbé).

Je n’aborderai pas le sujet de la méditation, auxiliaire reconnu de la médecine et produit très prisé sur le grand marché du bien-être. Aujourd’hui dégagés d’un agenda autrefois (!)  plus rythmé, nous sommes plusieurs à surprendre notre regard neuf sur des petits gestes du quotidien – répétés faute d’alternatives distrayantes, ou à contempler tel ou tel élément de notre cadre de vie, à regarder par la fenêtre les yeux dans le vide, jusqu’à cette forme d’abstraction méditative. Dans l’idée, allez voir les travaux de collègues photographes dont le regard de poète (Lau de Mels ou Mariaozk), regard de portraitiste (Patrick Betbeder), regard de journaliste (France Keyser) soulignent ces traces avec sensibilité.

Le négatif de ma photo du gamin au balai a souffert de l’humidité et des moisissures dans un carton trimbalé au fil de ma vie nomade. Scanné récemment à très haute définition, il a révélé craquelures et filaments en grand nombre. Je renonce évidemment aux journées de retouche requises, mais je saisis l’occasion de valoriser cet aspect vieille toile de peintre pour illustrer mon titre-clin d’œil La méditation à travers les âges  ;-))

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (5)

Tunis, septembre 1979.  On devrait être à la fac: il y a un gros TP à finir, mais l’envie de mettre un premier pied en Afrique du nord nous tenaille depuis trop longtemps. Sur place, on le termine, un peu bâclé, aux terrasses des cafés, puis on le postera. Cette sortie d’écolières me tape dans l’œil comme un petit rappel à nos devoirs manqués.

En regardant cette image bien plus tard, je lui trouve tout ce qu’une photo peut exprimer d’une situation, d’un instant. Sur cette avenue, tout va très vite et se superpose jusqu’à désorienter: voitures, scooters, bruits de moteurs, klaxons, poussière, même les enfants échangent un geste vif. Pourtant, la seule force du regard de la fillette de face ralentit brutalement le temps, on entend presque le silence.
Et la lumière écrasante, impitoyable, qui achève de pétrifier.

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (4)

(1979)

Sortie d’un « grand magasin », jour de solde ou jour de paie. Verrait-on encore aujourd’hui une famille dont tous les enfants accepteraient d’être habillés pareils? « Voilà une bonne chose de faite » semble dire le regard déterminé de la mère. Les plus jeunes portent les paquets avec fierté ou assurance, mais l’aîné, à gauche, m’a repéré – un peu gêné? Bientôt adolescent, bientôt les cheveux longs et les pattes d’eph’, patience …

Je raconte ça parce que je l’ai vécu: mon père, mes deux frères et moi, on ressort du magasin avec le même blouson en velours côtelé. Mais on était en vacances, loin de notre ville, personne ne nous a reconnus :-))

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (3)

(Rép. d’Irlande, Kerry, fin des ’70).

A cette époque déjà, l’Irlande est tellement associée à son image d’Epinal que le risque est grand de la regarder avec nostalgie avant même de l’aborder. Dans le Kerry, c’est même impossible d’y échapper. Je pense avoir payé mon tribut avec ce cliché de l’autocar et de ses passagers qui semblent sortis des années ’50 dans la campagne US. C’est l’image bien sûr qui est « cliché », car la réalité est bien celle-là: on suivra cet autocar jusqu’à sa destination, un village minuscule et son marché aux veaux roux, fumants sous la pluie; on entrera à la suite des maquignons dans un bar sombre au sol de terre battue où l’on vous sert une Guinness sans poser de question.

Puis on va s’éloigner des clichés, chercher d’autres visages. Mais ça ne se fait pas en un coup. Avec la deuxième image, celle du livreur de lait en charrette à cheval, je succombe encore au cliché mais la distance s’installe (photo prise à travers le pare-brise) en même temps que j’accroche un premier regard – c’est pour lui que j’ai conservé la photo.

Par la suite, c’est même tout ce qui m’a intéressé.

photo © pierreDavid

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (2)

Irlande 1979.

Cette image n’a jamais quitté mes pensées, même si l’instant a été court, la rencontre banale dans un « quartier » de Cork, loin des images d’Epinal encore. On traîne, ma copine et moi, et deux gamines sortent au déboulé de la ruelle, conversation animée, rires. Je lève l’appareil, j’interroge du regard, elles s’arrêtent, l’une s’arrête sans trop savoir quoi faire, continue de rire, l’autre recule, se cale contre le mur, dis « Okay… », et prend cette pose, elle n’a pas eu le temps de lire les graffitis, moi non plus.

Après, au tirage, et même pendant des années, je ne vois que le regard, dur et pourtant encore juvénile de cette fille qui défie, pose avec une ombre de solennité dans un quartier rude qu’elle connaît et moi pas. C’est comme ça que les souvenirs cristallisent: sur une émotion, ici la tendresse, et rien d’autre.

J’ai retenu cette image pour mon expo de novembre 2019 à cause de ça.  40 ans plus tard je déchiffre enfin les graffitis, qui n’étaient jusque là qu’un fond graphiquement intéressant pour le portrait de la fille. J’ai publié cette photo en mars 2020 sur Facebook, au lendemain de la « journée des droits des femmes », une semaine après les mots de Virginie Despentes qui appellent avec force à dégager la domination sexuelle mâle du centre de l’univers ; sous pareil éclairage, cette image est pour moi encore plus forte.

Je pense qu’elle a dû bagarrer la gamine, j’espère qu’elle a tenu bon.

photo © pierreDavid

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Carnet de photographie (1)

1974 – Un vieux Pentax 35mm SV avec sa grosse cellule Copal clippée sur le viseur, prêt d’un ami de mon père, pour m’essayer. Rechercher un cadre, apprivoiser le contre-jour, découvrir le fameux bokeh à grande ouverture. Pour fixer le souvenir, l’odeur entêtante des roses et les bouffées de juin engouffrées par la terrasse.

Une des premières photos qui ont allumé la passion, c’est pas rien.

photo © pierreDavid

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Carnets du Ralentir (2) avec TAWA

Si loin si proches | A Medio Camino (premier album de TAWA)

Plus efficace que la peur du gendarme, la prudence face au risque nous fait nous tenir à carreau, ou plutôt derrière les vitres de nos logements.  Lors des sorties nécessaires, on se jauge, on se contourne, on se social-distancie mais sur les réseaux sociaux ça crépite, ça transpire le besoin du lien, même si souvent c’est l’entre-soi qui manque le plus.  On s’occupe comme on peut et peu ou prou on gamberge.
La place publique est vidée alors comment tu me parles toi – hein ?!

photo ©pierreDavid

Peu avant que je le confine lui aussi loin des yeux, j’ai vu passer une photo dans le fil  d’un célèbre réseau social qui n’a jamais autant ressemblé au café du commerce – normal : il est fermé.  La photo d’une banderole accrochée au fronton d’une maison cossue en Italie où l’on pouvait lire : « La romantisation de la quarantaine est un privilège de classe ».

Qu’en penser ?  Pas faux si on considère que la quarantaine se vit mieux à deux dans un logement de 600m² que dans l’appartement exigu d’une famille nombreuse.
Mais pour le reste, penser à un monde meilleur ou saisir l’opportunité de booster son développement personnel requiert juste d’avoir le temps de penser – et ça, ce n’est pas un privilège de classe.  Pas de distinction de classe dans le confinement pour les femmes victimes de violences conjugales, pour les ménages avec alcoolique privé de zinc, pour les dépressifs en manque de psys, etc..  Les uns romantisent, d’autres gambergent, et quant à leur avenir, les derniers restent d’un silence assourdissant.

Faut être humble: ralentir, en ces circonstances, est un privilège.  Comme choisir de mettre le bruit du monde en veilleuse: faut pouvoir. Mais si on peut (et je le souhaite à tout le monde), raccrocher ses opinions à tout va, arrêter d’entreprendre seulement après avoir conceptualisé à mort, … pour juste faire selon son instinct et voir ce que ça donne, se construire une expérience, juste faire … Mais quelle paix !

Comment je vous parle – hein ? Faut me dire hahaha parce qu’après avoir posté le billet précédent sur FB une personne a commenté « Je ne comprends rien à ces écrits ! »
Mais une amie m’a dit aussi « J’ai l’impression de te voir ».

Parler dans le vide, c’est la situation surréaliste dans laquelle le Pr Sansonetti a donné sa vidéoconférence l’autre jour dans un grand auditorium du Collège de France.  Avait-il besoin de cet environnement gigantesque ou l’a-t-il choisi pour romantiser la situation ?  Cette image m’a rappelé une photo ancienne (voir plus haut) que j’avais prise au stade Léopold II à la citadelle de Namur en Belgique : d’autres chaises vides dans une loge latérale des structures monumentales de cet édifice quasi-impérialiste à la gloire d’un personnage aujourd’hui blâmé pour ses destructions coloniales.

Un bon moyen de calmer l’effervescence cérébrale et les gamberges, c’est encore et toujours la musique non ?

Voici un premier album intitulé A Medio Camino (A mi-chemin) : est-ce que ce n’est pas justement où nous sommes ?  Le groupe TAWA offre des compositions originales qui fusionnent dans une belle harmonie l’expressivité et les ferments de la culture sud-américaine de sa chanteuse avec des arrangements nettement marqués rock progressif et jazz-rock.  L’ensemble est très soigné, la palette instrumentale est inspirée, la postproduction très maîtrisée.

photo ©Antony Chardon

C’est une réussite remarquable pour un jeune groupe dans un exercice délicat où l’on attend que se dégage l’essence de l’inspiration tout en gardant une exigence sur la qualité de la couleur orchestrale annoncée.  Ça fait penser à la démarche – et aux albums, certes dans un style différent, de la chanteuse Susheela Raman : née en Inde du sud, élevée en Australie sans perdre le lien avec la musique carnatique de sa tradition, et dont le premier album Salt Rain a été produit il y a 20 ans par Sam Mills, auteur d’arrangements résolument jazz-folk voire pop.
Ceci dit en pensant à la chanteuse de Tawa : Trilce, d’origine péruvienne, à la voix absolument stupéfiante.  Mélodique à se damner, avec ce genre de  musicalité rare où l’on peut entendre tout un orchestre en une note. Puissante ou délicate, la voix de Trilce l’était déjà mais a gagné en assurance et en maturité depuis ses années-lycée où j’ai eu la chance de l’écouter plusieurs fois.  Elle est ici au service d’un projet très construit mais je rêve du jour où elle sentira le besoin d’un projet solo, musica nuda, unplugged, comme vous voudrez mais avec le caractère d’une Lula Pena si vous connaissez, et qui laissera son bouquet mélodieux infuser tout le champ vibratoire d’une salle qui sera loin d’être vide, je vous le garantis.
Salles pleines en attendant s’il vous plaît dès que TAWA passera en concert dans vos parages.
En attendant vous pouvez acheter leur album (à paraître le 27 mars), mais qu’ils vous offrent déjà en streaming .

 

[A suivre]

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Carnets du Ralentir (1) avec The Tindersticks

Tindersticks | Dernier concert avant quarantaine

Dans un printemps qu’on se voit contraint de goûter depuis l’intérieur de chacun son bocal fleurissent pourtant sur les réseaux sociaux nombre de journaux de confinement.  Certains sont accablés, résignés, d’autres fustigent en expertises auto-référentes, et quelques prophètes de malheur sont en balance avec les promoteurs d’un feel-good très perso. Qu’ils nourrissent l’anxiété, qu’ils cajolent, ou qu’ils saoulent – à force ! en vrai ils ne servent à rien ; ce n’est que le dernier bruit d’un âge déjà ancien, les soubresauts d’un modèle de pensée et de comportement en voie de révolution.

Mais il en est d’autres qui éclosent, organiques, au ras de l’herbe de printemps, mieux accordés à la pulsation primale, au battement de sang de ce qui fait l’être au monde.  Ces textes,  vides d’imprécations et de panique, dévoilent à mots lents les tremblements qui accompagnent la nudité, osent dire le doute puis la conviction qui poussent leurs auteurs à larguer les amarres et à s’avancer en regardant autour d’eux.  Être au monde.

On est vite très loin de la vision conceptuelle qui t’explique pourquoi telle chose est belle et les émotions qui vont avec.  On observe, on ressent, et on dit (les mots, les peintures et dessins, les matières formées, les photos, les musiques, la danse, et les histoires en scènes).  Et ce « dit », jour après jour, peut sans doute faire un journal, des carnets qui nous suivent, sans rapport et finalement bien au-delà d’une quarantaine.

Amorcé quelques semaines auparavant par la lecture de nouveaux philosophes et anthropologues qui secouent justement la pensée et l’être au monde (on reparlera ici de Vinciane Despret, Baptiste Morizot, Nastassja Martin), mon tremblement s’éteint jeudi dernier au Metronum de Toulouse à l’écoute des anglais de Tindersticks.  Lors du changement de plateau me parviennent les sms rapportant les premières mesures de fermeture des écoles ; dans le public, quelques regards échangés, quelques mots : la suite ne fait pas mystère et nous vivons là notre dernier concert avant un temps inconnu.

A ce moment, déjà, nous ralentissons, et qui d’autre que Tindersticks pouvait accompagner ce changement de régime, ce changement d’état que la musique live peut induire sans blabla, tout en puissant ressenti.

photo © Christophe Agou

On venait pour un groupe de légende, pour un peu de nostalgie, pour goûter à l’élégance et à la sophistication, mais dans la conscience aigüe de ces heures si particulières tout s’est passé autrement.  On a vécu véritablement la dernière valse, portés par des ondes – s’il faut des références – oscillant entre Leonard Cohen, les CowBoy Junkies, ou un Bryan Ferry unplugged.  Les Tindersticks ont construit avec délicatesse un tissu d’élégance qui embrase autant qu’il réconforte.  Et la lenteur de leurs opus, je vous le jure, évoque davantage des lambeaux de brumes accrochés aux forêts qu’elle ne brandit une sophistication affectée.  Sur des mélodies simples, soulignées de lignes de claviers qu’on dirait jouées par un petit enfant rêveur, les orchestrations fines laissent toute la place à la voix posée d’un Stuart Staples totalement absorbé par l’élévation qui s’empare du quintet, assurant des finishes d’une lenteur hypnotique où chaque instrument se détache jusqu’à la dernière note.  Trois morceaux qui m’ont marqué : How he entered (Stuart Staples et sa danse des poignets) ; Her, le morceau le plus enlevé (le batteur comme un sprinter d’un bout à l’autre) pour mieux apprécier la paix dans le reste du set ; Another night in, paroxysme, climax du concert (on était mûrs !) avec de jolies lumières, juste assez pour condenser le nuage qui nous ramènerait à la maison … pour longtemps on le pressentait peut-être.

Et depuis, jeunes gens ?

C’est le début du télétravail, le rodage des procédures d’accès aux ressources pour bosser, le malaise de cette intrusion des conversations, emails, fichiers du boulot dans un chez soi qui n’est plus séparé par aucun chemin du travail.
C’est le manager qui demande chaque soir d’indiquer dans un tableau notre mood  (échelle de 1 à 5), et notre estimation de la productivité dans ce nouveau contexte (en %).

Ce sont deux tourterelles que j’observe longuement chaque matin en leur filant un peu de grain.  L’autoportrait photo que je prends chaque jour.
Les CRS qui patrouillent dans le centre commercial. La pharmacienne masquée à qui je demande si elle a tout de même mis du rouge à lèvre comme d’hab’.
C’est le petit tour que je m’autorise le soir dans le parc, tant pour le soleil rasant que pour tester la  frontière avec les passants que nous impose la nouvelle distanciation sociale.

Souffler, ralentir, se mettre en boule.  Lever les yeux, observer, regarder.

Find a friend, find a lover.  Find a harbour, find a sister.
[Piers Faccini – A Storm is going to come]

photo ©pierreDavid

[A suivre]

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Le Souffle des Roses: Françoise Atlan et Shadi Fathi perpétuent la modernité éclairée d’Al-Andalus

Sous-titré « De la Perse à la Méditerranée »,  le concert de vendredi dernier au COMDT de Toulouse réunissait Françoise Atlan au chant et Shadi Fathi au setâr et au tar (cordes), au daf (percussion), et au chant.  Un récital d’une intelligence musicale rare qui tient autant à la réussite d’un pari sur la richesse de l’altérité qu’à la qualité de la rencontre entre les deux artistes – un double réconfort donc, pour l’auditoire complet.

Al Andalus désigne certes un territoire ibérique jadis sous administration arabe, mais bien plus la civilisation qui abrita dans l’Europe médiévale un foyer de haute culture cosmopolite.  Les trois traditions monothéistes y coexistaient pacifiquement et ont par le fait favorisé une alchimie rare entre les arts, laquelle a nourri entre autres un répertoire unique de chants sacrés et profanes: chants des femmes troubadours et séfarades, poèmes soufis, et jusqu’à inspirer les chants extatiques de Hildegarde Von Bingen.

Avec cette proposition de programme, le Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles (COMDT) étirait son périmètre de prospection aux confins orientaux de la Méditerranée pour mettre en valeur un dialogue brillant entre les chants judéo-arabes et la tradition persane millénaire.  Le petit miracle de ce concert relève avant tout d’une intuition subtile: celle d’un accordage sur les pulsions intimes propres à chaque tradition musicale en présence.  Après une entrée a capella sur une mélodie venue d’Arménie (majestueuse, Françoise Atlan remonte l’allée centrale vers la scène), plusieurs chants ont ainsi résonné d’une alchimie naturelle et du bruissement de langues aussi variées que le judéo-espagnol, le persan, l’arabo-andalous, l’hébreu et l’arabe.

Françoise Atlan, de par sa tradition séfarade nativement métissée, est visiblement habitée par l’identité judéo-arabe dont elle porte l’expression lyrique dans toutes ses déclinaisons.
Shadi Fathi est infusée d’une tradition musicale et poétique persanes qui – à l’école du grand maître Darius Talaï à Téhéran – l’a faite virtuose.  Mais cette artiste qui respire la poésie (autant Hâfez de Shiraz que Juarroz) bouillonne d’une rare vitalité et semble dotée d’une interface extraordinairement intuitive pour confronter avec bonheur sa tradition avec les esthétiques européennes et méditerranéennes.

A l’issue du concert, elle confie que l’évidence de ce répertoire en duo a été acquise dès lors que l’une et l’autre ont réalisé, chacune chantant ou jouant dans sa plus intime tradition, qu’on n’entendait qu’un seul chant, harmonieux – et ce jusque dans les improvisations.  Une brillante illustration en a été donnée sur un poème du grand Mowlana Rumi, chanté en persan par Shadi, alternant avec les vers d’une chanson d’amour improvisés par Françoise en judéo-espagnol . Un bijou précieux, serti dans une soirée inoubliable.

Le programme de ce récital était logiquement accentué sur sa composante lyrique, en préfiguration du stage Poésie lyrique courtoise des deux côtés de la Méditerranée organisé le même week-end par le COMDT avec Françoise Atlan et Brice Duisit.
Merci donc au COMDT d’avoir ainsi favorisé la venue à Toulouse de Shadi Fathi, inexplicablement trop rare dans le Sud-Ouest…

Shadi Fathi au Setâr photo © juan conca

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Un Regard Déplacé (photographies)

En novembre 2019 à Toulouse, j’accrochais en mode exposition quelques photos anciennes, tirées de mes premières vadrouilles plus ou moins lointaines. Une sélection centrée sur les regards croisés, les questions qu’ils portent …
En Irlande, le cycliste impressionniste, le livreur de lait, l’autocar d’un autre temps, la jeune fille qui ne s’en laisse pas compter. Au Pays de galles, la ribambelle tricotée, la femme magnétique à travers la vitrine du pub. A la frontière turco-géorgienne, scènes de la gare routière. En Tunisie, écolières des villes, lutins des oasis (et la grâce de C). Chez moi, en Belgique, la petite passagère en voiture.
Ladakh, haute vallée de l’Indus: je ne t’ai pas oublié, Moine.

(cliquez sur une image pour l’agrandir et parcourir la galerie)

Fin des années ’70. Bien après le Flower-Power, quelques honnêtes folk-songs poussent encore à  tailler la route, à se frotter au vaste monde. C’est mon tour!  Dans le sac,  je fourre à la hâte le reflex qu’on m’a prêté.

Pourtant, entre perfection du National Geographic et sophistication des studios, la photographie m’intimide. Alors je regarde ailleurs, visages et gestes des gens croisés qui me disent leur monde, questionnent mon errance. Je déclenche vite, sans trop régler, souvent sans demander.
Parfois on a un bout de conversation, parfois je repars avec la question irrésolue, vertigineuse, éveillée par des regards en équilibre où affleure l’humain.

Ces images éparses, piquées sur le chemin de peu d’années,  témoignent de la naissance d’un regard photographique.  Un regard cristallisé dans le temps long du déplacement et la vérité de la confrontation. Trace essentielle d’un pas de côté.

© collage: Nino_Nona – 10/2019

Exposition organisée dans le cadre de « Une Saison Photo à Toulouse« , au Cactus (13 Bvd Lascrosses).
Curated by Béatrice Matet – Editing: Patrick Betbeder
Illustration du titre: collage Un Regard Déplacé réalisé par Nino_Nona (Instagram : @nona_gua) 
Merci!


J’emprunte à la musicienne Shadi Fathi ce poème sensible de Roberto Juarroz:
On a tendance à croire que tout est là
pour n’être vu que par nous
comme si notre regard
était le seul critère de la réalité.
Mais l’homme et son regard se dissolvent
et tout continue à être là.
Et dans quel but ?
Pour être vu par qui ?
Il se peut que tout soit là
pour montrer qu’il n’est pas nécessaire
que quelque chose soit vu pour exister.
Voir est peut-être un épisode,
une autre chose qui se tient là.
Pourtant, on ne peut pas s’empêcher de sentir
que quelque chose qui rappelle le regard
soutient, comme l’œil les paupières,
cet autre épisode qu’on appelle réalité
.

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Hear My Voice – Piers Faccini, élégant crooner folk

Nouvel ep vinyle dans la collection Hear My Voice du label Beating Drum Records

Inaugurée au printemps 2018, HEAR MY VOICE est une collection du label Beating Drum qui met en lumière une sélection de voix contemporaines passionnantes, révélatrices d’un courant éclectique et innovant de songwriting.
En choisissant de graver quatre de ses nouvelles chansons sous cette étiquette, Faccini donne un coup de projecteur à cette remarquable collection de la musique folk du 21e siècle, qui compte déjà les opus du canzoniere Napolitain GNUT, de la chanteuse Néo-Zélandaise TUi Mamaki, et du poète-chanteur originaire de Trinidad Horsedreamer.

 A l’image du très élégant single Hope Dreams qui vient de sortir en teaser, les quatre plages de l’ep sont de sacrées bonnes chansons. Tantôt celles d’un crooner folk délicieusement hors-saison, tantôt comme reçues en tête-à-tête tellement elles sonnent proches.

Avec ses albums précédents I Dreamed an Island (2016) et Songs of Time Lost (2014 – avec le violoncelliste Vincent Segal), Faccini l’auteur-compositeur explorait les voies métissées d’un songwriting sans frontières.  Plus récemment, il a multiplié les collaborations où son grain de voix et ses mélodies atmosphériques sont venus vivifier des projets aussi variés que la tournée all-stars en hommage au compositeur Gabriel Fauré, une série de concerts avec les chambristes du Stingo Music Club, ou le ballet Arise des frères Ben Aïm à la Sainte-Chapelle.

photo Mr Cup

Pour l’ep Hear My Voice, son inspiration a puisé dans les couleurs du folk nord-américain et britannique qui ont marqué l’écriture de ses toutes premières chansons.

En face A, on retrouve ainsi des arrangements de cordes par Luc Suarez, collaborateur du premier groupe de Faccini dans les années ’90: Charley Marlowe.
Le surprenant Could Have Been You emporte dans une structure narrative qui évoque d’anciens films musicaux, Ken Coomer à la batterie nous retient du bout des baguettes, on flotte, on glisse …
Hope Dreams c’est une autre affaire, presque les mêmes cordes, plus entêtantes, et l’amertume, le désespoir qu’elles emballent … ça pince à l’âme. Voyez cette lumière dramatique, rendue avec si peu de traits dans les dessins de l’animation. Textures inédites qui raffinent la musique, bien senti!

Extrait de « Hope Dreams » / dessin & animation Piers Faccini

Face B, l’aérien Angel of Mercy et Say You Don’t Know, plus intime, rendent assez bien l’atmosphère du refuge cévenol dans lequel Piers Faccini compose à la manière d’un artisan.  Les arrangements sont ici plus minimalistes: cordes étouffées ou brillantes des guitares, moelleux de l’harmonium, qui rappellent les inoubliables atmosphères de l’album Two Grains of Sand (2009).
Say You Don’t Know en particulier, quelle belle chanson!  On ne peut plus british et pourtant le refrain, dans un petit miracle de composition, lance des harmonies qu’on jurerait jaillies des traditionnels d’Afrique du Sud ou de chœurs mélanésiens …  Pur élixir!

Une chanson peut aller droit au but: marquer l’esprit ou se ficher dans le cœur.  Une autre, plus ouverte, éveillera la curiosité, entraînera l’imaginaire de chacun.  Somme toute on pourrait concevoir la poésie comme un corpus universel, pré-existant, dont les manifestations se frayent un chemin jusqu’à nous par le talent des poètes, musiciens, peintres, artistes, … ces passeurs plus ou moins inspirés.

photo Mr Cup

Affaire d’atomes crochus, comme toujours.  Si le passeur Piers Faccini vous a touché, ses compositions et son travail éditorial au sein du label Beating Drum sont assurément à suivre.

Beating Drum Records / le catalogue et une nouvelle formule d’abonnement

Le lien pour pré-commander l’ep vinyle Hear My Voice #4: Piers Faccini
Artwork: Uncle ‘O (avec les paroles des chansons sur la pochette intérieure)

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Martin Bogren, photographe surexposé

Le photographe suédois expose à Toulouse ses séries LOWLANDS et HOLLOW 
Nouveau livre AUGUST SONG à paraître à l’occasion du festival Paris-Photo

Une vague intuition le lance sur les routes brumeuses de l’Est, ou alors c’est l’Italie le nez en l’air, ou son village natal en Suède qui l’aimante encore.  Souvent la dérive sur le sujet dure des années.  Dans la rue, il se fait confiance, un peu; il doute aussi, effroyablement, mais se force à continuer.  Jusqu’à l’illumination, parfois. Des clichés qu’il ramène, il ne sait pas toujours quoi penser, alors il prend un autre temps, avec ses lumières, ses noirs, ses blancs, ses papiers, … , comme le poète rature ses vers et recommence.

C’est sa drôle de vie, loin des compliments et du faste des vernissages. A nous ses traces et ce qu’elles nous racontent de nous.

Série AUGUST SONG - © Martin Bogren Galerie VU’

Série AUGUST SONG – © Martin Bogren Galerie VU’

On était encore dans l’effervescence des débuts du Festival Manifesto, place Saint-Pierre. De l’autre côté du pont, au bout d’un joli filé par-dessus la Garonne, l’Espace Saint-Cyprien avait eu la bonne idée de programmer au même moment le retour de Martin Bogren pour une double exposition et un workshop. Présent au vernissage, l’homme résume à ce moment l’esprit photo qui anime la ville.  Les mots pour l’accueillir et ceux qu’il prononce respirent une belle humanité; un supplément d’âme ose-t-on écrire, qui touche les amateurs venus en nombre et semble avoir également mobilisé les passeurs qui l’entourent.

L’au-delà de photos réussies

C’est sans doute un lieu commun, s’agissant du travail d’un photographe, que de souligner la qualité particulière de la lumière retenue dans ses cadrages, ses compositions, et bien sûr par ses sujets.  Avec Martin Bogren, il saute aux yeux que la lumière-matière est l’objet d’une attention toute particulière, comme la travaillerait un plasticien ou un ingé-son: traquée à la prise de vue bien sûr, frisante jusqu’à l’éblouissement – ou au contraire matée, comme éteinte; et jusqu’au développement: on suspecte quelque magie administrée dans le secret de la chambre noire aux négatifs et aux tirages.  Vous noterez aussi le choix réussi du papier lightweight pour préserver l’atmosphère singulière de la série Hollow.

Série LOWLANDS - © Martin Bogren Galerie VU’

Série LOWLANDS – © Martin Bogren Galerie VU’

Au-delà, en parcourant les deux séries, Lowlands et Hollow exposées à Toulouse, on peut également percevoir une musique au loin, bribes de chants traditionnels, ritournelles d’enfants, mais aussi de longues plaintes, quelques mélopées chamaniques, le tout nimbé de bruissements atmosphériques, ventés, un ensemble inouï qui agit en prolongement sensoriel chez le spectateur qui s’expose face aux images de Martin Bogren.

Série HOLLOW - © Martin Bogren Galerie VU’

Série HOLLOW – © Martin Bogren Galerie VU’

Sans doute avez-vous réalisé qu’au plus un-e artiste exprime son intime, au plus son œuvre aura une portée universelle parce qu’elle affranchira le public qu’elle touche, encouragera chacun-e à questionner et à affirmer sa propre individualité.  Toute fusionnelle qu’elle soit (parfois), la rencontre avec l’artiste ne s’appuie pas sur la partage hypothétique d’une même histoire mais sur la capacité d’une œuvre à faire résonner chacun la sienne.
A cet égard, les images de Martin Bogren dégagent une puissance incroyable.

Série AUGUST SONG - © Martin Bogren Galerie VU’

Série AUGUST SONG – © Martin Bogren Galerie VU’

Toujours dans le registre de l’expérience personnelle, il n’est pas rare d’entendre témoigner de la dynamique à l’œuvre dans les accrochages de Martin Bogren. Chez le spectateur s’exposant de longues minutes à l’énergie subtile des images, un déverrouillage de la mémoire et des émotions peut opérer progressivement, en écho au commerce incroyablement complexe des relations que l’on peut avoir avec les autres, juste croisés ou vraiment rencontrés, dans différentes situations ou aux différents âges de la vie.  Quelques fois on est curieux, d’autres fois le pire des misanthropes, ou au contraire animé d’une irrésistible envie d’ouvrir les bras.  Solitude et tendresse agissent là aussi comme les pôles qui font passer le courant de la vie comme elle est.

Série HOLLOW - © Martin Bogren Galerie VU’

Série HOLLOW – © Martin Bogren Galerie VU’

Quel que soit le sujet de ses séries – plus ou moins cadré comme le retour au village de son enfance (Lowlands) ou l’expérience d’une Italie fantasmée ( son livre Italia), voire l’absence de sujet comme ces années d’errances hivernales entre Pologne et Ukraine (Hollow), Martin Bogren nous touche parce qu’il ne nous montre que ce qui lui arrive, ce qui le percute.

Regard direct et confrontant des visages, postures fragiles, tendresses irradiantes ou solitudes bouleversantes, ces images sont réussies parce qu’elles ont été saisies à l’instant exact où le photographe était en phase totale avec son sujet, personne ou situation.  Et le soin apporté au tirage, à la mise en valeur de telle lumière, au choix des contrastes et des papiers n’a d’autre but que de restituer le plus fidèlement possible cette intime vibration.

Série LOWLANDS - © Martin Bogren Galerie VU’

Série LOWLANDS – © Martin Bogren Galerie VU’

Nick Cave ne disait pas autre chose en conseillant à une jeune songwriter confronté à la grosse panne d’inspiration de se mettre en condition pour recevoir la chanson, la laisser trouver son chemin jusqu’à lui.

My advice to you is to change your basic relationship to songwriting, You are not the ‘Great Creator’ of your songs, you are simply their servant. They are not inside you, unable to get out; rather, they are outside of you, unable to get in.
[N.Cave, june 2019 in The Red Hand Files]

Martin Bogren et Ingrid Coumes-Marquet / Espace StCyprien- photo © Christelle Camus

 

Exposition à l’Espace Saint-Cyprien jusqu’au 13 novembre 2019

L’occasion est rare de voir les séries exposées puisque le livre Lowlands est à présent épuisé, et que la série Hollow (hormis un portfolio déjà épuisé) ne fait pas encore l’objet d’un livre (en projet).

Les publications et tirages de Martin Bogren sont disponibles sur la Boutique en ligne de l’Agence VU’

A paraître chez L’Artiere Editions, le nouveau livre AUGUST SONG

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Dans le Delta du Rio Loco (chercher l’or fin)

Lorsqu’un festival de l’envergure de Rio Loco consacre 100% de sa programmation à des artistes féminines, c’est en soi un acte militant remarquable, conforté cette année encore par une belle fréquentation du public.  Une thématique aussi affirmative que « La Voix des femmes » peut s’illustrer de mille façons.  Heureusement, la programmation éclectique de cette édition 2019  a permis de s’en convaincre, parfois à l’écart, dans les petits bras du fleuve.

Bruno Galeone & Maria Mazzotta photo© Giulio Rugge

Par les temps qui courent, il faut saluer la constance du Festival Rio Loco sur sa ligne éditoriale, sa programmation ouverte, et la célébration des cultures du monde, qui forgent son image de festival engagé.  Bien sûr, un gros festival situé au cœur de la ville (étudiante) et programmé au début de l’été n’attire pas que des militants !  Et tant mieux pour l’équilibre financier de la manifestation. C’est aussi un trait de l’époque, saturée de concepts bien-être, de challenges drivés par la pube, de « places-to-be » vantés par une presse branchouille, que de se construire des expériences à checker d’un selfie plutôt qu’à ressentir.  Des mondes coexistent, c’est comme ça.

On retiendra ce qu’on veut d’un festival, on trouvera ce qu’on cherche – ou ce qu’on nous suggère de chercher ?  Ainsi le fêtard tamisera du kif côté sound-systems, d’autres viendront valider le gros son dont les femmes sont aussi capables que les hommes (ha bon c’était ça l’idée ?), voir si la miss incarne vraiment les divas jazz du passé, recevoir le message punchy d’une femme « puissante », ou conforter le story-telling intime d’une autre…

Mais des fois ça ne colle pas.  Sono mondiale, girl-power, postures sophistiquées, et incantations formatées, ça ne fait pas toujours une œuvre sincère et touchante pour autant.  Câblé comme ça, c’est forcé qu’on vive un festival autrement, à dériver entre toutes les scènes, à tamiser la musique et les sensibilités, au seul risque de trouver quelques pépites.

Comme, par exemple, la puissance organique de Maria Mazzotta.  Rien à voir avec son énergie qu’il serait cliché de réduire à ses interprétations de pizzicas ou de tarentelles.  La puissance de Maria, ce sont un tempérament et un répertoire enracinés dans les traditions pour dire des choses ultra-contemporaines sur la condition et les richesses des femmes.  Maria chante, et tout est dit.  Parfois sans battage médiatique, comme ici en duo avec Bruno Galeone, à la médiathèque Empalot / Toulouse, dans une décentralisation emblématique qui est tout à l’honneur du Festival.

Ou la maturité rayonnante de Kate Tempest.  Son regard bleu dont la douceur témoigne de mille vies et dit la fragilité, l’espoir de la nôtre avec une fraîcheur bouleversante.  On entend Shakespeare jeune dans la scansion de cette fine dramaturge qui a su habiller son show d’une ligne claviers-machines digne de la haute-couture.  Tout était subtil dans ce concert augmenté.

photo P.David

Comme la bravoure de Moonlight Benjamin, jamais déviée de son combat de femme Haïtienne – et c’est pas du blabla.  Comme tant d’autres belles artistes, ces femmes dont Angélique Kidjo rappelait le rôle essentiel dans la société africaine, où la culture tient par ailleurs une place prépondérante.

L’Afrique sera la thématique du Festival Rio Loco 2020.

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Aurelia Thiérrée, comédienne avec voix au Marathon des Mots de Toulouse 2019

Au Marathon des Mots, la célébration de la littérature fixe souvent des heures inoubliables par la grâce de quelques voix singulières, incarnées par des artistes qui ne sont jamais aussi touchants que lorsqu’ils s’abandonnent au texte, loin de tout personnage à construire.  Le Marathon peu compter sur ses habitués, alors parlons ici d’une nouvelle voix, d’un charme à découvrir puisque ses derniers spectacles, sans paroles, sont à écouter exclusivement avec les yeux.  Vous avez vu L’Oratorio d’Aurelia, Murmures des Murs et vous attendez Bells and Spells.  Aujourd’hui tendez l’oreille : Aurélia Thiérrée, comédienne avec voix, sera aux Carmélites les 27 et 28 juin.

photo Benjamin Travade

Ses premiers pas sur scène, c’était à trois ans, dans les spectacles de ses parents avec  leur Cirque invisible lors de tournées en Europe. Chez les Thiérrée-Chaplin, le spectacle, c’est une histoire de famille – on ne vous apprend rien. Sœur de James, fille de Victoria et Jean-Baptiste, nièce de Géraldine, petite-fille de Charlie, …, Aurélia est très à l’aise pour leur reconnaître l’inspiration et non l’influence ; cette inspiration qui pousse à une énergie et à une créativité toutes personnelles.

 Sa route à elle passera par New York, où elle travaille avec Pavol Liska, David Leveaux, Stephen Kennedy Murphy, Chelsea Bacon et avec le collectif Shashama. Au cabaret Cirque, elle tourne internationalement pendant trois ans avec le groupe Tiger Lillies. Puis a Berlin au Winter Garden Palace, dans un spectacle de variétés. De retour en France, elle crée avec Victoria Thierrée Chaplin, sa mère, L’Oratorio d’Aurélia, qui tourne partout dans le monde pendant 8 ans. Suivra Murmures des Murs qui était encore sur les routes il y a peu, cédant la place depuis l’hiver dernier à Bells and Spells (dont on murmure (ha !) qu’il sera programmé dans la région toulousaine début 2020…).

Au cinéma, elle tourne avec Antoine Desrosieres, Colline Serreau, Jacques Barratier, Jalil Lespert et Guillaume Nicloux, Milos Forman et plus récemment avec Jay Craven. Hors ses propres créations, elle a joué ces derniers mois au théâtre dans Le Dernier Métro, adapté du film de François Truffaut, et dans La Traviata de Verdi au Théâtre des Champs Élysées à Paris.

Quelques publics chanceux ont pu la voir dans l’exercice de lecture publique aux côtés d’Arthur H ou de Denis Lavant avec La Dame au Petit Chien de Tchekhov, dans une mise en scène de Razerka Ben Sadia-Lavant.
A Toulouse, nous cueillerons comme une faveur la découverte d’une artiste confiant dans un pas de côté  l’intime de sa voix pas si connue, doublure secrète des personnages enchanteurs des spectacles poétiques qu’elle promène à travers le monde.

Duos de voix nues, poésie tissée, puisqu’elle lira en compagnie de Mélodie Richard : La Veuve Basquiat, de Jennifer Clément (Chapelle des Carmélites – jeudi 27/06 à 19h00), et avec Elizabeth Masse : Âpres cœurs, de Jenny Zhang (Chapelle des Carmélites – vendredi 28/06 à 16h30)

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‘Je t’écris fenêtres ouvertes’ – Poésie de la mi-distance

On a connu les débuts d’Isabelle Alentour en poésie alors qu’elle éparpillait sur les réseaux sociaux ce qui n’était alors que le miroitement fragmenté de son coming-out en femme écrivant. 
Une révélation à elle-même, en premier, avant que viennent la reconnaissance des premiers cercles, les publications dans les revues défricheuses, jusqu’au frémissement qui précède la première édition d’un objet-livre adoré.

Je t’écris fenêtres ouvertes a pris forme dans les creux d’un amour naissant.
Dans l’éloignement géographique des premiers mois, l’écriture est apparue comme un flux entre deux pôles distants, électriques ou magnétiques.

Il va me falloir
Ton ombre
L’étirer
M’en draper chaque nuit comme d’une peau de patience
Matin après matin
Abandonner mes heures aux ombres de la nuit
Et faire des mots d’hier le lit des lendemains

L’écriture comme mouvement, tantôt puissant de courants en eaux profondes, tantôt affleurant de caresses légères au corps toujours conscient.
Une poésie libre dit ici la distance du regard sur l’autre autant que la fragilité du soi dans les désordres amoureux.  Et les bribes autour, les bruits du monde, les feux de bois, les lumières des jours et:

Un silence en forme d’arbre ou de nudité je ne sais pas
Je t’écris fenêtres ouvertes sur la nuit en attendant que se réveille l’arbre ou que se dévoile la plaine Cette nuit est trop chaude pour un homme qui marche depuis longtemps trop transparente pour un homme nu trop enveloppante pour un solitaire
Le monde ne sera plus jamais le même
Sans doute en va-t-il de toutes les mains et de toutes les peaux et de tous les corps qu’on a frôlés ou caressés Il arrive un moment où on ne les a ni frôlés ni caressés En quelque sorte c’est comme si on n’avait jamais frôlé ou caressé
Le monde n’est déjà plus le même

Dans tout poème se nichent un rythme et une voix.
Le rythme, chez Alentour, semble tenir son harmonie, son évidence d’une connexion quasi-organique avec la respiration, la pulsation du corps et les instants du cœur ; elle explore, affine son écoute jusqu’à la palpitation, au battement du sang.   Pour le lecteur, ce transport est bouleversant.

Aussi ne fallait-il pas manquer l’occasion d’entendre la voix de ses poèmes par Isabelle Alentour en personne.  Tout texte peut vivre mille vies dans l’interprétation des autres – et chaque lecteur en écrira sa petite musique.  Mais sa vibration originelle, dans le jaillissement intime de son auteur, demeure un témoignage singulier. 

Une lecture était organisée hier jeudi 8 mars par la librairie L’Autre Rive à Toulouse, avec un trio de femmes-poètes : Alentour donc, Lili Frikh et Laure Anders, toutes trois portées avec passion par l’éditeur Antoine Gallardo (La Boucherie Littéraire) également présent. 
Vu l’affluence,  ce fut une première réussie pour L’Autre Rive, dans le genre « poésie ».

Je t’écris fenêtres ouvertes et les publications de La Boucherie Littéraire sont disponibles à la librairie L’Autre Rive, 24 avenue Etienne Billières à Toulouse (St Cyprien / Patte d’Oie)

Cette forme de circuit court est exemplaire – qui voit réunis auteur(s), éditeur, libraire et lecteurs.  Elle préserve l’intime et la qualité du partage, c’est ainsi que se goûte la poésie pas vrai ?  Souhaitons alors que le témoignage de ces événements réussis encourage d’autres initiatives du genre.

Suivre Isabelle Alentour dans ses prochaines actualités:
En mars sort « Louise », aux Éditions Lanskine.
Et en juin « Ainsi ne tombe pas la nuit », aux Éditions iXe, qui fera l’objet d’une « Lecture mise en espace », un projet porté par Chloé Bouiller et la compagnie Draoui production.


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Zsuzsanna, princesse délocalisée à l’enseigne du cœur-à-cœur

Hongroise installée à Paris, artiste hors-catégories dans le music-business,  Zsuzsanna dévoile au fil de quelques concerts et sorties de résidence perlés depuis une bonne année un nouveau répertoire : Simple Prayer, en préfiguration d’un album fraîchement mixé.
Si les tonalités tziganes et yiddish de ses débuts sont toujours dans la palette, les nouvelles chansons, aux textes plus personnels, écrits en anglais, marquent le passage à une écriture de la maturité, qui voit l’artiste maîtriser l’expression de l’intime dans une résonance universelle.  Parce qu’une chanson, c’est vrai, ça peut toucher en plein cœur.
Entourée d’un quintet au mieux de sa forme, elle sera en concert ce vendredi 25 janvier au Forum Léo Ferré à Paris.

©photo Vincent Bourre

Question : Dans les temps chahutés qu’on traverse, aller au concert, disons même : aller à la rencontre des créations artistiques en général peut-il être autre chose qu’un passe-temps ?

Dans un excellent essai sur la croyance (cette certitude sans preuve), le scénariste Jean-Claude Carrière souligne à juste titre que pour combattre les peurs existentielles ou autres qui agitent l’esprit humain, « le savoir n’est qu’une distraction, une consolation passagère. »  Qu’en est-il de l’art, de la culture – ces grands mots? Plongé dans la préoccupation permanente après dix samedis consécutifs de manifestations plus ou moins violentes, accablé par le métro-boulot-dodo sans horizon, ou dévasté par le spectacle du cynisme politique ambiant, se retrouver embarqué par de bons amis pour aller au concert va-t-il juste me changer les idées ?
D’une manière générale, ça fera le job pour la soirée, on est d’accord. Mais après ?  Qu’est-ce qu’il en reste ? Je fais référence aux images d’un public en extase au sortir d’une grand-messe d’Ibrahim Maalouf ou à ceux qui repassent en boucle cette captation live du Mother de Zsuzsanna.
Qu’est-ce qui est à l’œuvre ?

Art as therapy ! assénait en 2014 l’exposition du même nom au Rijksmuseum d’Amsterdam.  Conçue par le philosophe et théoricien de l’art John Armstrong et l’auteur-conférencier Alain De Botton, une sélection de tableaux de maîtres était accompagnée de commentaires sur l’interaction entre ce qui émane de l’œuvre et l’individu regardant, l’art agissant selon ces experts comme un « outil thérapeutique offrant la capacité de devenir une meilleure version de soi-même. » (2) Fichtre… 

Oui mais bon … Quand même, est-ce qu’on n’a pas, chacun dans un coin de sa tête, une chanson, un aria, un prélude, un chorus, un solo, … dont on peut dire : c’est ma chanson, c’est l’histoire de ma vie, … ?  On a sans doute une anecdote, une circonstance à raconter, chacun la sienne c’est entendu, mais derrière, quelque chose a déclenché.

Peut-on simplement convenir que ce quelque chose est aussi contenu dans la chanson, dans le morceau de musique,  et que cette chanson – toute œuvre d’art qui touche – doit posséder une charge minimum pour que cela opère ?  Une charge vibratoire j’entends – pas de panique, on ne verse pas dans l’ésotérisme : les langages non-verbaux touchent quand même nos sens !

Et il ne faut pas être expert ni Alain De Botton pour affirmer le pouvoir de la musique.
Dès son apparition dans le Delta du Mississippi dans les années ’20, on sait – par l’expérience – que le Blues soigne.(3)
Leonard Cohen a longtemps été jugé invendable par les éditeurs de l’industrie musicale et nombreux sont ceux qui, aujourd’hui encore, jugent ses chansons juste lugubres et déprimantes.  Mais ceux qui sont allés au contact : un concert ou le visionnage de ce fabuleux documentaire  Bird on a wire (4) en reviennent touchés, et parfois avec quelques clés.

Voilà ce qu’on peut dire : l’expression la plus intime de l’artiste, dans une œuvre peaufinée pour traduire au plus juste cette impulsion, a toutes les chances de trouver un écho universel, entendez : convaincre un individu qu’il peut lui aussi trouver dans sa propre expression intime des ressorts pour son existence.  (5)

©photo Pierre Dolzani

Ainsi Zsuzsanna, artiste éminemment sensible et sincère.  Chez elle, les chansons affleurent d’abord dans le ressenti autour duquel vont se tisser les mots pour le dire et la composition musicale.  Un travail libre et long, exigeant et têtu, sans quoi le poème, la chanson, ne sonneraient jamais juste.

Artiste rare, il faut faire un pas-de-côté pour dénicher Zsuzsanna dans le flow inaudible de la diffusion musicale.  Dans ces criques abritées, encore hantées par Leonard Cohen ou Lhasa, on trouve aujourd’hui d’autres inclassables, comme la magnifique Lula Pena,  l’organique TUi Mamaki, la perle (trop) cachée Jenny Lysander, ou encore le bouleversant Napolitain Claudio GNUT.

Lula Pena

Encore une fois : tout le monde n’aime pas.  Mais si ça déclenche, c’est magnétique…

Et inspirant.  Voyez cette vidéo Mother de Zsuzsanna.  De l’histoire intime, à n’en pas douter, mais une intensité faite sienne par chacun des musiciens : regardez cette vignette sublime sur le visage du contrebassiste Sébastien Gastine par-dessus l’épaule de Zsuzsanna, dont la voix céleste et  enveloppante nimbe d’un bout à l’autre l’atmosphère de ce live. Rien de superflu : chaque instrument, chaque note est à sa place ; le quintet est à son meilleur niveau.

Chansons émouvantes, consolantes, il en est d’autres dans le set de Zsuzsanna pour mobiliser, engager dans un monde plus fraternel.  Car il ne faut pas se fier à ses airs de princesse : celle-ci est résolument délocalisée au pays des drames personnels et des injustices douloureuses pour y ajouter plus de douceur.

Zsuzsanna: voix, accordéon
Csaba Palotaï: guitares
Frederic Norel: violon
Sébastien Gastine: contrebasse
Steve Argüelles: percussions, batterie
Stan Grimbert: vibraphone

zsuzsanna-varkonyi.com

L’événement Facebook ou le site du Forum Léo Ferré à Paris pour les détails du concert

(1) Jean-Claude Carrière ‘Croyance’ Odile Jacob 2015

(2) Art as therapy A.de Botton/J.Armstrong – Phaidon 2013
“This book proposes that art (a category that includes works of design, architecture and craft) is a therapeutic medium that can help, guide, exhort and console its viewers, enabling them to become better versions of themselves.”
L’observation n’a rien de révolutionnaire en 2014 et on s’est habitué depuis longtemps aux déclinaisons mercantiles et aventureuses sur le marché du Bien-être avec produits qui dorlotent l’ego.  Oui mais bon (bis) … Si l’incantation « Fréquentez la Beauté ! » retentit à outrance dans les magazines, les pratiques thérapeutiques sont dans le même temps en train de sortir du seul dogme scientiste et l’art-thérapie clinique commence à se mettre en place.

(3) Le Blues offre donc ce paradoxe si simple et qui se confond avec la vie: une succession de souffrances et d’extases. Au cœur des chansons de Blues les plus tristes, les plus tragiques, vous sentez la vie revenir en vous, plus forte que jamais. C’est la force du blues, son miracle (D.Ritz in ‘Le Blues est dans le sang’).

(4) Leonard Cohen: Bird on a Wire (1979) Réal. Tony Palmer (ré-edition 2010)

(5) Ou pas ! J’avais un jour chroniqué une chanson sous cet angle et un lecteur avait commenté :  Tout ça pour une simple chanson ?!   Hahaha. 

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Le duo Courvoisier – Halvorson – L’avant-garde au-delà du Jazz

Étincelles et volutes impressionnistes en vue avec la guitariste américaine Mary Halvorson et la pianiste compositrice d’origine suisse Sylvie Courvoisier, figures marquantes de la scène alternative jazz new-yorkaise. Cordes rythmées et cordes mélodieuses seront en dialogue ce jeudi 11 octobre sur la scène de la Salle Nougaro dans le cadre du Festival Jazz sur son 31 en partenariat avec le Conseil départemental de la Haute Garonne et Un Pavé dans le Jazz.

Duo Courvoisier Halvorson © C.Mardok

Duo Courvoisier Halvorson © C.Mardok

Crop circles, titre de leur album commun paru en 2017, emprunte mystère et enchantement à ces phénomènes de cercles géométriques observés (de haut) dans les champs de céréales.

Voici deux filles aux univers forts, très personnels, et plus qu’affutées pour l’improvisation, qui conjuguent abstraction poétique (« Woman in the Dunes »), limbes et profondeur (« Absent Across Skies »), grain de folie et gravité (« La Cigale »), avec l’aisance que seule autorise une grande maîtrise et une grande culture.

Deux habituées des duos autant que des grands ensembles : citons sans hiérarchie Mark Feldman, Drew Gress, Marc Ribot, Kenny Wollesen, Ellery Eskelin, John Zorn, Erik Friedlander, Herb Robertson, Enrico Rava, Evan Parker, Bill Frisell.

Deux têtes, deux lames dira-t-on mais douées pour le partage, la communauté, les cercles, les ronds dans l’eau.  Quatre mains pour un seul cerveau, capable de se couper en deux comme celui de Courvoisier au piano lorsqu’elle abandonne sa main droite dans une poursuite serpentine des notes d’Halvorson, alors que la gauche offre sans effort l’harmonie cordiale qui soutient l’ensemble (“Downward Dog”).

Duo Courvoisier Halvorson © C.Mardok

Duo Courvoisier Halvorson © C.Mardok

D’autres compositions (“Your Way”) démontrent que les jolies mélodies, immersives, captivantes, ont aussi leur place dans l’avant-garde.
Cette avant-garde est bien au-delà du jazz ; on pense – sans nostalgie mais dans l’esprit –  à cette époque bénie des ingénus visionnaires comme Satie, Fauré, Ravel, Debussy …

C’est la musique sur son fil, aux avant-postes mais pas que pour la forme : pour le ravissement des sens, toujours.
Et ça fait partie de la programmation audacieuse de la Salle Nougaro de Toulouse.

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Les Instants du Corps / This Body Now : Quand le poème serpente à travers toi

Poèmes bilingues de Dom Gabrielli (Editions Bazart Poétique)

« La poésie, personne n’en lit » (Marc Guimo)
Si on parle de ce genre cultivé dans un entre-soi, au formalisme accentué par la rime,  et chargé de souvenirs du collège … c’est assez probable.  Certains y reviennent pourtant par d’autres voies, comme le rappeur Gael Faye qui est loin d’être un illettré.
Dans sa langue de terre crue, la poésie de Dom Gabrielli apporte au genre et au texte ce que le Free fit au Jazz, en connectant l’expression à l’écoute des musiques de l’intime.
Les poèmes bilingues de son dernier recueil This Body Now / Les Instants du Corps réinitialisent une interface charnelle avec notre monde.

Depuis toujours – depuis qu’on peut la lire éditée – la poésie de Dom Gabrielli marche au bord des abîmes, fussent-ils flagrants comme les lèvres d’un volcan ou aussi subtils que les interstices de toutes natures.  L’exposition permanente de sa plume aux instants de basculement, cette plume qui ne connaît que les assauts propres à déchirer les voiles devant la nudité, voilà qui fait penser au poète antique : celui qui entend et interpelle, celui qui absorbe et recrache.

Si le poète est capable de dire la pulsion originelle  la plus enfouie dans la conscience de l’Homme, c’est-à-dire le désir, Dom Gabrielli ajoute ici en conscience sa peau offerte au battement de sang de la Terre.

Traversé, transpercé par leurs douleurs autant que par leurs éblouissements (de la terre, de l’Homme), le seul devoir qu’il s’assigne est de trouver le mot juste – ou le silence, tâche ardue quand on veut être à la hauteur du ressenti intime  sans trahir (le sang de la Terre, le désir de l’Homme).

pas d’âme pas d’esprit
qu’y a-t-il d’assez réel pour m’affronter
se nourrir des rasoirs morts de la beauté
boire le chant des hirondelles
parce que nous sommes tous les noms
tous les surnoms des instants de nous-mêmes

Sur un thème différent, la poète Samira Negrouche sait d’instinct ce chemin :

Qui donc parle pour les ancêtres ? (…)  La mémoire complexe des musiques souterraines est la voix tenace et vibratoire des ancêtres. (…) Je creuse dans le poème avec le souci de ces musiques souterraines, le silence est le relief, et mes ancêtres n’ont pas de frontière.
[Qui parle ? in revue Arpentages , n°2 – février 2018]

 

Nona1

© Nona 2018

 

Un jaillissement, deux langues

Dans cette entreprise bilingue, Dom Gabrielli a travaillé avec la poète Laetitia Lisa.  S’ils ont en commun le souci de ne pas trahir, impossible en revanche de contraindre à l’unisson pour solliciter la part intime qui fera le mot, la prosodie, la couleur du poème.  Dans cette mesure, convenons que nous lisons ici deux poètes, remontés chacun de leurs musiques souterraines avec leurs mots pour « exprimer » les élancements de Gabrielli.  La tension entre deux pôles fait l’énergie et la dynamique du poème et elle se prolonge assurément dans l’esprit du lecteur.  Ce recueil n’est-il alors pas abouti ? Aux poètes de le dire, mais une rivière n’est-elle pas renouvelée à chaque seconde ?

L’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier se trouve aux prises avec la même nécessité :

Quand j’ai voulu raconter ces premières randonnées, j’ai bientôt compris que le langage dont je disposais alors ne ferait pas l’affaire, il était trop maigre, nerveux, moral, rhétorique, linéaire.  Il me fallait des mots rêches comme un tissu villageois, lourds dans la main comme les galets noirs du Péloponnèse, légers comme la cendre la plus fine pour les spéculations enchanteresses du soufisme iranien.

This Body Now Les Instants du Corps

© photo Laetitia Lisa

Dom Gabrielli n’est rien moins que présent au monde, un monde secoué, assassiné par les arrogances et les cruautés, un monde qu’il arpente avec une rage, une intransigeance jamais prises en défaut.  Ce voisinage périlleux ne lui laisse d’autre choix qu’une poésie incandescente, une poésie d’avant l’écriture, métal en fusion avant qu’il se fige dans un usage asservi.

y a-t-il
une autre identité
que cette complainte
les instants du corps
cette main nomade
parcourant
les rues en guerre
je te cherche
retourne ta peau
violoncelle orphelin du temps perdu

Pour Gabrielli, le corps, la peau  – notre interface originelle, entre nous, et avec la Terre – sont le lieu de cette bataille et de toutes les brûlures. De tous les réconforts aussi.  Déjà présente dans ses précédents écrits, cette dimension charnelle devient ici essence, et seule trace, telle la mémoire de l’eau qui ruisselle.

touchant les lendemains de turquoise
le sel
de ton souvenir
la prière de tes jambes
les adieux silencieux du soleil rouge

 De tous les réconforts aussi

douceurMauve

 

Nona2

© Nona 2018

 

Alors, la poésie, personne n’en lit ?

Mais on n’est tenu à rien me semble-t-il… Aucun devoir, aucune posture, c’est du passé tout ça.  Hors la nécessité d’agencer une librairie, c’est même en faire un genre qui la piège dans le cliché alors qu’elle nous colle à la peau. La poésie est la trame intime de nos paroles d’instinct, la vibration de la conscience quand l’Etre reconnaît ses moments de vérité, heureuse ou dévastatrice.

L’écriture de Gabrielli résonne de tous ces états, et ce recueil en particulier dégage l’irrépressible sensation d’avoir été composé  au fil de l’eau, comme on traverse une journée ou une saison d’Homme dans un monde contrasté, tantôt désespérant, tantôt la Beauté-même.  Et ainsi se donne-t-il à lire, procurant une à une les sensations aigües et toutes les révélations possibles d’une goutte d’eau perlant sur la nudité d’un marbre italien.
Charnel vous dis-je …

This Body Now / Les Instants du corps est un livre qui tient dans la chemise.

ce n’est pas ce que je dis
c’est ce que je ne dis pas
la fleur d’amandier sait
la couleuvre noire
tu le sais
lorsque tu n’es pas toi
quand le poème serpente à travers toi
vers une vérité insaisissable

 

Dom Gabrielli

 

This Body Now / Les Instants du Corps est paru en octobre 2017 aux Editions BazArt Poétique

La page Facebook Dom Gabrielli Poetry

Du même auteur, deux autres ouvrages en édition bilingue :
Corps Parallèles / The Parallel Body (Christophe Chomant Editeur, 2013)
Voici le Désert / Here is the Desert (L’Aile Editions, 2014)

Ps J’ai inséré deux dessins de Nona en résonance personnelle avec ma lecture du recueil.  Ils ne font pas partie de l’ouvrage chroniqué. (P.David)
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Simple Prayer – Nouvelles résonances Folk pour Zsuzsanna

En concert au 104 à Paris le 11 octobre 2018

Zsuzsanna

Dans la nudité des pierres du petit prieuré de Cézas (Cévennes méridionales), une simple voix s’élève et confie à la voûte séculaire l’âme de quelques chansons nouvelles. Une lente vibration se forme et confirme, mieux qu’un jury et sans aucun mot, ce qu’est une bonne chanson.

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Zsuzsanna et Csaba Palotaï, guitariste et arrangeur de l’album – Prieuré de Cézas

Dans les mois qui suivent, l’onde de Cézas irrigue l’écriture de nouveaux titres et voit l’artiste réaliser qu’une nouvelle page se tourne. Folk émancipée des conventions, lecture personnelle d’un monde déroutant et concert magnétique, ‘Simple Prayer’ installe en douceur une conscience poétique qui donne du cœur au ventre.

Zsuzsanna

©photo Pierre Dolzani

Après son récital A Place Called Love en juin dernier au Studio de l’Ermitage, ne manquez pas ce concert d’exception, en préfiguration d’album, avec un merveilleux quintet.

Vous pouvez réserver vos places sur le site du 104 – lien ici

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HORSEDREAMER : Folk légère aux paroles tranchantes: Hear My Voice!

Après GNUT et TUi Mamaki parus en mai, HORSEDREAMER est le 3e opus dans la collection Hear My Voice qui se pose en éclaireur des nouvelles voix folk du 21e siècle au sein du label Beating Drum.
C’est aussi le deuxième EP pour ce duo, l’occasion d’emprunter à notre ancienne chronique de quoi faire le pitch sur la genèse et la singularité de cette collaboration stylée entre le poète-performer Roger Robinson et Piers Faccini.

HORSEDREAMER 2000X2000

Lignes mélodiques et arrangements installent un univers doucement bucolique et une allure de cavale qui s’accorde à merveille à l’esthétique visuelle « grands espaces » déclinée dans les différents clips vidéo réalisés par Piers Faccini sur les deux EP du groupe.
Mais cette suggestion de folk légère est tissée de paroles plutôt tranchantes, dans la ligne très actuelle de l’écriture résolument engagée de Roger Robinson.

Les quatre chansons de ce nouvel EP défendent la figure de l’anti-héros et tracent des parallèles avec la survie radicale suscitée par la donne économique et politique actuelle.  Cette réalité infuse dans leurs chansons, avec la mélancolie de celui qui se sent pour toujours l’étranger, mais aussi la révolte et l’instinct de survie des populations déplacées.  Horsedreamer est le chant du nomadisme ancestral de ses deux auteurs, l’écho qui descend des sommets jusqu’au fond des vallées.  Des déserts les plus rudes aux prairies verdoyantes, doucement dans le murmure du vent chante Horsedreamer.

Roger est un formidable story-teller.  Pour lui une histoire racontée est d’abord un cadeau, une sincérité primordiale qui fait l’élan, l’accroche, et le courant qui passe.  Les arrangements minimalistes dans un style folk épuré vont ensuite transporter sans l’affaiblir l’émotion originelle vers l’audience, le public.

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© P.David

L’EP va chercher ses influences du côté des Narcocoridos (voir wki plus bas) et du folklore western. Un nouveau sous-genre est né,  baptisé « gangsta folk ».  Douces polkas pour poésie acérée…

Sweetmeat est la dernière complainte de la victime du prédateur aux sentiments.
Feast on the sweetmeat of my feelings / Don’t you choke on my broken heart

A Thousand Stallions, chant d’espoir éperdu de celui qui a laissé son foyer pour les mirages d’un nouveau monde.

Trigger est une histoire de cavale joliment illustrée par la vidéo de Piers Faccini.

Billy The Kid – vous avez dit “western”?
Quand Billy était un enfant / Il pliait le monde entier à ses quatre volontés / S’assurant que chacun souffrirait autant que lui

Compositions, arrangements, interprétation instrumentale, réalisations vidéo : Piers Faccini est donc au four et au moulin sur ces chansons.  Certes,  mais la voix du frontman est souvent ce qui signe l’identité d’un groupe musical, ce qui déclenche l’adhésion.  Roger Robinson est alors particulièrement  fondé à prendre le relais et porter haut cette collection siglée comme une incantation : « Hear My Voice ! »

Comme pour les autres EP de la collection, les pistes sont mixées en finesse par Francesco De Nigris (NGR Studio Recordings) et la mastérisation (dont une version optimisée vinyle) est assurée par François Fanelli (Sonic Mastering).  Le design d’Oliver Carrier aka Uncle’O, right-to-the-point, est juste parfait et faut être doué pour ça !

Hear My Voice réunit le travail soigné de plusieurs artisans : son esthétique repose sur la qualité des artistes – sans quoi le concept ne serait qu’une enveloppe !,  et le support vinyle concrétise l’objet collector et justifie cette offre alternative au tout-puissant streaming dématérialisé.

Au-delà de l’opération de communication, une collection a des chances de perdurer et de trouver son public si elle dégage une singularité qui parle à son époque.  C’est également un travail créatif porté par le directeur de collection par exemple chez un éditeur en littérature.  Piers Faccini se pose ici en curator, terme plus académique que l’on traduit parfois par leader d’opinion mais qui se résume au phénomène assez courant de la découverte (de lectures, de musiques, d’expositions, ..) au gré des recommandations ou des suggestions exprimées par des personnes dont on pense partager la sensibilité.

Le temps dira ce qu’il adviendra de Hear My Voice.  Mais quel beaux débuts !!!

Les vinyles de la collection sont disponibles auprès du label: ici
ou sur les plateformes:
GNUT: http://smarturl.it/HearMyVoice1
TUi Mamaki: http://smarturl.it/HearMyVoice2
Horsedreamer: http://smarturl.it/HearMyVoice3

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On pourra en juger en live à l’occasion du concert organisé cette semaine par le label pour présenter ses nouveaux artistes : un plateau exceptionnel qui réunira la Néo-zélandaise TUi Mamaki, le Napolitain Claudio Domestico aka GNUT, et le Trinidadien de Grande-Bretagne : Roger Robinson (HORSEDREAMER).

La soirée présentera également YelliYelli, une chanteuse précédemment éditée sur le label.
Manquera à l’appel la fabuleuse Jenny Lysander, dont l’album Northern Folk (Beating Drum) nous avait ébloui.  Mais on la reverra un jour : c’est une comète à l’orbite longue…
Et en backing band, outre Faccini, des musiciens pointus et recherchés: Simone Prattico aux drums et Malik Ziad à la mandole et au guembri.

Ca se passera le 17 août dans les Cévennes dans un cadre bucolique et on peut réserver ici: grange@bouilloncube.fr
Bouillon Cube – https://bouilloncube.fr/
Tarif vendredi 17/08 : 8 euros

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Un narcocorrido (prononcé en espagnol : [narkokoˈriðo], ballade de la drogue) est un sous-genre du norteño–corrido (ballade du nord), une musique folk traditionnelle du nord du Mexique, à partir duquel plusieurs sous-genre ont évolué. Ce type de musique se retrouve des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. La base rythmique est une polka dansable à l’accordéon. Les premiers corridos, qui se concentraient sur les trafiquants de drogue – les « narcos », de « narcotique » – remonte à Juan Ramírez-Pimienta dans les années 1930. Les tout premiers corridos remontent à la révolution mexicaine de 1910, et racontaient des histoires sur les combattants révolutionnaires. Les critiques musicales ont aussi comparé les paroles du narcocorrido au gangsta rap et au mafioso rap1,2.

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Un peu, beaucoup, alla follia : Pulcinella invite Maria Mazzotta

Préfiguration d’un concert annulé (risque d’intempérie)

Dans un été déjà bien monté en température (merci la Coupe et le bal des pompiers), le festival TOULOUSE D’ETE ne craint pas de chauffer à blanc une ardeur festive garantie cette fois sans compétition : musique et danses endiablées pour tous sous les lumières du bal.
Pour une édition al dente de son show LE GRAND DEBALLAGE , Pulcinella  invite une chanteuse – et quelle chanteuse:  MARIA MAZZOTTA, une des personnalités les plus emblématiques des Pouilles au sud de l’Italie.  Pour cette exclusivité TOULOUSE D’ETE , le quartet toulousain « qui se prend pour un orchestre » a réalisé des arrangements inédits autour des chansons de l’immense folklore méditerranéen porté par Maria Mazzotta.

Maria Mazzotta & Pulcinella
© Photo – Lionel Pesqué

Plantons le décor.  Puis écoutons la Signora et Ferdinand Doumerc (Pulcinella) raconter leur version de l’histoire.

Le Grand Déballage de Pulcinella est de ces spectacles qui ne laissent personne indifférent, car si la qualité et l’invention musicales sont au rendez-vous, c’est avant tout un bal qui file la bougeotte, toutes générations confondues.  Certes, Pulcinella peut faire dans l’intime, dorlotter à la langoureuse, mais ces malicieux ambianceurs sont aussi capables de lâcher tous leurs chevaux, passant du cercle circassien au funk, de l’afrobeat au merengue ou au paso doble.  Sans oublier la tarentelle car la sensibilité italienne de Pulcinella n’est pas une nouveauté.

Mais plus récemment, Florian Demonsant, l’accordéoniste du quartet, a réalisé un vieux rêve en intégrant son personnage dégingandé et une prestation musicale aussi attachante que déjantée dans l’inoubliable spectacle STRAMPALATI de la Compagnie Circ’Hulon – joué il y a quelques semaines à peine à Saint-Cyprien (Toulouse). Voilà qui rapproche…

Maria Mazzotta est une authentique voix d’or,  pétillante et véhémente, parfois sauvage ou déchirante, mais toujours passionnée.  Lorsqu’elle était la voix du célèbre ensemble Canzoniere Grecanico Salentino, dans les duos qu’elle promène aujourd’hui en Europe avec le violoncelliste Redi Hasa ou l’accordéoniste Bruno Galleone, entre autres, son fil rouge est indéniablement celui d’une musique populaire méditerranéenne incroyablement vivante, bien loin de l’image d’Epinal des musiques « folkloriques ».

Dans nos régions du sud, des pays rudes, souvent pauvres, la musique populaire et les chants, les danses traditionnelles ont une fonction sociale : celle de rassembler et de raconter mais aussi de se libérer, de lâcher l’énergie ensemble.  Cette musique populaire est présente dans toutes les circonstances de la vie, où on voit par exemple les bandas (fanfares) accompagner toutes sortes d’événements ; cette musique est vivante parce qu’on en a besoin.

Dans ces communautés villageoises ou lors de rassemblements plus importants, il faut voir avec quelle ferveur le public porte ses chanteuses, ses chanteurs, et ses musiciens, comme Maria Mazzotta ou le regretté Uccio Aloisi, et comment ceux-ci sont capables d’enflammer toute la place.

Ecoutez, ici, d’où ça peut partir : 

Imaginez alors la fièvre qui va se répandre dans le jardin Raymond VI sous la piqure des Tarentelles et autres Pizzicas poussées sans répit par Maria et Pulcinella …
Combien résisteront au vertige ?  Pour qui la tentation de la transe ?

Ferdinand Doumerc rappelle comment le choix du nom de Pulcinella s’est imposé au quartet.  Personnage de la Comedia dell’arte et haute figure folklorique italienne, Pulcinella s’est transporté et transformé dans de nombreux autres folklores : notre Polichinelle bien sûr, Hanswurst en Allemagne, Punch chez les Anglais.  A l’image de ce valet malicieux, vif et impertinent, la musique de l’ensemble toulousain a développé dans son projet Le Grand Déballage une esthétique aventureuse qui s’amuse à piéger les genres convenus en multipliant les décalages rythmiques et autres détournements « spectaculaires ».

A l’idée d’installer la voix de Maria au milieu de notre Grand Déballage et d’en faire un Bal ‘dente, il était clair pour nous qu’il fallait revoir ou épurer les arrangements complexes  tricotés de tous nos instruments pour faire place à la voix.  On a voulu un écrin pour cette voix puissante et chaudement colorée, proche des sonorités cuivrées des saxophones, pour qu’elle trouve dans nos propositions de quoi allumer cette énergie, cette follia libératrice qui semble nous réunir.

Heureusement, cette idée n’est pas restée longtemps que sur papier :

On a très peu répété ; Maria comme nous, on joue beaucoup – et Maria est souvent à l’étranger avec ses différents projets.  Alors on a décidé de travailler surtout des chansons du répertoire de Maria (et une surprise!) En deux courtes séances l’interface s’est mise en place, nos cinq personnalités musicales se sont accordées à l’instinct.  C’est quelque chose de très important chez Pulcinella : on travaille ensemble, on valide par le plaisir, et il faut que ça se sente, tant au niveau de l’entente entre musiciens que dans le choix des morceaux qu’on va jouer – ou pas.  Et ce truc qu’on cultive avec Pulcinella depuis près de quinze ans, on l’a trouvé instantanément avec Maria !

Maria Mazzotta

Bien sûr j’ai été séduite par les atmosphères et l’originalité des musiques de Pulcinella, mais aussi par la follia qui peut monter et exploser dans certaines de leurs compositions, c’est ça qui m’a décidé d’y aller, de tenter.  Ma première collaboration avec Redi Hasa – un autre porteur de follia,  il y a longtemps, c’était dans un groupe de jazz, et même si Pulcinella c’est pas  l’archétype du groupe de jazz, l’idée de me frotter à nouveau à cette créativité très libre a aussi pesé dans la balance.

Maria Mazzotta

Et je dois dire que dès les premières répétitions, toutes ces hypothèses se sont confirmées : c’est la première fois que je partage à ce point la puissance libératrice de la pizzica avec des musiciens qui ne sont pas de cette culture !

Venez écouter cette femme, voir comme elle embrase, et les danses de ce fou de Pulcinella.

Maria Mazzotta : chant, percussions

Florian Demonsant : accordéon, orgue Elka, chant
Ferdinand Doumerc : saxophones, flûtes, métallophone, chant
Pierre Pollet : batterie, chant
Jean-Marc Serpin : contrebasse, chant

pulcinellamusic.com

page Facebook du projet de Maria Mazzotta et Redi Hasa

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TUi MAMAKi – Hear My Voice : Je suis mes amours musicaux

Celle-ci est un oiseau libre  au vol toujours sûr et gracieux, aussi juste dans ses triolets de pur plaisir que par ses confessions mélodieuses à la nuit ou au soleil levant.  Le chant qu’elle délivre aujourd’hui est un aboutissement mais avant tout une identité poétique révélée.
Deuxième parution dans la collection Hear My Voice du label Beating Drum de Piers Faccini, voici TUi MAMAKi,  une fille qui voyage à la légère, au fil d’un cœur chantant.

cover design: Uncle O

La petite enfance est très souvent l’époque où infusent les ferments  d’une identité singulière.  Celle de TUi MAMAKi se déroule en France et mélange très tôt les cultures et les langues (papa Néo-zélandais, maman Française pied-noir du Maroc) au gré des projets un peu saltimbanques de ses parents – comme cette itinérance de plusieurs mois à dos d’âne dans les Pyrénées avec un petit spectacle de cirque.

Ainsi, quand viendra le temps du grand voyage en Nouvelle-Zélande, l’enfant de 5 ans emporte et ne perdra jamais l’amour vibrant pour cet autre bout du monde où s’est initié son être-au-monde. Comment pourrait-il en être autrement ?

Suivre des amours musicaux

L’éveil poétique, c’est une autre histoire : il faut un choc, de la charge, et l’adolescence est un théâtre assez connu pour de tels éblouissements.  Dans les cassettes audios de ses parents, TUi découvre un enregistrement du Mystère des Voix Bulgares qui fascine l’adolescente de 12 ans et la conduit à ce qu’elle identifie aujourd’hui comme une première expérience consciente du sentiment d’appartenance au monde.  C’est une sensation physique, semblable à celle que l’on éprouve en rêve, et impulsée par la dynamique vibratoire particulière des polyphonies chantées par les femmes dans la tradition bulgare.

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photo ©Jen Raoult/Clair Obscur

Grâce à cette révélation, TUi comprend que sa voie sera de suivre des amours musicaux.  Elle réalisera également la signification du prénom donné par ses parents : le TUi est un oiseau au chant complexe et mélodieux, spécifique à la Nouvelle-Zélande.

Les études seront artistiques (Beaux-Arts, théâtre, musique, ..) mais le chant s’imposera en fil conducteur des explorations et des rencontres en jeunesse : du Pays Basque, avec l’immense Benat Axiary, jusqu’en Inde.  Mais un premier voyage en Bulgarie (2011) établira le pont entre l’éblouissement de l’enfance et la confirmation que son chemin repassera par ici.  Ce temps viendra quelques années plus tard, à une période charnière dans la vie personnelle de TUi MAMAKi et à la fin d’un projet musical en duo (The Mamaku Project) qui aura duré 10 ans.

Des chansons nées d’un nouveau silence

TUi  a beau être motivée par l’étude des chants polyphoniques des femmes Bulgares, pour autant la bascule est radicale dans la petite ville rurale de Plovdiv.  La suite est une histoire de déracinement et de renaissance.
De ce nouveau contexte d’isolement,  purgé des habitudes et des repères familiers, naissent des premières chansons, nourries des nouveaux apprentissages musicaux.
Et puis, écrire des chansons, c’est aussi une façon de s’apporter des réponses.

Tui Mamaki Jen Raoult/Clair Obscur

photo ©Jen Raoult/Clair Obscur

Le temps passant, germe l’idée d’enregistrer, mais pas n’importe comment.  C’est avec Patrick Jauneaud, l’ingénieur du son pour les voix du sublime album Tchamantche de Rokia Traore que TUi trouve les conditions d’enregistrement qui préservent au mieux le naturel de la voix.  Dans les Cévennes où il habite, Patrick Jauneaud est presque voisin avec Piers Faccini ; et leur collaboration sur les enregistrements et les concerts de Piers ne date pas d’hier.  La suite, on la projette aisément…

Lorsque Patrick m’a fait écouter les enregistrements de TUi, ma première émotion a été de comprendre que j’entendais là quelqu’un qui venait de trouver sa voix.  J’ai reconnu ça parce que ça m’est arrivé à moi aussi : j’écris des chansons depuis l’adolescence mais c’est presque 15 ans plus tard que tout s’est révélé dans une chanson qui, sans être pur assemblage, traduisait dans mon style et avec ma voix, tout ce qui comptait pour moi dans mon chemin d’artiste musicien.  Je comprends que TUi a poussé loin le voyage, avec le courage de se perdre.  C’est le lot de certains artistes, cette traversée du désert et puis le jour où on réalise que sa vraie voix sort enfin.  Cette aventure poétique de l’artiste ou de l’auteur, c’est quelque chose d’extrêmement touchant.
Croiser le chemin de TUi à ce moment si particulier m’a donné l’occasion d’illustrer – et de quelle façon ! – l’idée et le nom de la collection : Hear My Voice.

TUi MAMAKi by Shannon Aroha 2

photo © Shannon Aroha

 

Piers a ramené le village

Avec une intelligence musicale très fine, Piers a su déployer des arrangements riches et ajustés, mais toujours respectueux de mes bébés.  C’est comme si, autour de ces chansons solitaires nées d’un nouveau silence, Piers avait en douceur ramené tout mon village.

Voyez comment TUi elle-même commente ce pas de géant pour l’artiste qui remet son intime dans les mains des autres:

J’avais peur.  Je craignais que ma vision ne soit assez solide.  J’avais peur de perdre mon indépendance toute neuve en laissant quelqu’un d’autre toucher à mes bébés.  Nos caractères se sont exprimés mais nous avons fait face.  Par amour de la musique, par loyauté envers l’inconnu, et pour laisser entrer les couleurs.  Parce que rien de tout cela ne nous appartient.
[Lire tout le post – en anglais – sur le site de TUi]

Les compositions de TUi MAMAKi sont infusées – et non le simple assemblage – de ses explorations et de ses extrapolations de troubadour nomade, entre Pays Basque, Bulgarie, Inde, et autres rencontres fertiles.

L’instrumentation est inspirée de mon histoire d’amour avec les rythmes du folklore bulgare mais transposé sur ma petite guitare Martin, dont je joue comme d’une harpe.  J’ai développé mon propre style de finger-picking pour en interpréter les mesures asymétriques. (mesures à 11 temps).

De même, ses mélodies vocales résonnent-elles des langues qu’elle pratique et d’une technique vocale étudiée à Plovdiv.  On est sous le charme de ses ornementations parfaitement harmonisées entre la tessiture cuivrée héritée des polyphonies bulgares et des phrases plus intimes,  confiées comme des prières.

TUi MAMAKi by Shannon Aroha 8

photo © Shannon Aroha

LIFT OFF est la chanson de l’exorcisme, la chanson pour assumer la coupure avec le départ de Nouvelle-Zélande pour la Bulgarie, l’arrêt du Mamaku Project; une chanson pour purger la nuit des rêves étranges qui la hantent, et décider de son propre envol.  Elle est construite sur cette narration : les chorus, comme un rituel, expriment cette traversée, ce dépassement, et convoquent les forces pour mettre en œuvre la transformation.

BE ONE est un autre petit rituel, de réconfort celui-ci.  Il invite à inscrire des mots de sagesse à même le cœur, sur sa surface. De telle sorte que le jour où il se brise, les mots de sagesse tombent dedans.

RIUWAKA est le nom d’une résurgence sacrée au pied de la montagne Takaka, à Te Wai Pounamu (Aotearoa/Nouvelle Zelande).  Beaucoup de monde vient recueillir et boire cette eau cristalline et bienfaitrice.  La chanson invite à baisser les armes, à se rendre à l’inévitable solitude qui succède à la rupture des relations, et à se laisser purifier, physiquement et spirituellement,  par la nature.  Une histoire de tendresse, et d’ouverture.

FOLLOW donne rendez-vous au premier sourire du matin ou au dernier soupir du soir, lorsqu’on ressent la vérité de son humble condition et qu’on se trouve heureux de cette vie qui n’est ni longue ni courte.  Car elle n’est faite que de cycles, illustrés dans cette vidéo irisée, filmée et montée par TUi MAMAKi, entre Bulgarie, France, et Nouvelle-Zélande.

First smile of the morning
Do you know which one I mean?
Long lined horizons
This heart is following itself home.

Last sigh of the evening
Do you know which one I mean?
Long lined horizons
This heart is following itself home.

Praises from dawn til sundown
Prayers through the dark…

Long life just beginning
Do you know which one I mean?
Short life ending
This heart is following itself home.

Praises from dawn til sundown
Prayers through the dark…

 

Les chansons de l’EP Hear My Voice sont écrites et composées par TUi MAMAKi, arrangées et produites par Piers Faccini.
Avec les contributions instrumentales de TUi MAMAKi, Piers Faccini, Malik Ziad (Guembri, Mandole) et Tunji Beier (percussions).

Les EP vinyles de la collection Hear My Voice sont disponibles chez les disquaires en France et en Angleterre.

Distribution physique et digitale en lien ici

tuimamaki.com

beatingdrumrecords.com

 

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A Place Called Love : Zsuzsanna Varkonyi

En concert à Paris – Studio de l’Ermitage, le 19 juin 2018

Cette artiste est plume au vent, lumière qui frise.
Hongroise accentuée tzigane,
sa living road infuse dans les langues du monde.
Irradiée par les coups de cœur et les beaux textes,
elle y sème des chansons qui sont autant de petits cailloux blancs,
trace volatile des mélancolies et des émerveillements
glanés dans la poussière des routes cabossées.

photo © Pierre Dolzani

On trouvera toujours des gens pour peser la valeur d’un artiste à l’aune de sa comm’, de ses images-clés, de ses punch-lines.  Les concepts et le story-telling façonnent des carrières, nourrissent le business d’une certaine scène.

A l’opposé, les artistes comme Zsuzsanna relèvent de la sortie de route, des chemins de traverse, de la marche à l’instinct pour trouver l’eau.  Tous capteurs dehors, ils s’exposent sans filet à des émotions révélatrices dont nous prive un quotidien de plus en plus pesant ou formaté.
La poésie qu’ils nous partagent, intense ou légère, est le fruit de ces expériences.
Zsuzsanna l’envisage avec délicatesse, comme la naissance d’une vibration impulsée par son nouveau répertoire, des chansons magnétiques.

Plume au vent, lumière qui frise…

 

 

Zsuzsanna VARKONYI (composition, voix, accordéon)
Csaba PALOTAI (guitare)
Frédéric NOREL (violon)
Sébastien GASTINE (contrebasse)
Steve ARGÜELLES (batterie)
invité : Stan GRIMBERT(vibraphone)

 

TARIF prévente 13€
studio-ermitage.com

zsuzsanna varkonyi

Lien vers l’Evénement Facebook 

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Claudio ‘GNUT’ Domestico – Hear My Voice : L’ammore o’ vero !

A l’occasion du Disquaire Day 2018 ce samedi 21 avril, le label Beating Drum de Piers Faccini annonce la sortie du premier opus de sa nouvelle collection : HEAR MY VOICE avec le nouvel EP quatre titres de GNUT, alias l’Italien Claudio Domestico. Edition vinyle chez les Disquaires – et version digitale par ailleurs*

La chanson Napolitaine est sans doute devenue au fil du temps un de ces clichés estivaux associés aux animations de terrasses et trattorias.  Sans rien perdre de son essence intimement liée à la sérénade et à l’amour courtois, Claudio Domestico, jeune chanteur Napolitain frotté à bien d’autres folks du 21e siècle, transcende avec subtilité et une irrésistible musicalité le jaillissement poétique d’Alessio Sollo, son alter ego de plume.

 

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Claudio ‘GNUT’ Domestico

On rencontre Claudio à Naples, à la Libraria Berisio, près de la Porta ‘Alba (où on peut aussi boire des coups), juste avant sa répétition avec le super-groupe Capitan Capitone e i Fratelli della Costa emmené par Daniele Seppe, une figure du jazz en Italie.  Claudio a grandi à Naples et s’y trouve bien finalement, de retour après une pérégrination de plusieurs années à travers l’Italie au gré de diverses collaborations musicales.  Il fait partie de ces musiciens locaux qui évoluent sur une scène régionale très active.  Sous le nom de scène GNUT (ne cherchez pas ça ne veut rien dire, même en italien), Claudio a déjà sorti trois albums.  Mais ce projet dans la collection HEAR MY VOICE est une sorte de retour aux sources, un hommage à la plus belle expression de la chanson guitare-voix, incarnée en son temps par l’illustre Napolitain Roberto Murolo.  C’est la chanson nue, bouleversante dans sa simplicité, et pour son interprète, une grande responsabilité.

 

 

Écrites dans ce dialecte Napolitain qui cultive depuis des lustres l’art de la métaphore, les chansons de cet album de Claudio « GNUT » Domestico sont nées de sa rencontre avec le poète-chanteur-punk-bouddhiste Alessio Sollo, qui écrit comme il respire, et lâche quotidiennement ses poèmes dans la nature comme on libère des oiseaux, sans intérêt pour une quelconque édition ou diffusion.

Ce sont quatre chansons d’amour écrites dans une langue dans où le verbe aimer n’existe pas. Pour parler de l’amour en Napolitain on ne trouve que le substantif « l’ammore. » Mais impossible de dire « je t’aime  » ! Ca se traduirait par  « te voglio ben », pas mieux.  Cette situation pousse les poètes et les auteurs de chansons à chercher des solutions alternatives, comme des figures de style ou des métaphores, pour exprimer leurs propres sentiments.
Le poète Alessio Sollo répète tous les jours cet exercice stylistique en écrivant des dizaines de poèmes directement sur les réseaux sociaux. Ces enregistrements sont ma tentative de mettre en musique cette disposition naturelle qui est la sienne. Presque toutes les composantes du disque sont nées de cette collaboration. [Claudio]

ASollo

Alessio Sollo

Les deux ‘frères’ se produisent régulièrement dans des petits clubs à Naples et alentour.  Pas obsédés par les projets internationaux au montage compliqué, ils s’en remettent au hasard des rencontres, en philosophes des petits ruisseaux.  Dans cette veine, leur EP pour la collection HEAR MY VOICE est leur première « fixation ».  Pour l’occasion, ils se sont mis au vert pour une session de quelques jours.  C’était quasiment la première fois qu’Alessio retouchait (un peu) ses vers pour s’ajuster aux compositions de Claudio.

i Fratelli photo © Angelo Trani

Du point de vue de la composition, j’ai tâché de fondre des éléments de ma tradition musicale: la chanson napolitaine, avec d’autres genres plus éloignés de mon « monde ». Je me suis inspiré du blues, du folk anglais, et de la musique africaine du Mali. Dans cette idée, j’ai assez naturellement cherché la collaboration de Piers Faccini qui reste pour moi une référence importante et inspirante. Piers assure avec une grande maîtrise l’harmonisation de sonorités éloignées géographiquement, dans le respect de la personnalité de l’artiste qu’il produit. C’est pour moi un grand honneur.

HEAR MY VOICE est une nouvelle collection du label Beating Drum qui met en lumière une sélection de voix contemporaines passionnantes, révélatrices d’un courant éclectique et innovant de songwriting. Par le choix de ces artistes, Beating Drum entend défendre des chansons qui portent un regard sensible sur notre époque, ce qui les rend plus belles encore.

Le packaging de l’édition vinyle est à la hauteur, avec un portrait de chaque chanteur dessiné par Piers Faccini et le design soigné de Uncle’O.

 

Produits par Piers Faccini, les enregistrements seront distribués au format digital dans le monde entier.
L’EP de chaque chanteur sera également disponible au format vinyle EP en édition limitée «collector».

Les prochaines parutions dans la collection seront la chanteuse Néo-Zélandaise Tui Mamaki et le poète-chanteur Roger Robinson, originaire de Trinidad et basé au Royaume-Uni, partenaire de Piers Faccini dans le projet Horsedreamer.

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**L’album de GNUT sera disponible à partir du 21 avril 2018 au format vinyle pour le Disquaire Day 2018  chez les Disquaires participants, et à partir du 27 avril au format digital par exemple sur la boutique en ligne du label  ou sur les plateformes habituelles.

https://disquaireday.fr/

DDay2018

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Vincent Segal – La musique, une prise de parole … pour ne rien dire

Conversation avec Vincent Segal

Vincent Segal est partout, vous l’aurez remarqué.  Violoncelliste prodige et nomade: du classique (le conservatoire) à l’expérimental (Bumcello), de la chanson française (Juliette, entre autres) à la pop (Sting, entre autres), et bien sûr des musiques de tant de mondes, de l’Amérique du sud aux USA, de l’Afrique à l’océan Indien, qu’il les pratique dans la tradition ou dans l’invention – comme avec le projet ‘The Rythm Alchemy‘ de Keyvan Chemirani.

Cet homme-ressource est bien entendu un instrumentiste recherché, dont la virtuosité n’est pas une fin en soi mais ne fait que servir une imagination surprenante d’à-propos.
On s’était rencontrés quelques fois lors de ses concerts avec Piers Faccini.  De passage à la Salle Nougaro de Toulouse en 2016 avec le maître de kora Ballaké Sissoko, je le retrouve le lendemain pour une parlotte, et tenter de comprendre d’où part cet élan – parce qu’il est toujours là – qui alimente de si fécondes conversations musicales.

(de G à D: Derya Türkan, Vincent Segal, Renaud Garcia-Fons, Ballake Sissoko

Rendez-vous pris le  matin dans le lobby de l’hôtel.  Étape sur un agenda bien chargé, la fatigue se fait sentir.  Mais quand les cafés finissent par arriver, je sors les gaufres-maison qui révèlent aussitôt un gourmand et font monter le sourire.
Là, on peut commencer à parler, ou plutôt: à parler pour ne rien dire.

Avec ce genre de petite phrase qui vous retourne en un clin d’œil des idées toutes faites, Vincent Segal va droit au but:

Au fond notre musique (avec Ballaké), c’est comme parler pour ne rien dire!  La musique c’est une prise de parole.  Et il existe toutes sortes de paroles.  Notre musique ne construit rien de concret, elle ne dit rien d’utile, ce n’est même pas le résultat d’un travail, rien n’est à proprement parler « conçu » puisqu’elle naît essentiellement de nos envies à tous les deux.
C’est vrai pour la manière dont naissent les compositions.  C’est encore plus vrai quand on les joue en live.  Bien sûr il se passe quelque chose, mais ce quelque chose ne fait que traverser, ne laisse pas de traces.  En concert, quand on se dit qu’on va expérimenter quelque chose de technique ou que sais-je parce qu’on se sent obligés, face au public, à tous ces gens qui ont payé, de leur donner quelque chose…  Eh bien ça ne fonctionne jamais.  Il ne faut pas faire ça.

Parvenir à cet état d’esprit pour jouer purement sur les envies, c’est un équilibre très fragile. Et naturellement il dépend beaucoup du dialogue avec le public, s’il est lui aussi (majoritairement) à l’unisson de cette conversation « pour ne rien dire ».
Piers Faccini disait un jour que cet état volatile est comme une bulle qui flotterait entre les artistes sur scène et le public; elle va, elle vient, elle s’équilibre selon … on ne sait quoi.  Elle peut aussi éclater et l’équilibre se perdre au moindre incident: un éternuement (pas de chance!) ou le flash d’un appareil malotru mal réglé.

Question _  Après toutes ces années et tous ces retours qu’on vous fait, vous entendez – vous ressentez que cette musique pour ne rien dire touche les gens de façon parfois très intime, les bouleverse même?  Certes votre Chamber Music ou Musique de Nuit installe des atmosphères plutôt paisibles et poétiques et vous ne semblez pas vouloir conduire les auditeurs à éprouver des émotions particulières.

Ça, c’est chacun qui ressent pour lui-même, c’est fonction de la sensibilité émotionnelle de chacun, et l’écoute de notre musique va s’inscrire de façon très différente sur la toile de ce que chacun est en train de vivre dans sa vie.  Ça ne nous appartient pas, notre musique n’est pas faite pour ça.

La veille, en sortie de concert, Ballaké Sissoko parlait déjà dans ce sens:

Il n’y a pas dans nos compositions d’intention délibérée de conduire à un état spirituel particulier.  Ça peut arriver, mais c’est l’affaire de chacun.  Même si on joue sur une trame mandingue, ce n’est pas non plus de la musique sacrée.  C’était plus répandu avant, au Mali et en Afrique de l’Ouest, mais aujourd’hui ça se perd: la mondialisation bouscule aussi la fonction de la musique dans les sociétés traditionnelles.

On joue vraiment selon nos envies, avec notre culture musicale, nos racines, et tout ce qu’on a cueilli au cours de nos voyages, de nos rencontres.  Et avant tout, les morceaux naissent en jouant.  On s’installe, on commence à jouer, et les suggestions arrivent, l’autre suit, on essaie, on reprend, … On ne cherche rien, on a le temps. (V.Segal)

Ces moments-là sont évidemment aussi nourris de choses plus personnelles qui montent à la surface dans des moments pour soi, dans les chambres d’hôtel en tournée par exemple.  On joue, jusqu’à se sentir satisfait, content de ce qu’on joue.

Public, artistes, on cherche la même valeur: celle de la rencontre

Au total, c’est beaucoup de temps passé, beaucoup de travail – un mot que Vincent Segal tient à commenter, s’agissant d’activités artistiques.  Il parle de nos enfants, des jeunes qui se lancent aujourd’hui dans des études ou des apprentissages artistiques, là où de nos jours on se crispe sur l’emploi utile et rare.

On (l’économie libérale? les diktats financiers?) a cassé ce que représente le travail.  C’est une chose qui n’appartient plus aux gens maintenant.  Le travail n’est plus fait que de contraintes et d’obligations.  Il faut produire utile, rendre des comptes.  S’approprier son travail, ce n’est pas seulement maîtriser un outil, une méthode, ni même être son propre patron.  Je dis que je n’ai jamais travaillé – au sens productif du terme.  Pourtant les gens donnent de la valeur à ce que nous faisons: ils achètent des albums, des places de concert.
Cette valeur est celle de la rencontre, de la place que va prendre dans leur journée, dans leur vécu, le plaisir qu’ils éprouveront dans la découverte, l’expérience artistique ou esthétique.  Eh bien c’est la même chose avec ceux qui font des activités artistiques leur quotidien: ils cherchent cette même valeur.  Après, je ne dis pas: dans nos activités il y a aussi des contraintes, de la fatigue; ça on le partage avec les travailleurs du monde « ordinaire ».
(V.Segal)

Écouter ses envies.  Il n’y a pas d’autre scénario

Dans notre culture, dans notre imaginaire collectif, nous n’avons pas de récit pour accompagner la réflexion, préfigurer ou engager l’imagination sur d’autres voies pour demain.  C’est vrai pour la vie en société, pour l’économie, la gestion des ressources.  Il n’y a pas de scénario; à part ceux qui se répètent, et qui s’épuisent. (V.Segal)

Alors pourquoi pas une musique pour ne rien dire?  Musique sans recette, sans discours.  Musique improductive.  Musique libre et sans clés, même pas inventée au sens d’un protocole et d’une démonstration.  Fruit de la seule écoute des envies d’essayer sans filet, sans enjeu non plus – et donc sans risque.

Musique pour ne rien dire, libre, et juste.

Songs of Time Lost – Vincent Segal & Piers Faccini

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Omar Sosa et Seckou Keita – Jazz en eaux transparentes

Un pianiste mythique, un maître de kora, et un percussionniste-coloriste donnent libre cours à l’exploration de leurs racines afro-américaines.  Sorciers jazz addicts de l’improvisation, ils conduisent une méditation lente avec la légèreté d’un essaim de papillons au-dessus de l’eau cristalline.

En concert exceptionnel à la Salle Nougaro de Toulouse, Omar Sosa, Seckou Keita, et Gustavo Ovalles présentent l’album Transparent Waters (2017).

C’est quelque chose, le trajet d’un fleuve.  Il porte l’eau de la source et celle de tous ses affluents influents dans le même flux, seconde après seconde, et il en ira ainsi jusqu’à son embouchure.
Il en va ainsi du pianiste Omar Sosa – monstre sacré des circuits jazz depuis plus de 20 ans, et de tout ce qui a nourri cet artiste cubain à la recherche de ses racines africaines.

Improbable mais finalement pas étonnante, cette rencontre en 2012 avec le maître de kora et chanteur Anglo-Sénégalais Seckou Keita à la belle voix de tête. L’émotion partagée est telle que les artistes décident aussitôt d’un  projet d’album commun … qui prendra le temps de mûrir des expériences de chacun, puisque Transparent Waters sort en 2017 , au terme d‘un processus d’enregistrement alterné avec leurs projets personnels.

photo © Maxppp_Sebastien LAPEYRERE et Matrixpictures

Ces deux habitués des convergences se sont accordés sur le désir d’explorer de nouvelles combinaisons créatives à la recherche d’une destination musicale totalement impromptue mais subordonnée à la joie soudaine des expressions artistiques des uns et des autres qui se mettent en phase,  ce Graal de de l’improvisation  que les musiciens de jazz cherchent comme des fous de concert en concert.

 

 

 

 

Transparent Waters révèle une très nette inspiration spirituelle.  Des divinités afro-cubaines au  mysticisme yoruba teinté de douceur mandingue, le toucher léger du piano d’Omar Sosa, la kora cristalline et la belle voix de tête de Seckou Keita conduisent à une méditation lente sur les cycles de la vie et de l’existence.

Sur l’album, cette élévation est soutenue des musiciens invités et les notes distillées de cornemuse, de flûte traditionnelle chinoise, d’un koto, d’une guitare, d’un Fender Rhodes ou encore d’un djembe.
En concert, cette coloration est assurée par le génial percussionniste Vénézuélien Gustavo Ovalles (également crédité sur l’album).  Compagnon de route d’Omar Sosa de 1999 à 2003, il transcende ici l’âme polyrythmique de la disapora Africaine.  Gustavo est à l’unisson de cette quête spirituelle, lui qui s’est lancé dans une recherche approfondie des traditions afro-vénézuéliennes, tant pour leur sauvegarde que parce qu’« elles ont une force liée aux ancêtres » .

Transparent Water est un hommage à l’eau, l’un des éléments les plus précieux et les plus importants dans la nature, mais aussi dans toutes les cérémonies traditionnelles, religieuses et spirituelles partout dans le monde. Je voulais aussi utiliser l’image de la transparence de l’eau comme symbole de la clarté de l’âme de chaque personne. [Omar Sosa]

Outre Seckou Keita et Gustavo Ovalles, l’enregistrement de l’album a réuni des musiciens venus des quatre coins du monde :  Mieko Miyazaki (koto), Wu Tong (sheng : flûte traditionnelle chinoise), Mosin Khan Kawa (nagadi), E’Joung-Ju (geomungo) et Dominique Huchet (bird EFX). Il a été mixé en finesse par la batteur-producteur français Steve Argüelles, qui avait déjà travaillé avec Omar sur ses albums primés Mulatos et Afreecanos.

 

 

Salle Nougaro de Toulouse: réservez pour le concert ici

 

 

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Jacques Roubert, grandes orgues en-dedans.

A l’automne 2017, Jacques Roubert, galeriste au Confort Des Étranges,  éditait deux œuvres hors-format fondées sur son travail d’écriture.  Voir cet acteur inclassable et incontournable de la scène artistique toulousaine éditer ses poèmes n’est pas un geste impromptu mais nous apparaît comme l’image fuitée de la partie immergée de l’iceberg.

Voici en premier un grand portfolio, sobrement intitulé 20 puisqu’il rassemble onze de ses poèmes et neuf images de Richard Nieto.

[On parlera dans un autre billet du long poème symphonique édité en CD:  « La Compagnie des Bourdons du Trône », lu par le comédien Denis Lavant et mis en musique par Bertille Fraisse.]

& & &

Aux poètes qui servent une langue ciselée d’allégories, Jacques Roubert oppose la sienne, plus rêche et pas rétive à lécher la blessure.  Quand le poète dit le vrai, Jacques Roubert préfère dessiner le geste qui le désigne.
Ainsi se trouvent en lien l’émotion et les mots pour y croire sans qu’elle soit pour autant nommée.

Juste ce qu’il faut de poudre d’art oratoire pour instiller un ressenti de brûlure.
Prendre le risque de Croire, sans retour possible, que l’écart entre le langage et la chair n’existe pas.
Que l’un et l’autre sont en vérité comme le bloc soudé des bassins des amants quand le sculpteur les ébauche: pure énergie, tension de matière,  un nœud de vibrations et de lumière, une super-nova.

Elle me dévisagea comme seuls les arbres savent le faire lorsqu’ils déambulent à l’insu des passants.
Avec quelle énergie alors il se déplacent.
La cérémonie des entailles eût lieu
et elle me précipita vers d’inconsolables blessures.
Je nomme objectivement ce qu’une écorce d’amoureux pleure sous la coupure.
Ce furent des troubles légers, des broutilles sans incidences, si l’on songe aux iris d’où
pulsaient des échardes.
Je vis ce qui n’existait pas,
mais le filtre des rosées
et l’égoïne incendiaire
de ses yeux,
dressèrent dans ma bouche
un bûcher de sciure.

Le poème peut être parfois plus que vrai. Le poète peut ainsi armer ses mots et ses tournures jusqu’à la confrontation, jusqu’à à la nudité en face.  Jacques Roubert a décidément cette licence sur la volupté et la douleur.  Rien de tordu (Grands Dieux!!).  Rien que de l’humain, de la re-connaissance.

 

Dans ce choix du support qui appelle à l’étalage, à l’affichage, on reconnaît le par ailleurs galeriste Jacques Roubert.  Le lecteur-regardeur-manipulateur de ces grands formats s’engage inévitablement sur la voie du face à face. Les pages libres des textes et des images  ne font pas un pli, se tiennent à deux mains.   Ce faisant, on s’expose au texte comme on s’immerge dans un bain: il faut être saisi, changer d’état, pour toucher au subtil par les sens modifiés.

Après un temps,  alors que les phrases font mouche une fois abouti leur parcours d’insecte explorant l’interface sensible de notre peau, le va-et-vient peut s’amorcer avec les images de Richard Nieto.
Mais l’inverse peut aussi fonctionner, tant ces images sèment un trouble.  Elles valent aussi qu’on les éparpille, jusqu’à laisser sourdre leur petite musique, cet autre langage qui favorise le changement d’état.
Ces photographies ont sans doute leur histoire mais ce n’est pas le sujet.  Leur pouvoir tient en ce qu’elles suggèrent que chacun peut reprendre la piste jamais refroidie qui mène à la mémoire de ses propres situations intimes,  aux fissures par lesquelles on accède aux autres dimensions du soi.

C’est la pleine conscience poétique, et c’est tout l’art de Jacques Roubert d’y amener par l’agencement de poèmes et d’images en apparence épars, par le tissage entre formes brodées et sens débridés.  Car si la langue de Jacques Roubert sonne et claque et  peint de grands tableaux, c’est en tâche de fond qu’elle impacte et déroule son onde longue, celle des grandes orgues intérieures.

 

On peut trouver Jacques Roubert – et ce somptueux portfolio 20 – dans sa galerie, la bien-nommée Le Confort Des Étranges.  Ce lieu tient du repaire et semble  dressé pour distraire tant bien que mal l’esprit du poète de l’impérieuse confrontation avec l’en-soi.  Et même, au vu de ses écrits irradiés,  pourrait-on  interpréter les devoirs convenus du galeriste comme une officine de blanchiment des vertiges de son introspection.

Ce peu d’espace réunit avant tout les traces de son dialogue avec d’autres artistes, échos ou mises en abîme de sa quête du visage humain comme ultime toile sensible des sens et des émotions que l’Époque anesthésie inexorablement.

Le Confort Des Étranges, galerie d’art – 33 rue des Polinaires à Toulouse 

le-confort-des-étranges.com

La galerie sur Facebook

Un portrait fort réussi de Jacques Roubert galeriste par Michel Grialou sur le blog Culture 31

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Entre Prince et le Petit Prince, Nosfell enchanteur

Énergie, grâce, bonheur , …  on sera bien en peine de taguer d’un seul mot le concert éblouissant de Nosfell, programmé la semaine dernière dans le cadre du festival Détours de Chant pour le public élargi du Théâtre des Mazades à Toulouse.  Pour qui aime la sensation d’une musique qui emporte, propulse, traverse et laisse rêveur (c’est indescriptible en vérité !) vivre un concert de Nosfell est assurément une expérience  hors du commun.

© photo manu wino live photography

On peut arriver sans connaître, craindre un instant le trop de ferveur d’une messe pour initiés tant l’avant-concert bruisse des commentaires des aficionados, et finalement se réjouir de la page vierge, de la rencontre à écrire.  T.S.Eliot soulignait que ce que nous connaissons des gens est de l’ordre du souvenir, que les gens changent, et il recommandait  de se rappeler qu’à chaque retrouvaille on rencontre un inconnu.

Visiblement, Nosfell a ce potentiel rare de maintenir la ferveur et de gravir de nouveaux échelons dans la séduction d’un public qui ne demande qu’à se renouveler.

Comment ce phénomène opère-t-il ?  Un show bien réglé, une chorégraphie au millimètre et des postures à la Placebo, des sons simples et bruts, une rythmique appuyée, un band qui assure la puissance et la couleur ?
Tout y est mais ce n’est pas ce qu’on retient pas vrai ?

© photo manu wino live photography

Face à la beauté et à la fluidité d’un oiseau en vol on ne s’interroge éventuellement que plus tard sur l’incroyable complexité et la maîtrise qui permet à cet organisme vivant de faire preuve de tant de liberté.  Voilà sans doute le secret de Nosfell : cette intransigeance quant à la liberté qu’il entend déployer dans son art de la scène.  Une soif de liberté à laquelle il asservit son corps, sa voix, sa guitare, au prix de longues  heures de travail, jusqu’à l’expression épurée qui va porter la note, la chanson, l’histoire.  Il y a du Prince dans cette discipline du showman et du plaisir à y prendre assurément, jusque dans l’outrance ou la grimace.

© photo marie forêt

Mais là où Nosfell quitte la trace du Kid de Minneapolis c’est quand il laisse la chanson l’aspirer vers les paroxysmes et les apnées qu’elle s’invente.  Chorus baroques et tapageurs ad libitum, cassure soudaine de rythme qui laisse monter le filet de voix mélancolique d’un enfant réfugié au grenier, la profondeur des champs et des chants de Nosfell est infinie, captivante, sidérante parfois.  Liberté,  encore, par ces univers intimes déroulés avec pudeur et qui connectent lentement le public. Une expérience partagée avec certaines chansons de Radiohead, si ça vous parle…

© photo manu wino live photography

Il y a du Petit Prince, dans ces pas-de-côté, dans ces alizés poétiques où l’on voit Nosfell tantôt songeur, réfugié en des poses d’échassier, tantôt renversé par la dérive de sa propre guitare, et soudain rendu au public dans un sourire d’enfant.

© photo manu wino live photography

Il y a en France ce chanteur extra-ordinaire, et la tournée de son dernier album Echo Zulu qui, au bas mot : pour se faire une idée, vaut le détour.

nosfell.com/

Mise à jour: revoir l’émission ACOUSTIC de TV du 10 mars 2018 (interview et musique live)

Une interview à lire  ici

Une autre à écouter

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Emily Loizeau en concert : la transe lente de « Mona »

© photo Guillaume Souvant AFP

Le Festival qui l’accueille à Toulouse (31/01/2018 à L’Escale – Tournefeuille – complet!) s’appelle Détours de chant, pourtant Emily Loizeau est une de ces chanteuses populaires qu’on aime sans détours parce que ses chansons et sa personne s’installent avec naturel dans le bagage d’imaginaire narratif et musical qui accompagne beaucoup de moments de vie.

Foin de postures ou de storytelling à injecter dans les médias pour construire une carrière, cette Ardéchoise-là a un caractère, authentique, et ses chansons n’ont besoin de rien d’autre que ce qu’elles racontent, pour nous accompagner longtemps.

C’est que cette fille vient du théâtre, et pas du radio-crochet.  Dans cette exposition à voix nue, ça passe ou ça casse, mais quand on touche, c’est souvent au cœur.  Son propos explore les sentiments humains avec l’humilité de l’expérience ou la sincérité de ceux qui s’engagent.  Dès lors la tonalité de ses créations peut être tantôt mélancolique, tantôt doucement joyeuse, mais l’émotion et la tendresse y affleurent toujours.

Sa culture poétique est profonde et vivante, ressource donc.  Pour preuve, sa lecture musico-théâtrale des chansons de Lou Reed, présenté entre-autre au Printemps de Bourges il y a bientôt deux ans.

Si on retient de son parcours une ligne délicate piano/voix, elle est surtout curieuse d’autres formes, soucieuse à chaque nouveau projet de pousser sa créativité hors de sa zone de confort.  Ainsi le spectacle « Mona » – qu’elle présentera à Toulouse en version concert – a d’abord été monté comme une pièce de théâtre musical,  un genre abordé lors des ses années londoniennes (*).  Basé sur une double histoire familiale, elle y aborde sa relation à sa propre mère; une exploration tout en paraboles et en questions.  L’atmosphère des chansons est logiquement intimiste.  Emily excelle dans ce registre, propre à émouvoir, souvent, et à emmener l’auditeur dans des transes lentes, hypnotiques, propices aux changements d’état – chose que proposent quelquefois les concerts réussis.

  • Emily Loizeau / Piano – Prophet – Chant
  • Jeff Hallam / Basse
  • Csaba Palotaï / Guitares – Chœur
  • Clément Oury / Violon – Tuba baryton – Choeur
  • Sophie Bernado / Basson – Chœur – Clavier
  • Emmanuel Marée / Batterie – Chœur

(*) D’origine franco-anglaise, Emily a vécu à Londres où elle a étudié le théâtre.

emilyloizeau.fr/

Emily Loizeau sur Facebook pour le fil d’actualités

Le festival DETOURS DE CHANT, jusqu’au 3 février 2018 à Toulouse.  Aussi sur Facebook

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Lula PENA en concert – Rencontre avec un mirage

Salle NOUGARO de Toulouse: le 23 janvier 2018

Et à Paris à l’Alhambra le 30 janvier dans le cadre du Festival Au Fil des Voix

© Buddhy // © Vera Marmelo

Artiste très rare sur scène et avec seulement 3 albums parus depuis 1998 , Lula Pena, pour le petit cercle de ses admirateurs, est un authentique mirage.  L’opportunité de la retrouver ou de la découvrir en live à la Salle Nougaro est du niveau pince-moi-je-rêve  pour les uns, occasion à ne pas manquer pour les autres.

Son destin de chanteuse se révèle en Belgique il y a une vingtaine d’années où elle avait posé ses sacs au fil d’une pérégrination nomade : des amis lui avaient organisé un concert au mythique club jazz Le Travers, un producteur l’invite à enregistrer le soir-même, et tout commence.  Son premier album Phados est un gros succès critique mais devient rapidement introuvable (moi-même j’en avais reçu une copie d’amis aux yeux brillants, comme on confie un grimoire aux vertus thérapeutiques révolutionnaires hahaha). Comme l’écrit joliment un blog-collègue : « Les années passent et aucune nouvelle : on finit par croire que Lula, comme un feu follet, s’est dissipée pour ne plus revenir. »  Un deuxième album finit par débouler en 2010 (« Troubadour »).  Enfin, « Archivo Pittoresco », sorti il y a peu (janvier 2017), est le socle de ces quelques concerts programmés depuis.

Esprit libre, intransigeante sur sa démarche artistique, peu sensible aux sirènes de l’industrie du disque, elle explique ainsi ses longs silences publics :

«Pendant tout ce temps, j’ai été dans une dynamique constante, j’ai travaillé, fait quelques concerts, rencontré des musiciens. Mais dans une dynamique étrangère au mode de fonctionnement de l’industrie, qui ne m’a jamais intéressée. J’ai suivi un chemin qui n’a jamais croisé celui du monde du disque.»

© Buddhy // © Vera Marmelo

Expression de sa trace bohème scintillante, les textes des treize chansons du nouvel album Archivo Pittoresco circulent entre portugais, français, anglais, espagnol, italien et grec. Un rêve de polyglotte, espéré depuis dix ans par ses aficionados…  Choisis chez des auteurs de tous pays, de la Chilienne Violeta Parra au poète surréaliste belge Louis Scutenaire, du compositeur sarde traditionnel Giuseppe Rachel au compositeur grec contemporain Mános Hadjidákis, ils chantent l’amour, le manque, l’absence et la tristesse.

Tout comme pour la chanteuse d’origine hongroise Zsuzsanna Varkonyi, sa créativité toute personnelle, sa trace poétique s’affranchissent résolument d’une typologie ou des étiquettes attendues par l’industrie. Tout en conservant une identité et une forte personnalité, son répertoire se situe dans un après-musiques du monde.  Si l’univers de Lula évoque dans un premier parfum Saudade un fado accentué de rythmique flamenco, assez vite les frontières de la folk, de la bossa-nova, du tango argentin sont dépassées.  Ce mouvement créatif est fondé sur l’instinct, et non sur une transgression exploratoire en forme de concept formel, qui n’offrirait pas l’harmonie du style et l’émotion ressentie à l’écoute des chansons de Lula Pena ou de Zsuzsanna Varkonyi.

Sur scène, Lula Pena est captivante, elle dégage une atmosphère intense, à la limite de l’embrasement, déjà rayonnante. Sa voix de contralto, aussi minérale que celle de Zsuzsanna est aérienne, est apaisante et troublante à la fois. Dans un premier temps, elle opère avec une douce étrangeté, et puis comme un souffle, un baume.

«Mes concerts sont une forme d’acupuncture : seule sur scène avec ma guitare j’ai une communication directe avec le public. Je vais toucher un point émotionnel, très intime. La musique a ce pouvoir.

Mon répertoire est ouvert, un corps vivant qui se comporte différemment à chaque interprétation.  Pour moi, chaque concert est une pièce unique, au cœur de laquelle  les différentes chansons peuvent se connecter et s’organiser de différentes manières, sensibles à l’atmosphère, l’inspiration, l’interaction entre l’auditoire et l’entité temporaire créée par la conjonction de la voix et de la guitare. »

Venez donc contribuer à l’expérience, à la transe lente …

Pour réserver sa place sur le site de la Salle Nougaro

Salle Nougaro sur Facebook

lulapena.com

Page Facebook Lula Pena

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La Guerra dei Cafoni : une fable tendre dans un pays attachant

Passé comme une comète au Festival du Film Italien de Toulouse (une première pour sa version sous-titrée en français), cette « guerre des boutons » intemporelle, ancrée dans l’Italie rurale du sud, est l’histoire de la lutte des classes traitée comme un mythe, truculent et féroce dans la tradition du grand cinéma italien –  comme on pouvait l’espérer.

Il y a parfois des films dont on sait qu’ils ne s’effaceront pas de notre bouquet de références conscientes pour reconnaître en soi des sentiments ou des émotions comme l’attachement, la tendresse, et quelques pulsions qui font grandir quand on les dépasse, comme oser, partir, ou être soi.  C’est bien le rôle des fables non?

Sur fond de conflit séculaire entre bouseux et riches propriétaires terriens, les réalisateurs Davide Barletti e Lorenzo Conte ont construit un récit dense de symboles et d’ouvertures à la réflexion tout en conservant une dynamique narrative digne des excellents westerns.  La dimension western est ici puissamment portée par la terre aride, brûlante et rocailleuse des Pouilles et plus particulièrement du Salento.

Combiné à la polyphonie des nombreux dialectes des Pouilles –  ceux des adolescents (non professionnels) qui portent le film, voilà qui fait l’attachement, la tendresse cités plus haut, et la musique inoubliable qui introduit les « Il était une fois … »

Encore une séance programmée au Cinema ABC pour le  Festival du Film Italien de Toulouse, ce mercredi 6 décembre (jour de la Saint Nicolas, protecteur des enfants!), voire une autre dimanche 10 décembre si le palmarès aura distingué ce très beau film (on croise les doigts).

La page Facebook du Festival

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C’était panache, couleurs, yeux qui brillent …

Catherine Ringer et le supplément d’âme des Rita Mitsouko au Bikini de Toulouse (28/11/2017)

Quel concert mémorable : show brillant, puissant, qui a vu affleurer ou se précipiter émotions, célébrations, et fête colorée.  Comme il en va du cours d’une onde au gré de tout ce qu’elle traverse.  Catherine Ringer, c’est encore l’élan des Rita Mitsouko bien sûr, mais pour arriver jusqu’ici – c’est-à-dire au chaud dans nos cœurs toujours gamins, le carbure c’est sa foi dans la vie, sa braise, et les étincelles qui en jaillissent.

Elle a été la voix incontournable de quelques générations qui ont appris à parler de l’intime au milieu de la fête. On l’a écoutée nous raconter des histoires avec Fred et elle nous a épuisés sur les dance-floors des nuits entières.

Les Rita Mitsouko ont marqué une époque française, et si depuis le temps a passé, même si Fred Chichin a tiré sa révérence, et même si Catherine sourit avec une mélancolie lumineuse à son âge certain, la revoici sur les planches, célébrant l’essence des Rita dans sa patine à elle.
Teinté de pop, de funk et d’électro, son show continue à nous raconter notre vie dans le siècle.

Elle est la grande dame sans chichis, élégante jusque dans son pastiche des tralalas des divas : elle, c’est une vraie frangine.  Elle partage un rock pêchu, des éclats de rire, une danse endiablée, des tendresses sur l’âge, le souvenir de Fred Chichin (dites-moi que c’est sa grande guitare folk qu’elle joue sur quelques titres au milieu du set ?!!) et, l’œil brillant, les bras grand ouverts, un irrésistible « C’est quand même bien, la vie !! »

Comment résister si elle nous prend par tous les bouts : arabesques de ses mains graciles, sourires, et déboîtés du cou qui agissent comme le teaser d’un Marcia Baïla de légende qui finira par arriver, électrisant un public à l’unisson déjà bien chauffé par le Don’t forget the night des premières heures et enchanté par les titres de son dernier album Chroniques et Fantaisies qui aligne, comme toujours, fantaisies – parfois déjantées et mélancolies douces.

photo © Nathalie Amen-Vals / Midi Libre

Soutenue par de riches nappes harmoniques avec Nicolas Lienard aux claviers et la rythmique solide de Franck Amand, sa voix est toujours cet orchestre généreux qui laisse fuser à l’envi les arias de ses hauts-couturiers : les riffs baroques du guitariste Paul Pavillon, et la grande classe de Noel Assolo avec ses basses tantôt girondes, tantôt funky en diable – et que dire de son break frontstage en mode slap (combien dans les vappes ? +1).

Le show était brillant, puissant, mais voici ce qui le résume le mieux à mes yeux.  Parce que tout ce qu’on voit dans ce live de 2004 était présent en substance ou dans l’air au concert du Bikini de Toulouse : le panache, les couleurs, et les yeux qui brillent.

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Suite Ravel, par Woeste et Keberle à Antony : Tissu de résonances, un siècle plus tard.

Ce samedi 25 novembre 2017 à Antony, le concert des jazzmen Frank WOESTE et Ryan KEBERLE  va être l’occasion inédite d’inscrire dans le même set leur nouvel album Reverso – Suite Ravel (chroniqué ici) et l’œuvre originale du maître: Le Tombeau de Couperin, qui les a inspiré.  Zéro pédagogie.  Simple juxtaposition de matières qui va lever de lui-même le voile sur le dialogue fécond entre Maurice Ravel, le dernier des musiciens classé classique, auteur du célébrissime Boléro, et ce que ses inventions ont semé dans la tête de jazzmen du 21e siècle.

photo © Pauline Penicaud

Le concert alternera les mouvements de l’œuvre originale, donnée au piano par Clément Lefebvre, avec pour chacun leur miroir inspiré pour le projet Reverso par le quartet Jazz (Frank Woeste – piano, Ryan Keberle – trombone, Vincent Courtois – violoncelle, Greg Hutchinson – batterie, percussions).  Une rare filiation esthétique, livrée dans sa continuité.

Frank Woeste, ce n’est pas la première fois qu’on le chronique ici en pianiste de jazz  aussi doué en sideman ou arrangeur pour les autres que pour lancer de somptueux projets.  Mais voilà, depuis notre dernière conversation, il a semé quelque chose qui trotte en tête, et qui vient toucher à l’idée qu’on peut se faire de la matière première de la création artistique, toutes disciplines confondues.  Un petit livre de David Sanson consacré à Ravel  (Actes Sud – Classica)  nous a même offert quelques citations de Ravel lui-même qui viennent étayer ce que les musiciens Frank Woeste et Ryan Keberle ont mis en œuvre à l’instinct.

La parlotte est détendue à Odyssud -Blagnac où Frank est venu en octobre dernier assurer les claviers pour la diva YOUN SUN NAH.  Il parle de la fascination visionnaire de Ravel pour le jazz , ses inventions rythmiques et harmoniques, son écriture libre et ouverte, et la part belle faite à l’improvisation.

L’improvisation existait déjà avant le jazz, rappelle Frank. JS Bach, qui fut organiste, l’inscrivait dans ses compositions pour la liturgie.  Il fallait bien meubler pour couvrir les aléas dans le déroulement de la messe!

Lui et Ryan se sentent-ils des pionniers absolus dans leurs compositions, sans héritages aucun?

Certainement pas!  Tout fonctionne toujours par fécondations, inspirations successives.  Ça a fonctionné pour Ravel, et ça le refait pour nous, qui avons construit nos mouvements dans cette Suite Baroque revisitée à partir de ferments de l’œuvre originale: une suite harmonique, un élément rythmique, une mélodie… que nous avons développés dans notre écriture propre.

Comment alors fonctionnent ces artistes?  Si on lit Ravel lui-même, il n’y a pas de comment, ni de pourquoi:

Musicien: pas un professionnel, diable! Créateur ou dilettante; être sensible au rythme, à la mélodie, à l’harmonie, et à l’atmosphère qui créent les sons.  Frissonner à l’enchaînement de deux accords, comme au rapport de deux couleurs.  La matière: cela importe d’abord, dans tous les arts.  Le reste en découle.
(« Impressions », sur Chopin – 1909)

Cette liberté de ressentir, de chercher à l’instinct, Frank Woeste non seulement la revendique pour son écriture mais la recommande comme attitude pour explorer la musique selon sa propre sensibilité:

Je suis issu de formation classique, rappelle Frank, ce qui ne m’empêchait pas d’écouter autre chose dans ma jeunesse.  C’est le jazz fusion qui m’a attiré en premier.  Puis ça m’a intéressé de découvrir ce que tel musicien qui me branchait avait fait avant, ce qu’il écoutait dans sa jeunesse à lui, de voir ses influences, son parcours, … Je suis remonté comme ça à Bill Evans, au Cool et à Miles, au be-Bop,…

La parole à David Sanson, pour conclure:

Les plus grands artistes et les plus grandes œuvres se reconnaissent notamment parce qu’ils savent secréter en chaque être un système d’échos, un tissu de résonance propres qui, à notre insu, agissent à la manière d’un miroir et, finalement, d’un révélateur.  Certaines œuvres, certaines musiques nous accompagnent qui semblent n’avoir d’autre effet que de nous permettre de mieux entendre le monde. (…)  La musique de Ravel fait partie de ce trésor, de ce patrimoine inestimable (…).  Pénétrante et sereine, la musique de Ravel, entre autres bienfaits, enseigne l’art du compagnonnage.  Qu’ils soient cinéastes ou écrivains, comédiens ou interprètes, compositeurs ou plasticiens, la plupart de ceux que nous avons pu interroger (…) ont eu des mots qui ne trompent pas pour évoquer l’entêtante et vertueuse alchimie à l’œuvre chez Ravel.  A leur manière, eux-même prolongent sa musique en la faisant vivre à travers eux, en faisant fructifier ce qu’elle a à nous apprendre.

Concert à Antony (région parisienne) le 25/11/2017, organisé dans le cadre du Festival Place au Jazz (cliquez sur la date et accédez à la billetterie en ligne) ou encore ici
ou réservez par tel à l’Espace Vasarely au 01 40 96 68 57

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WALTER SEXTANT LIVE (encore): au Taquin de Toulouse

Au club Le Taquin le 25 novembre dans le cadre du Festival Bar-bars

photo © Sebastien Pipo

C’est toujours émouvant, un jeune band de Jazz qui s’ébroue, déploie ses ailes.  On ne va pas chercher à placer Walter Sextant sur une échelle de maturité parce que ici, maintenant, c’est l’élan qui compte, l’énergie.  Pour autant, c’est de l’énergie propre: Rémi Savignat – leader et compositeur – a les idées claires et ses collègues y contribuent en bonne intelligence artistique, on sent clairement que ça circule.

Cet esprit de band qui fait si forte impression dans leurs prestations scéniques fertilise en amont les compositions de Rémi, qui sait pouvoir compter sur la créativité des musiciens auxquels il va confier ses histoires.  Car Rémi est ce genre de raconteur qui brûle de connaître la suite de ses propres histoires: aussi écrites et contextualisées qu’elles soient, ses compositions commencent à vivre avec les répétitions et c’est bien dans la part qui échappe qu’elles révèlent leur charge émotionnelle, leur caractère, la couleur qui les fera chacune unique.

Voilà ce qui motive Rémi Savignat et ses musiciens: la recherche de la cohérence bien plus que l’approfondissement du style, au bout d’une recherche à risques, comme le ferait un explorateur impressionniste en donnant des moyens à ses rêves.  C’est aussi l’histoire de Rémi, jeune rocker qui s’est arraché à l’usine pour étudier la musicologie, qui a dépassé ses a priori sur le jazz intello pour approfondir ses intuitions narratives dans cette langue immense.  Au final, une histoire est bonne quand on se la raconte.  Quand elle s’inscrit ou se transcrit au poil dans l’univers de chacun.

Pour en savoir un peu plus sur l’ADN de Walter Sextant, retrouvez notre billet pour le webzine Les Musicophages ici

Pour le concert au Taquin, Walter Sextant élargit la palette avec la clarinette basse de Florian Leger.  Nouveau challenge excitant.  Ça va donner…

Club Le Taquin: infos et réservations

waltersextant.com

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Idir (mé)tisse sa poésie au Phare de Tournefeuille

Ce jeudi 16 novembre au Phare de Tournefeuille, c’est une toute belle célébration de poésie musicale qui s’annonce avec le concert d’Idir. Ydir, légende en sa terre de  Kabylie, héraut d’un peuple dont la langue longtemps interdite a survécu par ses chantres et ses poètes, cultivée comme un art, ferment de résistance. Idir, poète subtil devenu pair des grands chansonniers français.  Cette belle histoire, cette boucle infinie entre deux cultures ne se réduit pas aux flux et reflux  d’une immigration qui a certes nourri la culture d’ici.

Ici et Ailleurs, son dernier album, assemble comme le ferait un collectionneur attendri quelques perles de la chanson française mises en résonance vibratoire avec la sensibilité kabyle.  Aznavour, Tryo, Cabrel, Lavilliers, Grand Corps Malade, Maxime Leforestier ou encore Gérard Lenorman exposent leur chanson à ces harmonies complexes, envoûtantes  et prêtent leur voix à l’accent d’une langue fleurie qu’ils appréhendent uniquement par les sens.  Bien loin des chansons à la manière de, dégagées des pesanteurs de la pédagogie transculturelle, ce sont de purs métissages qui s’offrent aux oreilles, racontent de nouvelles histoires.

La poésie, fût-elle musicale, se renouvelle tout les jours en inventant des formes inattendues.

Idir en écrira une nouvelle page jeudi au Phare de Tournefeuille, passant de l’album à la scène – où il va libérer, seul sur les concerts de sa tournée, tous les parfums subtils de ses duos fraternels.

Le site du Phare de Tournefeuille (et le lien pour acheter des places)

La page Facebook du Phare (page de l’événement)

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Folk en alcove : Zoe BOEKBINDER a la Cave Poesie de Toulouse

Excellente découverte en cette fin de semaine à Toulouse avec les petits concerts de Zoë Boekbinder, Canadienne arrivée enfant aux USA dans le camion de ses parents.  Migration, déracinement, ou longue vadrouille, un bonne partie de la musique US, du Blues au Folk, s’écrit dans ces entre-deux.
Elle ment rarement.

Guitare-voix, c’est l’exercice le plus exposé pour l’artiste et aussi le plus révélateur de la qualité des compositions.  Dans cette forme tellement répandue et sans céder au cliché de la-fille-avec-une-guitare, Zoë Boekbinder offre de bonnes chansons, musicalement raffinées et soutenues par un jeu de guitare d’une belle maturité (lisez : riches harmoniques et pas de chichis).  Ses ornementations vocales minimalistes, agencées quelquefois a cappella, sont d’une élégance rare.  Dans le registre de la fraîcheur, Zoë développe un timbre qui touche l’intime comme y parviennent aussi, à leur manière, d’autres belles voix qu’on aime : Joni Mitchell, Laura Marling, Josephine Foster, ou encore la trop peu connue Jenny Lysander.

Pour ne rien gâcher, Zoë raconte de belles histoires, captivantes tant par les univers poétiques installés que par le propos lui-même – et son expérience de concerts dans les prisons US en fait partie.

© photo Franck Alix

La Cave Poésie de Toulouse avait orienté le public vers l’alcôve et sa brique chaleureuse, disposition en écrin ouvert parfaite pour tisser la résonance entre l’artiste et son audience conquise.

L’événement était organisé par La Cave Poésie et What a Mess! Records.

Aussi légère qu’un passereau du folk song, la voilà déjà repartie au vent de sa tournée européenne, próxima estación: España. Dates disponibles sur son site, et aussi lien vers son fil d’actu Facebook etc…

zoeboekbinder.com

Le Facebook à jour

Photo de Zoë Boekbinder à La Cave Poésie par le photographe Franck Alix

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Que demande-t-on au poète? (comme si vous y etiez)

Voici le Désert est de ces recueils qui vivent leur vie de lichen, leur vie de semence.  Collés à l’énergie de leur hôte, comme lui ils transcendent parfois, se laissent enfouir souvent, rejaillissent sans faillir à l’heure bleue – quand elle sonne.

VIII

Dans cette rivière asséchée
sur son lit de pierre friable

où attendent les eaux absentes

il pleut si rarement

que les plantes ont évolué
pour semer pousser fleurir fertiliser
et se propager en trois jours

avant que le feu de la sécheresse extermine
tout sauf les semences robustes
qui peuvent rester tapies des années dans les absences

ainsi
ces chansons
avaient chanté avant

ce stylo avait plongé dans les pluies impossibles

On n’attend rien, on ne demande pas aux poèmes de Dom Gabrielli de porter notre désespoir, notre rage, ou nos pulsions corrompues.

Ses mots de l’intime – le sien ô combien! – les voici qui viennent à la rescousse, la mienne, lorsque j’ai à nommer ce qui va me libérer.  Il suffit donc de reconnaître le poème, et cet autre, qui déverrouille et met en paix.

XVIII

Par magie je te trouve
parfumée de menthe douce

je t’inhale
dans les lèvres pétries de mon ignorance

toute tradition est enfreinte
ta lumière
tes sucres inconnus
dans les rires décapités du temps

Franchir, c’est l’injonction qui nous bloque, autant que le mantra qui nous libère.  On parvient, des fois, à s’arracher à la glaise, à faire décoller l’avion.
Reprendre un  cap, retrouver une vision: ce job qui est à soi – rien qu’à soi – s’accomplit, s’adoucit avec l’accolade affectueuse des quelques vers du poète.

XXXVIII

(…) j’emporte assez de silence en me couchant
pour me mêler à toi
jusqu’à demain

Dom Gabrielli Poetry

Voici le Désert, recueil bilingue Anglais – Français,
traduit par l’auteur et Laetitia Lisa
publié par L’Aile éditions

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Genereux bouquet final pour Le Chant des Colibris à Toulouse

La tournée du Chant des Colibris s’est achevée hier samedi 10 juin à Toulouse dans une émotion prévisible, avec des artistes impliqués qui ont livré un show plein de panache et de générosité.  Ils ont été nombreux sur la tournée, mais ce soir les Colibris étaient, dans le désordre:  Alain Souchon, Albin de la Simone,  Bastien Lallemant, Fredrika Stahl, Gael Faure, IZIA, JP NATAF,Ours, Pierre Souchon, Piers Faccini, Xavi Polycarpe, ZAZ.

Des énergies diverses ont traversé le show: fête, plaisir évident des artistes de jouer ensemble, et, pour certains, les pleins feux à brûler les planches car c’est leur manière d’être sincères (généreuses Zaz et Izia, baroque et adorable Izia!). Et puis il y a les contre-pieds plus recueillis: lectures par Cyril Dion d’extraits du livre ‘Demain’, prestations d’artistes posant leur chanson comme une respiration.  On pense à Fredrika Stahl – compositrice de la musique du film Demain, classieuse en même temps que chaleureuse.  Autre parenthèse, le petit set à mains nues de Piers Faccini, tout en finesses de voix, de tamburella, et de guitare, venu se ficher dans les souvenirs intimes de cette soirée.
Il en est une autre, mémorable et vibrante, cette reprise a cappella du mythique Helplessly Hoping de Crosby-Still-Nash par Xavi Polycarpe, Gael Faure, et un troisième vocaliste.  Chair de poule garantie.

Le bouquet final, le All Stars on stage, il est venu nous cueillir comme des gamins.  Imaginez-vous Foule sentimentale, menée par son auteur Alain Souchon, soutenu par un chorus d’artistes, et combien de générations dans la salle survoltée?

Le message essentiel: Chacun sa part, ses petites actions, vers un monde meilleur s’en trouve renforcé, propulsé tout en vibration dans le ‘quotidien-demain’ des présents et de tous ceux qui partagent cet engagement.


On peut s’informer et signer l’engagement sur le site du mouvement:
https://www.colibris-lemouvement.org/

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Rumpus: A Big-Bang Jazz-Band

Debut EP Somehow et concert le 6 avril au Rex de Toulouse

Voir le sérail Toulousain s’enrichir d’un nouveau projet jazz est un plaisir qui ne se boude pas.  Au-delà, à l’écoute des 6 pistes de leur premier ep, et après une petite parlotte avec Grégoire Oboldouieff (bassiste et un des compositeurs du band), je vous recommande sans hésiter le petit événement qui se profile.  Vivre ce live, ça va être quelque chose!

A band is born, sourire contagieux et doigts dans la prise

Rumpus est l’aboutissement du parcours entêté de jeunes musiciens assoiffés d’apprendre et d’expérimenter.  Leur rencontre a fonctionné comme un alignement d’étoiles, voire un big-bang créatif.  Avec Somehow, ils se sont dépêchés de coller leur ADN concentré sur une première galette qui sortira juste pour le concert du 6 avril.

En primeur, ils nous dévoilent ici l’artwork de leur pochette, oeuvre de l’artiste Belge Kevin Lerens.

artwork © Kevin Lerens

Ce front-cover raconte déjà une histoire, rien à voir avec une illustration esthétisante.  A l’oreille, le mot Rumpus évoque assez bien la rupture qui précède le renouveau, l’explosion d’énergie qui lance les comètes ou les pluies d’étoiles.  Un peu de wiki et on s’accorde sur la traduction en vacarme, boucan, ou encore brouhaha comme nous précise Grégoire.  On peut y entendre aussi les éclats de voix aux retrouvailles de bons amis, avant que se forme la conversation passionnée, le plan sur la comète nommée Rumpus.

Une genèse courte

Courant 2014, le saxophoniste Alexandre Galinié rassemble quelques amis musiciens dont il a l’intuition d’une affinité, comme on détecte l’eau qui court sous la roche.  Il n’y a pas de recette magique pour cet accord qui relève beaucoup de l’humain et de la passion inconditionnelle pour la musique. Le tout à la sauce des jeunes du 21 siècle: longues amitiés, rencontres dans les écoles de musique ou à la faveur des projets des uns et des autres, et une totale absence de complexe pour jouer tout ce qu’ils aiment.
Pour confirmer l’intuition, pas besoin de définir un concept de projet.  Le seul accord – qu’ils n’ont pas besoin de signer – c’est jouer ce qui leur ressemble.  Et de passer à l’acte.  Durant une petite année, le groupe se chauffe sur des reprises: hip-hop, soul et funk, … le socle se met en place.
En 2015, vient le temps des premières compos originales avec un line-up qui a fini par se caler. A coup de résidences de trois ou quatre jours, les compositions d’Alexandre Galinié, Grégoire Oboldouieff, Stacy Claire et Rémi Savignat alimentent un processus créatif collectif, ouvert, poussé aux limites de l’innovation.

photo © Yohann Duflot

Leur fil rouge, c’est le groove évidemment.  Le groove, le groove, et le rythme.  Connecté par les racines à la mère Soul et au père Funk, et interfacé par l’instinct aux audaces du hip-hop et du rap.  On peut faire ça?  Rumpus ne perd pas de temps à se justifier et se jette dans la mêlée. Advienne que pourra.

Le résultat est étonnant par sa modernité, émouvant par la posture naturelle d’un si jeune groupe qui a déjà compris que le jazz ne se définit qu’en le jouant.  Hors mode, hors concept, sans étiquettes.

A l’image de ce qui anime les membres du groupe, les titres de Somehow offrent à la fois danse éperdue et romance-cocoon.

La voix de Stacy Claire, totale découverte, porte en soi des polyphonies ravissantes que développe finement Clément Prioul aux claviers.  Dans les titres Gut ou  Melas, elle installe des atmosphères et des timbres qu’on a connus, excusez du peu, du côté de Dee Dee Bridgewater (période Afro-Blue), Julie Roberts avec Working Week, ou plus récemment Krystle Warren (quand Eric Legnini la fait chanter).

Le collectif reprend ses droits et la voix de Stacy enrichit la gamme des instruments embarqués dans les titres autrement sous tension que sont Blurred,  Self Made man, ou encore Dawn.  Les perspectives ouvertes par ces compositions sont excitantes en diable. Elles propulsent l’auditeur dans de nouvelles dimensions à coup de ruptures et de ré-amorçage du groove.  Ça peut venir de la section rythmique (dans Dawn ou So long) ou des cuivres qui partent d’une cadence et la montent en puissance sèche.

Rumpus tire là sur un nerf déjà titillé par ces fous de rythme que sont les immenses Donny McCaslin (« l’inséminateur » du dernier opus-révolution de Bowie: Black Star) et le génial pianiste Arménien Tigran Hamasyan.  Ce qui est à l’oeuvre, tant du côté des « pointures » que chez Rumpus-le-jeune, c’est à n’en pas douter un de ces sauts dans la modernité qu’a connus le jazz, avec le Be-Bop ou le Free-Jazz par exemple.  Ceci dit sans prétention d’étiquette (restons cohérent!), mais pour souligner l’intention, la dynamique lancée.

Rumpus est encore tout près de son big-bang.  S’il garde sa fraîcheur et ses capteurs ouverts sur la durée, alors l’EP Somehow sera plus qu’un acte de naissance: un manifeste. Et un objet collector!

Alexandre Galinié: sax
Clément Prioul : claviers, orgue
Cyril Latour : trompette
Grégoire Oboldouieff: basse
Pierre Costes : batterie
Rémi Savignat : guitare
Stacy Claire: chant

L’EP Somehow sera en vente au Rex le 6 avril et par la suite en contactant Rumpus : contact.rumpus@gmail.com

Le Facebook officiel ici

L’événement au Rex, sur Facebook

Acheter vos places sur la billetterie du Rex de Toulouse

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Jalons d’éveil (artistes à suivre) 1: Baro d’Evel

Le plaisir des retrouvailles et celui de la découverte peuvent s’apprécier avec la même intensité, chacun sa palette sans doute, et dans les deux cas réserver de belles surprises.  On se dit alors qu’on est sur le bon chemin, dans la bonne intuition exploratrice, tous capteurs dehors.

Petites formes-ateliers ou spectacle en tournée, Jalons d’éveil est un pointage sur des artistes magnifiques avec lesquels régler une interface sensible, infuser des univers, et guetter leur prochain passage de comète.

photo © François Passerini

Baro d’Evel.  Comment définir ces infatigables chercheurs du cirque poétique?  Oui voilà, je viens de le faire!  En plus de mots:

Baro d’Evel aime chercher dans les oppositions, les interstices, les entre-deux, les passages, ces endroits de transformation, là où l’on devient autre, là où l’absurde nous soulage du sens. Parce que ce sont ces paradoxes, ces frottements qui mettent en danger, et ouvrent des portes. lit-on sur le programme.

Par ce long compagnonnage qu’ils entretiennent avec l’animal, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias raffinent encore le trouble, entre transformation et mimétisme, qui fait résonner ces mots de Georges bataille:

L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et m’est familière.  Cette profondeur, en un sens, je la connais; c’est la mienne.  Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé.  Je ne sais quoi de doux, de secret, de douloureux, prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous ».

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photo © Arthur Bramao

15 ans au compteur déjà, pour cette toujours jeune compagnie dont l’épine dorsale est composée de  Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, sans oublier le cheval, le corbeau, partenaires de tant de spectacles, ni la tribu de danseurs, acteurs, acrobates, musiciens, et techniciens mobilisés autour de productions plus ambitieuses comme Bestias.  De loin en loin on les retrouve, sous chapiteau sur les routes de France, au centre L’Usine à Tournefeuille, ou encore ici,  au Théâtre Garonne de Toulouse, où le duo avait précédemment joué son spectacle Mazut.

cheval danse

photo © Alexandra Fleurantin

 

Au cours d’une résidence-atelier au Garonne,  ils ont frotté leurs ébauches d’un nouveau projet en dyptique – Là : duo avec oiseau, et La Falaise: plus grande forme avec animaux – aux univers de Leonor Leal, atypique danseuse de flamenco et de la chanteuse Fátima Miranda.  Ils en partageaient l’autre soir un instantané, une sorte de jalon minimaliste mais très évocateur, pétri de corps-à-corps, de drôleries et de tendresses, d’élégances aussi.

Etait-ce l’intimité de la confrontation dans le contexte d’atelier, mais l’ardeur de Baro d’Evel dans le questionnement émotionnel, son l’humilité au bord de l’inconnu, de l’interstice nous ont touché au même endroit que les œuvres intimes de la généreuse Pina Bausch.

Et ça, c’était la surprise de la soirée.

* * * *

Prochaines dates de la compagnie: ici

 

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Trio Chemirani à Toulouse: La langue au bout des doigts

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Ce jeudi 2 mars, un enchantement va se répandre dans la Salle Nougaro de Toulouse.  Au fil d’une conversation rythmique et mélodique captivante, le Trio Chemirani va probablement mettre un auditoire à l’unisson d’une vibration invisible et pourtant universelle, une langue poétique et musicale, sublimée dans leur grand œuvre : l’album Dawar.

Chemirani, c’est à la fois le nom d’une famille à l’identité culturelle singulière et l’une des plus belles aventures musicales contemporaines, belle comme une rivière dont on pourrait contempler dans le même regard et la source et le delta.

Formé dans les années ’40 par les grands maîtres du tombak (1) à Téhéran, Djamchid, le père, demeure aujourd’hui encore le témoin de la tradition la plus pure.  Lorsqu’il s’installe en France au début des années ’60, il prépare pour ses enfants un creuset familial riche de deux cultures, un dialogue propre à éveiller une curiosité musicale qui ne tarira jamais.

Leur sensibilité artistique se formera à l’écoute de la langue du père, le persan, et à sa tradition de musique et de poésie. Chacun tracera ensuite une route personnelle.  Djamchid donnera le signal de l’exploration au-delà de la tradition en participant,  en 1985, à la mise en scène contemporaine du Mahabharata de Peter Brook.  De leur côté, les filles Maryam et Mardjane  chantent, et les garçons Keyvan et Bijan multiplient les projets de métissages, notamment avec les musiques modales de la Méditerranée, des mondes arabes et ottomans, du jazz et du folk occidental.

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Mais, régulièrement, ils se retrouvent pour fusionner leurs butinages dans une méditation commune, sorte de recherche ad libitum de l’œuvre au noir, l’alchimie d’une langue rythmique universelle.

La formule du trio est axée sur une musique de percussions, exécutée principalement au zarb (ou tombak).  Claquements sous la main franche ou sons doux, chuintés, griffés sur la peau ou encore raclés sur le fût, tout est possible.  Les battements sur le daf, grand tambourin, et le udu, cette jarre originaire du Niger, offrent une rupture au timbre dominant.

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Souvent, les cordes prennent la main,  avec le  saz de Bijan et le santour de Keyvan, pour lancer d‘irrésistibles envolées oniriques.  Mais ce sont les poèmes anciens scandés de la belle voix du patriarche Djamchid qui viennent à intervalles réguliers rendre le souffle pour un nouvel acte à cette belle conversation.

On verra à l’œuvre plus qu’une complicité familiale.  A voir l’impulsion, l’appel et la réponse, la phrase rythmique passer de l’un à l’autre avec une telle fluidité, on se prendra n’entendre qu’une seule voix, fusionnée par l’instinct.

Car on l’a compris : s’il est bien question de frappe et de percussion, la finesse du toucher des Chemirani  sur des instruments dont on ne soupçonne pas l’infinie subtilité écrira dans nos mémoires le souvenir d’une langue intime, une langue que l’on ne connaissait pas.

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(1) Nom persan de ce tambour à peau tendue sur corps en bois en forme de champignon. Zarb est son nom arabe

Leurs enchaînements fusionnels transcendent les frontières et parlent à tous. […] Ce trio unique en son genre élabore une musique percussive étonnamment mélodieuse, qui ensorcelle et transporte. Télérama

Réserver pour le concert à La Salle Nougaro de Toulouse (2 mars 2017)

La page Facebook du Trio

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Conversations à La Maison Jaune: Piers Faccini à Toulouse – partie 3

Troisième partie de la conversation avec Piers Faccini sur le processus créatif dans le cadre d’une rencontre organisée le 27 janvier 2017 par La Maison Jaune avec un petit groupe d’invités.
(première partie: Naissance d’un regard)

(deuxième partie: La part publique, échange et ondulation)

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©photo Christelle Camus

 

Enrichir sa palette et prendre position

LMJ — Ton actualité c’est le nouvel album I Dreamed An Island , dont le propos est un manifeste, une fable moderne sur une identité culturelle agrégée entre Europe et Orient.  Tu as déjà beaucoup commenté ce concept fondateur de l’album dans les médias.  Je voudrais l’aborder ici sous l’angle de l’accomplissement artistique.
Depuis tes premières chansons, tes premiers albums, le souci de l’arrangement, de l’harmonie sont déjà fort présents dans la composition et l’écriture.  Avec ce nouvel album, on observe que la palette s’est beaucoup élargie, sous l’influence sans doute de cette réflexion sur l’identité culturelle.  S’ajoutent des instruments anciens, traditionnels et populaires, mais également des langues, des dialectes qui enrichissent la palette.  Tous ces ingrédients, tu les utilises dans une écriture moderne, un folk du 21e siècle.  Avec leur couleur ou leur contribution rythmique, on en vient à composer de la musique comme on peint.  Dans quel esprit as-tu utilisé ta palette ?

PF — J’ai depuis longtemps cette curiosité pour la musique du monde, et la sensation d’avoir été influencé par la musique de beaucoup de continents différents. A chaque nouvel album, il y a une sorte d’approfondissement de ces influences.  Surtout pour cet album-ci, dont le propos est une forme de célébration d’un pont ou d’un mariage entre Orient et Occident.
C’est aussi un album très proche de moi, c’est comme si j’imaginais que les chansons fonctionnent comme une mémoire de mes ancêtres, une représentation du sang que j’ai dans mes veines. 

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artwork ©Piers Faccini (detail)

Ce choix  répond à une envie personnelle de réalisateur mais aussi clairement à une volonté politique : on vit dans un monde où l’artiste doit prendre position.  J’ai écrit une chanson Bring Down The Wall qui appelle à vivre dans un monde où on n’a pas besoin de construire des murs.  Cette position politique a entre autre été inspirée , c’est un drôle de mot vu la personne! , par les propos de Donald Trump il y a un an quand il parlait de ce projet de mur (ndlr à la frontière USA/Mexique) dans ses discours de candidat.  Mais le vrai mur de Trump n’est pas ce mur de Mexico, c’est le mur qu’il veut imposer et encourager les gens  à construire entre les communautés.  C’est effrayant.  Dans une interview récente, il disait : « Walls work !  – Les murs ça marche. Et nous, on ne va pas construire un petit mur mais un grand-grand mur ! »  C’est de la folie. 

Moi je prends position mais des gens m’envoient des messages, sur Facebook, des fans Américains entre autres, qui me suivent depuis des années, et qui me demandent de ne pas me mêler de politique.  A l’inverse, des fans Mexicains me remercient d’avoir pris cette position.  C’est ce qui va se passer avec les artistes engagés, des gens vont les critiquer et d’autres les soutenir, mais je me devais de le faire par rapport à mes origines : je suis ici grâce à l’immigration.  Un monde sans murs c’est peut-être utopiste, mais j’y crois, je soutiens cette vision.

LMJ — Ce que tu viens de dire confirme et raffine même tes propos et ta réponse à ma première question : on crée pour soi, dans l’intime, mais par la suite des rencontres et toutes sortes d’impacts viennent faire vivre et peut-être évoluer la chanson, la vision de l’artiste.

PF — C’est vrai que j’ai une approche particulière pour cet album, plus comme un metteur en scène, dans le sens où quand j’invite, par exemple, le fabuleux violoniste Jasser Haj Youssef, j’agis comme le réalisateur choisit un acteur dont il sait qu’il va apporter quelque chose que lui-même n’aurait jamais pu écrire.  Ce quelque chose est tellement lié à son jeu et à la couleur de son instrument – de sa voix, que le job de ce réalisateur est simplement de créer un contexte pour que cette magie s’exprime en harmonie.  Sur cet album, c’est le cas avec beaucoup de personnes.  C’est la première fois que je me permets d’inviter autant de monde  et de composer une palette aussi large.

Et c’est très important pour moi dans les arrangements qu’on entende bien cette célébration de la diversité, de la cohabitation entre les peuples, les cultures et les religions : qu’on l’entende aussi dans la musique, que ça ne soit pas que dans les histoires et les propos.  C’est pour ça qu’on entend une guitare électrique avec un Saz turc, qui se mélangent à une viole d’amour jouée sur les modes des maqâms arabes,  … Je crois que quand on crée, si instinctivement on sent que c’est juste, il faut y aller ! 

On a tendance à croire – comme on en discute maintenant – que celui qui crée a toutes les rênes en main, alors que ce n’est pas vraiment le cas en fait.  C’est vrai qu’il y a du travail, mais l’inspiration c’est l’eau qui tombe du ciel.  C’est aller à la roche, à la source avec un bol.  Je ne contrôle pas la présence de l’eau mais s’il y en a, je sais comment la recueillir.  C’est ça la différence, c’est important de la souligner.

(A suivre)

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photo © Nina David

On peut revenir sur les moments de collaboration de Piers avec les musiciens invités en consultant la rubrique dédiée sur le blog I Dreamed An Island et les différents portraits des artistes.
http://www.idreamedanisland.com/en/category/recording-sessions/

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Conversations à La Maison Jaune: Piers Faccini à Toulouse – partie 2

Deuxième partie de la conversation avec Piers Faccini sur le processus créatif dans le cadre d’une rencontre organisée le 27 janvier 2017 par La Maison Jaune avec un petit groupe d’invités.
(première partie: Naissance d’un regard)

©photo Christelle Camus

©photo Christelle Camus

La part publique: échange et ondulation

LMJ — C’est intéressant parce que – pour rester dans le domaine musical – on pense à certaines de tes chansons dont l’interprétation sur scène a donné lieu à beaucoup de versions, tout aussi créatives que l’enregistrement pour l’album, et même à certaines variations que l’on jurerait nées en live.  Par ailleurs, tu as réalisé et produit des albums pour d’autres artistes, notamment au sein de ton propre label Beating Drum, dans un rôle de directeur artistique et de producteur que tu assumes avec beaucoup d’exigence.  Pourrais-tu nous parler de cette dynamique entre la création, élan pur, intime, à l’écoute de soi comme tu viens de l’exposer, et ce qui se rajoute à cet accomplissement quand il s’agit de le communiquer, que ce soit pour les arrangements et la production ou au moment de l’interpréter en live .

PF — C’est Cioran qui disait ça je crois, que le fait de devoir à un moment être connu, d’être plus ou moins une figure publique quand on est auteur, compositeur, etc., c’est un désavantage. Dans l’absolu, avec mon côté peintre et poète, je trouve qu’il a un peu raison, l’art le plus pur est celui qui jamais n’est jamais touché ou influencé par un retour du public.  Dans mon cas, chanter et jouer de la musique, ça fait partie de l’écriture.  Si je n’écrivais pas, je ne sais même pas si je chanterais.  Et ce lien à l’écriture est comme une pratique spirituelle.  Quand je pense aux peintres que j’adore, Chardin, Morandi, ou même Giacometti, que leurs tableaux aient été achetés ou pas n’aurait rien changé à leur besoin de peindre, tant qu’ils avaient des fournitures.

En revanche, ce qui est différent dans la musique et dans la performance, c’est la rencontre avec un public.  Cet échange, je l’ai vécu de façon très différente quand j’ai commencé à chanter.  C’était plus difficile parce que je n’étais absolument pas dans la recherche d’une reconnaissance du public ; je montais sur scène et je fermais les yeux tout le long, au point que j’étais effrayé quand les gens applaudissaient à la fin, je me rendais compte que je n’étais pas tout seul !  Après, avec l’âge, on apprend à gérer ses névroses, et à faire quelque chose d’intéressant aussi.

© photo Christelle Camus

© photo Christelle Camus

Plus tard, j’ai commencé à m’intéresser au côté social de l’échange, de la communication, quelque chose qu’au début je ne voyais pas et que je n’appréciais pas.  Aujourd’hui c’est le cas, même si la solitude au moment de la création c’est primordial.  Comme vous voyez, je suis assez bavard, je peux parler longtemps en racontant des bêtises !

Avec le label, je peux avoir la direction artistique complète sur ce que je fais, et pour les artistes que je produis, mettre à leur disposition une plateforme d’expérimentation libre.  Dans les deux cas, on essaie de faire un album le plus beau possible, sans penser d’abord à l’argent.  Ça reste délicat pour une petite structure comme la nôtre, dans le contexte de tout ce qui a changé avec internet.  On est comme un petit paysan qui vient avec ses légumes sur le marché.  En choisissant des semences bios, en respectant la terre sans utiliser de pesticides, etc.., il est dans une démarche indépendante et il a besoin d’une petite communauté de gens qui vont lui acheter directement ses produits ; s’il vend uniquement au supermarché, il fait faillite tout de suite.

Chez Beating Drum, on soigne la sortie d’un album, on réalise aussi de beaux objets comme les livres-cd, avec de la sérigraphie, du beau papier, des incrustations, etc.. pour que les gens trouvent une plus-value à l’achat physique par rapport à l’écoute de la musique en ligne.  On les vend à un prix équitable pour juste couvrir les frais de production, mais ça sert surtout à positionner l’esthétique du label.  Depuis le lancement de Beating Drum il y a 3 ans et demi (2013), on est juste à l’équilibre.  Alors si une personne aime notre production, est sensible à notre discours, et dépense entre 50 et 100 € par an sur notre catalogue, pour nous, à ce niveau-là, c’est comme un mini-mécène.  Bien sûr c’est du commerce aussi, il y a une contrepartie, mais ce choix de préférer acheter l’album plutôt que l’écouter sur Spotify ou Deezer, c’est une façon décisive de nous soutenir, de nous encourager à continuer.

Comme l’agriculteur avec la vente directe sur le marché, il va se former petit à petit une communauté de gens avec lesquels on échange.  Ce sont des gens que je rencontre à la fin des concerts, comme celui de ce soir, ou aux petits concerts acoustiques avec très peu de monde et qui sont sold-out en 24h parce que ces gens sont connectés et très réactifs.

© photo iammrcup

© photo iammrcup

Pour continuer à propos d’échange, ça me fait penser à cet interview que j’ai eue avec un bloggeur qui voulait me confronter et entendre ce que j’avais à dire sur ce que la musique pouvait faire pour arrêter les gens qui ont envie de devenir terroristes !

D’entrée, il m’opposait que le public de mes concerts ou de mes lectures, c’est pas le bon exemple parce qu’il vient de classes sociales sans problèmes etc…    Sans parler du fait qu’on ne peut pas être aussi catégorique avec cette histoire de classes sociales, je suis plutôt sensible à la notion d’ondulation.  Quand il y a une belle rencontre, un échange nourrissant, ça touche le cercle de la personne.  Comme une ondulation ou un reflet se propage, il peut y avoir dans la vie de cette personne quelque chose qui va se passer et créer une autre ondulation ; il y a une transmission, c’est de la physique.

Le truc c’est qu’un concert ce n’est qu’un acte positif parmi d’autres, autant que rentrer dans une boulangerie et faire un sourire ou discuter avec quelqu’un, avoir un vrai échange.  Pour moi, toutes ces ondulations sont super importantes.  Il y a des gens qui ont du mal à comprendre ça, qui pensent qu’on ne peut régler les problèmes micro que par des réponses macro.  Mais ça ne marche pas comme ça.  Ça passe par l’individu, et par son cercle, et les ondulations qui transmettent.  On ne peut pas imposer l’entente et l’amour aux gens, ça ne marche pas.

(A suivre)

Tiens!  Un souvenir d’ondulation!

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Conversations à La Maison Jaune: Piers Faccini à Toulouse – partie 1

Rencontre

La création n’est-elle pas l’affaire de tous ? Au cœur d’une œuvre, connue ou pas, résident parfois une sensibilité, une sincérité et une évidence propres à réunir les émotions de l’artiste et d’un public touché.  Cette coïncidence peut intervenir sans l’aide des codes de l’Art, de son marché, encore moins de ses érudits.  Dans la solitude de son espace le plus intime, l’artiste ne fera que s’écouter pour créer l’œuvre qui résonne en son sein.  Et pourtant, un jour, une personne rencontrant cette œuvre en arrivera à dire : « C’est ma chanson », « Ce poème m’a sauvé la vie », ou encore « J’habite dans ce tableau ».

Le blog La Maison Jaune est né de l’envie de témoigner et de partager semblables expériences de concert, de théâtre, de lectures, de visites d’exposition, etc..

Quand une œuvre touche quelqu’un, il est souvent question d’une rencontre et d’une expérience.  C’est dans cet esprit curieux que nous avons eu envie d’élargir un peu cette interface entre artistes et publics, de provoquer quelques opportunités de rencontres sur le thème du processus créatif et des échanges engendrés par la diffusion des créations.

Sans autre forme de manifeste ni (pour l’instant) d’agenda, ces rencontres prennent la forme d’une conversation entre un ou des artistes et un petit groupe de personnes intéressées ; la rencontre peut être couplée à une manifestation artistique dédiée ou programmée séparément. Dans la mesure du possible, quelques traces de la rencontre sont diffusées aux participants.

©photo Christelle Camus

Soundcheck ©photo Christelle Camus

Piers Faccini à Toulouse

Une première rencontre s’est tenue au Rex de Toulouse le 27 janvier 2017 avec le songwriter Piers Faccini, à l’occasion de son concert organisé par le producteur Bleu-Citron sur la tournée de son nouvel album I Dreamed An Island.

Avant la rencontre proprement dite, une quinzaine d’invités a pu assister à une partie des balances-son qui précèdent le concert et découvrir ce travail, partie intégrante de la création, répété par les musiciens à l’arrivée dans chaque nouvelle salle de concert.

Soundcheck ©photo Nina David

Soundcheck
©photo Nina David

Le contenu de la conversation est retranscrit ici en plusieurs parties.

La conversation est introduite par la lecture d’un extrait du roman « Les Inattendus » de Eva Kristina Mindszenti (Stock – 2007):

La musique m’est étrangère.  Je crois n’en avoir jamais écouté. Les seuls airs qui m’aient touchée sont les génériques des dessins animés soviétiques qui passent encore à la télévision.  Mais je sais que ce n’est pas ça, la musique.  La musique, c’est le ballet des fourmis sur le mur.  Ce sont les battements des bras d’Erzsebeth quand elle secoue le linge. La musique est un déplacement.  Elle est la ligne continue de nos gestes de notre naissance à notre mort.  Elle nous mène.  Chacun possède la sienne. L’audition est l’une de ses facettes. Une infime manière de la percevoir. Dans son état liquide, la musique est notre mère à tous. Elle va-et-vient, elle irrigue nos artères. De la sève, du sang.

Naissance d’un regard

LMJ — Dans ce petit texte il est beaucoup question de ressenti, donc de perception intime.  Pour autant, l’interprétation de ce ressenti – qui déborde à mon avis le strict domaine de la musique – tend à l’exprimer à un niveau universel, partagé.
Quelle résonance chez Piers Faccini, que l’on connaît comme auteur-compositeur, mais également comme poète, peintre, plasticien ?  La création répond-elle à une nécessité ?

PF — Je pense que c’est simplement une façon de vivre.  Comme c’est souvent le cas pour les gens qui sont créateurs, créatifs – connus ou inconnus c’est sans importance – ça commence à l’enfance. On est dans le film – le film étant la vie, avec toutes ses couleurs – et à un moment c’est comme si on était en dehors du film, et on regarde l’écran.  C’est un moment de séparation.  A ce moment, il y a la naissance d’un regard, qui peut porter vers un livre, la musique, la poésie, un film…  En tout cas ça s’est passé pour moi comme ça, je me rappelle cette expérience de sortir de mon corps et d’observer le monde, moi et mon corps compris, avec une sorte de distance.

Ce moment de séparation, je le vois comme la naissance d’un regard, un regard qui au bout d’un temps commence à engendrer, à créer une matière.  Cette matière est une sorte de nourriture, spirituelle, qui renforce, je l’ai senti comme ça, assez petit, comme un besoin pour communiquer et me communiquer à moi-même quelque chose qui venait de ce regard.  C’est comme si j’arrivais à digérer le monde, des expériences difficiles ou autres, et à les exprimer.  Ça crée une drôle de personnalité, un peu différente de la majorité des gamins (on parle de quelque chose qui commence assez jeune).

Je le vois aujourd’hui avec mes enfants et leurs copains : il y a ceux qui sont dans l’automatisme et certains autres qui laissent un petit espace, un petit recul ; je trouve toujours ces gamins-là intéressants parce qu’ils vont te poser une question hyper-pertinente, ou te faire remarquer quelque chose de différent, et ça va te dérouter. Personnellement, c’est ce déroutement qui m’intéresse, parce que même si ce regard naît à l’enfance et dans l’enfant ou l’adolescent, je pense que c’est la clé de l’esprit créatif.

©photo Christelle Camus

©photo Christelle Camus

Après, je me suis accoutumé à ce besoin de m’exprimer, sans aucune ambition ni l’idée d’être connu, je n’y pensais même pas.  J’avais ce besoin d’exprimer le monde, par ce regard-là, et si je ne le faisais pas, j’avais l’impression que je pourrais devenir fou ;  le monde me remplissait – et me remplit toujours – comme un verre et quand c’est plein, il faut que ça sorte.  Alors comme j’ai touché à tout, des fois ça sort par l’image, ou avec des mots, quelque fois dans la musique, ou encore improvisé, sans performance organisée, et ça s’exprime dans l’instant.

Mais pour moi tout vient de la naissance de ce regard, de cette séparation.

(A suivre)

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Les Inattendus, de Eva Kristina Mindszenti – Retour sur un baiser de poète

©photo E.K.Mindszenti

©photo E.K.Mindszenti

Il faut lire Les Inattendus, oublier son étiquette de ‘roman’ qui annonce le déroulé d’un récit bien charnu, piqué de coups de théâtre sur la perspective fuyante d’une tragédie existentielle.  Et pourtant, à lire et à relire Les Inattendus, sans y détecter aucun de ces ingrédients ou issues convenues, on ressort irradié d’une indéniable conviction existentielle.

J’arrive à cet ouvrage en suivant un petit fil d’Ariane étrange,  comme au sortir d’un songe, une dérive lente, un mouvement infime comme pour me rattraper du vertige initié à la vue d’une photographie.  Une image peut capter de la sorte : on s’y plonge, elle magnétise le regardeur, le décalage se forme et il vous happe.  Quelque chose, une personne, me parle, résonne, et je la suis dans l’interstice.  Voilà tout.  D’Eva Kristina Mindszenti je suis la trace d’encre de chine jusqu’à cette goutte venue tracer quelques signes sur le papier d’un livre.  Un livre ayant vécu sa vie de livre, honorable : édité (Stock 2007), étiqueté (Roman), couronné (Prix Anna de Noailles de l’Académie Française), célébré (sans doute) et aujourd’hui épuisé.

 Peut-on spéculer sur une étoile filante ?  Car c’est ainsi que le web – le bouquiniste du 21e siècle – traite Les Inattendus : des occasions  variant de 0.90 cents (« Tu ne vaux rien, étoile morte ») à près de 60€ (« Tu es star, tu es rare, tu seras chère »).

Qu’y a-t-il à comprendre ?
Rien. Il faut seulement lire Les Inattendus.

Dans ma lecture, les éléments factuels identifiés peinent à ébaucher une histoire.  Les voici tout de même : la Hongrie – tendue entre ses archaïsmes et la chute du Mur toute proche, l’hôpital-mouroir pour des « enfants-Tchernobyl »,  et la traversée de ces étendues glaciales par une jeune femme au plus près de ses instincts.  Il n’y a rien à raconter.  Il n’y a qu’à la suivre, elle : attirée, révulsée, attendrie, drôle, dévastée, réconfortée par la force de son seul amour : le poète qui murmure.

Cette lecture surprenante se vit à même la peau, comme l’expérience de l’eau fraîche dans le torrent d’altitude commence par engourdir, puis force à réagir : s’agiter, nager, s’adapter à un nouvel état sensoriel.  On peut être déboussolé un moment par l’absence du moteur romanesque.  Le récit, pauvre comme son décor, ne fait qu’aligner les gestes de la trivialité du quotidien,  les émotions brutes, et les phrases qui fusent avec l’amertume d’un aveugle-sourd privé de lire son passé, rendu à son seul instinct pour franchir chaque minute de sa vie.

©Encre de Chine - EK Mindszenti

©Encre de Chine – EK Mindszenti

La clé de cette expérience c’est de l’aborder comme une méditation.  Oublier ce travers humain de l’interprétation, de la surcouche conceptuelle, ne pas chercher à se raccrocher à un quelconque signal gps : on se fiche bien de là où on va.

La clé c’est de ne pas lâcher le fil du verbe, de coller à la musique des mots, à la respiration qui s’installe par la scansion des phrases courtes.  Aux mots coupés.  Aux mots répétés.  Aux chuchotements. Aux minuscules incantations qu’on s’administre quand on marche seul, depuis longtemps. Eva Kristina Mindszenti marche-t-elle depuis longtemps ?  Que traverse-t-elle ou s’apprête-t-elle à traverser ?  Nul besoin de le savoir : c’est son expérience qui nous rend la nôtre.  Avec la fausse froideur des minutes d’un procès, Les Inattendus donne voix à ce récit des instants de pure solitude dans le bruit du monde.

C’est un récit puissant, initiatique, celui qui parvient par ce chemin émotionnel à rétablir que la conscience de  l’instant est le socle de la compréhension existentielle.
C’est le cadeau du livre, que de nous rendre cette conviction apaisée, c’est comme recevoir l’amour d’un poète.

Le poète murmure.  Je l’entends. János Arany m’aime.  Ses livres existent pour sauver des gens comme moi.  Son existence a trouvé sa destination.  (…)  Un poète n’est pas un intellectuel.  Il creuse.  C’est son métier.  Son front perle de sueur.  Il n’est pas insensible aux changements climatiques.  Il creuse, dans cette canicule, il creuse, au cœur d’une ère glaciaire.  Le ciel est terne.  Il creuse encore, et, sous la pluie, excave, enfin, un sentiment abîmé.  Il s’arrête de creuser.  Il a trouvé.  Le silence est parfait.  Plus rien d’autre ne compte.  Le poète recueille le sentiment avec délicatesse.  Muni d’un canif, il le nettoie.  Un poète est avant tout un homme habile de ses mains.  A la fin du travail, le sentiment retentit de sa splendeur initiale.  Comme au premier jour.  Les poumons brûlent, la lumière éblouit.  Il grelotte.  Très vite, un nom lui est donné.  Le sentiment est né.  Il est terrifiant.  Un géant qui ne maîtrise pas sa force.  Son exubérance trahit le repos ambiant.  Il faut l’abîmer de nouveau, il faut l’enterrer.  Le mettre hors d’état de nuire.  Les poètes n’auront jamais fini de creuser.  D’excaver des sentiments, forcément insupportables.  Un sentiment n’est pas naturel.  Ressentir n’est pas aisé.  C’est un travail pénible.  Le poète le sait.  C’est pourquoi il distille nos émotions dans des livres.  Si je n’avais pas lu je serais froide, je serais vide.  Je serais, je le sais, vide de sens.  János Arany, tu veilles.  Grâce à toi, je suis sauve.

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L’Utopie de Piers Faccini prend forme au Rex de Toulouse

© photo Micha Markovicova

© photo Micha Markovicova

Piers Faccini sera en concert au Rex de Toulouse ce vendredi 27 janvier pour présenter son nouvel album I Dreamed An Island (Beating Drum 10/2016)

Le concert est une co-production Zamora Prod (Paris) et Bleu-Citron (Toulouse)

 

I DREAMED AN ISLAND une utopie musicale moderne, l’allégorie d’un dialogue culturel idéal, illustré par l’âge d’or d’un petit royaume Normand de Sicile qui a connu, dans le Haut Moyen Age, une parenthèse de coexistence pacifique entre peuples et religions, favorisant un bouillonnement inédit de créativité.

Album

Album

Nouvelle vague folk

Depuis sa tournée mondiale en première partie de Ben Harper, ses compagnonnages avec Ibrahim Maalouf, Vincent Segal, Dawn Landes, Rokia Traoré, et sans doute parce qu’il est aussi peintre, Piers Faccini taille sa route d’auteur-compositeur de plus en plus poète, de plus en plus indépendant, suivi par une audience croissante qu’il peut se vanter d’avoir conquise au cœur à cœur. (*)

Chantre d’un nouveau folk, celui du 21e siècle, Piers Faccini offre des concerts à son image, celle de son ADN multiculturel fait de Tarentella d’Italie du Sud, de résonances africaines, et de blues du Mississipi, avec une bonne dose d’électrification et de rythmique créative.

Le concert I Dreamed An Island est plus que jamais dans cette veine – avec une formule trio inédite qui garantit quantité de voyages exotiques au cœur même du Rex de Toulouse, dont la scène sera rehaussée pour l’occasion par les lampes orientales créées par Marianne Pelcerf.

Et retenez ceci pour le concert de Toulouse et ceux qui vont suivre :  Piers sera juste rentré d’une tournée aux Etats-Unis, gonflé à bloc par les stimulations du ‘Nouveau Monde’, de ses publics curieux, enthousiastes, et forcément sensibles à des titres comme Bring Down The Wall dans le contexte que l’on sait.  Le trio jouera avec la maturité acquise sur la tournée et surfera encore sur cette vague tonifiante formée au fil des concerts de  New-York (NY), Boulder (Colorado), Nashville (Tennessee), Washington DC …

Dream on les garçons, c’est tout ce qu’on nous souhaite à Toulouse le 27 janvier !

Un  album-manifeste …

Honorer les origines multiculturelles de sa famille, se souvenir de leur trace de migrants entre les Balkans, la Méditerranée et les îles Britanniques.  Célébrer – aujourd’hui – l’interface féconde entre les peuples et les cultures, et l’illustrer par la mémoire d’une époque ancienne bien plus violente, au cœur de laquelle cet équilibre s’est inscrit naturellement.  Travailler son empreinte artistique sans concession, affiner son écriture poétique et musicale, ciseler la forme pauvre avec l’instrument authentique et le rythme, pour que du simple haiku jaillisse l’arc-en-ciel, la complainte, ou la fête.

 Cette convergence de la quête personnelle, de l’inscription dans le monde, et de l’accomplissement musical est en soi un formidable pari créatif :  pierre de touche pour l’artiste Faccini et bonne brise pour tout un chacun dans l’affirmation de ses singularités propres.

… matrice pour beaucoup de lives

Conçus comme une matrice unique, tant le concept de l’album que chacune des chansons du set se déclinent en live et n’en finissent pas d’offrir un visage nouveau.  Piers autant que les musiciens mûrissent en tournée, ne cessent d’inventer et de composer avec les événements, avec les publics, et l’esprit intangible qui se forme parfois dans l’alchimie des concerts.

La dominante musicale de l’album – outre la voix de Piers Faccini – repose sur des arrangements composés avec des instruments acoustiques superbes, issus des traditions populaires méditerranéenne et africaine, ou encore de la musique baroque.  Simone Prattico, qui a composé une bonne partie des lignes de batterie sur cet album, a lui aussi enrichi son arsenal de percussions. Les virtuoses de tous ces instruments sont nombreux sur l’album mais tous ne peuvent accompagner la tournée, sauf quand l’occasion s’y prête.(**)

©photo Alexandra Le Pogam

©photo Alexandra Le Pogam

Les envolées d’un nouveau trio

Cependant, cette couleur est remarquablement suggérée par la nouvelle formule du trio qui nous attend à Toulouse et sur toutes les dates de la tournée européenne.  Malik Ziad a ainsi rejoint Piers et Simone Prattico, son batteur fétiche et ami de longue date.  Avec ses parties de mandole et de ghembri (basse acoustique Gnawa), Malik étoffe le set qui offre un mix intéressant entre la rythmique, les instruments acoustiques amplifiés et la guitare électrique à partir de laquelle parfois quelques boucles viennent enrichir les arrangements.

Piers trouve davantage de ressources et de confort avec le trio.  Selon les chansons, il peut appuyer la mélodie et enrichir la section rythmique grâce à la ligne de basse du ghembri de Malik.  Le même, à la mandole, prend le relai de la mélodie principale à quelques occasions ou, le plus souvent, tisse des ornementations fines et ajustées : c’est la haute-couture façon Malik, juste la grande classe.

Malik Ziad © photo Victor Delfim

Malik Ziad © photo Victor Delfim

simone-prattico

Simone Prattico © photo Victor delfim

Voilà qui donne de l’air à la formation, les musiciens apportent des idées, stimulent les envolées célestes, hypnotiques comme dans la chanson Comets, autant que les breaks rythmiques, électriques et tranchants, par exemple au cœur du titre Cloak of Blue, où vous découvrirez quelques audaces de Simone Prattico avec la guitare hyper-blues de Piers.

Ne manquez pas cette expérience, et l’occasion d’en parler avec Piers lui-même, toujours disponible pour discuter à chaud en sortie de scène.

  • * * * * * * *

Réservations ouvertes sur le site du Rex de Toulouse: ici

Retrouvez toutes les dates de la tournée sur www.piersfaccini.com

(*) Invité sur France Inter au lendemain de son giga-concert de Bercy en décembre dernier, Ibrahim Maalouf confiait que pour lui, Piers Faccini était l’un des artistes les plus importants d’aujourd’hui. (**) Ils ont bien sûr joué et enregistré ensemble à maintes reprises depuis leur rencontre autour de la regrettée Lhasa.  Ben Harper l’avait embarqué en première partie de sa tournée mondiale il y a une dizaine d’années. Vincent Segal l’accompagne sur un joli projet de duo avec Songs of Time Lost et lui a présenté Ballaké Sissoko.  Sa route a croisé Camille et Rokia Traoré.  Il a réalisé le premier album de Dom la Nena avant de créer son label Beating Drum et de se lancer dans la production des albums de Jenny Lysander et du projet Yelli Yelli.

(**) Comme à la fin de l’automne 2016 à Lyon avec Jasser Hadj Youssef, rejoint plus tard à Paris par Bill Cooley.  D’autres surprises à venir au gré de la tournée qui se poursuit.

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A Thousand Kisses Deep – Quand Leonard Cohen vit avec son poème

The Book of Longing (2006)

The Book of Longing (2006)

Un poème (sa récitation), rencontré dans certaines circonstances, peut se fixer à vous pour la vie, se faire bijou discret comme le lichen à son arbre. A Thousand Kisses Deep poème d’amour lucide et apaisé,  était un work-in-progress pour Leonard, qui l’amendait, ajoutait des vers, en modifiait l’ordre de strophes.  Ce matériau vivant, son ajustement au ressenti de l’auteur est un éclairage complémentaire sur la sensibilité profondément et sincèrement artistique de Leonard Cohen, comme en témoigne l’incroyable regard porté sur lui par le réalisateur Tony Palmer avec son documentaire Bird on a wire (1) .

C’est à ce titre que je garde à portée de coeur A Thousand Kisses Deep, comme le pot de braise qu’il était peut-être pour Leonard.  Ce billet n’a d’autre raison que d’en réunir deux ou trois versions, afin de garder une trace dans la fourmilière du web.

 

Les différentes versions du poème ont baigné dans une sorte de chantier permanent ou une méditation, plus que comme un thème obsessionnel.  On peut ainsi les comprendre comme la distillation de vers innombrables écrits sur un même élan d’inspiration, une source retrouvée saison après saison.  On peut également penser que la fixation (provisoire) des vers a pu être induite et évoluer par leur interprétation en live, chantée ou récitée.

It’s taken so long to write and it was so much of my ordinary day even when I was in the meditation hall spending long hours. I suppose I was supposed to be calming my mind or directing it to other areas, but I was working on the rhymes for A Thousand Kisses Deep. I found the mediation hall was an excellent place to work on songs. I could concentrate on a verse, work out the rhymes and the ideas would come.
(LC – Interview au magazine MC Lean’s, 2001)

Beaucoup d’enregistrements et d’informations autour de ce poème et de la chanson sont remontés sur la toile depuis la disparition de Leonard Cohen.  Il apparaît ainsi que A Thousand Kisses Deep a vécu comme texte écrit, récité en concert ou lors d’émissions radio, et bien sûr chanson.

Premières ébauches récitées dans diverses émissions radio, interviews vidéo, à partir de 1996. Une version précoce de l’adaptation en chanson fait partie de la bande-son du documentaire Mount Baldy- Spring 1996 filmé par Armelle Brusq.

Première publication

Voici le texte plus complet, rendu public pour la première fois en septembre 1998.

You came to me this morning
And you handled me like meat.
You’d have to live alone to know
How good that feels, how sweet.
My mirror twin, my next of kin,
I’d know you in my sleep.
And who but you would take me in
A thousand kisses deep?

I loved you when you opened
Like a lily to the heat.
I’m just another snowman
Standing in the rain and sleet,
Who loved you with his frozen love
His second-hand physique –
With all he is, and all he was
A thousand kisses deep.

All soaked in sex, and pressed against
The limits of the sea:
I saw there were no oceans left
For scavengers like me.
We made it to the forward deck
I blessed our remnant fleet –
And then consented to be wrecked
A thousand kisses deep.

I know you had to lie to me,
I know you had to cheat.
But the Means no longer guarantee
The Virtue in Deceit.
That truth is bent, that beauty spent,
That style is obsolete –
Ever since the Holy Spirit went
A thousand kisses deep.

(So what about this Inner Light
That’s boundless and unique?
I’m slouching through another night
A thousand kisses deep.)

I’m turning tricks; I’m getting fixed,
I’m back on Boogie Street.
I tried to quit the business –
Hey, I’m lazy and I’m weak.
But sometimes when the night is slow,
The wretched and the meek,
We gather up our hearts and go
A thousand kisses deep.

(And fragrant is the thought of you,
The file on you complete –
Except what we forgot to do
A thousand kisses deep.)

The ponies run, the girls are young,
The odds are there to beat.
You win a while, and then it’s done –
Your little winning streak.
And summoned now to deal
With your invincible defeat,
You live your life as if it’s real
A thousand kisses deep.

(I jammed with Diz and Dante –
I did not have their sweep –
But once or twice, they let me play
A thousand kisses deep.)

And I’m still working with the wine,
Still dancing cheek to cheek.
The band is playing « Auld Lang Syne » –
The heart will not retreat.
And maybe I had miles to drive,
And promises to keep –
You ditch it all to stay alive
A thousand kisses deep.

And now you are the Angel Death
And now the Paraclete;
And now you are the Savior’s Breath
And now the Belsen heap.
No turning from the threat of love,
No transcendental leap –
As witnessed here in time and blood
A thousand kisses deep.

Ce texte sera ultérieurement édité en deux poèmes dans le recueil The Book of Longin (2006). (2)

La chanson, telle qu’elle paraît sur l’album Ten New Songs (2001), est construite sur la deuxième partie du texte ci-dessus (à partir de The Ponies Run…).
Sharon Robinson, choriste et collaboratrice de Leonard Cohen, explique qu’ils travaillaient sur une suite à la chanson A Thousand Kisses Deep: une autre chanson basée sur la première partie du texte, et dont le projet de titre était Still Into That.

 

La version live 2009

Le récitation in extenso (les deux parties) était inclue dans la set-list de la tournée 2009; sa captation vidéo live à Londres est d’une intensité poétique remarquable.  Ma préférée…
En voici le texte, puis la vidéo.

You came to me this morning
And you handled me like meat
You’d have to be a man to know
How good that feels, how sweet
My mirrored twin, my next of kin
I’d know you in my sleep
And who but you would take me in
A thousand kisses deep

I loved you when you opened like a
Lily to the heat
You see I’m just another snowman
Standing in the rain and sleet
Who loved you with his frozen love
His second hand physique
With all he is, and all he was
A thousand kisses deep

I know you had to lie to me
I know you had to cheat
To pose all hot and hide behind
The veils of sheer deceit
Our perfect porn aristocrat
So elegant and cheap
I’m old but I’m still into that
A thousand kisses deep

I’m good at love, I’m good at hate
It’s in between I freeze
Been working out, but its too late
It’s been too late for years
But you look good, you really do
The pride of Boogie Street,
Somebody must have died for you
A thousand kisses deep

The autumn moved across your skin
Got something in my eye
A light that doesn’t need to live
And doesn’t need to die
A riddle in the book of love
Obscure and obsolete
Until witnessed here in time and blood
A thousand kisses deep

And I’m still working with the wine
Still dancing cheek to cheek
The band is playing Auld Lang Syne
But the heart will not retreat
I ran with Diz and Dante
I never had their sweep
But once or twice they let me play
A thousand kisses deep

I loved you when you opened
Like a lily to the heat
You see I’m just another snowman
Standing in the rain and sleet
But you don’t need to hear me now
And every word I speak
It counts against me anyhow
A thousand kisses deep

Et encore …

Une illustration de vers ajoutés, ici en introduction.  Et sa récitation en enregistrement audio.

Don’t matter if the road is long
Don’t matter if it’s steep
Don’t matter if the moon goes out
And the darkness is complete
Don’t matter if we lose our way
It’s written that we’ll meet
At least that’s what I heard you say
A thousand kisses deep

Well that’s my story
I admit it’s broken and its bleak
But all the twisted pieces fit
A thousand kisses deep

 

 

(1) Bird on a wire – Documentaire de Tony Palmer (1972) – en rediffusion sur ARTE jusqu’au 17 decembre 2016

(2) version française:  Le Livre du Désir (éditions Points (poésie))

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La cave underground du DESERTER Csaba Palotaï

Album The Deserter (UVM 2016)

The Deserter - cover

The Deserter – cover

Ooops voilà que j’ai les pieds en gigue et la tête qui dérive.
Les hanches qui roulent, les bras qui font l’oiseau.
J’appelle un docteur ? J’ouvre la fenêtre pour faire entrer de l’air frais ?

Pas la peine, il y en a plein l’appartement, et la machine à fumée psychédélique responsable de mon état, c’est le premier album solo de Csaba Palotaï qui vient d’arriver sur la platine.

The Deserter, une bonne dizaine de petites pièces solos pour guitare électrique triturée, guitare qui racle, guitare qui se tord, exacerbée mais jamais brutale, guitare qui soudain cajole et hurle à nouveau.  De la musique comme on se l’explore dans la cave ou dans son garage, en pur chercheur, sans comptes à rendre à personne.  C’est en effet à une des sources les plus enfouies de l’underground que Csaba semble brancher sa petite turbine saturée.

csaba_2

Photo © Vincent Bourre

Avec The Deserter, on est au cœur du labo, on manipule la teinture-mère.  On jurerait que ce gars-là est connecté aux concerts subversifs des années ’70 – côté Est du mur – et à ce que des artistes comme Led Zepplin ou Jimi Hendrix apportaient au Blues, ou Zappa au jazz – aussi, puisque Csaba Palotaï vient du jazz.

Je ne dis pas qu’il les imite. Il se replace sur un nœud d’énergie aussi prometteur que quand on rebat les cartes au jeu. Il ouvre les vannes, comme ces bands l’ont fait, pour le grand bien de la musique.  Preuve qu’il a les idées claires et sa palette expressive bien en main, Csaba n’est pour moi jamais autant lui-même que quand il interprète dans son jus à lui un traditionnel Transylvanien (1) – un peu comme Jimi repeignant The Star-Spangled Banner à Woodstock – si ça vous parle …

Photo © Cedric Maheut

Photo © Cedric Maheut

Cette époque-ci a fini de pousser au paroxysme des modèles et des concepts épuisés. Place à l’invention, en musique comme ailleurs.  Avec The Deserter, Csaba Palotaï nous fait claquer la chemise au vent d’une puissante aspiration de liberté.

Et pour ce qu’il en dit lui-même, voici un trailer fort bien fait.

 

 

(1) The Burning House (Pabilijas), qu’on connaît dans une version beaucoup plus aérienne par sa compatriote Zsuzsanna Vàrkonyi – dont il est le comparse dans bien des projets musicaux.

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The Deserter chez le distributeur UVM

The Deserter sera joué en trio le 23 novembre 2016 @ la Dynamo de Banlieues Bleues (Paris, Pantin) banlieuesbleues.org

http://www.csabapalotai.com/

Csaba Palotaï, depuis 20 ans en France, a tourné avec son Grupa Palotaï, puis son spectacle Electric vaudeville. Il est aussi le guitariste d’Emily Loizeau, écrit, arrange pour quantité de projets.

C.Palotaï est l’auteur (et l’interprète) de la musique des spectacles DOM DO DOM ! et LA NAISSANCE DU CARNAVAL de La Compagnie Auriculaire, qui se jouent à Paris les mercredis, samedis et dimanches jusqu’au 30 novembre, à l’Atelier de la Bonne Graine  16 passage de la Bonne Graine, Paris 11
http://compagnie-auriculaire.com/actualite

 

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I miss you Leonard Cohen,  but nothing has been broken

lcDans le flux trop dense des actualités chroniquées sans lendemain, j’ai voulu placer dans ce billet de blog la trace d’une réflexion et d’une prise de conscience suite à la disparition de Leonard Cohen.  Au sentiment de perte ont succédé gratitude et réconfort, et la certitude de retrouver par le chemin de ses chansons la résonance avec une bouleversante humanité partagée.

Leonard Cohen disparu, je me suis senti un peu perdu comme beaucoup d’entre vous.  Les réactions et témoignages personnels ont afflué, attestant de l’incroyable tendresse dont a pu faire l’objet un simple songwriter but such a beautiful man.

En revanche, j’ai bien vite saturé avec les bios, synthèses journalistiques convenues, focus sur les dernières semaines, analyses qui exacerbent le côté liturgique de certaines chansons, qu’une presse paresseuse s’est plue à brancher sur les convictions religieuses de celui qui demeure avant tout un chanteur.  Souvenez-vous, ça avait fait pareil avec Johnny Cash.
Or Leonard Cohen était un pur artiste, intuitif et butineur dans la vie.  Regardez ce documentaire pour vous en rappeler.

Leonard Cohen n’est pas un produit qui s’impose mais une expérience poétique qui peut résonner intimement.

Leonard Cohen n’avait pas la moindre idée du mécanisme, s’il en est, qui explique l’irrésistible succès transgénérationnel de ses chansons.  Pour ne pas utiliser le mot addiction, on va parler de résonance partagée.  Mais à quel point ?  Leonard Cohen est-il une valeur universelle de la chanson ?  Une minute ! Même si on restreint l’analyse au périmètre culturel occidental, il paraît que le foot est une valeur universelle, ou Coca Cola, PlayStation, ou encore Harry Potter … Ça parle à tout le monde (paraît-il!) – mais Leonard Cohen??!! Ce serait plutôt le contraire : ce sont les gens qui en parlent.  Leonard Cohen n’est pas un produit qui s’impose mais une expérience poétique qui peut résonner intimement.

Leonard Cohen est passé à travers tout, s’est sorti de tous les plans convenus dans lesquels il aurait pu s’enliser – ou se faire oublier : la rente d’une entreprise familiale dans les beaux quartiers de Montreal, l’étiquette baba-cool des sixties, le show-business (qui lui a fait les poches !), la retraite zen, jusqu’à ses dernières tournées qui n’avaient rien des relevés de compteurs auxquels s’adonnent un tas de vieux groupes des ’60 / ‘70 qui n’ont plus rien à dire : lui composait, vibrait de ses nouvelles chansons.

Il s’étonnait d’être félicité, honoré, récompensé pour quelque chose – la poésie (et sa forme ultime : la chanson) qu’il disait ne pas commander, ne pas pouvoir réprimer en lui.
La poésie, son jaillissement, voilà l’incandescence d’une vie.  La poésie dans nos vies comme un battement de sang, une pulsion, et donc son rythme, sa musicalité implicite.

Ecoutez cette version sublime de ‘A thousand kisses deep ‘.  Chanson ? Poème ? Spoken word ? Slam ?  La plus belle des danses…

Comment l’intime d’un artiste peut-il toucher aussi universellement ?

Certaines chansons demeurent inoubliables pour toutes sortes de raisons.  Tube de l’été, chanson culte d’un groupe de copains, ou encore bande-son du premier amour.
Puis, côté esthètes, il y a la « bonne » chanson, fine, équilibrée, impeccablement arrangée, et qu’on apprend à écrire.

Plus ça va, plus on trie non ?  Et la chanson qui vous touche, c’est la chanson sincère, la chanson « juste » de l’artiste à l’écoute de l’en-soi.
On parle d’émotion là, pas de perfection.  Mais l’expérience émotionnelle de Leonard Cohen, ce n’est pas la mienne, ni la même que celle des milliers d’auditeurs bouleversés.  Tout le monde parle de grâce, à propos d’un concert, d’albums, ou de chansons en particulier.  Alors comment l’intime d’un artiste peut-il toucher aussi universellement ?

Où est-ce que tout ça se rejoint si ce n’est dans la vérité la plus aboutie de l’un qui engage celle de l’autre à se dévoiler ?
Parce qu’il expose son humanité fragile, dévastée, ou radieuse, Leonard Cohen met l’auditeur sensible sur le chemin d’accepter la sienne propre – fut-ce dans la douleur, la joie, ou la ferveur.
En résonance avec  les chansons de Leonard Cohen, chacun peut repartir avec ses propres histoires.
C’est bien la fêlure, l’émotion qui fait la chanson inoubliable – chacun pour sa raison.

A la lumière de sa vérité intime, l’artiste peut créer une expression propre

La disparition de Leonard Cohen a donné lieu de la part de divers artistes à une avalanche d’hommages, de révérences, de covers (souvent maladroites – et pas que dans la rue !).  Petit malaise à voir ces filiations autoproclamées, même dans l’humilité, ces velléités de sourcer son inspiration, de tagger son catalogue… L’art ce n’est pas de la comm’, relevait en substance un ami.

Par l’émotion disais-je, en filtrant tout fragment poétique à la lumière de sa vérité intime, l’artiste crée une expression propre : la sienne, émouvante par elle-même, comme une invention, qui fera – peut-être – son chemin en vous.  Alors ça sonne juste.  Pour Leonard comme pour vous.

 

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I Dreamed An Island – L’Utopie est Musicale

Ce 21 octobre, Piers Faccini sort un 6e album studio
I Dreamed An Island sur son label Beating Drum.

coverCet événement attendu est annoncé et documenté depuis plusieurs mois par la diffusion d’un blog que le songwriter alimente régulièrement.  Il y a présenté la thématique et l’axe de l’album : la cohabitation harmonieuse et l’enrichissement mutuel des langues, des cultures et des spiritualités.  Ce qui peut aujourd’hui paraître un doux rêve a cependant existé au 12e siècle, dans un petit royaume Normand de Sicile.  Nourrie de ce terreau fertile, l’inspiration des 10 chansons infuse entre utopie intime et mémoire de cette parenthèse historique lumineuse pour ré-imaginer, redessiner aujourd’hui une vision d’espoir.

Beaucoup de choses ont été écrites par Piers Faccini lui-même sur les motivations à choisir cette thématique et à l’illustrer par la référence à la Sicile du 12e siècle.  On trouvera dans son blog quantité d’anecdotes, de réflexions et d’illustrations, à la manière d’un journal d’atelier ou d’un carnet de croquis, éclairant de manière inédite la genèse d’un album.

La Maison Jaune  accompagnera cet événement par divers posts dans les semaines à venir, en abordant l’album sous des angles critiques complémentaires à l’abondante information présente dans le blog I Dreamed An Island.
On pourra ainsi revenir sur l’histoire des chansons de l’album, et chroniquer l’un ou l’autre concert de la tournée, dont le line-up va sans doute varier avec divers musiciens invités, mais comptera souvent Malik Ziad à la mandole, et toujours le fidèle Simone Prattico à la batterie – lequel signe également les arrangements de batterie et de percussion sur le nouvel album.

Parlons musique alors, dès ce premier billet !

Guest Musicians

Guest Musicians (dessins ©Piers Faccini)

A l’image de la thématique multi-culturelle de l’album, les 10 chansons composent un voyage sensuel dans une palette de styles impossibles à isoler, au point qu’il faut à nouveau suggérer l’alchimie pour expliquer la troublante évidence avec laquelle ici un madrigal français du Moyen Age peut sonner comme un maqam arabe, que de la poésie européenne se fond avec naturel dans la rythmique du taqsim turc, que le folk anglais est cousin du malien, que les dialectes du sud de l’Italie résonnent des migrations de toute la Méditerranée, etc..

Au premier chef de cette réussite, on pointe naturellement la qualité et la diversité des artistes musiciens invités.  Chacun porteur d’une culture immense et virtuose de son instrument, ils enrichissent le projet d’arrangement original conçu par Piers Faccini et réalisent la couleur originale de l’album, aussi puissante à évoquer l’atmosphère raffinée des cultures ancestrales qu’à soutenir les chansons modernes d’un folk réinventé au 21e siècle.

Là aussi, nombreux posts de présentation de musiciens dans le blog déjà cité, avec une performance vidéo enregistrée pour chacun !

Une dynamique cinématographique

On se réjouit toujours d’un nouvel album de Piers Faccini, de ses chansons qui témoignent du chemin créatif d’un artiste amoureux de son art et totalement infusé de son époque, racines et utopies comprises.  Cependant un bel album n’est pas uniquement une collection de chansons réussies.  Le choix des arrangements et la contribution des musiciens comptent naturellement beaucoup dans la couleur finale.
Mais encore…
Pour I Dreamed An Island, Piers Faccini a choisi de confronter des traditions musicales et quelques instruments inspirés des siècles passés à une écriture mélodique et des arrangements qui se revendiquent clairement du 21e siècle. A l’image de ses histoires qui racontent nos drames contemporains dans le décor, par exemple, d’un petit royaume de Sicile au 12e siècle, Faccini met en tension des univers a priori différents, et crée par le fait une dynamique excitante à l’écoute de l’album.  C’est une option artistique dont les moyens sont plus souvent offerts par le cinéma, qui dispose de plusieurs sources (image, sons, éclairage, narration, montage).  Voilà, à mon sens, l’invention majeure de cet album.

Les chansons

Le titre d’ouverture – To be sky – est introduit au djura * par Bijan Chemirani, membre de l’illustre famille Iranienne (un père et tous les enfants musiciens, des percussions au saz et au santour en passant par le chant).  Cet instrument à la fois mélodique et rythmique, renforcé par les touches du dulcimer, les cadences claires de la batterie et les glissements de guitare, construit une intensité qui rompt peu avant la 2e minute avec un changement de tonalité et de rythme.  Cette construction est reproduite dans le titre Comets (#9) ou encore Bring Down the wall (#3) ; elle ouvre comme une histoire dans l’histoire, et relance la dynamique de la chanson.  Ça rappelle quelques expériences inoubliables en live, dans lesquelles Piers Faccini enchaînait, fusionnait avec le même effet deux titres comme Three Times Betrayed (album My Wilderness) et Uncover My Eyes (Tearing Sky).  Mémorable !

Avec Drone (#2), plus narratif et dans un arrangement épuré, Piers Faccini met en œuvre une technique particulière pour jouer de la guitare dans les gammes modales des musiques arabe et orientale.  Grâce à des mini-frettes insérées sur la touche de sa guitare à résonance, il est capable de jouer des quarts de ton.  Le résultat est étonnant et très mélodieux, subtilement harmonisé avec la ligne de viole d’amour de Jasser Haj Youssef et le guembri de Loy Elrich..

Bring down the wall(#3), titre dévoilé en avant-première il y a quelques jours. La rythmique et les couleurs sont à la fête.  Simone Prattico à la batterie emmène tout le monde dans sa cascade d’inventions.  La basse de Hilaire Penda renforce la cadence.  Il fallait cette puissance pour soutenir l’incantation incisive du message : Bring down the wall – Abattez le mur!  Brillant.

Cloak of Blue (#4), toujours avec Simone aux drums, Jasser – au violon cette fois, et  la contrebasse de Chris Wood.

The Many Were One (#5), encore un titre bien rythmé, qui porte la récitation par Malik Ziad de Ma Sicile, du poète Ibn-Hamdis (11e siècle). On aime cette respiration, le récit de la chanson suspendu, légèrement mis en tension par la scansion particulière de la langue arabe.  La ligne de mandole est de Malik également.

Judith (#6), entre danse et épopée, est un bouquet de cordes qui réunit le oud et le psalterion de Bill Cooley, la guitare baroque de Luca Tarantino, et le guembri de Loy Elrich.

©Piers Faccini

® Piers Faccini

Beloved (#7) ouvre brillamment dans la tonalité d’un madrigal, puis se décline dans la gamme, avec tantôt des chœurs, tantôt des voix de tête.  Les chutes sur des quarts de tons ne cessent de surprendre.  Joli travail d’harmonies vocales par Piers.

Anima (#8) est sans doute une des chansons qui donne le plus dans la palette de l’Italie du sud.  La musicalité du dialecte en elle-même soutient l’évidence, tant il est vrai que certaine poésie est déjà musique.  La danse est ici présente, irrésistible, soutenue par Luca Tarantino à la guitare baroque et au théorbe**.

Dans Comets (#9) , on aime l’apaisement, le recueillement qui prépare à l’incantation, le vœu qui va être formulé dans l’ultime chanson.  C’est le break (vers 3’15’’) qui donne envie de se lâcher dans l’air, porté, élevé, puis de redescendre sur le 3e temps de la chanson écho de tous les fragments de l’album, comme une vision artistique unifiée.   Cette jubilation à l’approche du final n’est pas sans rappeler celle éprouvée une fois parvenu dans les derniers chapitres de grands romans comme Cent ans de solitude, Le Quatuor d’Alexandrie, ou encore Au-dessous du Volcan. Là aussi, l’atmosphère réchauffe grâce aux nappes de cordes (Piers aux guitares – dont une 12 cordes, Jasser à la viole d’amour, Bill Cooley au psalterion et au santour) et la signature du grand Pat Donaldson à la basse. Pat Donaldson est un vétéran du folk anglais des années ’70 (Sandy Denny, Fotheringay).  Il avait déjà collaboré avec Faccini sur la réalisation par ce dernier de l’album de Jenny Lysander Northern Folk – un bijou, une … comète!

Vient enfin Oiseau (#10).  Ouverture solennelle par Bill Cooley au psalterion.   Puis un chant seul, une voix nue, humble, implorante mais digne.  Cette chanson, écrite le lendemain des attentats de Paris (2013), alors que Piers Faccini était en concert en Tunisie, décrit un homme pris dans les affres d’un cauchemar qui le projette dans la violence terroriste.  Des tréfonds de son rêve, il appelle l’oiseau à sa fenêtre et l’implore de le réveiller par son chant, son seul espoir. Jasser Haj Youssef joue un break de folie à la viole d’Amour (1’25’’), et on bascule sur cette chanson écrite en point d’orgue, comme on termine une lettre en s’en remettant au cœur de la bien-aimée.

I Dreamed An Island – le blog

L’album est disponible dans un special bundle en édition limitée sur la boutique web du label Beating Drum (préférez le circuit court!)

Sinon, pré-vente mp3 ouverte sur I-tunes

* djura: version turque du luth (saz)
** théorbe:  grand luth inventé en Italie au 16e siècle pour jouer la basse continue et aussi des solos

Musiciens crédités sur l’album:
Simone Prattico: drums, frame drum, shaker, percussion, acoustic guitar
Jasser Haj Youssef: viola d’amore, violin
Malik Ziad: Malik Ziad: voice, mandole, backing vocals
Bijan Chemirani: djura, daf
Giulio Bianco: zampogna
Chris Wood: double bass
Loy Ehrlich: guembri, awicha
Hilaire Penda: bass
Bill Cooley: oud, psaltery, santur
Luca Tarantino: baroque guitar, theorbo
Pat Donaldson: Bass
et
Piers Faccini: voice, backing vocals, acoustic and electric guitars, bowed guitar, 12 string, harmonium, harmonica, dulcimer,

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No One’s here – Piers Faccini, chanteur de poèmes.

photo MRCUP creative studio

photo MRCUP creative studio

Au début de l’été 2016, Piers Faccini a fait paraître No One’s Here, un recueil de poèmes augmenté d’un cd de musique instrumentale.  Un peu trop vite dissipée dans l’actualité de l’été et l’annonce de son prochain album studio, la parution de cet ouvrage singulier mérite d’être resituée dans la palette et le processus créatif d’un artiste aux multiples talents. 

Qui ne s’est pas exclamé un jour ou entendu quelqu’un dire : « Ça, c’est ma chanson ! » ?

Certaines chansons nous touchent plus que d’autres, pas vrai ?  Sans prétendre que son auteur connaît intimement notre histoire ou nos émotions, du moins reconnaissons-nous que c’est bien vu, bien inspiré.  Souvent, ces chansons « spéciales »  agissent ainsi par la vertu d’une alchimie non-écrite plutôt que par la stricte observance des règles qui font une bonne chanson.
Mais d’où viennent-elles ?  De quelle graine ?  De quelle racine ? Leur matrice est-elle fine mécanique ou bien volutes dans les hautes sphères ?

En bientôt six albums solo, Piers Faccini continue de dessiner des routes imaginaires dans son territoire intime et sauvage, son wilderness. Ses chansons témoignent toutes d’un degré d’inspiration que l’on devine branché sur une écoute attentive de l’en-soi et, partant, livrent une écriture ajustée (textes et arrangements musicaux) qui sonne comme un poème irrésistiblement enveloppant.

La poésie – n’est-ce pas la clé autant que le refuge lui-même ? Le creuset de la liberté absolue où se forge le rythme des vers qui emportent ? La substantifique moëlle de la chanson, n’est-ce pas son poème intérieur ?  Le rêve du songwriter est d’accomplir le chanteur de poèmes en lui, de porter dans toutes ses dimensions la musique des mots qui a surgi dans son esprit dès la genèse du texte, des premiers mots.

[Piers Faccini : ]

No One’s Here est un recueil de poèmes sur le thème de l’identité et du soi. Je cultive depuis toujours une passion pour la poésie mystique ; mes étagères abritent de nombreux textes sur le Zen et le Chan, la poésie Bouddhiste et Hindoue, et les écrits des mystiques Soufi. Passé vingt ans, j’ai découvert Rumi et Hafez, poètes Persans du 13e siècle. Totalement infusé de cette poésie poignante, j’ai tenté alors de m’inspirer du poème comme d’un instrument pour observer et analyser la vie que je mène.

Take me                                    Prends-moi
and break me                          et casse-moi
and shatter                              et brise
my resistance.                         ma résistance.

Take me                                    Prends-moi
and make                                  et fais
the million                                du million
little pieces                               de morceaux
whole.                                        un tout.

Take me                                    Prends-moi
and break me,                         et casse-moi,
Every part of me is yours.    chaque part de moi est la tienne.

La poésie est évocation mais elle n’est rien sans le rythme.
Scansion et prosodie, ressenties ou décryptées, fondent le socle et lancent le mouvement du texte, prélude à toutes ses mutations.  Lire un poème, n’est-ce pas déjà chanter ?
Pour Piers Faccini, c’est même une danse fascinante qui réunit, depuis ses premières créations en jeunesse, mots écrits et mots chantés, poèmes et chansons.

J’ai commencé à écrire des poèmes à peu près à la même époque où je me suis essayé à composer des chansons. Depuis lors j’ai gardé l’habitude de jongler entre les deux. Les années passant, et bien que j’aie réalisé plusieurs albums, je ne m’étais pas senti prêt pour autant à faire de même avec la poésie.

No One’s Here est une illustration de cet état d’esprit. Une forme de méditation qui peut balancer de la vibration sur une note longue, sur une transe lente, au vertige de l’abandon, de l’abîme ouvert par une question sans réponse.  Un chatoiement entre lumière irisée, ou un contre-jour, et l’ombre brutale, coupante.

Les poèmes de ce livre sont de simples pensées, arrangées dans une tournure poétique. Les mots sont les traces d’une sorte d’observation intime, de celles qui permettent de mettre le doigt sur quelques vérités essentielles.

Pour accompagner les poèmes du livre, j’ai décidé d’écrire et d’enregistrer une série de pièces instrumentales et vocales qui reflèteraient la tonalité méditative des textes.

Je compose depuis longtemps pas mal de musiques pour la télévision et le cinéma. Cependant, avec No One’s here, c’est la première fois que je réalise un album complètement instrumental. J’ai conçu ce cd associé au livre comme une bande-son sur-mesure pour les textes. J’aime imaginer les gens lisant les poèmes puis captés de temps à autre par la musique, dans une lente dérive.

Il me semble qu’il subsiste toujours dans les chansons de Piers Faccini quelque chose du climat qui les a vu naître.  Un dépouillement, une épure jamais trop ornementée, qu’il s’agisse de sa voix – premier de ses instruments, de l’écriture et des arrangements de la majorité de ses chansons, jusqu’à ses concerts – où il privilégie le plus souvent la formule duo (avec le violoncelliste Vincent Segal ou le batteur Simone Prattico) ou le trio  à l’occasion de certaines invitations de musiciens amis (voir la tournée avec Malik Ziad pour le prochain album).
No One’s Here se présente alors comme un prélude intemporel, une installation, une trame poétique qui va se superposer à la « lecture » des albums, et singulièrement à celle du prochain album I Dreamed An Island.

No One's Here - A poetic Show (Lille 2016)

No One’s Here – A poetic Show (Lille 2016)

Écrits dans sa langue maternelle anglaise, au plus près de son ressenti, les poèmes de No One’s Here ont fait l’objet d’une traduction en français par Laetitia Lisa – elle-même auteur de poésie. « Traduction » est un terme assez incomplet pour rendre compte de la complexité de l’entreprise.  Le rythme, la musique des mots et le respect de l’intention de l’auteur sont des choses délicates à préserver pour que la transposition continue de sonner juste.

Voici son ressenti d’expérience :

[Laetitia Lisa :]

Le poème, en soi, est déjà une traduction : la perception du poète, passant à travers le filtre de son propre corps et à travers celui de son esprit, est redonnée (oui, c’est un don) au lecteur ou à l’auditeur, sous forme de sensation aux multiples facettes iridescentes, animée dès lors de sa vie propre.
Se voir confier des poèmes afin de les traduire relève en cela d’une grande responsabilité. Il s’agit de redonner naissance à cette entité qu’est le poème en restant au plus près de son origine, tout en sachant qu’elle passera inévitablement par ce nouveau filtre que représente le traducteur. Collaborer avec le poète sur toute la durée de ce travail représente en cela une protection dont je ne voudrais me passer.

En premier lieu, s’accorder au diapason du poète.
On peut ensuite se placer à distance, puis s’approcher, faire connaissance du poème, le regarder évoluer dans l’espace ou le temps, écouter sa respiration et prendre son pouls.

S’il est essentiel de respecter le sens global du poème et de porter une attention particulière à son rythme, à ses sonorités – à son caractère, pourrait-on dire – faut-il absolument privilégier la dynamique du poème en choisissant des mots qui ne seraient pas forcément ceux du poète ?
En règle générale, la question de la traduction consiste à savoir comment prendre assez de distance pour permettre au poème de prendre vie dans sa traduction, tout en essayant de lui rester le plus fidèle possible. C’est ce à quoi nous nous sommes attachés tout au long de ce travail, toujours en dialogue, en gardant le poème comme boussole.

We are reflections,                                           Nous sommes lueurs,
glancing into the eye,                                      scintillant dans le regard,
of colours dancing momentarily                  des couleurs en danses furtives
upon the skin of darkness.                            sur la peau de l’obscurité.

We are reflections,                                          Nous sommes lueurs,
bouncing across the mirror of time,           rebondissant sur le miroir du temps,
returning somewhere                                    retournant quelque part
where echoes rise and fall.                           où les échos s’élèvent et retombent.

We are reflections,                                         Nous sommes lueurs,
without substance.                                         sans substance.
We are appearance only.                              Nous ne sommes qu’apparence.

Reflections                                                      Lueurs
that we piece together,                                 que nous rassemblons,
hoping they will reveal their source.         espérant qu’elles nous révèlent                                                                                             leur source.

But we can only know ourselves                Mais nous ne pouvons nous connaître
by seeing what we are not.                          qu’en voyant ce que nous ne                                                                                                   sommes pas.

We are reflections                                         Nous sommes les lueurs
of what we will never know.                       de ce que nous ne saurons jamais.

Il en va ainsi sur le chemin du chanteur de poèmes, ponctué de quelques représentations occasionnelles de ce concept : un spectacle musical et poétique en solo, où Piers Faccini mêle subtilement poèmes lus et chansons choisies, éléments visuels et intermèdes instrumentaux, dans la musique de plusieurs langues.

Spectacle No One's here - Arles 2016

No One’s here – Arles 2016

Comme à l’accoutumée chez Beating Drum Records (le label créé par Piers Faccini), on cultive le goût pour le support artisanal, à l’heure du streaming et du téléchargement généralisés.  Ce livre-cd, réalisé avec soin, est un objet collector aussi beau que possible, notamment par l’illustration constituée d’une série de gouaches et d’aquarelles de l’auteur.

photo MRCUP creative studio

photo MRCUP creative studio

No One’s Here est disponible sur la boutique web du label.

piersfaccini.com – et les actualités Facebook

Le très prochain album studio de Piers Faccini est annoncé depuis le printemps au fil de post sur le blog éponyme et dédié I Dreamed An Island

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Une géographie organique – La Musique Irlandaise, par Etienne Bours (5/5)

Musique Irlandaise de toujours …  Et demain?

DM

The Dropkick Murphys

Depuis le début de cette interview – comme il s’attache à l’illustrer tout au long de son livre La Musique Irlandaise, Etienne Bours souligne le qualificatif le plus évident de cette expression: vivante!  Mais la dira-t-on pour autant immortelle?

Que devient – que va devenir la musique Irlandaise?  Par définition, toute musique de tradition est une musique vivante, non-figée.  Le livre semble en effet montrer que des chansons ont continué de chroniquer par exemple la crise économique de 2008, consécutive aux années du « Celtic Tiger » (le boom économique).

Ce tissage des chansons avec  l’Histoire  va-t-il continuer?  Ou bien, du point de vue de la forme et des styles, doit-on craindre une dilution dans le main-stream et par l’uniformisation technologique (instruments), les normes de diffusion, etc..

Il y a un monde entre la musique irlandaise folklorique disponible en compilation et les Dropkick Murphys.  Mais la vraie diversité, c’est autre chose!  Que dit la boule de cristal?

Le groupe Kila et son Folk tribal du 21e siècle

Le groupe Kila et son Folk tribal du 21e siècle

[Etienne Bours:]

Demain est forcément alimenté par tous les siècles précédents et par cette histoire si riche du 20e qui a tout relancé, tout redynamisé, aux quatre coins du monde. Effectivement, rien n’est figé et ça continue à bouger en tous sens, mais aux nombreux carrefours de ces sens multiples, on retrouve toujours la tradition. Comme autant de balises qui rappellent des directions prises et d’autres à prendre pour ceux qui le désirent. On voit  alors, à ces carrefours, de nombreuses possibilités : des autoroutes toutes tracées (on aurait envie de dire : avec péages) qui mènent la grande foule dans une seule et même direction; des routes « nationales » évidemment qui glorifient l’identité irlandaise sur des tracés superbes mais somme toute prévisibles; des petites routes délicieuses et pleines de surprises; des chemins de traverses où tout devient possible; des culs-de-sac aussi, évidemment…

MickHanlyLa musique irlandaise est une géographie des multiples possibilités d’une tradition vivante et organique. On la joue, on la chante, on la danse – dans la rue, dans les pubs, sur les scènes, dans les festivals –  dans le monde entier. On l’analyse, on la réfléchit, on l’étudie, on l’enseigne, on la transmet, on la pratique, on la décortique – dans les écoles, les stages d’été, les rencontres internationales, les concours, les universités… On publie, on édite, on organise, on filme, on communique sur ses aspects historiques, culturels, sociologiques, touristiques, économiques, internationaux… On la discute, on s’oppose, on se bagarre, entre « puristes » et « modernistes », entre « traditionalistes » et « libres penseurs ». Des chapelles ou des écoles se toisent, des musiciens s’injurient, des émissions TV relaient cette dynamique farouchement vivante et incroyablement irlandaise.

Mais c’est tout ce contexte, en ce compris ces oppositions, qui est la preuve absolue que nous sommes face à une musique à la fois très vivante et ancrée dans un long processus de transmission. Si personne ne discutait la pratique, les répertoires, les manières de faire et de laisser faire cette musique, on serait sans doute dans l’exécution à l’identique d’une pratique musicale qui ne serait plus que du folklore. C’est loin d’être le cas en Irlande parce que, à force de brasser cette énorme matière dans tous les sens, tout le monde se forge une idée et une manière de l’aborder qui reste sans cesse susceptible d’évoluer de par la constante remise en question que tout cela génère.

 

Les Irlandais continuent à chanter le pays, l’exil, la vie, la politique, l’économie. Le Celtic Tiger a alimenté plus d’une chanson et les problèmes de l’église en font autant à travers tous les styles. Pop, rock, soul, folk, ballade traditionnelle…. Tout s’additionne, tout continue, rien ne disparaît.

Les derniers disques de Christy Moore et de Mick Hanly (2016) sont édifiants. L’histoire y est présente, l’exil aussi, le tout avec un prolongement sur les combats actuels, depuis l’éducation jusqu’aux problèmes d’environnement. Au même moment sont sortis deux disques de deux autres chanteurs. Cathal O’Neill nous offre une belle collection de ballades anciennes dont la plupart lui ont été transmises par son grand oncle Geordie Hanna (un des chanteurs qui ont fait le lien entre les générations au moment du revival) ou par sa grand mère. Un disque dans la lignée de la tradition. Doimnic Mac Giolla Bhride, quant à lui, offre un disque de chants gaéliques avec des accompagnements très élaborés : une autre facette de la tradition habillée avec beaucoup de maîtrise et d’originalité.

Je ne cite que quatre disques. Mais si je me penche sur le reste, je pourrai établir de longues listes de jeunes musiciens extrêmement talentueux qui perpétuent des répertoires et des instruments qui doivent tout à l’Irlande et à son histoire. J’ajoute que ces jeunes musiciens côtoient deux autres générations qui les ont précédés et qui sont tout aussi talentueuses. Et qui continuent à jouer et à partager.

 

Et ainsi de suite parce que les groupes, plus ou moins rock, plus ou moins punk-folk, n’ont pas posé les armes. Pas plus que les groupes comme les Chieftains qui font découvrir de jeunes talents de la musique et de la danse à leurs spectateurs.

Rien n’est terminé et la boule de cristal rayonne de ce soleil qui éclaire la baie de Galway au petit matin, quand l’Irlande se fait belle et que « le ciel termine sa toilette » comme l’écrivait magnifiquement Nicolas Bouvier à propos des îles Arran.

 

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

 

N’hésitez pas à faire de La Musique Irlandaise  votre favori de la chambre ou du salon, plus que de la bibliothèque où il ne tiendra pas en place!  Vous pouvez le lire comme un feuilleton ou l’ouvrir (presqu’au hasard) sur une anecdote, un focus historique, ou une référence.  C’est ce qu’on appelle un livre-compagnon.

* * *

Au plaisir de votre libraire (il peut aussi commander):
La Musique Irlandaise – Editions Fayard – Les chemins de la musique – 2015 .

Etienne Bours a également publié:
* le Dictionnaire thématique des musiques du monde  (Fayard 2002)
* Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire (Fayard 2007)
* Pete Seeger: un siècle en chansons (Le Bord de l’Eau – 2010)
* Il a récemment participé au Hors-série: Musique, fête ou festival » (Imagine – juin 2016) – récemment chroniqué dans ce blog.

Le site Irlandais pour l’archivage de la musique traditionnelle: une idée de ce qu’on appelle le collectage: The Irish Traditionnal Music Archives (ITMA)
(accès direct sur la page des ressources en ligne)

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I Dreamed An Island, le blog – Chemin poétique et carnets partagés

Piers Faccini crée le blog I Dreamed An Island pour annoncer son prochain album

Ceux d’entre vous qui passent de temps à autre à La Maison  Jaune connaissent notre fidélité aux créations du songwriter Piers Faccini et sont sans doute avertis de la parution à l’automne prochain de son nouvel album I Dreamed An Island.

Vous êtes alors familiers du blog du même nom, lancé par Piers au printemps dernier, afin de partager les dernières étapes de la réalisation de l’album.

in the studio

Une petite surprise vous attend dans cet article !
Pour vous et pour les nouveaux-venus
.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore et seraient tentés de découvrir, le blog I Dreamed An Island est un chemin poétique fort représentatif du parcours de Piers Faccini.  Il résume la réflexion et les réalisations d’un songwriter inscrit dans son époque, auteur sensible aux grandes mutations de la société et artiste très attaché à l’indépendance de sa relation avec le public.

En parcourant les rubriques du blog, vous pourrez approfondir  la thématique qui axe l’album autour d’une coexistence harmonieuse entre cultures, rêvée pour aujourd’hui comme elle a pu brièvement être vécue dans un petit royaume de Sicile aux 11e et 12e siècles.

Carnets de croquis, réflexions, sources et chemin d’inspiration, portrait des musiciens invités (avec vidéos en direct du studio), …  Piers vide sa sacoche, étale sur la table cette matière vivante qui va faire l’album.

bandeau

(cliquez sur l’image pour accéder au blog)

La démarche est rare et mérite votre coup d’œil.  Rien à voir en effet avec un portrait rédigé par un magazine ou produit par une major company dans un agenda marketing cadencé.

C’est l’artiste lui-même qui ouvre ses carnets et les fenêtres de son studio dans les Cévennes.  Le regard et le ressenti sont ceux de l’artiste en création ; ce que nous pourrions prendre pour des scoops d’info ou des photos exclusives le sont sans doute, mais donnent surtout à voir – et donc éclairent davantage de façon factuelle – ce qu’est aujourd’hui un artiste au travail.

  • * * *

Piers Faccini a récemment posté sur le blog sa version d’une chanson traditionnelle du Sud de l’Italie, écrite dans le dialecte Salentino que l’on pourra entendre dans quelques titres du prochain album.

Par ce joli titre, rarement interprété par Piers en concert (mais qui figurera sans doute sur un prochain album de reprises Songs I Love II), l’univers de l’artiste est illustré par petites touches : de ses origines en partie Italiennes à son amour des chansons simples et fortes, aux arrangements dépouillés.

Mais que raconte la chanson ?  On suspecte une berceuse ou une lamentation amoureuse…
Et si on lui demandait?

Piers nous fait ici le plaisir de raconter lui-même l’histoire à partir des paroles originales.

Ultime élégance: le titre peut être téléchargé gratuitement, comme d’ailleurs tous les titres de ce projet d’album de reprises.

 

Bella ci dormi sui cuscini                                       Ma belle qui dort sur les coussins
Ca ieu qua fore mo minu suspiri                          Et moi dehors soupirant
Minu suspiri sino a murire                                    Soupirant jusqu’à la mort
Ozzate Bella famme trasire                                    Lève-toi ma Belle et laisse moi rentrer

Bella ci dormi stiddha de core                               Ma belle qui dort étoile de mon cœur
Ca ieu qua fore mo ardu d’amore                          Et moi dehors rempli d’amour
E  ardu d’amore sino a murire                               Rempli d’amour jusqu’a la mort
Ozzate Bella famme trasire                                     Lève-toi ma Belle et laisse moi rentrer

Bella ci dormi sulla mammace                               Ma belle qui dort sur le matelas
Ca ieu qua fore mo nu me do pace                        Et moi dehors je suis sans paix
Nu me do pace sino a murire                                 Je suis sans paix jusqu’a la mort
Ozzate Bella famme trasire                                     Lève-toi ma Belle et laisse moi rentrer

Bella ci dormi reta a ste mura                                Ma belle qui dort derrière ces murs
Ca ieu qua fore mo senza paura                             Et moi dehors sans avoir peur
E senza paura sino a murire                                   Et sans avoir peur jusqu’a la mort
Ozzate Bella famme trasire                                     Lève-toi ma Belle et laisse moi rentrer

 

  • * * * * * *

Pour retrouver nos articles consacrés à la démarche artistique de Piers et à ses différentes réalisations, cliquez sur ‘Faccini’ dans la colonne des Thématiques.

Le blog de Piers Faccini: I Dreamed An Island

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Une et toutes les Irlande – La Musique Irlandaise, par Etienne Bours (4/5)

La musique Irlandaise, tout le monde connaît non?  Elle est sans conteste le premier ambassadeur de l’île.  
Poursuivant son commentaire du livre, Etienne Bours raffine un peu l’image d’Epinal:  si la veine est commune et puissante, il y a cependant plusieurs Irlande, et sa musique offre plusieurs visages.

'90s ©Ken Garland

’90s ©Ken Garland

Y a-t-il « des » musiques Irlandaises ou une seule musique Irlandaise?  L’amateur profane va pouvoir distinguer l’Irlande du Nord de la République du Sud, ajouter sans doute la diaspora Nord-Américaine – et peut-être même les pubs de sa propre ville! – comme foyers historiques et propagateurs de cette musique irrésistible.  Mais il s’agira toujours de « La » musique Irlandaise.
Qu’en est-il en réalité de l’identité, de l’influence de ces territoires (ou communautés?) sur « la » musique Irlandaise? Et y a-t-il des valeurs communes? 

[Etienne Bours :]

Quand on parle de musique irlandaise, on comprend, en général, cette musique très « symbolique » qui est tout simplement ce qu’on peut appeler la musique traditionnelle. Il n’en existerait sans doute qu’une… mais elle en comprend plusieurs. Elle a plusieurs facettes. Les danses, qui ne sont pas les mêmes partout; les répertoires, différents d’une région à l’autre, comme peuvent l’être les styles de jeu.
Comme peuvent l’être aussi certains instruments.   Le concertina par exemple, plus présent dans certaines parties de l’Ouest.
Les chansons gaéliques anciennes, les chansons en anglais ou ballades plus récentes, les influences écossaises particulièrement présentes au Nord, les évolutions modernes de tous ces répertoires, les mélanges avec d’autres influences… Autant de répertoires qui se côtoient et qui font la ou les musique(s) irlandaise(s).

Puis effectivement, il y a cette diaspora, telle qu’il y a beaucoup plus d’Irlandais en dehors de l’Irlande que sur l’île. Les Irlandais d’Angleterre, des USA, d’Australie… jouent aussi, encore et toujours, la musique irlandaise. Laquelle est un élément majeur qui est allé se dissoudre au sein d’autres éléments, dans une alchimie incroyable, pour créer les courants de la musique ‘old time’ et country américaine…

©William Mullen

©William Mullen

Enfin, quand on parle de musique irlandaise, on se rend compte très vite que cette musique de tradition s’est glissée, consciemment et inconsciemment, dans toutes les couches musicales du pays et surtout dans l’esprit et la mémoire de tous les musiciens d’Irlande. A partir du moment où il fut clair pour tout le monde que cette musique n’était pas une expression ringarde d’un passé honteux, qu’elle n’était pas liée exclusivement à un milieu rural pauvre et bigot, chacun s’est alors senti à l’aise d’y revenir et d’y prendre ce qui lui appartient en tant qu’héritage.
Les musiciens classiques et/ou contemporains (Sean O Riada en tête), le mouvement folk, le rock, la soul irlandaise, la country locale, puis les grands spectacles de danse… se sont emparés avec plus ou moins de bonheur et d’audace de divers éléments de la musique irlandaise pour alimenter leur propre voyage musical.

Il y a sans doute plusieurs Irlande et donc plusieurs musiques irlandaises qui ont toutes les mêmes racines mais qui ont toutes rencontré de nombreux éléments extérieurs dus à la présence des Anglo-Normands, puis à la colonisation anglaise avec l’installation de colons venus d’Ecosse, enfin en raison des mouvements culturels du XXe siècle.

Le « renouveau » de cette musique dans les années ’70 a d’abord eu tendance à créer une uniformisation, une standardisation des répertoires et des styles. Mais les identités locales sont fortes et les caractères de certains musiciens tout autant; de sorte que des styles et des répertoires propres à certaines régions ont repris le dessus. Il en de même pour la danse qui fut très standardisée par les mouvements culturels identitaires à la base des nombreux concours de danses organisés sur toute l’île. Mais on a vu revenir des styles propres au Connemara par exemple et revenir aux styles locaux devint une affirmation de liberté autant que d’identité.

Edel McWeeney, fiddle - Shane McGowan, guitar ©Steven de Paoire

Edel McWeeney, fiddle – Shane McGowan, guitar
©Steven de Paoire

Quant aux valeurs communes, elles sont évidentes. Parce qu’elles sont celles d’un peuple qui a lutté pour sa liberté et sa dignité : attachement à la terre, à la beauté de l’île, à la lutte historique, aux héros de naguère (plus que ceux de ce qu’on a appelé les troubles des années ’70 et ’80), aux spécificités sociales et populaires (humour, whisky, culte des morts, idée de la République, drame de l’exil et de la séparation…). Beaucoup semblent vouloir mettre des limites à ces valeurs communes et n’aiment pas trop les répertoires les plus républicains ou les plus « engagés » (politiques) des dernières années – notamment à cause des références directes ou non à la lutte armée et à l’IRA. Ceux-là acceptent plus facilement les ballades anciennes, plus romantiques, plus « nobles », qui rappellent des héros moins équivoques.

Tous ne seront donc pas d’accord sur ce que représente ou englobe cette appellation « musique irlandaise.
Ce qui signifie avant tout à quel point elle est vivante et en mouvement perpétuel. 

La musique irlandaise voyage aussi avec les non-Irlandais.  Ici le groupe Toulousain Doolin’ enregistre à Nashville avec une bonne fée et quelques parrains du sérail.

* * *

Au plaisir de votre libraire (il peut aussi commander):
La Musique Irlandaise – Editions Fayard – Les chemins de la musique – 2015 .

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Etienne Bours a également publié:
* le Dictionnaire thématique des musiques du monde  (Fayard 2002)
* Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire (Fayard 2007)
* Pete Seeger: un siècle en chansons (Le Bord de l’Eau – 2010)
* Il a récemment participé au Hors-série: Musique, fête ou festival » (Imagine – juin 2016) – récemment chroniqué dans ce blog.

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Une émotion aussi forte que le Blues – La Musique Irlandaise, par Etienne Bours (3/5)

L’Histoire de La Musique Irlandaise, ciment d’un peuple et ferment de revitalisation pour les musiques populaires bien au-delà de ses frontières.
Suite de l’interview d’Etienne Bours.

Chieftains & SineadOn est souvent étonné de voir la popularité de la musique irlandaise au-delà de ses communautés.  Sans se limiter à sa contribution aux grands standards pop-rock, comme a pu aussi le faire le Blues, on peut voir l’émotion que réveille un air de fiddle auprès de publics tellement différents.

Dans un passage du livre d’Etienne, il y a cette citation de Chris Welch, critique au Melody Maker, qui écrit en 1975 à propos d’un concert des Chieftains à Montreux: « Ils ont plus d’énergie vraie qu’une douzaine de groupes électriques … j’ai l’impression d’avoir été confronté à une source vitale, comme une pureté qu’on aurait pas laissé dégénérer … »

L’énergie seule explique-t-elle ce phénomène?
Etienne Bours connaît-il le secret de la potion magique?

[Etienne Bours:]

Il y a beaucoup de choses à dire ici parce que cette question en comprend sans doute plusieurs. La référence au blues est loin d’être anodine. Je rappelle encore et toujours ce que disait ce cher Pete Seeger : les deux principales forces de la musique américaine sont l’Irlande et l’Afrique. On a déjà une première explication : l’Irlande est très présente dans l’histoire de la musique américaine (on l’a déjà dit d’ailleurs) et ce avec sa sœur l’Ecosse qui apparaît nettement dans certaines régions d’Amérique du Nord  aussi.

Parmi les premiers enregistrements 78 tours, réalisés et commercialisés aux USA, quelques grands violonistes irlandais (mais aussi des pipers ou flûtistes) ont littéralement cartonné. Non seulement dans la déjà très grande communauté irlandaise des Etats-Unis, mais aussi en Irlande où les disques sont très vite arrivés et ont révolutionné le regard, la perception, des Irlandais eux-mêmes sur leur propre musique. Ainsi donc, cette musique qu’on croyait embourbée dans la tourbe et les brumes de l’ouest de l’île était capable de plaire de l’autre côté de l’océan et de se faire enregistrer au point d’avoir une valeur « commerciale ».  « Notre musique » voyage par le disque, puis par la radio et aussi par le concert là-bas mais aussi, petit à petit « chez nous ».  Voilà donc une musique paysanne, une musique de pauvres, de moins que rien (il suffit de se souvenir de la manière dont les Anglais ont longtemps traité les Irlandais : plus proches des singes ou des sauvages que des êtres humains), une musique ancestrale, dont la valeur est reconnue au même titre que beaucoup d’autres expressions populaires et traditionnelles.

Plus tard, dans les années ’60 puis ’70, c’est d’abord le boom de la ballade puis celui du folk revival. La ballade revient, en quelques ricochets sur l’Atlantique, grâce aux Clancy Brothers et à Tommy Makem, partis là-bas pour tenter une nouvelle vie dans le théâtre et devenus en un rien de temps un groupe qui va cartonner dans les grandes villes du Nord et dans les grandes émissions de TV. Et ce avec des ballades irlandaises qui sont à la fois pur jus et pourtant légèrement boostées par un culot et un talent impensables au pays. Les quatre gaillards osent reprendre « à leur compte », ce qu’on croyait  dépassé sur l’île et qu’on ne faisait par trop sortir des cercles familiaux ou des écoles. « Les vieilles ballades ne sont donc pas ringardes. Elles nous appartiennent à nous tous, Irlandais, c’est notre patrimoine et on est en droit d’en jouer avec respect mais avec liberté ».  Les Clancy et Makem (une des plus belles voix d’Irlande pour moi) sont un maillon indispensable de cette histoire. Je passerai ma vie à les faire réécouter à tous ceux qui trouvent ça dépassé aujourd’hui (l’histoire se mord toujours la queue au nom de je ne sais quelles modes…). C’est dans leur sillage que les groupes et chanteurs de ballades vont se précipiter : les Dubliners, Wolfstones, Dublin City Ramblers et des tonnes de groupes dits de ballades, puis des chanteurs comme Christy Moore qui n’a de cesse de citer Liam Clancy parmi ses influences majeures (il cite aussi Luke Kelly des Dubliners). C’est là-dessus que s’enclenche le mouvement de folk revival qui vient tout droit du Village à New York et des réflexions et autres conseils de Pete Seeger, une fois de plus.

On reprend donc les ballades et on se rend compte qu’elles existent par centaines ou par milliers, que les répertoires urbains (Dublin notamment) et ruraux ne sont pas les mêmes. Que les ballades historiques et les chants républicains sont nombreux et, donc, que l’histoire du pays et la lutte contre les voisins envahissants transpirent littéralement d’une part importante de cette tradition. La matière est énorme et elle est toujours vivante. Beaucoup de chanteurs discrets sont là pour communiquer avec la nouvelle génération qui reçoit aussi, en même temps, d’autres influences : folk américain (Woody Guthrie est souvent cité par Andy Irvine ou Christy Moore), le blues (qui fait partie des coups de cœur de nombreux musiciens et chanteurs de l’île, du plus traditionnel jusqu’à Bob Geldof et Bono).

Les instruments qui arrivent d’ailleurs et qui sont pris en main pour être mis au service de cette nouvelle « musique irlandaise traditionnelle » – je pense au formidable destin du bouzouki en Irlande puis ailleurs grâce à l’Irlande. C’est tellement subit, dense et vivant, que l’Irlande musicale des années ’70 s’ébroue avec  un dynamisme incroyable et s’en va secouer le reste du monde. Partout où l’on essaie de revenir aux musiques traditionnelles, aux instruments, aux manières de faire, on écoute aussi ce que font les pays voisins. Et, parmi eux, l’île verte s’impose en un rien de temps comme l’exemple parfait. On va donc essayer de jouer de la musique irlandaise partout : en Angleterre (eh oui même les Anglais!), en France, Belgique, Allemagne, Autriche, Hongrie, Hollande, Italie, Espagne… Sans compter, évidemment, les pays de la diaspora irlandaise : USA, Australie, Nouvelle-Zélande…
Si cette musique devient si influente c’est sans doute parce que de toutes celles pour lesquelles on a parlé de revival, elle était une des moins « mortes ». On pourrait en dire autant pour d’autres pays, je pense à la Hongrie, mais les conditions politiques et économiques, ajoutées au contexte culturel, n’ont pas permis un développement et une exposition médiatique de même ampleur. La musique irlandaise venait du monde occidental et, qui plus est, d’un des pays les plus pauvres de ce monde mais aussi d’un pays dont l’histoire a la même puissance évocatrice, symbolique, voire romantique et pourtant organique, que la musique.

Fiachra O'Regan au Festival Les Anthinoises

Le cocktail était fabuleux et parmi toutes ces musiques que nous découvrions dans les années ’70, celle de l’Irlande s’imposait (malgré elle, malgré nous) parce qu’on s’est mis à aimer un peuple, un pays, une histoire et une musique en même temps. Il ne faut jamais oublier que la lutte irlandaise s’est réveillée, après des années de quasi silence, fin des années ’60 avec ce qu’on appelle toujours « les troubles ». C’est-à-dire la lutte pour les droits civiques des catholiques du nord qui étaient complètement sous la coupe des protestants et donc de l’Angleterre.
Très inspirés par la lutte pour les mêmes droits de la communauté afro-américaine, les catholiques de Belfast et Derry commencent par des marches et manifestations pacifiques où les chansons tiennent une place importante. La répression violente donnera naissance à une lutte armée dramatique et insoutenable qui durera jusqu’à la fin du siècle. Mais en ce début des années ’70, on entend en même temps les récits de ce conflit et la musique du peuple irlandais (même si la musique entendue vient plus souvent de la République et donc du « sud »). Et soudain, on reçoit des informations sur cette « guerre » injuste, on entend chanter ce peuple, on commence à comprendre qu’il serait logique de faire de cette île une seule et même république… Tout joue en faveur du peuple de l’Irlande et la musique devient un élément extraordinaire de ce pays de plus en plus présent sur la carte du monde.

Les musiciens et chanteurs deviennent alors aussi nombreux que le sont les danses ou les ballades. Ça n’arrête plus et l’on voit de bons groupes tourner à travers nos pays. Leur énergie et la splendide simplicité de leur répertoire et de ce qu’ils en font vont jusqu’à renverser tous les préjugés et toutes les références des plus grands journalistes de musique dite pop. Parce qu’on découvre une manière, une façon, un sens de la musique qu’on ne soupçonnait même pas. Un élan naturel de ces musiciens et chanteurs qui ne font qu’un avec ce répertoire et son histoire. Une claque pour beaucoup d’amateurs de musique. Si on voulait comprendre ce que peut signifier un « lien traditionnel » avec un répertoire ancien, on avait soudain un exemple qui méritait évidemment des analyses mais qui écrasait beaucoup d’autres traditions locales par la masse d’Irlandais capables de jouer et chanter comme ils respirent.

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Alors, il n’existe pas de musique universelle ni de potion magique. Le secret de cette énergie, de cette force, c’est l’histoire. J’ai longuement parlé avec Paddy Moloney, leader incontestable des Chieftains, et j’ai senti une passion incommensurable. Il aime sa musique, leur musique, et il y réfléchit encore avec un incroyable mélange de musicien instinctif, d’historien, de chercheur, de sociologue et d’homme de scène (voire d’amuseur, tant Paddy peut être drôle en concert). Le secret est là. Ils jouent leur musique parce qu’elle leur appartient (they take it for granted), elle est dans leurs tripes. Mais elle est aussi dans leurs jambes, dans leur corps, dans leur tête, et dans leur cerveau. Jouer et chanter bien sûr, mais si vous allez un peu plus loin, vous constaterez qu’ils sont toujours capables d’expliquer ce qu’ils jouent et chantent…

Les Irlandais font partie de ceux qui m’ont fait comprendre qu’au-delà de la sensation, l’idéal est d’avoir aussi accès au sens, alors on entre profondément dans les musiques et le plaisir en est doublé.

* * *

Au plaisir de votre libraire (il peut aussi commander):
La Musique Irlandaise – Editions Fayard – Les chemins de la musique – 2015 .

Etienne Bours a également publié:
* le Dictionnaire thématique des musiques du monde  (Fayard 2002)
* Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire (Fayard 2007)
* Pete Seeger: un siècle en chansons (Le Bord de l’Eau – 2010)
* Il a récemment participé au Hors-série: Musique, fête ou festival » (Imagine – juin 2016) – récemment chroniqué dans ce blog.

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La passion d’un collecteur – La Musique Irlandaise, par Etienne Bours (2/5)

Comme promis, nous poursuivons le voyage dans l’univers musical Irlandais, arpenté par Etienne Bours, un passionné qui a investi tous les métiers et saisi toutes les opportunités susceptibles de nourrir une curiosité boulimique à l’égard des musiques populaires et traditionnelles dans le monde.

Comme Etienne est aussi un formidable raconteur, mettons-le à table!

The Chieftains aux Traversées de Tatihou. ©Christine Breuls

The Chieftains aux Traversées de Tatihou. ©Christine Breuls

(La Maison Jaune:)

On imagine bien que la passion qui a animé la réalisation de l’ouvrage La Musique Irlandaise ne date pas d’hier ou du bon de commande de Fayard.

La pertinence  de l’information délivrée, la variété des références à des chansons pour illustrer le fil du temps que l’on dévore comme un feuilleton radiophonique, et par-dessus tout la qualité de la documentation et des sources qui soutiennent l’ouvrage font penser au travail scientifique d’un historien, mu par la passion d’un collecteur.

Comment cela s’est-il concrètement construit?  La recherche documentaire a-t-elle démarré avec l’idée du livre ou bien ces notes existent-elles depuis le premier coup de cœur?

(Etienne Bours: )

Tout cela est un travail de plus de 35 ans. Mon premier voyage en Irlande date de 1976. Je m’étais déjà documenté avant de partir en lisant divers livres sur l’histoire du pays. Quelque chose me fascinait dans cette lutte insensée pour la liberté et la dignité face à un envahisseur qui illustre parfaitement une politique colonialiste scandaleuse : l’Empire Britannique himself !!

J’ai donc abordé un pays pour et par sa musique mais aussi pour et par son peuple et ses luttes. C’était la première fois que je faisais à ce point le lien entre musique et société. Ce voyage fut un choc à tous points de vue. On est, dans les années ’70, au tout début du grand tourisme musical mais aussi du tourisme tout court. Le pays est encore d’une pauvreté incroyable et d’une pudeur qui n’a d’égale que sa foi quasi absurde en un Dieu instrumentalisé par une Eglise omnipotente.
C’est hallucinant ces Sacrés-cœurs qui restent allumés toute la nuit dans votre chambre de bed & breakfast dont la patronne s’est assurée que vous êtes mariés avant de céder une chambre double à un couple de chevelus…
Les petits déjeuners ont la générosité de la musique, les paysages ont la beauté des chansons. Les paysans vous prêtent leur prairie pour y planter la tente et parlent volontiers avec vous, quitte à ce que leur accent vous égare quelque peu sur la lande.

C’est un coup de foudre, c’est une découverte essentielle et l’on dirait que la musique est partout, même là où on ne l’entend pas. La moindre épicerie de village possède un présentoir de disques sur lequel trônent quelques LP des Dubliners ou d’autres groupes de ballades, extrêmement nombreux à ce moment-là.
Ma 2CV se remplit au jour le jour de ces 33 tours et de livres ou recueils de chansons. Je rapporte un trésor et, déjà, je me dis qu’il y a un livre à écrire sur la musique en lien avec cette histoire.

C’est le début de ma documentation sur cette histoire, ce pays et cette musique.
Les années qui suivent vont voir s’accumuler de nombreux disques, des films, des livres (en anglais et français), des articles découpés, des revues, des notes, d’autres recueils de chansons, des biographies de chanteurs ou de groupes… d’autres voyages viendront, d’autres concerts aussi.
Petit à petit, je vais écrire quelques articles qui paraîtront dans Trad magazine et qui préfigurent le futur livre. J’écris sur l’exil, sur le soulèvement de 1798 – je vais d’ailleurs en Irlande en 1998 et je rapporte une documentation nouvelle, publiée à l’occasion de cet anniversaire.

Je sais donc qu’un jour, j’irai plus loin dans ce travail. Il est inscrit sur mes tablettes depuis 1976 et ces années qui passent – qui ne sont pas consacrées qu’à l’Irlande  -permettent une lente et excellente maturation.
De sorte que lorsque j’ai abordé mon deuxième projet chez Fayard – mon Dictionnaire thématique des Musiques du Monde étant déjà publié – je leur ai proposé l’idée du livre Le Sens du Son (Musiques Traditionnelles et expressions Populaires) mais aussi celle du livre sur la musique irlandaise. Sophie Debouverie, directrice de la collection musique chez Fayard, m’a dit qu’il lui semblait opportun de commencer par Le Sens du Son et elle m’a demandé ce que j’en pensais. C’était mon avis également parce que je pensais que c’était une manière de compléter et  de « parfaire » le dictionnaire.

L’Irlande restait donc dans les projets d’avenir ; nous étions à ce moment en 2003. Le temps de faire ce livre puis de me lancer dans l’aventure Pete Seeger, que j’estimais aussi essentielle et urgente, huit à neuf ans ont passés avant que je revienne chez Fayard avec le projet irlandais.
Et, pour la première fois, j’ai entamé l’écriture d’un livre avec un contrat signé avant même d’avoir commencé. J’ai négocié un laps de temps suffisant pour pouvoir le réaliser dans un certain confort. Soit trois ans pour l’écrire. Trois années passées à lire ou relire des centaines de livres : dont 150 livres en anglais sur la musique, la chanson, leurs évolutions, leurs histoires, leur sociologie et une série de romans ou de livres de poètes irlandais, question d’être dans un climat global. J’avais dans ma documentation personnelle, celle que j’avais travaillée moi-même, les divers articles déjà écrits mais aussi de très nombreuses notes sur des thématiques précises. Avec, déjà, des titres de chansons et des traductions de certaines d’entre elles.

Le chantier était énorme mais le matériel était bien rangé et prêt à l’emploi.

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

De sorte que les trois années d’écriture ont été passionnantes. Je suivais le fil historique sans problème et mes lectures et écoutes venaient continuer à alimenter une structure qui préexistait au moins dans une forme simplifiée qu’il me suffisait de développer ou d’augmenter au fil des semaines.
Plusieurs séjours en Irlande, et pour la première fois à Belfast, ont contribué à ce développement. Plus j’avançais, plus ça me paraissait énorme et il fallait évidemment resserrer les contours pour ne pas trop en faire. Il n’empêche que Fayard a accepté un livre de plus de 500 pages comprenant un nombre de signes dépassant largement ce qui avait été convenu dans le contrat. Le tout dans une entente parfaite.

(A suivre:  Y a-t-il des musiques  ou une seule musique Irlandaise?)

* * * * * * *

La video intégrée à l’article provient de l’ITMA digital library.
Elle a été enregistrée en avril 2008 au Hughes’ Pub, Chancery Street, Dublin

Au plaisir de votre libraire (il peut aussi commander):
La Musique Irlandaise – Editions Fayard – Les chemins de la musique – 2015 .

Etienne Bours a également publié:
* le Dictionnaire thémlatique des musiques du monde  (Fayard 2002)
* Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire (Fayard 2007)
* Pete Seeger: un siècle en chansons (Le Bord de l’Eau – 2010)
* Il a récemment participé au Hors-série: Musique, fête ou festival » (Imagine – juin 2016) – récemment chroniqué dans ce blog.

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La quête du Craic ou Les chemins de La Musique Irlandaise, par Etienne Bours (1/5)

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Voici plus qu’un livre : une somme, l’histoire d’une passion de 30 ans pour une musique, ses musiciens, son histoire et celle de son peuple mêlées.  Pour Etienne Bours, La Musique Irlandaise (Fayard, 2015) est la démonstration exemplaire qu’une tradition profondément ancrée peut être en même temps dynamique et vivante.

Le temps long de l’été est propice à ce type de plongée dans un univers entier, l’occasion de creuser une thématique et d’y fixer les bases d’une nouvelle curiosité, qui sait d’une passion à naître ?  Ce livre s’y prête, par le ton et les points d’entrée favorisant une exploration dynamique, autant bien entendu que par la musique irlandaise dont il est question : épique, festive, dramatique, amoureuse et dansante, comme la bande-son d’une humanité en marche.

 

« Peu de pays autant que l’Irlande s’identifient à leur musique.  Elle est partout, elle est l’autre facette du paysage et on la reconnaît dans le monde entier.  Un Irlandais sur cinq est musicien, les émigrants ont porté leur patrimoine sur tous les continents : la musique irlandaise est vivante, elle se joue au jour le jour sur ses propres terres comme sur celles de ses millions d’exilés.  Elle est présente sur les scènes de prestigieux festivals ou de célèbres théâtres du monde.

Pour faire découvrir la richesse de ce répertoire, Etienne Bours retrace en une première partie l’histoire du pays et de son peuple telle qu’elle apparaît dans les chansons.  Les caractères de cette musique (les formes, les instruments utilisés, …) sont présentés ensuite, depuis les origines jusqu’aux développements actuels»
(Etienne Bours – La Musique Irlandaise, quatrième de couverture)

Ce qu’on pourrait qualifier à première vue de « pavé »  est en réalité la trame d’une vie de passionné, comme peut l’être un chercheur.  C’est tout-à-fait le portrait d’Etienne Bours, ancien conseiller à la médiathèque de Belgique, journaliste, auteur, producteur radio, programmateur de festivals, …  Pour ce spécialiste des ‘musiques du monde’, ce livre pourrait bien tenir lieu de fil rouge, de quête bonifiée, dont les révélations ont éclairé ses recherches dans d’autres cultures.

Le bonus, c’est que – tout scientifique qu’il soit – cet ouvrage se lit comme un roman, une chronique haletante, un feuilleton radiophonique.  C’est aussi une régalade de références musicales, des plus pointues aux plus surprenantes, ce qui permet d’ailleurs d’aborder autrement la lecture de La Musique Irlandaise.
En effet, la rigueur du travail d’Etienne Bours offre de précieuses clés et plus encore de points d’entrée pour les chercheurs et les passionnés.  Plus précisément, l’auteur a complété l’ouvrage avec de précieux index qui offrent toutes sortes de navigations possibles.

En plus d’une bibliographie riche comme une thèse de doctorant, on trouvera la référence de sites internet intéressants : sites d’archives, de magazines spécialisés, des sites pour l’achat de musique et même d’instruments.

Une sélection de films cités dans les différents chapitres y est également présentée et commentée.

Fidèle à ce qui fut longtemps son métier : conseiller pour la constitution des collections à la médiathèque de Belgique et formateur dans de nombreuses médiathèques en France, Etienne Bours détaille ensuite sa discographie conseillée, véritable trésor, volontairement limitée à 120 albums et organisée en thématiques.  Il est cependant possible de poursuivre la recherche grâce à l’index très fouillé des noms de personnes (dont des chanteurs) et de groupes.  Ces références pointent sur des passages du livre où il est bien sûr question des classiques Chieftains ou Clannad, mais ne soyez pas étonnés d’y lire quelques annecdotes à propos de Keith Richard, Bono, The Pogues ou encore The Dropkick Murphys.

L’index des titres de chansons et des œuvres est du même tonneau (près de 800 références : un grand tonneau !).  Enfin, celui des ‘termes spécifiques’, relatifs à l’Histoire ou à la musique elle-même, répondra aux questions des lecteurs les plus sourcilleux.

Musicien de rue - Dublin ©Christine Breuls

Musicien de rue – Dublin ©Christine Breuls

Pour vous donner une idée, voici un extrait qui évoque le conflit en Irlande du Nord :

« Au tournant du siècle, il semble enfin que la lutte fratricide accepte d’appartenir au passé.  Les plaies se pansent et les dialogues se  nouent.  Le monde politique évolue, les armes se taisent presque unanimement. Les Irlandais de Belfast et de Derry respirent enfin.  Il suffit de comparer deux chansons écrites par Ron Kavana au fil de années :

Qui peut penser pour vous – personne.  Ni un Loyaliste, ni un Nationaliste – avec un fusil.  Laissons les griefs de l’histoire au passé.  Vivons pour le futur et pour une paix durable.  Pour les enfants et les enfants des enfants (For the children)

Et maintenant, si la guerre est vraiment terminée, nous pouvons entamer la reconstruction ; avec un nouvel espoir pour les enfants d’Irlande (Irish ways)

Les choses sont tellement simples, après tant de noirceur, que les images et les textes de ces chansons parlent presque inévitablement des enfants, de lumière, et tout simplement d’espoir.  La chanson populaire n’a jamais prétendu compliquer ce qui  peut s’énoncer avec les mots les plus évidents.
Mais les mémoires sont têtues et les appartenances ancestrales tenaces.  Il demeure chez certains un instinct quasi raciste, un sentiment de supériorité peut-être, qui se manifeste notamment par l’appartenance à l’Ordre d’Orange,  cette franc-maçonnerie gouvernée par des bigots, comme l’écrit Michel Sailhan.
Ruefrex, groupe punk issu du milieu protestant de Shankill à Belfast, n’a jamais hésité à critiquer le sectarisme des uns et des autres, à tel point que les musiciens se sont fait des ennemis des deux côtés.  Leur analyse qui n’est pas tendre avec le pouvoir protestant :

A nous vous avez dealé ce trafic irlandais, mais voici qu’arrive le prix à compter.
Vous avez joué avec le démocratie, vous avez joué et vous avez perdu.
Et vous jouez aux cartes avec des hommes morts, mais vous perdez de toutes parts.
Vous avez triché avec mon peuple dans le passé et le présent, mais nous vivrons et nous mourrons sur cette terre (Playing cards with deadmen) « 

(La Musique Irlandaise -pages 256-257)

Pub - Dingle ©Christine Breuls

Pub – Dingle ©Christine Breuls

Et puis, si vous avez poussé la porte d’un pub, ceci devrait vous parler :

« Pendant longtemps, les pubs ont vu avec plaisir des musiciens de toutes sortes jouer chez eux et attirer le client, en général le touriste, celui qui est content avec un mélange de chansons gueulées à tue-tête, de guitares et de banjos en bataille,  de public éméché, de bruits de chaises, de voix et de verres entrechoqués.  Les musiciens se plaignent de ce genre de conditions et l’exploitation qu’en ont faite les patrons de pubs ; ils ont l’impression, comme le dit Ciarán Carson, d’être des singes savants.  De mauvaises sessions, dans de mauvaises conditions, il y en eut beaucoup, avec des musiciens qui venaient casser l’ambiance des autres, avec dix musiciens là où il n’en faudrait que cinq, avec quatre bodhráns pour deux violons, avec des chansons inutiles, avec un public qui croit qu’il faut hurler pour participer …

Pour que l’alchimie se fasse, il faut en arriver au craic (gaélique de crack) : « cette définition indéfinissable de la passion collective de l’Irlande et de sa capacité à prendre du bon temps », dit Colin Irwin.

Le Craic

Alors le craic, c’est quand vous sentez que quelque chose se passe, un climat, une générosité de la musique dans l’air, quelque chose qui vibre, se partage et revient vers les musiciens qui s’en amusent et qui relancent.  C’est bien plus que la musique seule, ce sont des ricochets sur le public et sur le bar.  On ne s’amuse pas vraiment dans un pub où tout le monde écoute trois musiciens dans un silence religieux.  Le craic demande cette dose d’équilibrée d’écoute et de réactions, de participations, voire de bruits, du public.  Comme un concert de Flamenco au milieu d’un public gitan au fond de l’Andalousie, on y sent ce qu’on appelle le duende (le craic andalou peut-être) !  La meilleure manière d’aborder la musique irlandaise et de la sentir, c’est d’assister à une session qui tourne en s’épaississant comme peut le faire une sauce.  Observer les musiciens, c’est alors comprendre la musique.  Comprendre les enchaînements de titres, les relances de titres nouveaux, les gestes ou minuscules traits de langages corporels qui leur servent à poursuivre ensemble dans la même direction.  C’est voir la dextérité avec laquelle chacun est capable d’embarquer dans la proposition de celui qui entame une nouvelle pièce, c’est apprécier leurs écoutes respectives, leur passion, leur connaissance incroyable d’un vaste répertoire.« 

(La Musique Irlandaise – Pages 422-423)

Le pub de Matt Molly à Westport ©Christine Breuls

Le pub de Matt Molloy à Westport ©Christine Breuls

Humblement, j’avoue que c’est à peu près tout ce qu’on peut faire pour chroniquer un tel ouvrage.  Mais connaissant un peu l’auteur, je me doute qu’il n’a pas écrit ces pages comme un chercheur austère retranché dans sa bibliothèque.  Bien que son ‘bureau’ soit littéralement tapissé de plus de dix mille cd de musiques du monde (j’ai dormi à côté – je vous jure qu’on fait de beaux rêves !!), Etienne Bours est un collecteur infatigable, les antennes toujours branchées, courant à la rencontre de musiciens, aux rendez-vous avec des petits festivals, se lançant dans des voyages au plus profond des territoires où sont nées et vivent toujours les musiques populaires.

Le mieux alors n’est-il pas de lui donner la parole et de le laisser raconter ces Irlandais qui chantent partout ?

Etienne a fourré dans sa poche le papier avec mes quatre questions et il est parti marcher quelques jours le long de la Semois pour ruminer un peu ses réponses.  Il a prévenu : « Laisse-moi un peu de temps, les questions sont vastes et donc les réponses vont suivre plusieurs pistes ».

D’accord, attendons qu’il revienne de ses vadrouilles d’été pour nous conter la suite de cette  belle ballade Irlandaise.

* * *

Au plaisir de votre libraire (il peut aussi commander):
La Musique Irlandaise – Editions Fayard – Les chemins de la musique – 2015 .

Etienne Bours a également publié:
* le Dictionnaire thémlatique des musiques du monde  (Fayard 2002)
* Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire (Fayard 2007)
* Pete Seeger: un siècle en chansons (Le Bord de l’Eau – 2010)
* Il a récemment participé au Hors-série: Musique, fête ou festival » (Imagine – juin 2016) – récemment chroniqué dans ce blog.

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Je t’aime moi non plus (Musique et Festivals d’été)

Esperanzah! ©photo Bernard Weickmans

Esperanzah! ©photo Bernard Weickmans

Pour une bonne partie de la jeunesse « qui bouge » – mais aussi d’autres générations, le baptême de l’été est souvent donné par le premier festival en plein air, un de ces festoches libérateurs où vous porte la bande de potes, la communion béate avec un monde de gentils, une bande-son permanente et quelques concerts galvanisants, sans oublier la bibine.

Entre les expériences fondatrices, initiées par les premiers rassemblements du genre dans les années post ’68 et les grosses machines sponsorisées d’aujourd’hui, un certain sens de la fête a subsisté dans l’esprit des festivaliers.  Mais au prix de quelles mutations, visibles ou invisibles ?  Et surtout à quel prix – qui perd – qui gagne quoi ?

Dans un hors-série fort intéressant, le magazine belge Imagine [Demain le monde] ouvre ses colonnes à la réflexion et l’analyse fouillée par quelques observateurs avisés de ces manifestations à travers le monde en général, et en particulier témoins privilégiés d’un de ces festivals emblématiques en Belgique il y a 40 ans : Le Temps des Cerises.
L’évolution des festivals dits «folk» à l’époque et étiquetés aujourd’hui « altermondialistes » constitue leur périmètre d’observation.

Sur fond de guerre froide, de décolonisation, des premiers plans d’austérité, et de libération sexuelle,  Le Temps des Cerises, ce mini-Woodstock, non-conformiste et engagé, a été lancé en 1972 dans les jardins et la cour de l’abbaye de Floreffe (Belgique), comme les parvis des église attiraient autrefois les bateleurs.  Il ne connut que trois éditions.
Trente ans plus tard, tiens donc au même endroit, naissait le festival Esperanzah!
Créé sur un modèle éthique et un postulat de  programmation ouverte, il est rapidement devenu un festival phare du circuit alter (plus de 50.000 festivaliers en 2015).

Dans un contexte de forte concurrence entre festivals (ndlr à propos de l’envolée du montant des cachets demandés pour les artistes en vogue), nous refusons de jouer dans cette foire aux enchères.  Et notre priorité reste la programmation de talents émergents, novateurs, et mobilisateurs d’énergies.  Nous avons aussi à cœur de défendre des voix engagées et porteuses d’espoir.  (L’équipe d’Esperanzah!)

Etienne Bours est un des auteurs de ce dossier.  C’est aussi un familier de La Maison Jaune, si on peut dire, puisque nous avons consacré quelques rubriques aux publications de ce fin connaisseur de la chanson française et des «musiques du monde», ancien conseiller à la Médiathèque de Belgique, journaliste, producteur radio, formateur, et auteur donc d’ouvrages de référence comme le Dictionnaire thématique des musiques du monde, Le Sens du Son, d’une somme consacrée à la musique Irlandaise (dont nous allons parler bientôt ! ), et du premier livre en français consacré à Pete Seeger.  Il est un de ceux qui regardent l’histoire et goûtent l’esprit des premiers festivals avec une certaine émotion, mais sans « nostalgie de vieux » !

Le Temps des Cerises ©photo Philippe Ruelle

©photo Philippe Ruelle

Il est des moments où, à force de regarder devant soi, on finit par se retourner.
Parce que, au-delà du lieu lui-même, l’atmosphère nous fait penser qu’on est déjà passé par là.  On a même, peut-être, contribué à créer cette ambiance.  Des traces se sont superposées au lieu de s’effacer avec le temps.  (…)  Il est temps de se poser des questions sur tous ces festivals de musique, sur leurs raisons d’être, sur l’accès à la culture musicale dans la plupart d’entre eux, sur le déferlement festif et la consommation aveugle de beaucoup de grands rassemblements…
 E.Bours

Etienne s’en va cueillir dans l’esprit des premiers festivals les accents régionaux, le son des derniers ménétriers – ces musiciens routiniers appelés dans les bals et les fêtes de village, autant que les tartines au chèvre et les souvenirs de l’amour libre derrière les buissons !
Plus loin, il reproduit la lettre de Pete Seeger aux jeunes du monde entier (1972), qui demeure un document important de réflexion sur le sens et la portée des musiques populaires.

Le Temps des Cerises © photo Philippe Ruelle

Le Temps des Cerises © photo Philippe Ruelle

Son regard critique se porte ensuite sur l’imbrication du mouvement folk et des musiques du monde dans la dynamique de ces festivals qui, avec le temps et beaucoup de concession à une labellisation de marketing, figent une sorte de sono mondiale qui ne ressemble plus à rien.  Etienne Bours scrute ces étiquettes et s’interroge sur des  notions larges (et parfois très politiques) comme l’identité, le métissage ou la globalisation.  La musique traditionnelle n’est absolument pas figée.  La musique nomade voyage certes, mais séparée de son contexte d’origine (chant ou danse d’une personne ou d’une population) elle risque de subsister par sa seule musicalité, de devenir un son, un gimmick dont un autre musicien va se servir pour construire une autre musique que d’aucuns diront métissée.

Cette réflexion est diablement questionnante sur la mutation des expressions originales lorsqu’elles rencontrent les formats de la diffusion de masse. C’est un des chapitres les plus intéressants du dossier.  Il renvoie à l’ouvrage  Le Sens du Son (Etienne Bours Fayard), largement consacré à ce sujet.

©photo Bernard Gillain

©photo Bernard Gillain

Sens de la fête, prix d’entrée, programmation, qualité du son et de l’écoute, recours aux bénévoles, subventions, …  Etienne Bours explore avec un regard à la fois critique et bienveillant l’évolution des festivals.

« Faire la fête », c’est la réponse majoritaire à la question posée à 120 festivaliers d’Esperanzah! 2015  Quelques uns ont nuancé, expliqué, argumenté.  Mais pour la plupart, la musique est un ingrédient de la fête, au même titre que le camping, les, potes, la bière, et que sais-je encore. E.Bours

La fameuse «fête» , carnaval ou festival, est bien sûr depuis longtemps sous la loupe des penseurs, des sociologues et des anthropologues. Les besoins de communion, de résurgence et de transgression qu’ils identifient dans ces circonstances sont certes toujours décelables aujourd’hui.  Mais pas que. L’anthropologue Jean Duvignaud par exemple précise que « si périssable soit-elle, la fête engendre des semences d’idées et de désirs, jusque-là inconnus, et qui souvent lui survivent ».

Dans un grand festival, on se retrouve en nombre dans une certaine illusion de groupe.  On boit, on mange, on laisse libre cours à une relative excentricité dans son habillement ou dans son comportement.  Mais on participe aussi sans doute à l’éclosion et au partage d’idées transgressives.  On a parfois l’impression de prendre part à une réflexion collective autour d’autres manières de vivre et d’organiser la planète.  Le tout en payant parfois un prix immodéré pour trois jours de fête et avec des artistes totalement inaccessibles parce que retranchés dans leur statut de pseudo-stars » E.Bours

© photo Charlotte henrottin

© photo Charlotte henrottin

Mais désormais, la fête rime aussi avec commerce, exotisme et pacotille.  Là, Etienne Bours attaque dans le dur et sa critique est sévère, d’autant que ce concept-business finit par formater l’attente des festivaliers devenus simples consommateurs.

Beaucoup de festivals en arrivent de la sorte à nous donner l’impression que le monde est un village : un peu de tout pour tout le monde dans une grande illusion de convivialité et de partage sans limites. (…) C’est le festival évasion pendant quelques jours, comme si on allait en vacances.

Je garde à jamais le souvenir extraordinaire de cette fille qui gueule comme un putois devant la scène pendant une demi-heure, attendant l’artiste, criant fort qu’on veut la musique, chantant, dansant, se croyant drôle, assumant complètement le fait qu’elle est là pour faire la fête et rien d’autre (mais énervant tout le monde).  Et quand l’artiste arrive sur scène et entame son concert, cette personne se dégonfle petit à petit, s’étiole, se décompose, se liquéfie littéralement et demande à ses voisins : « Qui c’est ? », et enfin s’en va après trois chansons, nous laissant pousser un soupir de soulagement et écouter tranquillement Rokia Traoré. E.Bours

Celle-là, on l’a tous rencontrée pas vrai?!

Festival Les Traversées de Tatihou © photo Christine Breuls

Aux Traversées de Tatihou, le public se rend sur l’île à marée basse pour assister aux concerts de l’après-midi © photo Christine Breuls

Changement de ton.  Focus sur les festivals qui privilégient la musique, qui organisent et facilitent la rencontre entre publics et musiciens, grandes stars ou pas.

J’aime ces endroits où l’on se retrouve sous de grands arbres à parler avec des musiciens, à boire des vins locaux et manger des plats du cru.  J’aime ces concerts dans des espaces aérés où l’herbe est grasse et attirante, où le chapiteau est accueillant, la scène visible, la sono honnête.
(…)
Dans ce type de festival, la musique est une culture, c’est la culture de l’endroit.  Elle est née là, elle y vit et y évolue, et au moment du festival elle attire sa propre communauté autant que des gens venus de l’extérieur et qui entendent la découvrir – les uns et les autres ne vivant pas nécessairement ce festival de la même façon.  La musique est la culture. E.Bours

Voilà le credo d’Etienne Bours: il existe des festivals de culture, de ces festivals indispensables pour les musiciens, pour les musiques, pour les publics et pour créer le contact entre musiques et publics.  D’autres dynamiques intéressantes sont aussi à l’œuvre dans des festivals vitrines d’une culture précise mais ouverts à la rencontre; leurs programmateurs ont l’intelligence de créer des liens, de jeter des ponts vers d’autres cultures.

Voilà pourquoi ce dossier est intéressant.  Outre le coup de loupe sur les conditions de la fête, il recentre la question sur notre rapport à la musique, dont les festivals ne sont qu’un mode ou un contexte d’accès.

Ce n’est peut-être qu’un regard de plus sur le rapport de force entre l’offre et la demande, et on peut être pessimiste quant à l’évolution de la norme, au lissage irrésistible vers un standard mondial.
Cependant, l’expression d’une demande différente et l’agrégation de comportements de consommation réfléchis rendent possible le maintien ou la création de manifestations différentes, où la culture demeure plus importante que le business.  C’est un peu comme acheter ses légumes en circuit court non ?

Ce dossier donne en tout cas beaucoup de pistes pour la réflexion.  Je le recommande pour vos dérives d’été, et je vous souhaite de dénicher le petit festival inoubliable qui fera votre bonheur.

  • * * * * *

Le hors série Musique, fête ou festival? du magazine Imagine  (juin 2016) est disponible au prix de 8.50€ (hors frais de port) dans un réseau de points de vente en Belgique ou par correspondance en s’adressant à la rédaction via info@imagine-magazine.com.

Le dossier contient également les articles et les contributions du collectif « Temps des Cerises »: Hubert Dombrecht, Bernard Gillain – créateur du Festival Le Temps des cerises, Philippe Grombeer, Christiane Sarton, Jean-Louis Sbille, Mirko Popovitch, et Etienne Bours, ainsi qu’une contribution de Jean-Yves Laffineur, directeur d’Esperanzah!

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Zsuzsanna Varkonyi: sa ‘Voix est Livre’ cet été à Toulouse

Sous un arbre à la base de loisir de Larramet (Tournefeuille), au bord du bac à sable et dans la Bib’ nomade de Toulouse-plage, ou encore accueillie par  la libraire Tire-Lire, la chanteuse Hongroise et globe-trotter Zsuzsanna Vàrkonyi se produira en solo avec son accordéon dans le cadre du Festival La Voix est Livre, organisé par l’association Itinérance Orale.  Les 22 et 23 juillet prochain, en différents lieux de la manifestation et selon les publics conviés, elle interprétera tantôt quelques Comptines et berceuses tziganes tirées entre autres du livre-disque éponyme paru chez Didier-Jeunesse, posera sa musique sur les paroles de la conteuse orientale  Layla Darwiche, et offrira enfin une sélection de chansons plus récentes, tissant sa poésie intime dans la trame de toutes les musiques qui la traversent.

photo © Pierre DOLZANI

photo © Pierre DOLZANI

Une première lecture, déjà réjouissante, prépare à accueillir Zsuzsanna Vàrkonyi dans le registre chaud et coloré du Blues de l’Est et de la tradition Tzigane.

Ses origines Hongroises et un répertoire mêlant musiques populaires et quelques chants Yiddish, l’ont en effet installée dans cette catégorie des ‘musiques du monde’.  Déclinée en quelques albums et des concerts soutenus par un ensemble instrumental aussi inspiré que dépouillé, cette personnalité musicale attachante, à la voix rare et envoûtante, semble avoir pris le large depuis Vagabond Songs (2015 – L’Autre Distribution).

La chanson n’est en effet qu’une des facettes de cette artiste qui s’est construite en consacrant ses longues années de jeunesse à la pratique du théâtre (meilleure comédienne en Nouvelle-Zélande 1997), du cinéma (Philippe Garrel, M.Winterbottom) et de la chanson de rue, dans toute l’Europe et au-delà.  L’aventure de l’artiste nomade, elle l’a vécue aux quatre coins du monde comme une soif de liberté, jusqu’aux éblouissements des spectacles célébrés.

photo © Pierre DOLZANI

photo © Pierre DOLZANI

Ce qu’elle chante aujourd’hui résonne de ce parcours généreux, aussi vrai et lisible que l’identité d’une rivière qui existe au même instant de sa source jusqu’à son prochain confluent, sa dernière embouchure.  Zsuzsanna écrit et compose des chansons de plus en plus personnelles, exposées, comme une peau de tambour tendue entre les bonheurs de l’enfance et les blessures de tout qui se frotte au monde sans compter.

Sa présence est magnétique et jamais surjouée, portée par les accents du lamento tzigane dont elle émerge de plus en plus souvent vers la liberté d’un registre frisant le céleste.  Dans ces conditions, son voyage éveille celui de l’auditeur vers ses propres contrées intimes, en tirant « la fine ficelle des rêves ».

 

Pour se renseigner sur les lieux et les horaires de ses récitals de juillet à Toulouse :

http://itinerance-orale.net/Festivals/La_voix_est_livre_2016.html

Pour découvrir la palette et les univers de Zsuzsanna Vàrkonyi:

http://www.zsuzsanna-varkonyi.com/

http://mezzovoce.wmaker.tv/Zsuzsanna-Varkonyi-l-integrale_v89.html

 L’envoûtant album Bánat Vaganond Songs est disponible @ FNAC et iTunes

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Brooklyn Sessions : Debut album Jazz et pierre de touche pour le batteur Simone Prattico

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® photo Tommaso Ausili

Simone Prattico est un musicien habitué des circuits et des studios aux quatre coins du monde.
Batteur et percussionniste recherché, il a sorti ce printemps 2016 un premier album en leader: 
Brooklyn Sessions (That’s It/L’Autre Distribution) enregistré avec le pianiste Klaus Mueller et la contrebassiste Brandi Disterheft.

Pour un session musician,  l’aventure d’un premier album est rarement un acte banal.   C’est un moment choisi, où l’artiste est prêt à partager sa trame intime.  Simone Prattico a beaucoup joué avec les pop stars, appris de grands maîtres du jazz, et tracé de belles routes folk en véritable compagnon.  Brooklyn Sessions, c’est la continuité mais c’est aussi autre chose : son empreinte, sa pierre de touche.

 

Pour un premier opus, il aligne ses fondamentaux : un jazz métissé, des amis musiciens, et New York : la ville-monde où il se sent toujours a casa.

Simone Prattico a voulu l’enregistrement de Brooklyn Sessions comme un live impromptu, où les musiciens découvrent la partition et saisissent la musique dans la fraîcheur des premières prises.  Avec ses complices Brandi Disterheft et Klaus Mueller, deux habitués de la scène jazz new-yorkaise, cette approche est instinctive.  Leur identité artistique s’accorde intuitivement avec l’univers un peu nomade de Simone Prattico: l’énergie et le son qui s’en dégagent témoignent d’un véritable esprit de band.

Chacun apporte ses compositions propices à un interplay enlevé, entraîné par des rythmiques aussi complexes que délicates.  L’atmosphère oscille entre ballades rêveuses (Cycles, A Vida Não É Assim), pulsations plus énergiques  (Double Blues, See ya), et la tendresse d’une berceuse écrite pour son fils (Piccolino).
Teintée de couleur afro, la reprise de Maiden voyage (Herbie Hancock) est une des clés de l’album, tout à l’image du parcours de Simone Prattico.

[album artwork par Elvira de Luca, détails tirés de Mutazione 7″ – 1983]

Pour comprendre le chemin de ce batteur éclectique devenu auteur et arrangeur, il faut partir de Rome.

Car Simone grandit dans la ville éternelle,  en plein dans les années beatnik, et au cœur d’une  famille d’artistes.  C’est peu dire qu’il en prendra de la graine.
Tout jeune, il baigne dans la mixité musicale de la famille : les grands maîtres du jazz tirés de la discothèque du père, la musique populaire napolitaine servie par la Mamma, et enfin le groove de l’écurie Motown qui tourne en boucle dans la chambre du grand frère.
Les baguettes en main bien avant l’âge d’aller à école, Simone attaque très tôt les choses sérieuses avec les leçons du maestro Roberto Spizzichino (qui deviendra plus tard le fabricant mondialement réputé de cymbales, vénéré dans le cercle des batteurs jazz).

Il n’a pas 20 ans qu’il a déjà tourné et enregistré avec plusieurs pop stars italiennes de renom. Puis le hasard des rencontres l’amène à travailler à Paris dans les années 90’,  d’où il prendra son élan pour New York.  A chaque étape, outre les nombreuses collaborations, l’étude de son instrument demeure pour Simone  une constante :   Guy Lefèvre à Paris (alors la référence pour la caisse claire), JP Ceccarelli au Conservatoire de Nice, et les pointures new-yorkaises Kenny Washington, John Riley, Portinho, ou encore Adam Cruz.

Entre la découverte des musiques à l’oreille et la rigueur des apprentissages, Simone Prattico s’est forgé une perception instinctive du rythme et de son instrument.  Elle est aujourd’hui l’interface sensorielle de toutes ses rencontres musicales. 

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®photo Alexandre Chevillard

Paris, New York, …  ces grandes places  brassent toutes les couleurs des musiques du monde.   Si un projet l’embarque, il en suivra le fil jusqu’aux racines rythmiques, au ressenti qui ouvre sur l’invention. Loin des obsessions complexes du virtuose ou de la tentation folkloriste, Simone Prattico réinvente l’alchimie entre sa culture méditerranéenne et l’empreinte de la musique afro-américaine.  Voilà comment l’expérience l’enrichit.

Dans l’actualité foisonnante de la scène jazz actuelle, ce que dégage l’univers d’un musicien, son parcours et sa palette seront souvent déterminants pour qui souhaite s’accorder avec une musique et découvrir un artiste singulier.

A ce titre Brooklyn sessions propose une peinture sensible, sans artifices, d’un jazz d’aujourd’hui, fait de rencontres et de métissage. Mélodies sophistiquées, ambiances cinématographiques à l’italienne et rythmiques intenses, parfois tribales, forment la toile idéale sur laquelle se dessine la musique de Simone Prattico.

 

 

Se procurer l’album:

En circuit court, via le site web de Simone Prattico

Itunes: smarturl.it/iTunesSimonePrattico
Amazon: goo.gl/CuqgO4
Fnac: goo.gl/tU0cTh
Google Play: goo.gl/qG3DzU
Spotify: goo.gl/1jkd6h

 Suivre Simone Prattico sur  Facebook

Les Inrocks distinguent Brooklyn Sessions.

 

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A storm is gonna come

Aujourd’hui l’orage est passé vite sur mon coin des hauteurs de Toulouse.  Mais il était grandiose !  J’ai bien eu une pensée pour les cerisiers qui se sont fait hacher le fruit – par chance, mon pied de courgette urbaine a tenu le choc.  Il y avait bien quelques voisins aux fenêtres mais  j’ai compté plus de volets roulants en mouvement.  Maigre audience pour mon exclamation libératrice lâchée sur le plus gros fracas de l’épisode.  Un orage, ce sont toujours des tensions qui se libèrent.  Je ne vous raconte pas ma semaine, ni ma journée – vous avez les vôtres et votre orage a répondu pour vous j’espère.

Me revenaient en mémoire sensitive les orages de montagne que nous essuyions, gamins pêchant les torrents magnétiques que la foudre suivait, disait-on, aussi serrée sur le parcours que nous l’étions à traquer la truite excitée par l’électricité.  Sur la montagne ou la ville hors-sol, les éléments règnent en maîtres.

Ça peut bien chagriner les planificateurs, les concepteurs événementiels et la mairie de Toulouse, par exemple, qui avaient planifié une navette fluviale pour faire traverser la Garonne aux supporters de l’Eurofoot (4 matches ici), fait construire un ponton à 450.000 … et qui n’ont trouvé aucun preneur à l’appel d’offre.  Trop de risque, disent les bateliers, avec les eaux de fonte des Pyrénées, attendues en juin, et qui vont tourmenter la Garonne – ou plutôt la photo vendue par les event managers.

Autre époque.  Aujourd’hui, loin des torrents, j’ai levé le nez vers cette électricité qui descendait des montagnes, et la chanson de Piers Faccini m’est remontée en tête.
Ce soir, il n’était plus question de sortir mes bottes de l’eau avant que la foudre ne s’y jette.
Une autre forme d’urgence sonnait pourtant.  Elle pique pareil, cette époque, ce climat social, cette fin de règne.

A storm is gonna come (…)
Find a harbour, find a shelter (…)
Find a friend, find a lover / Find a sister, find a brother (…)
The thunder has begun (…)

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Gabriela, Rom de France. Une femme bien !

‘Comment je résiste.  Gabriela, Rom de France’  par Catherine Monnot
(Ed.Le Vent se lève – 2016)

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C’est un petit livre fait pour le commun : vous et moi qui n’avons des Roms de France qu’une vision fugitive, sans doute caricaturale, et – soyons honnête – limitée à la perception d’une communauté ou d’un stéréotype, très rarement à la vie quotidienne d’un individu : une femme, un homme, un enfant Rom vivant en France.

En ces temps d’instrumentalisation politique à tout-va, la question est sensible, le débat souvent miné.  La voie choisie par Catherine Monnot échappe à ce double piège car son propos est ailleurs.  En choisissant de s’entretenir avec une femme Rom et de restituer ce témoignage intact, sans l’once d’un discours moralisateur ni même pédagogique, l’anthropologue réalise tout d’abord un travail d’information sur la condition quotidienne d’une femme Rom et son parcours depuis la Roumanie rurale jusqu’au camp à Toulouse.

Augmenté de quelques notices documentaires, ce court livre, vous verrez, transcrit essentiellement une conversation étalée sur plusieurs mois entre Catherine Monnot et Gabriela Cantia Ciausu, réalisée avec l’aide d’un traducteur à l’intérieur du camp de la Flambère, au-dessus de Purpan.  Une conversation, n’est-ce pas justement la meilleure manière de rencontrer quelqu’un ?  Gabriela en tout cas se confie à Catherine Monnot, de femme à femme, de mère à mère, et c’est ça que l’on retient.  On apprend des choses sur la condition plus que rude des femmes dans une culture communautaire que la pauvreté empêche d’évoluer; on entend ses difficultés quotidiennes, ses craintes et ses rêves, mais surtout on rencontre une personne.

Gabriela Cantia Ciausu et Catherine Monnot

Gabriela Cantia Ciausu et Catherine Monnot

C’est en cela que ce petit livre me touche, m’implique suite à la lecture-rencontre, change mon regard.  C’est une clé.

Adolescent avec les copains, je me faisais un peu d’argent de poche en proposant de laver des pare-brises sur le parking des supermarchés.  Plusieurs années de suite – il n’y a pas si longtemps, j’ai récolté des reines-claudes dans un verger envahi de hautes herbes et de ronces, de quoi faire quelques confitures.  Dans la profusion des rejets de consommation du centre-ville, il m’arrive de récupérer / réparer une chaise à peine abîmée, ou une palette que je transforme avec soin en petit mobilier pratique.  Suis-je pour autant un maraudeur, un fouineur, un casse-pied qui choque l’honnête ménagère ou agace le commercial gominé ?  Qu’est-ce qui me distingue – même à mes propres yeux – du Rom dans les mêmes situations ?  Lorsque disparaissent les bijoux de la Castafiore, Tintin suspecte immédiatement les Romanichels du camp voisin de Moulinsart, mais l’intrigue se dénoue par la découverte du collier dans un nid de pie.  Ca suffit à tout expliquer ? Clichés culturels anciens d’une part, soigneusement entretenus par les médias de masse, et d’autre part une situation de pauvreté, de nécessité absolue qui n’est pas la mienne.   Voilà sans doute comment s’installe un mur de verre entre moi et la femme, l’enfant, ou l’homme Rom croisé aux feux-rouges, dans la rue, ou près des poubelles de mon immeuble.

« Dans toute forêt, il y a toujours un arbre mort et un arbre sec » (dicton Rom)  Ca veut dire qu’on trouve toujours des gens mauvais dans un groupe, mais que ça ne veut rien dire pour les autres.  Et peut-être qu’avec le temps, à force de travailler et de parler, les gens se rendront compte que nous, les Roms, on est aussi des gens bien, ni plus ni moins que les autres. [Gabriela]

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Publié avec des moyens limités, le livre a toutefois bénéficié de quelques événements de présentation / rencontre / échange  avec Catherine Monnot – pour ma part à la Librairie Ombres Blanches, où je passais par hasard. (*)

Catherine Monnot est en train de parler, de répondre à une question.  Je ne connais pas son livre à ce moment ; je comprends petit à petit sa démarche.  Elle énumère des faits, rapporte des éléments de la conversation, rappelle le contexte socio-économique impitoyable de la Roumanie rurale à la fin de l’ère Ceausescu et focalise rapidement sur la vie quotidienne de Gabriela enfant, jeune fille, femme mariée, et aujourd’hui grand-mère ; sa vie entre les travaux ménagers, la violence des hommes, et le corset culturel de sa communauté.  Il sera ensuite question de la vie dans le camp de Toulouse, sur le même ton : peu de commentaires, pas de sentiments, pas de discours culpabilisant mais des faits, un éclairage. Au fil de l’échange et de ce que j’y apprends, m’apparaît lentement le récit épique d’une vie rude, terre-à-terre, dans lequel se dessine le portrait de Gabriela.

Une personne dans l’auditoire se lève alors et, parce qu’elle a déjà lu le livre, témoigne de ce que je suspecte : sans mettre en œuvre aucun procédé romanesque, ce livre d’entretiens et le champ totalement libre laissé à la parole de Gabriela finissent par toucher le lecteur au niveau de ses émotions, par changer son regard, et rendre possible une rencontre.

Voilà comment je me retrouve impliqué, concerné, attiré par la lecture de ce livre.

Merci à cette lectrice-témoin pour l’indice de la qualité littéraire de Gabriela, Rom de France, une qualité nichée aussi bien dans un roman (réussi) que dans un document sincère.  A la fin de la rencontre, je vais lui dire.  Elle ajoute alors une autre vérité (que la lecture confirme) : c’est l’émancipation que réalise Gabriela à travers ce récit par rapport aux conditions de sa vie passée, par rapport aux contraintes culturelles et communautaires imposées à sa vie – à son existence de femme.  Gabriela dit des choses fortes, pas évidentes, et même si l’absence de traduction du livre en Roumain ne permet pas d’en évaluer l’impact sur sa communauté, la liberté dont elle fait preuve inspire le respect.

C’est je crois un témoignage important, sinon un message, tant de la part de Gabriela que de Catherine Monnot, qui – une nouvelle fois – part de l’intime, de l’individu pour éclairer une problématique universelle.  Je pense à la question du voile dans la culture musulmane, par exemple, qui demeure engluée entre débats violents, prises de position médiatiques, et dérive mercantile pestilentielle (bientôt les collections hiver !)  Sur le sujet, je recommande une autre lecture lumineuse : Kant et la petite robe rouge de Lamia Berrada-Berca. (**)  Ce n’est qu’une fiction  mais on y lit de belles choses :

« Il n’y a qu’une chose à faire: laisser les yeux scruter le monde et devenir un regard libre qui rêvera le monde, qui rêvera quel monde transformer pour ceux qui voudront le voir après lui … »

Un ami musicien Italien me disait l’autre jour un différence immense qu’il ressent entre Paris et New-York, deux villes cosmopolites dans lesquelles il a beaucoup travaillé : ces deux villes accueillent les gens du monde entier, mais là où Paris demande que tous s’intègrent à l’image que la France des Lumières se fait encore d’elle-même, New-York est littéralement faite, s’est construite, n’a d’autre identité que cette accumulation de migrants qui constitue au final ce tout qui s’appelle New-York.

Pour que le monde change, il faut que les individus se mettent en mouvement, et nécessairement que leur regard change. Merci à Catherine Monnot d’avoir percé pour moi le mur de verre. Ce petit livre me confirme que le regard change quand on est touché.
A ce titre – entre-autre – il mérite notre bouche-à-oreille.

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Interviews de Catherine Monnot et de Gabriela sur le blog d’une consœur:
https://duniddepie.wordpress.com/

(*) Ok j’y vais très souvent mais je n’avais pas noté cet événement

(**) Kant et la petite robe rouge de Lamia Berrada-Berca [Editions La Cheminante (réédition augmentée 2016)]

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Lau de Mels, artiste échappée belle

© Lau de Mels

© Lau de Mels

Ce qui compte dans les livres, c’est ce qu’ils font advenir en soi et hors de soi  
Annie Ernaux (*)

Où croise-t-on les artistes aujourd’hui?  Dans une expo? A une séance de dédicaces?  Au musée?  Et pourquoi pas dans la vie de tous les jours …?  Là où ils nous parlent de nous.  Dans sa vie de tous les jours, faite comme la nôtre sans doute de boulot, de ménage, de courses insensées, et de respirations en pleine nature,  Lau de Mels inscrit un parcours d’artiste impliquée, traversée par ce qu’elle vit.  Sa création est un flux d’instantanés poétiques, une nuit d’étoiles filantes qui durerait toute l’année (et les vœux qui vont avec).  Mais s’en rend-elle compte?  C’est ainsi que débute une conversation à peu près imaginée…  

« Par quoi on commence ?  Une musique sûrement, il y a toujours des musiques sur tes vidéos, tes filages photos.  Ça va avec le reste ; je n’arrive même pas à croire qu’il n’y en a pas sur tes ‘Petits livres’.
(Elle confirme: Non, il n’y en a pas sur les ‘Petits livres’).
– Bon alors je te dis comment je suis arrivé, mais j’ai besoin d’une musique et de revoir les premières secondes de La moindre des politesses ou alors Un zeste d’horizon, c’est encore mieux pour me rappeler comment j’ai connecté. »

« C’est là : quand tu ouvres avec des images de pluie qui est passée et la première phrase c’est attends, je réfléchis… : c’est là que je rentre. Tu avais deviné ? Tu t’en rends compte ?  les perles de pluie et les pierres qui roulent ? Tu ne vois pas ?  et si on récolte les lignes de fuite et les paroles en l’air … ? Mais ce sont des portes tout ça, tu embarques tout le monde dans ton histoire figure-toi !  C’est tout familier, ça résonne. On n’invente pas des choses comme ça ! »
Elle répond qu’elle est parfaitement consciente qu’on invente rien, bien sûr que c’est inspiré.  Elle dit que l’important, la singularité de l’artiste, c’est comment elle/il transforme des observations et des ressentis à travers sa propre réalité.
« – Voilà ! C’est ce que je veux dire.  Mais laisse-moi continuer. »

[Lau de Mels est une artiste à tout prix dans sa vie de tous les jours faite de beaucoup d’autres choses qui prennent beaucoup de place.]
[Lau de Mels dessine, fait des collages, prend des photos, dessine sur des collages et des photos, crée des petits dessins animés, image par image, monte des séquences photos, y colle des graffitis, des mots, des dialogues parfois, de la musique souvent.  Pour rentrer dans mon histoire de Lau, il vous faut – je vous invite à (c’est mieux !) les découvrir au fil de la conversation, manière de vous installer dans son univers – c’est tout de même de ça qu’on parle]

« Je ne sais plus ce que j’ai vu en premier, un dessin ou une vidéo, mais je l’ai sûrement vu partagé par une connaissance sur le réseau social – je n’étais pas abonné directement à l’époque.  Si c’était un dessin ou une photo, en tout cas j’en ai retenu des contours flous, un bougé délibéré, et des couleurs un peu saturées.  Mais j’ai dû passer trop vite, parce que je n’ai  pas lu ou « ressenti » une histoire attachée. J’ai su un peu plus tard que j’étais accro, sur tes histoires avec du texte, des dialogues, des monologues. »

[Un bistrot derrière les halles, une table près de la fenêtre.  Je vois souvent le regard de Lau de Mels souvent posé en bord de fenêtre, en équilibre sur le cadre de ses photos, entre l’imaginaire et la réalité.  Fenêtres de voiture qui font les bords de route filés ; fenêtres de train piquées de gouttes ; fenêtres des voisins éclairées dans la nuit. Lumières-mémoires que les fenêtres apportent, que les fenêtres emportent.  Spectateur, observateur de sa propre vie – c’est un peu ça qu’elle nous renvoie, on s’y retrouve non ?
On peut les prendre par tous les bouts, tous les chemins mènent à nous  chante Nougaro – Je détourne un peu ces vers de leur contexte pour souligner la familiarité de toutes les formes créées par Lau avec nos petites histoires de vie. Des fois on s’amuse de soi-même avec ses Petits livres aux dessins qui dégringolent et rebondissent dans tous les coins du cadre : ce serait comme la caricature dans le journal du dimanche, la vignette rigolote qui nous dit qu’on peut aussi sourire de nos misères ;  car si des fois ça pince ce qu’elle raconte, on ne reste jamais en plan.  Pareil pour les photos-collages-graffitis – mais là c’est la fenêtre ET la porte qui sont grand ouvertes sur l’imaginaire. Ce sont des histoires qu’une petite voix intérieure finit par nous raconter quand on marche longtemps – comme des philosophes !  ou moins longtemps, si on se promène avec un enfant qui pose des questions.]

« Bon sang mais c’est quoi cette chatouille à l’intime qui vient dire doucement des vérités universelles, crues, et qui requinquent en même temps ? On dirait du Blues !  Un livre – une œuvre, dit en substance Annie Ernaux, est une genèse qui transforme son auteur, y compris au moment où la décision est prise de la libérer, de l’exposer aux yeux du monde ; et puis il y a ce qu’il advient de cette œuvre quand elle rencontre la vie des autres, comment elle résonne, comment elle impacte.  Alors oui: je te remercie pour ces « petits riens », belle glaneuse.  Je te remercie de ne pas, une fois de plus, convoquer les Beaux-Arts et les tableaux de maîtres pour donner des leçons de vie.  L’Art sauvera le monde, Vivre est un art qu’ils disent – Il y a là-dedans de l’injonction déplacée, de la démangeaison d’érudit et du gavage à l’excellence qui me font fuir.  Tes  « petits riens » comme tu dis, que tu délivres sans un gramme d’#egotrip , ils font autant de bien qu’un Vermeer, s’ils touchent la bonne personne. »

[Là, Lau n’a pas besoin de me demander qui c’est, la bonne personne.  On se rappelle qu’on a lu, à quelques mois d’intervalle,  Le Chardonneret de Donna Tartt.  Et on convient rapidement de deux choses : ce bouquin fait 400 pages de trop  et les dernières pages qui parlent du message du tableau de Fabritius  sont un cadeau :  Les grands tableaux … les gens se précipitent pour les voir, ils attirent les foules (…)  Tu peux passer une vie à aller au musée de manière tout à fait sincère, déambuler partout en profitant de chaque seconde (…) après quoi tu vas déjeuner.  Mais (…) si un tableau se fraie un chemin jusqu’à ton cœur et change ta façon de voir, de penser et de ressentir, tu ne te dis pas ‘oh, j’adore cette œuvre parce qu’elle parle à toute l’humanité’.  Ce n’est pas la raison qui fait aimer une œuvre d’art.  C’est plutôt un chuchotement secret provenant d’une ruelle. ‘Pssst, toi.  Hé gamin.  Oui, toi (…) A toi, à toi.  J’ai été peint pour toi.’]

« Mais toi, elle te transforme comment cette genèse d’artiste qui crée et qui s’expose ? C’est facile ? Quand tu parles de la vie du monde, quand tes histoires piquent un peu plus, c’est plus compliqué?  Plus douloureux ?  Etre artiste, c’est à quel prix ? »
Elle répond que quand l’artiste travaille, cherche, doute, défait, refait dans son atelier, dans son petit coin aménagé,  elle/il est soi face à soi, tout seul(e),  et c’est ainsi que naissent les plus belles œuvres, quand ce n’est fait pour personne, quand c’est fait pour rien, rien, rien. Juste parce qu’on ne peut pas faire autrement que de faire cet inutile. Juste parce que ça nous tient debout et vivant. C’est une résistance que de mener son propre chemin.
Elle dit aussi que côtoyer depuis près de 20 ans des personnes en grande détresse dans le cadre de son travail, c’est une réalité qui la traverse, fait partie d’elle et de son expression.  Comment pourrait-il en être autrement?

[Quand – il y a plusieurs années – Lau de Mels créait des peintures très grand format sur des draps de lits anciens, en l’état – c’est-à-dire sur l’usure des nuits, sur les broderies et les rapiècements, n’était-ce pas déjà écrire sur la vie des autres ?  Aujourd’hui, petites et grandes lessives séchant au vent s’invitent – en clin d’œil? – dans les petites histoires de Lau.  C’est son histoire au travers de ses histoires, à la fois quête et témoignage, servie par une écriture toute personnelle. On retiendra une musique, l’insert d’une note d’humour ou d’espoir, mais il n’y a pas de recette. C’est la coloration poétique, dans tous les cas, c’est elle que l’on retient.
Annie Ernaux ne disait-elle pas récemment (sur un plateau télé) que pour fixer la mémoire de quelque chose, il ne suffit pas d’en entretenir le souvenir ; il faut sans doute « tourner autour, l’écrire et le décrire » , pour le faire advenir, et plus tard le partager.]

« On marche beaucoup chez toi. Sur les plages (on ramasse des galets), dans les pâtures (on passe des clôtures), en bord de ruisseau (quelques passages à gué), des branches à écarter, des rochers à contourner.  D’autres fois c’est en voiture ou en train.  Tu as le goût du Road movie – peut-être sans le savoir, en tout cas c’est par là que je suis « rentré ».
Par la cadence des images-secondes, forme lente mais pas trop, oubliée, effacée de notre époque gavée d’animations 3D et de fictions aux effets spéciaux vitaminés.
Par les images-pulsations, respirations, battements dans le ventre. Le silence des incipit – paroles non écrites.  Les lumières basses et denses, et ces autres qui inondent.
Et puis les musiques de Gilles Carles et d’Amestoy Trio…  Elles, elles finissent d’emballer ! Quel que soit le registre d’émotion choisi, tu trouves chez Gilles Carles de quoi habiller ton histoire façon haute-couture. Impossible de résister à la glissade dans le terrier façon Alice – d’ailleurs pourquoi résister à cette musique qui est parfois comme une deuxième voix dans l’histoire ? »

 » Je te raconte encore une chose et puis j’arrête. Il y a bientôt deux étés, je me suis trouvé pour la première fois en face d’œuvres de Vermeer (au Rijksmuseum et à la Mauritshuis).  A des heures matinales où les salles sont encore peu chargées, où il est possible de s’approcher des toiles, de les regarder par côté, en lumière rasante, et de voir les détails.  Par cette observation amoureuse, j’ai réalisé que la lumière – les lumières si particulières émanant de ses tableaux –  provenaient entre autre de ces infimes grains de  blanc ajoutés dont il enrichit les textures, jouant du blanc comme d’autres jouent des ombres.  Curieusement, cette observation a favorisé une meilleure compréhension de questions personnelles que je n’arrivais pas résoudre,  comme cette lumière dont on attend l’intensité principale en provenance de la fenêtre, mais qui est déjà présente, latente, incandescente, dans l’épaisseur du sujet lui-même.  Vermeer ou tes « petits riens » c’est pareil : c’est la voie de l’expérience intime. Une autre fenêtre. »

Ce que je retire de cette conversation est somme toute assez universel : chacun a son regard sur le temps quotidien, sur la poésie de ce temps qui passe, dans l’imperfection, l’impermanence, l’incomplétude des petits chantiers qui composent nos vies.  Ce qui compte, c’est le temps qu’on y consacre, à se laver le regard, à le restaurer, pour sentir la vie qui passe – exister, ce n’est pas autre chose que ça.

En quittant Lau de Mels, j’étais rentré dans une librairie – comme chaque fois que s’annonce un vertige de pensées. En contournant un caddie avec petit chien, j’ai accroché du pan de ma veste (puis acrobatiquement rattrapé !) ce livre consacré à Annie Ernaux.  La quatrième de couverture évoquait quelques dimensions fondamentales de l’implication qui caractérise l’œuvre de cette femme émouvante; les auteurs soulignent entre autre : sa volonté de descendre dans la réalité sociale et de prendre comme sujet d’écriture ce qui est traditionnellement considéré comme « au-dessous » de la littérature ; la présence au monde d’une écrivaine « traversée par les autres » ; et enfin, la manière dont cette œuvre engage et transforme le lecteur. (*)

Et vous faites quoi dans la vie, Lau de Mels ? Artiste, dit-elle, je garde une place pour l’artiste dans ma vie.

Hier les grands draps, aujourd’hui les petites lessives. Peindre les toiles, c’est son fil rouge, sa braise pour demain.  Peindre …? On n’a pas beaucoup parlé de l’artiste plasticienne… Ça, c’est une autre histoire… (à suivre j’espère)

(*) Annie Ernaux – Un engagement en écriture, par Pierre-Louis Fort, Violaine Houdart-Merot  –  Presses Sorbonne Nouvelle, 2015

Suivre Lau de Mels :

Le Monde à l’Envers: animations graphiques

Le Doigt qui Dépasse: photos(-montages)

Sur YouTube (on peut s’abOnner)

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Les rêves éveillés de Josephine Foster

Concert du 24 mars 2016 à l’Auditorium du Musée des Abattoirs de Toulouse

JosephineFosterOn ne l’annonce pas autrement que par l’éclairage qui bascule de la salle à la scène.  Elle s’avance et aussitôt c’est elle, la longue Dame brune : jupe et bas de laine, manteau trois-quarts, gestes d’une grâce totale, lenteur mesurée…  L’artiste et nous-mêmes dans le public trouvons assurément dans ce petit tempo juste ce qu’il faut pour nous mettre au diapason .

Josephine s’assied et prend la guitare, un peu songeuse, hésitant dans le même temps entre deux harmonicas.  Dans ses longues mains, l’instrument commence à sonner, quelques cordes pincées, deux accords égrenés en arpèges comme on fait entre amis, quand on a une guitare et que l’idée c’est de s’en servir, de chanter quelque chose.  Puis la voix fait pareil : des notes discrètes, musées, les suivantes plus hautes, plus claires, enfin un vibrato qui se chauffe. On ne sait pas si le récital a commencé, si on est vraiment au concert.

Et pourtant elle chante déjà ses histoires, Josephine, comme les oiseaux posés dans les nuits d’été se racontent leur journée. D’une voix lyrique aussi claire qu’une source sur la roche – sans académisme – on pense à Joan Baez, Joni Mitchell ou la Suédoise Jenny Lysander.  Sa guitare la suit, relâchée elle aussi, l’air de rien, mais jamais hésitante.

La musique de Josephine Foster est une rareté comme en génère peu la musique folk Américaine – mais s’il faut en suggérer dans cette veine, que diriez-vous de  Devendra Banhart et Coco Rosie ?  Folk si on veut, rien de canonique, mais branché sur l’héritage naturaliste de ce grand territoire : ça se sent, oui.  A l’instar de quelques grands romanciers de son pays capables de faire plonger le lecteur dans leur univers par la seule force de l’histoire et l’authenticité de leurs protagonistes, Josephine Foster installe l’auditeur dans un univers sonore et une intimité narrative qui « forcent » une écoute attentive, sans toutefois brider d’éventuels prolongements dans l’imaginaire de chacun.

josephineJe n’ai jamais écouté plus solo que ce guitare-voix, partagé pourtant comme on refait le monde sur un coin de table dans la cuisine.  Jamais entendu personne être autant présente à soi-même dans l’acte de création.  Etre et non pas faire preuve. Confiante dans son émotion, concentrée, à l’écoute, lancée dans sa poésie ou son récit mélodiques avec l’assurance de celle ou celui qui raconte à son petit une histoire inventée.  Rappelez-vous que ce sont les meilleures !

Il y avait peut-être quelques ritournelles en quintessence mais pour rencontrer Joséphine Foster il ne faut pas chercher à reconnaître de chansons, comme on dit d’une bonne chanson qui fonctionne, qu’on retient. Le récital a déroulé le long fil d’un rêve en vers libres, au point que c’est avec surprise qu’on lit sur la pochette du vinyle des vers de Joyce ou de Kipling, tant ils ont été  « libérés » dans le ruisseau de voix de Joséphine.

My Dove, my beautiful one,
Arise, arise!
The night-dew lies
Upon my lips and eyes
(…) [James Joyce]

Par ces jours sombres, il en fallait des visions de colombe. Ce soir par la grâce de Josephine Foster, jusqu’à son dernier chant a capella couvé dans un murmure, on s’est réchauffé d’espoir.

nomorelamps

Nouvel album: ‘No more lamps in the morning’

Infos concerts: http://www.josephinefoster.info/

Dernières actualités: https://www.facebook.com/JosephineFosterMusic

Autre portrait: http://next.liberation.fr/musique/2016/02/01/josephine-foster-la-grande-sereine_1430362

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Les songes accordés de Ballake Sissoko et Vincent Segal

La salle NOUGARO de Toulouse accueille à guichets fermés ce 10 février 2016 le concert de l’album MUSIQUE DE NUIT (No Format)

 

coverDepuis combien de temps ces deux-là nous enveloppent-ils de leurs songes légers et bienveillants ?  Le temps de monter lentement les marches, serait-on tenté de dire, de la chambre jusqu’au toit de la maison.  Le temps d’une journée, entre la musique-papillon qui éveille dans la lumière du matin et la musique des rêveries auxquelles on s’abandonne dans la brise nocturne bienfaisante?  De Chamber Music à Musique de Nuit, de 2009 à 2015 : quelques années à peine mais cette impression de deux anges posés depuis toujours au bord du monde, pas vrai ?

Leur histoire est un peu plus précise.  Tous les deux sont les héritiers de cultures académiques traditionnellement tournées vers la conservation.  Cependant, dans ce mouvement qui voit toujours les individus plutôt que les institutions pratiquer l’ouverture et pousser à l’innovation, Vincent Segal et Ballake Sissoko n’ont pas manqué la première occasion qui leur a été donnée de se rencontrer.  Segal avait déjà pas mal baroudé avec son violoncelle depuis l’Opéra de Lyon, cueilli des sons, collecté des atmosphères, conçu pour «un-jour-peut-être» des harmonies et des tessitures métissées qui n’existaient pas encore.  Ballake, ancien de l’Orchestre national du Mali, présentait avec grâce sur les scènes d’Europe le répertoire Mandingue et y accueillait volontiers des jumelages épisodiques. Si l’alliage du violoncelle et de la kora nous semble aujourd’hui naturel et indispensable, c’est à l’instinct, à la curiosité, et à la conversation soutenue entre ces deux hommes que nous le devons.

Ballaké Sissoko and Vincent Segal

Une conversation démarrée dès le premier album sur la trame Mandingue, apportée comme une semence par Ballake Sissoko, et qui se prolonge aujourd’hui avec Musique de nuit.  Frotté à toutes sortes d’accordages de ses racines classiques au jazz, au folk d’Amérique du nord, et à la musique brésilienne, Vincent Segal place sur cette proposition une réponse mélodique intuitive, harmonisée sur des airs tantôt formels (Prélude, Musique de Nuit), tantôt clairement improvisés (N’Kapalema, Diabaro – avec la belle voix de Babani Koné).  Est-ce l’écrin de la nuit étoilée, l’intelligence des cœurs, ou la conscience apaisée de leur longue amitié qui favorise une telle osmose entre le violoncelle et la kora ? Sur certaines phrases elle brouille les pistes et laisse passer subtilement de l’un à l’autre la ligne mélodique et le soutien rythmique.

Ballake Sissoko et Vincent Segal comptent plus de 200 concerts ensemble et plusieurs dizaines de milliers d’albums de leur duo vendus dans le monde.  C’est un petit phénomène, parti d’une conversation musicale improbable qui vient nous dire où elle en est.  C’est également la marque du temps venu où le griot Sissoko ne peut plus vivre de sa fonction au Mali et doit consentir à de longues tournées internationales pour subvenir aux besoins de son clan familial resté au pays.  Une culture change, d’autres se métissent, et se déplacent.

Les albums et les concerts de Sissoko et Segal demeurent un bonheur et une chance.

L’unique récital de la Salle Nougaro à Toulouse est annoncé complet.  Toutefois, les conditions d’enregistrement de (plus de la moitié de l’album) Musique de Nuit sur le toit de la maison familiale de Ballake Sissoko, en bordure de Bamako, dans l’atmosphère nocturne et les bruits étouffés de la ville qui ne dort jamais, garantissent – à qui tend l’oreille ! – les conditions d’une belle méditation.  At peace.

L’album Musique de Nuit présenté sur le site du label No Format

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Eric Legnini : Punchy Groove au Metronum de Toulouse

UP YOUR JAZZ: Rémi Panossian invite Eric Legnini ce jeudi 11 février 2016
Au METRONUM de Toulouse

Eric Legnini.  On croit d’abord n’avoir jamais entendu ce nom-là.  Trois maigres indices et dix secondes plus tard : la mémoire est revenue.  Car Eric est aux quatre coins de l’affiche Jazz depuis quelques dizaines d’années maintenant, et pas que sous nos tropiques comme ils disent.  Son actualité roule pleins phares, aux commandes de son Trio – plus remonté et plus électrique que jamais ! , ou en sideman de luxe pour injecter son killa’ groove dans le band ‘Red & Black Light ‘ d’Ibrahim Maalouf.  Pour ne parler que d’aujourd’hui.

© photo Jean Baptiste MILLOT

© photo Jean Baptiste MILLOT

On rembobine (pianissimo)

Aux familiers des premiers cercles belges, pas d’amnésie bien entendu.  Legnini, c’est le petit gars doué de la région liégeoise parti faire ses classes aux States, puis revenu en fidèle au pays monter des plans de rêve avec les aînés et les collègues illustres : Jacques Pelzer, Joe Lovano, Aldo Romano,  j’en oublie….  et ce groupe qu’il formera avec Stefano Di Battista (sax) et Flavio Boltro (trompette).

La suite s’inscrit dans tous les sens et fait remonter les souvenirs. Le trio Jazz, bien entendu, sa formule préférée pour expérimenter en toute liberté ; on va y revenir.  Côté chansons aussi, il a accompagné de grands noms comme Serge Reggiani, Henri Salvador et Claude Nougaro.  Toujours à chercher le meilleur casting sur des scènes jazz plus ouvertes, Eric Legnini va gratter sans relâche côté Soul, inscrire quelques pages mémorables, et graver des albums bien sentis avec des ‘frères’ comme le trompettiste Stéphane Belmondo, ou encore le saxophoniste Julien Lourau.

Pour le projet Afro Jazz Beat, c’est encore lui l’auteur inspiré d’arrangements pop dans la gamme ‘haute-couture’, réhaussés de quelques voix à se pâmer. L’album « The Vox » en 2011, avec Krystle Warren en diva, qui lui vaudra une Victoire du Jazz.  Suivra en 2013 « Sing Twice » avec le néo-crooner Hugh Coltman, la star Mamani Keita, et la belle voix folk d’Emi Meyer.

rhodes

In a full Fender-Rhodes mood

Le trio sera donc à l’honneur pour ce concert au METRONUM de Toulouse.  Une formule déjà pratiquée par Legnini avec un triptyque d’albums : ‘Miss Soul’, ‘Big Boogaloo’,  et ‘Trippin’, entre 2005 et 2008.  Et plus récemment avec son album ‘Ballads’ (2012).  Basse électrique et batterie assurent avec ses claviers un interplay aussi intuitif qu’il peut l’être entre des compagnons de longues routes : Dan Romeo et Frank Agulhon.  Entraîné par le jeu direct et sensuel d’Eric Legnini, ce band très funky-punchy colle à l’esprit d’un jazz très près de ses racines afro-américaines.  L’accent est résolument électrique : la basse, disait-on, et le Fender Rhodes pour la majeure partie du set.  On pointe évidemment la référence – assumée – au grand Herbie Hancock et ses Head Hunters, un style qu’Eric Legnini avait étudié de près dans ses années américaines.

Du Jazz au Metronum?   Boooooonne idée, Rémi Panossian!

Mais recadrons un peu la soirée.  Celle-ci s’annonce en co-plateau, le trio de Rémi Panossian,  local de l’étape, ouvrant en acoustique avant le set électrique d’Eric legnini.
Là aussi, il faut en dire plus, car cette soirée ne doit rien à un hasard de programmation.

Rémi Panossian, jeune clavier prodige et Toulousain-mais-pas-que, a formé et tourne depuis 5 ans avec un trio composé de Maxime Delporte à la contrebasse et de Frédéric Petitprez à la batterie.  Leur style c’est le jazz qui fusionne avec l’énergie du Rock, ou le contraire ?  Cherchez pas trop : le résultat est super sexy.  Quelques 250 concerts plus tard, il a confié la réalisation artistique de son 3e album « RP3 » à … Eric Legnini !

Panossian, apprend-t-on, a invité son aîné en plus-que-guest, pour cette soirée UP YOUR JAZZ exceptionnelle, inauguratrice à au moins 2 titres : le début d’une tournée mondiale avec « RP3 » et la première programmation Jazz dans cette belle (et récente) salle du Metronum de Toulouse.

Pour réserver sur le site du METRONUM de Toulouse

Du beau monde et un sacré groove au programme.  Un peu dans ce ton-ci (Eric au Fender Rhodes)

Eric Legnini, son fil sur facebook

Rémi Panossian, suivez cette étoile montante

 

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Gilles Carles et Philippe Cateix: Surprise dans le genre guitare et chansons

 

L’Empreinte, vous dira-t-on, c’est un duo de chansonniers par Gilles Carles et Philippe Cateix, avec ce qu’il faut de mélodies enlevées et d’atmosphères poétiques, une bonne dose d’humour et cette belle complicité avec le public qui est l’apanage de quelques habitués des planches.
Tout ça, ils l’ont, et ce spectacle en mode apéro va ravir les aficionados.

Mais si vous y allez le nez en l’air – ou sur la foi d’un bouche-à-oreille inspiré, le truc qui va graver le souvenir de la soirée, c’est assurément la musique de Gilles Carles, sa guitare polyphonique.
Pourvoyeur généreux de dentelles atmosphériques, d’accents rageurs et de nappes saturées, Gilles Carles est un fameux créateur d’univers hors-cadres. On connaît les délicatesses dont il est capable pour ornementer les vidéos de Lau de Mels (courez vous abonner aux fraîches respirations poétiques de la Dame de Mels).

Pour le répertoire d’EMPREINTES et dans l’irremplaçable expérience du live, Gilles Carles engage sa guitare dans un dialogue exclusif avec chaque chanson. Il y met d’instinct de la puissance et de la finesse, du rythme et de l’invention. De celles qui mettent l’auditeur au diapason dès les premières mesures. S’il faut suggérer avec des références plus médiatisées, je citerai Charlélie Couture ou Rodolphe Burger, mais vous verrez: Gilles Carles c’est Gilles Carles.

Le théâtre accueille le duo dans son ambiance de vieux bistrot à la Bruxelloise, on y est comme chez soi – mais c’est à TOULOUSE!!

Tous les soirs jusqu’au samedi 6 février – Ouverture à 18h30 pour un spectacle d’une petite heure à partir de 19h. Participation libre mais nécessaire.
Théâtre du Grand Rond 23 rue des Potiers (métro François Verdier)

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DESERT SONGS : Dawn Landes et Piers Faccini en duo dans la lumière du matin

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Les songwriters Dawn Landes et Piers Faccini font paraître ce 15 janvier le fruit de leur collaboration avec l’ep DESERT SONGS, un vinyle qui s’annonce collector. *

Dawn Landes, c’est la fille d’Amérique, des mélodies de bord de rivière, des ballades taillées pour de long runs sur les pistes du Nouveau Monde.

Piers Faccini, né songwriter Britannique, est devenu un capteur sensible du folk au 21e siècle. Il enrichit depuis des années son bagage de nomade à la couleur blues du Delta, aux cadences de l’Afrique de l’Ouest, et aux accents des musiques populaires méditerranéennes.

Ensemble, ils ont ciselé une musicalité subtile qui a la couleur de la lumière du matin.

photo © Dimitri Djuric

photos © Dimitri Djuric

Folk presque nu, DESERT SONGS a tout d’une construction classique, celle des bonnes chansons qui  racontent quelque chose.  Tantôt puissamment évocatrices pour parler aux aficionados du folk avec des images qu’ils connaissent, tantôt plus intuitives avec des phrases musicales proches de la comptine, de la ritournelle, comme Book of Dreams, une invitation à danser.  Le plus subtil est alors le glissement vers un folk beaucoup plus moderne.

Par exemple We come and Go, qui fonctionne comme un repons entre les deux voix, alterné avec des riffs africains. Ou encore la modernité insufflée par le rythme dans les titres I hear a calling et Crying out loud.  Pourtant quoi de plus ancien dans la musique que le rythme ?  Là est l’invention : changer les codes du folk, injecter l’Afrique, trouver les interfaces qui rendent la partition évidente et tonique.

photo © Dimitri Djuric

photo © Dimitri Djuric

Dans DESERT SONGS, la touche extra, sans doute la plus belle révélation de cette session, c’est la célébration du chant en duo et surtout l’alliage des voix, plus précisément du timbre des deux artistes.  C’est sur ce terrain que l’invention emballe et surprend.  Mélange du grain italien qui vibre dans la voix de Piers Faccini et de la tessiture cristalline chez Dawn landes.  Ecoutez, dans Heaven’s gate,  les soupirs qu’elle pose comme des reflets fugaces – un régal !

Pour rehausser la palette de ces assemblages organiques, les compositeurs ont mis à profit la riche collection d’instruments du studio Cévenol de Piers: une kora du Mali, une guitare  à résonateur National (conçue aux USA dans les années ’30), des percussions d’Afrique de l’ouest, un dulcimer et une tampura indiens. Par la suite, Dawn a supervisé l’enregistrement des parties de batterie avec Ray Rizzo dans son studio de Brooklyn.

Le miracle de cet enregistrement est aussi à trouver dans la qualité du son. Une sorte d’énergie brute, en prise directe.  Non pas que les arrangements et les parties de chacun soient autrement que ciselés.  Mais l’énergie captée est celle d’un live dans une petite salle, comme de la musique de chambre dont on serait un auditeur privilégié.
Ce niveau-là n’a été possible que par le soin apporté à l’enregistrement et bien sûr au mastering dédié pour l’édition vinyle : un super boulot !

Le duo scintillant que tout appelait à se former n’a à ce jour fait que de trop rares apparitions : une chapelle romane des Cévennes, quelques clubs à Londres et aux Etats-Unis…
Et si on faisait du bruit sur leur fan-page?

Dessin Piers Faccini

Dessin Piers Faccini


*
Pré-commandes ouvertes en circuit court, sur la boutique en ligne de Beating Drum (vinyles et mp3).

dawnlandes.com  et sur facebook

piersfaccini.com  et sur facebook

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KALTHOUM: Ibrahim Maalouf offre un habit jazz à la Diva

coverSes albums Au pays d’Alice (avec Oxmo Puccino),  Red & Black Light et Kalthoum font sans doute d’Ibrahim Maalouf  l’instrumentiste français de l’année 2015.  Si tout va bien, il remplira Bercy en décembre 2016 pour fêter 10 ans de live – une première dans cette dimension pour un instrumentiste, depuis le passage de … Miles Davis en 1984 !

Autant Red & Black Light semble taillé pour cette dynamique de fête accueillie par les grandes salles, autant le projet Kalthoum attire la curiosité par le mariage mixte qu’il propose.  On s’y intéresse aujourd’hui, après l’expérience mémorable des concerts de Toulouse (Blagnac) et d’une rencontre avec Ibrahim Maalouf.

A la fois un hommage à la diva Oum Kalthoum (on prononce aussi Kalsoum) et sa propulsion dans la modernité d’un quintet de jazz «à la new-yorkaise», ce projet  ne serait-il qu’un pari ambitieux ?
L’album et le concert démontrent au contraire que jazz et musique arabe sont bel et bien nés pour s’entendre (comme on va l’entendre !)  Ces musiques partagent en effet le principe de l’improvisation et une structure rythmique complexe.  Rien d’une leçon de musique cependant, tant cette relecture sonne naturelle.
Et qu’au passage le projet fasse la démonstration de la capacité d’intégration de la musique arabe dans la modernité n’est pas anodin non plus.

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Musicien inventif et communicateur étonnant, Ibrahim Maalouf est homme à faire mentir le philosophe, en assumant à la fois une image médiatique et cet acte de résistance que constitue la création artistique. (*1 )

Modeste bloggeur hors format, deux clés personnelles me permettent de rejoindre l’Ibrahim Maalouf d’aujourd’hui et d’ouvrir la conversation que nous avons partagée entre ses deux concerts à Toulouse (Blagnac) en décembre dernier.

La première clé est son lien avec le songwriter Piers Faccini – un parcours d’artiste indépendant d’aujourd’hui que j’ai choisi de suivre dans la durée et dont je témoigne souvent ici.  Ibrahim Maalouf et Piers Faccini ont en commun une identité culturelle métissée, teintée de Méditerranée, et ils ont collaboré à plusieurs reprises.  Tous deux partagent à mes yeux une compréhension intime de la musique : l’épure d’une mélodie – voix ou instrument – point de départ minimaliste à de multiples enrichissements.  Pour ce qui concerne Ibrahim Maalouf, nul doute que cette intimité remonte à l’enfance et résonne de la voix arabe qui chante.  Au Liban tout d’abord, dans la proximité des femmes de la famille; ce sont les berceuses et les chansons entendues dans les cuisines.  Dans l’apprentissage avec le père ensuite, qui inventa non seulement la trompette à quart de ton mais aussi la manière inédite de chanter la musique arabe avec cet instrument, de ses brillances jusqu’à ses plus fins murmures…

De toutes façons, dans la musique arabe tout tourne autour de la voix, résume Ibrahim. Ce que mon père a inventé et mis au service des grandes voix du patrimoine, je m’efforce de le prolonger dans la modernité du 21e siècle.

La deuxième clé, c’est l’oncle, Amin Maalouf qui – par l’exemple même de sa vie, de son œuvre d’écrivain, et singulièrement du petit livre Les identités meurtrières – déconstruit les lieux communs sur la question identitaire et propose de la reforger en la trempant dans la vérité complexe de chaque individu.  On va y revenir avec Ibrahim, tellement c’est fondateur de son parcours.

Famille de musiciens et famille tout court composent à mes yeux une grille de lecture pour comprendre où se situe l’homme et le musicien.  Une véritable trame de jazz, ouverte à l’improvisation inspirée.

Formé à la musique classique,  pratiquée pendant près de 25 ans – histoire de me mettre au clair avec le père dit-il en souriant…

… j’écoute et je joue aujourd’hui beaucoup de choses très différentes.  Y’a pas le choix! Pour ne parler que de musique, le monde dans lequel on vit donne accès à une quantité phénoménale de propositions ; une ressource immense et qui se renouvelle constamment.  Pensez à l’époque de Beethoven – et depuis combien de siècles auparavant, où dans les « conservatoires » de musique ou leurs équivalents le maître-mot c’était «reproduire»;  imaginez qu’on consacrait peut-être que 5% à inventer quelque chose de nouveau.  Quel changement incroyable en seulement un siècle !
Reproduire, répéter n’a aujourd’hui plus aucun sens : l’évolution de la culture va trop vite.  Stagner, c’est mourir dans son coin.

diva

Tout de même : marier la vénérable et traditionnelle musique arabe à l’image branchée et sophistiquée du jazz new-yorkais n’est pas une chose qui vient spontanément à l’esprit du mélomane.  Ibrahim Maalouf est-il allé chercher là une sorte de confrontation symbolique pour démontrer la modernité de la musique arabe?

Pas du tout.  Il n’y a jamais rien de raisonné dans mes projets, dans mes choix musicaux.  Je réalise des choses qui me paraissent naturelles.  Je ressens cette lecture jazz de la musique d’Oum Kalthoum comme évidemment naturelle.  Notre travail, avec le pianiste Frank Woeste a été de révéler cette harmonie entre les éléments constitutifs de chacune des musiques.  Ça s’explique d’ailleurs très bien par l’origine africaine commune dans laquelle ces deux musiques plongent leurs racines, au même titre que le blues Touareg des groupes comme Tinariwen et bien d’autres.
Par ailleurs, à la fameuse « blue note » du jazz correspondent évidemment les «maqâm» de la musique arabe – ce mode mélodique et rythmique subtil et complexe, connu du Maghreb à la Chine, en passant par l’Inde et ses fameux Ragas. (*2)
Ces déclinaisons de maqâm sont autant de bases pour l’improvisation, connue du jazz bien sûr, mais aussi présente dans les  « Suites » arabes; une trame de départ est donnée aux musiciens pour cadrer les improvisations et les développements sur le thème.

Pour ce projet mis en chantier depuis 2013, Ibrahim Maalouf et le pianiste Frank Woeste ont écouté plusieurs Suites enregistrées par la Diva. (*3)  Ils ont finalement retenu la suite Af Leila Wa Leila (Les Mille et une Nuits) et entrepris de la transposer dans le solfège occidental, pour au final écrire une vraie partition de jazz moderne.

L’objectif était clairement d’écrire du jazz de 2015, rappelle Frank Woeste.
C’était aussi très important de savoir pour qui on composait, qui allait enregistrer cette création.  En l’occurrence, Frank Woeste parle des jazzmen de New York avec lesquels Ibrahim avait enregistré son précédent projet jazz : l’album « WIND » (2011), en hommage à Miles Davis. On a bien sûr conservé la ligne mélodique originale, sans la noyer dans les arrangements jazz souligne encore Frank Woeste.
Le mieux, c’est encore d’écouter les musiciens en parler eux-même:

Histoire de célébrer complètement la filiation, Ibrahim Maalouf offre ce petit luxe de présenter en live au début du concert l’extrait d’un mouvement de la suite dans son plus simple appareil.  Magicien du Oud, le musicien Samir Homsi va ainsi donner une version acoustique sublime, l’épure de ce qui va suivre. (*4)

Quant à cette fameuse re-création jazz – et sans griller par le menu le plaisir de votre découverte, autant dire tout de suite ce qu’on en pense.

Elle est impressionnante, par la richesse et la fluidité d’une écriture qu’on dirait originale, par l’harmonie naturelle et la séduction de cette musique accordée, dans laquelle on reconnaît autant l’héritage que la modernité.
Miracle : tous les codes du jazz pur et dur sont bien là, et les pointures de la scène new-yorkaise comme Mark Turner (saxophone), Scott Colley (contre-basse) (*5) ou encore Clarence Penn (batterie) sont pile dans leurs marques lorsqu’ils calent une cadence, posent leur solo, ou repartent en chorus.   Ces gars-là, on le sent bien, sont dans la pure tradition du jazz : ils servent exclusivement la musique.  Leur grande classe, c’est de voir comment ils conservent et harmonisent leur couleur, ce qu’ils sont, avec la musique orientale. A voir comme ils envoient, on les sent enchantés par le défi de ces stimulations modales et en même temps heureux d’y retrouver leurs petits.  Bon dieu que c’est bon ! (*6)

Kalthoum tour

Kalthoum : line-up avec Scott Colley, contre-basse

Frank Woeste ouvre l’opus d’un ton primesautier mais on sent bien qu’il tient la baraque.  Un œil sur tout le monde dès que ça s’emballe, il soutient les variations mélodiques et rythmiques par son jeu sobre et précis. Mais on peut l’écouter différemment (petit luxe d’un double concert !), et se laisser emporter par le lyrisme élégant de ses ponctuations, sans parler de ses solos …  et ce beau dialogue avec celui de Clarence Penn ou de Scott Colley (ça, c’est pure exclu de concert les amis !)

Et puis Ibrahim bien sûr.  Maestro, moteur, âme de la présence d’Oum Kalthoum survolant la scène.  Il est la référence modale, sa trompette est la soliste brillante, sensuelle et fantaisiste.  Il donne la couleur de ce nouvel habit jazz offert à la Grande Dame.

live

Finalement, ce mariage mixte, cette greffe à risques, ce n’était pas si sorcier ?

Oui et non.  Les éléments du dialogue sont déjà là, bien en place, répète Ibrahim Maalouf.  La réussite est essentiellement une affaire d’intention et d’écoute réciproques.  Ca me fait penser aux cours d’improvisation que je donne ici et là.  Au début, les élèves improvisent et ça donne une belle cacophonie.  Je leur demande : Vous vouliez faire quoi ? _ Jouer ensemble _ Vous êtes contents du résultat ? _ Non _ Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir joué «ensemble» ? _ Non …  C’est le début :  s’écouter, c’est le b-a-ba.  Tout est dans le soin et la patience qu’on va mettre à révéler les éléments qui vont permettre ensuite de construire l’interface.  C‘est vrai pour la musique et c’est vrai aussi pour l’identité.

Nous y revoilà.  Ibrahim a un credo : il est aussi inutile et dangereux de se crisper sur un conservatisme rigoureux que de faire table rase du passé. Respecter la tradition et la faire fructifier dans le présent, voilà qui fait l’identité d’une personne et l’harmonie d’une réalisation.

Comme tout le monde, je suis une construction complexe mais j’assume cette diversité ;  et j’ai le droit d’être reconnu / apprécié pour tout ce que je suis.

Finalement, dans cette manière libérée de parler de soi – a fortiori quand on est un personnage public – on parle aussi des autres, et on parle aux autres  Les gens se reconnaissent ou se situent, et ça met en confiance.
Certes, ce n’est pas sans risques.  Celui qui parle comme ça parfois s’expose. (*7)

Créer, disait en substance le philosophe Gilles Deleuze, c’est résister.  Il n’y a pas d’art qui ne soit une libération de la vie.  Pour Ibrahim, comme pour tous les artistes on l’a compris, la création procède d’une nécessité, d’une réaction vitale et joyeuse à un sentiment d’immense désespoir.

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J’avais rejoint Ibrahim Maalouf dans sa loge à Odyssud, au creux de la petite heure de répit qui précède le concert.  Un emploi du temps serré, sur lequel il tient autant que possible à greffer des rencontres avec les publics scolaires ou celui des écoles de musique locales.  Transmission, disions-nous …

Il est temps de conclure et Ibrahim s’empare du livret de Kalthoum que je lui tends pour la dédicace.

Il l’ouvre, lit à voix haute la citation du livre de son oncle (*8) et lâche :

Voilà ce que je voudrais qu’on dise de mon album Kalthoum plus tard : Marier la musique d’Oum Kalthoum au Jazz de New York ?  Mais c’est la même musique, ça va de soi !  Qu’est-ce que vous aviez besoin de le démontrer en 2015 ?!

Et cette dédicace ?  J’ai envie qu’on parle de la couleur de ses deux derniers albums.  Pour Red & Black light, c’est réglé.  Mais pour Kalthoum ?  Il n’a pas hésité longtemps, je vous assure :

J’ai envie de dire : le noir et blanc coloré ! (sourire)

Belle vision pour 2016.  Bonnes suites Ibrahim.
Je ne crois pas que votre musique prenne jamais la poussière.

* * * * * * * *

L’agenda des concerts est mis à jour sur le site officiel.

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Notre article consacré au concert de la tournée ILLUSIONS d’Ibrahim Maalouf est disponible ici.

* * * * * * *

*1   « Quelle est la relation entre l’œuvre d’art et la communication ? Aucune.  L’œuvre d’art n’est pas un instrument de communication. (…) En revanche, il y a une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art et l’acte de résistance. » – Gilles Deleuze in Qu’est-ce que l’acte de création ? – Conférence Femis 1987.

*2  Cette structure mélodique permet, par des intervalles en quart de tons et des altérations en dixième de ton, de composer des mélodies extrêmement nuancées, sur des rythmiques décomposées souvent sur plus de 20 temps.  Voir l’excellent ouvrage de référence : Dictionnaire thématique des Musiques du monde – Etienne Bours, Fayard 2002 ou la page wikipedia

*3  Les «Suites» arabes sont des pièces, jouées en plusieurs actes ou mouvements, comme nos symphonies occidentales, d’une durée de 45 minutes à 1h30, 2h parfois.

*4  On peut aussi écouter sur le web les versions d’époque chantées par Oum Kalthoum. (lien)  Ça permet de reconnaître et de comprendre d’où viennent certains passages qui interpellent de prime abord dans la lecture jazz de Maalouf.

*5  Distribution des rôles pour l’album Kalthoum : Larry Grenadier pour la création et l’enregistrement, Scott Colley en alternance pour la tournée – dont les concerts de Toulouse.

*6  Il y a par exemple ce passage dans Overture 1 – à partir de 1’15 : une cassure et le passage à un rythme plus syncopé, marqué d’abord au piano par le génial Frank Woeste, rejoint ensuite dans un tricotage subtil par le bassiste et le batteur.  Sans référence érudite d’aucune sorte, on comprend tout de même qu’à ce moment se rencontrent et s’harmonisent les rythmes complexes du Jazz et la mathématique des maqâm arabes.  Ce n’est pourtant pas là qu’on s’arrête.  Sublimée, la mécanique de précision !  Enchantée, la danse qui nous emporte, nous les profanes…

*7  Au moment de cette conversation (16 décembre 2015), Ibrahim Maalouf avait déjà été victime d’un contrôle au faciès dans l’Eurostar et venait d’encaisser quelques commentaires réactionnaires suite au post de son clip Run the world (girls) sur les réseaux sociaux. [Dans le contexte des élections régionales de 2015 et de la montée du FN, quelques commentaires haineux ont par la suite fait leur apparition].  C’est une réaction minoritaire mais bien sûr que ça me fiche un coup.  Je reste pourtant convaincu qu’il ne faut pas baisser les bras ; il faut en revanche y aller progressivement, même lorsqu’on est convaincu que l’avenir sera inévitablement multiculturel.  C’est plus fort que moi, la transmission chez nous, c’est un peu une histoire de famille.  C’est vrai pour la musique comme pour le reste.

 *8  «Pour ce livre, qui n’est ni un divertissement ni une œuvre littéraire, je formulerai le vœu inverse : que mon petit-fils, devenu homme, le découvre un jour par hasard dans la bibliothèque familiale, le feuillette, le parcoure un peu, puis le remette aussitôt à l’endroit poussiéreux d’où il l’avait retiré, en haussant les épaules, et en s’étonnant que du temps de son grand-père, on eût encore besoin de dire ces choses-là.» Amin Maalouf – Les Identités Meurtrières – 1998

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Le Studio Libretto de Frank Woeste : les arts dialoguent à la maison

On vous présentait ici-même il y a quelques jours le nouvel album de Frank WOESTE: « Pocket Rhapsody ».
Musicien complet et chercheur infatiguable, Frank avait bien besoin d’un « labo ».  Il l’a  trouvé au Studio Libretto.
Avec l’organisation de master-classes depuis l’automne dernier, la porte est désormais grande ouverte.

Clarence penn

Clarence penn

Parvenu à ce point d’un parcours professionnel et artistique où l’exigence personnelle l’a conduit à investir les rôles multiples et complémentaires de l’interprète, du compositeur-arrangeur, et du producteur, on comprend bien le souhait du pianiste Frank Woeste  de garder, au moins pour ses projets, une maîtrise sur le processus et parfois la logistique qui  soutiennent et rendent possible la création.

Beaucoup de musiciens créent une société d’édition pour gérer leurs droits.  D’autres – comme Piers Faccini dont on parle souvent ici – ont sauté le pas de la création de leur propre label indépendant afin de garder le final cut sur leurs projets.

Il en va de même avec Frank Woeste qui dispose depuis quelques années de son studio d’enregistrement à Antony (région parisienne) : le Studio Libretto.

De la part d’un compositeur-interprète, le choix de garder la main sur l’outil ne surprend pas.  En ces temps de standardisation de la production façon sauce barbecue étalée au rouleau-compresseur par l’industrie, on ne peut que se réjouir de l’existence de ce lagon de créativité préservée.

Le Studio Libretto abrite un piano acoustique – on s’en serait douté!, mais aussi orgues, piano Fender Rhodes, et synthés.  On sait en effet que Frank Woeste s’est taillé au fil du temps une petite réputation chez les pointus de chez Fender Rhodes.  Les ressources de cet instrument mythique (Stevie Wonder, Herbie Hancock, The Doors, Chick Corea, Frank Zappa, Radiohead, ..) n’ont plus de secret pour lui, qui a poussé la recherche jusqu’à sortir quelques jolis effets analogiques inédits du ventre de la bête !

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Frank Woeste

Master-Classes au Libretto

Le Studio Libretto, c’est donc un peu la chambre d’ado de Frank Woeste.  Le respectable classique y a sa place, mais les délires aussi !  C’est que Frank a caressé quelques claviers sous toutes sortes de latitudes et croisé du beau monde sur les circuits : de quoi ramener des copains dans sa chambre.

Mark Turner

Mark Turner

Mark Turner

Mark Turner

On veut bien sûr introduire ici l’autre activité majeure du Studio Libretto : les Master-Classes que Frank a décidé d’organiser presque chaque mois au Studio Libretto.

Au gré des rencontres et des projets partagés – longue tournée ou session d’enregistrement, Frank Woeste a développé des affinités avec d’autres musiciens, dans cette manière écrite nulle part qui fait les vraies rencontres, lorsque la résonance dans le jeu et les intentions (rien à voir avec la pure virtuosité donc) est ressentie des deux côtés.

Ces gens-là, quand l’agenda le permet, Frank les invite à tenir une master-class au Studio Libretto. Ca dévoile une autre facette du bonhomme, et de cette classe de musiciens en général, autant passionnés par leur instrument que par la transmission, le partage, le coup de pouce aux musiciens qui en veulent.

Frank Woeste assure la programmation et prend lui-même les inscriptions pour une quarantaine d’heureux élus – autant dire que ça part vite !  Bien sûr la classe reste collective, impossible d’assurer quarante leçons individuelles – mais ça on le comprend.

LarryGrenadier

Honneur aux proches de Frank Woeste, parmi les dernières classes : la fine équipe de WIND et de KHALTOUM, les albums jazz d’Ibrahim Maalouf co-réalisés par Frank : Larry Grenadier à la contrebasse en novembre dernier, Mark Turner aux saxophone, juste avant les concerts Khaltoum de Toulouse en décembre.  A suivre le batteur Clarence Penn, le 3 février prochain, et avec le contre-bassiste Scott Colley le 14 du même mois.

Ces classes sont aussi l’occasion pour Frank Woeste de proposer au collègue de passage d’enregistrer en duo un inédit de sa composition.  Enregistrés comme un instantané, quasiment sans répéter, ces titres sont destinés à une chaîne YouTube qui sera lancée prochainement sous le nom de LIBRETTO DIALOGUE.  C’est à suivre et on découvrira ça ensemble.*

Galerie d’art

Ce dialogue en inspire d’autres au Studio Libretto, puisque le lieu abrite également une galerie d’art qui accueille les expositions temporaires de peintres et de photographes émergeant.  Leur vernissage est l’occasion d’inviter un musicien soliste à donner un récital de morceaux choisis ou de musique improvisée, en dialogue en tout cas avec les œuvres et l’artiste exposé.

Dialogue des arts

Dialogue des arts

Le dialogue des arts, c’est toute une histoire.  C’est aussi celle de Frank Woeste et de son Studio Libretto, lieu ouvert aux quatre vents  de ses rencontres et de ses projets.

  • * * * * * *

Suivre l’actualité du Studio Libretto et s’inscrire pour la masterclass de Clarence Penn le 03 février 2016 à Antony (Paris):
frankwoeste.com/news
 le facebook.com du Studio Libretto

la chaîne Youtube ‘The Libretto Dialogues’

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POCKET RHAPSODY : le libretto de Frank Woeste, son art de vivre musicien

Pocket Rhapsody (ACT)

Pocket Rhapsody (ACT)

FRANK WOESTE, pianiste et claviériste, est de ces musiciens à la créativité foisonnante et au jeu élégant.  Capable de livrer les aboutissements de ses explorations harmoniques dans une lisibilité très confortable pour l’auditeur, ce qui le rend définitivement attachant.  Tout comme son 5e album : « Pocket Rhapsody » (à paraître en janvier 2016 – ACT music) son parcours ébauche les contours d’un art de vivre musicien en ce début de 21e siècle.  Un fameux groove en vue pour prendre le virage de 2016.

Co-réalisateur avec Ibrahim Maalouf et pianiste sur la tournée Khaltoum, Frank Woeste était de passage à TOULOUSE (salle Odyssud – Blagnac) les 15 et 16 décembre dernier (article à suivre, avec une interview exclusive d’Ibrahim Maalouf).  L’occasion d’une parlotte bien agréable sur son actualité et ses projets.  On parle aujourd’hui du musicien et de l’album Pocket Rhapsody.  A suivre, dans la foulée, un focus sur le Studio LIBRETTO de Frank à Paris, un lieu polyvalent dédié au dialogue entre les arts.

  • * * *

« Quand je joue, j’ai parfois le sentiment qu’il me faudrait une troisième main. »
Et quelle belle donne, dans cette main supplémentaire : des talents de compositeur, d’arrangeur et de producteur, rôles que Frank Woeste a toujours associés à sa conception de la créativité en musique.

Formé au piano classique au conservatoire de Brême, il fréquente assidûment, le soir venu, les clubs jazz de la ville. L’arrivée de Frank Woeste à Paris en 1997 et son immersion dans un vivier incroyable de musiciens de tous bords achève de mettre sous tension sa vocation de chercheur.  Une dose de rigueur classique, une dose d’improvisation jazz : boum, son moteur fait boum et c’est parti pour dessiner une trace inspirée, en 5 albums et des collaborations remarquées avec plusieurs noms de la scène jazz (Ibrahim Maalouf, Youn Sun Nah, Michel Portal, Mederic Collignon, Stefano di Battista, entre autres).

C’est mérité, car Frank Woeste manifeste une intelligence musicale raffinée dans ses recherches et les alliages étonnants qu’il délivre, bien loin de l’image conventionnelle du jazz.

Frank Woeste

Frank Woeste

« Pour moi, le jazz est par essence, de par son histoire-même, un processus permanent de métissage, de création et de renouvellement.  Aucune raison que ça s’arrête en 2016. Dans mon travail, l’ouverture, la prise de risque, c’est quelque chose d’essentiel.  Mon écriture, mes compositions, je les conçois comme l’achèvement de l’improvisation, c’est-à-dire choisir et raffiner le « matériel » que j’ai créé autour d’une idée, d’un ressenti. »

Frank Woeste parle de Pocket Rhapsody comme d’une toile impressionniste qui a capté les réflexions et les émotions expérimentées dans l’itinérance et l’ambiance des villes, des lieux, tels que peut les traverser un musicien sur la route.

« Avec les différents projets en cours , on est beaucoup en tournée ces dernières années.  Il y a peu de jours off finalement, et pour écrire / composer, c’est utopique d’espérer sauver de longues plages de temps pour soi.  Alors je mets à profit ce que j’ai : le temps des balances avant les concerts.  Là, je peux jouer plus librement, improviser sans pression avec les autres musiciens …  On y projette sans doute inconsciemment nos ressentis du moment.  L’atmosphère des villes et des paysages traversés, c’est très inspirant, très contrasté aussi : autant que peu l’être la comparaison entre New York et un village de Mauritanie, par exemple.  Il se produit souvent lors de ces balances quelques jaillissements dont je retiens des choses.  J’ai avec moi un petit clavier qui me sert dans la chambre d’hôtel à fixer ces traces d’impro, un peu comme un bloc-notes.  Et les quelques jours de passage à la maison, je reprends ce matériel pour avancer la composition. »

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En musique classique, le terme rhapsodie désigne une forme de composition libre.  C’est bien sûr parfaitement adapté au projet de Frank Woeste de donner du champ à son besoin intuitif d’expérimentation et d’en proposer la lecture.  Sur cette hypothèse, le pari est réussi et Frank Woeste se réjouit – arrivé à l’étape de l’enregistrement – de constater que tout fonctionne.

Cette réussite, Frank Woeste la doit naturellement à la qualité des musiciens associés au projet.  Lui-même sideman rompu aux circuits internationaux, il a eu le bonheur de croiser et d’accueillir de fameux collègues sur le projet Pocket Rhapsody.

« C’est vrai, je tenais à ce que chaque musicien apporte et conserve sa « voix », sa couleur.  Dans les projets jazz, on ne fait pas juste que prester : on se choisit mutuellement, en fonction de ce qu’on attend ou de ce qu’on pense pouvoir apporter au projet.  Ici, ça a fonctionné à merveille. »

Le socle de Pocket Rhapsody, c’est l’association clavier /rythmique; avec Justin Brown à la batterie et Frank Woeste au piano, au Fender Rhodes, et au synthé Moog pour la partition de basse qu’il a choisi d’assurer lui-même.  Puis Ben Monder apporte sa guitare sur de très belles lignes mélodiques ou des nappes atmosphériques (le titre Interlude) qui ne sont pas sans rappeler les expérimentations du regretté John Martyn avec les technologies Echoplex et Fuzzbox (sur le fameux album Solid Air de 1973).

Puis, sur quelques titres, les touches et les couleurs de cuivre (la trompette d’Ibrahim Maalouf),  de voix (Youn Sun Nah), et de cordes (Sarah Nemtanu, violon, et Grégoire Korniluk, violoncelle) viennent enrichir des compositions « justes et belles ».

« Juste et belle », ce sont d’ailleurs les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier l’œuvre de Frank Woeste.  On le sent solide sur ses bases, lyrique dans sa tête mais sobre dans son jeu, fin arrangeur d’univers qui n’attendaient que lui pour se rencontrer.

Pocket Rhapsody diffuse depuis un noyau central intime, prêt à irradier de toutes ses brillances : musique de chambre (l’Intro Nouakchott p.ex) ou tonalités symphoniques triturées à l’électricité (Nouakchott), chaleur et joyeuseté (inventons !) complices avec Ibrahim Maalouf (Moonlight), électro-excitation (Buzzaddict), super groove avec Mirage, ou encore travelling cinema avec Pocket Rhapsody .

L’album regorge par ailleurs de thèmes mélodiques (Terlinga p.ex) qui embarquent littéralement, comme pour un voyage en ballon inoubliable, un tour du monde en près de 55 généreuses minutes et 10 titres-atmosphères.

Ce bel album au groove irrésistible refonde un jazz intime, toujours métissé, et sera sûrement un de mes compagnons de route pour 2016.

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A suivre : Le Studio Libretto de Frank Woeste à Paris

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POCKET RHAPSODY paraîtra le 29 janvier 2016 chez ACT music actmusic.com

Disponible dans les circuits habituels = privilégiez votre disquaire!

POCKET RHAPSODY en tournée à partir de mars 2016 – dates mises à jour sur le site frankwoeste.com

 

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MOCKROOT de Tigran Hamasyan – Energie et Vitalité ‘on tour’

mockroot_albumMockroot est un acte de foi et un hymne à la vitalité qui survivra à nos pires conneries destructrices.  Mockroot parle de cette connexion avec la spiritualité et la nature, que notre époque sacrifie à l’impératif du pouvoir et du profit. 

Douloureuse résonance en ces jours de plomb.

Energie nourrissante pour rassembler ses pensées (bien vu) : oui, ce concert nous a remis en ligne.

TigranTigran Hamasyan est en tournée actuellement avec son album Mockroot.  Nous l’avons vu à Toulouse / Odyssud l’autre soir. Xième rendez-vous avec ce génie créateur, ignorant des frontières entre jazz, metal, rock et électro Arménien (ses origines), Tigran est certes un virtuose mais avant tout un compositeur éclairé.  Et ses histoires pas banales, développées d’album en album, parlent de nous.

 

‘Mockroot’ se présente en Trio resserré, dans une stricte configuration percussive, rythmique: piano, basse, batterie, que vient surprendre, en contrepoint romantique à la cadence, un lead mélodique ou des ornementations plus légères; notes égrenées dans les touches aiguës, mélopées, ou petit air sifflé comme on ferait à vélo sur un chemin d’été.

Le sens du trio, conjugué dès la conception dans une partition de solistes; là où même une frappe sur un tom ou la caisse claire est amenée (attendue) comme une note strictement mélodique, bien plus qu’un appui rythmique donc; là où la basse peut se faire voix dans des élancements distordus, ou  plus sèche sur les battements que lui abandonne la batterie.

mockroot_Trio

La musique de Tigran a pourtant cette particularité attachante de célébrer sa racine folk / populaire dans chacune de ses compositions.  La trame est invariablement une mélodie toute simple, irrésistiblement romantique et puissamment évocatrice (on se souvient de son album ‘A Fable’).  Souvent, c’est une ligne de piano qui ouvre, perlée, légère, augmentée d’une voix – celle de Tigran ou d’artistes invitées, telle Areni Agbabian depuis l’album ‘Shadow Theatre’.  Puis le thème enfle, se décline, passe du piano à la basse, et même à la batterie où Arthur Hnatek est capable de faire chanter ses peaux dans une contribution à la mélodie que l’on jurerait écrite, tant elle est juste et harmonieuse.  C’est sans doute cela qu’on appelle l’interplay, la circulation de la musique mélodique entre les solistes.  Une jouissance pour les musiciens, mais nous n’en perdons pas une miette.  L’intensité monte, de toutes parts, chez eux – chez nous, et vient la cassure, étonnamment structurante dans la musique de Tigran ; elle est le rebond attendu vers la colonne d’énergie pure élevée par les musiciens dans un unisson vibrant, aux battements de plus en plus durs, resserrés, excitants en diable.

La scénographie est minimaliste, le lightshow très sobre, mais sur la scène c’est un déchaînement : les musiciens sont littéralement traversés par l’énergie installée; Tigran bondissant au clavier, Arthur Hnatek captif de la transe qu’il s’est administrée tout seul, Sam Minaie le sorcier, cramponné à sa basse, n’a de cesse de checker tour à tour ses comparses dans le fond des yeux.  Les gars, on était perchés, croyez-moi.

C’est pourtant l’étrange sentiment de palper le sacré qui diffuse alors, par la grâce de la connexion à quelques essences : le rythme de Bach, les harmoniques riches de Stravinsky, et par-dessus tout – comment l’exprimer simplement ? – l’amour débordant à une terre natale d’Arménie.  Un sentiment irradiant, témoin d’une haute spiritualité et d’une richesse folklorique extrêmement vivante.  Son plus récent album ‘Luys i Luso’ – ainsi qu’une tournée mondiale en cours avec le Yerevan State Chamber Choir – y est essentiellement consacré, et avec quelle émotion.

“They are more tractors cultivating the soil and fewer folk songs being cultivated; there are more churches than people who still remember how to pray.”

Tigran_Mockroot

Vient inévitablement à l’esprit le collectage des musiques populaires effectué en Hongrie par Bela Bartok en compagnie de Kodaly, au tout début du siècle dernier.  Un travail et un amour du pays qui influença toute son œuvre par la suite.

Tigran est de ce sang-là : riche, inventif, rigoureux, joyeux, et partageur.  Et ce qu’il déclenche alors est universel.

  • * * * * * *

Immanquable sur le bout de tournée qui semble rester (jusqu’ici): Besançon, Amsterdam, Rotterdam, Budapest, BRUXELLES (à Flagey!!!)  Voyez vite les infos sur le site:

http://www.tigranhamasyan.com/

http://www.luysiluso.com/

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YELLI YELLI, sa terre aux quatre vents des nomades

Après les frémissements quasi-organiques des soirées Beating Drum au printemps dernier, les quatre belles chansons du projet Yelli Yelli ont charmé tout l’été  nos oreilles aujourd’hui encore plus curieuses de cet EP dont Radio-France n’arrête pas de nous parler.

Un projet à maturité, dont Emi Hanak parle avec cœur.  Un projet-racine, ce n’est pas rien dans le parcours d’une artiste « née quelque part » d’une mère Kabyle et d’un père aux origines tchèques et chtis.  Son métissage, on dirait qu’il lui faut le fouiller, le frotter à des mondes encore plus « étrangers » pour appréhender et un jour assumer le sien propre.  Emi va séjourner 7 ans en Suède et d’autres longues années au Japon.

La Maison Jaune a eu l’occasion de faire un brin de causette avec Emi, pour tracer la genèse de cet album-manifeste, délicatement réalisé par Piers Faccini et son label Beating Drum.

« Au fil de ces années, j’ai profité de ces expériences très variées pour écrire des chansons. Chaque nouvelle aventure donnait prétexte à une nouvelle composition. Un carnet de voyage sonore en somme. J’ai traîné ce truc bizarre longtemps, un sentiment de non-appartenance, où que j’aille.  J’ai dû écouter « A home away from home » (chanson de Piers Faccini) des milliers de fois!  Cette recherche d’un sentiment d’appartenance a investi je crois les chansons de« Milkymee » (son projet précédent).

« Aujourd’hui,  avec ce nouveau projet, je suis un peu plus « calme » et installée dans ma vie. Ma recherche s’oriente désormais sur le souvenir des origines. Dans ma famille, comme il y a eu beaucoup de transits, je n’ai que peu d’informations ou de photographies. Et par tradition la Kabylie est porteuse d’une culture de l’oralité où les histoires voyagent, se répètent, se transforment. L’inutilité de courir après une stricte vérité perdue depuis longtemps se fait vite ressentir ! Restent des souvenirs, ceux de mon arrière-grand-mère par exemple : elle incarne une image d’Epinal des relations intergénérationnelles.  Ces images sont en voie de disparition en Europe, mais elles résistent beaucoup mieux ailleurs. Souvenir ému et tendre. Elle contait des histoires, et à la fin de chacune d’entre elles il y avait une phrase sensée éloigner les chacals « Que Dieu anéantisse les chacals ! » ( le chacal est l’animal expiatoire des Berbères depuis des temps immémoriaux). Ce genre de choses…
En y repensant, oui, j’ai vraiment composé ces chansons comme des collages. »

Emi Yelli

Emi Yelli

« A la base, j’avais propose à Piers Faccini un projet de reprises, mais petit à petit il m’a motivée pour créer des compositions originales. Disons qu’il est arrivé à un moment-clé et il a vraiment agi comme un révélateur. C’est finalement cette idée qui a pris le dessus et à partir de là Piers s’est beaucoup impliqué. On a enregistré les titres dans son studio des Cévennes, sur une colline au milieu de nulle part. Il y avait sa femme et ses enfants, avec qui on pouvait se détendre pendant les pauses, c’était très doux et beau ! »

« Je trouve depuis longtemps qu’il y a dans la musique de Piers quelque chose d’assez troublé, comme une inquiétude face au monde. Sa musique prend même parfois selon moi des airs sacrés. Ce qui m’a marquée en travaillant avec lui sur ce projet, c’est son rapport très direct avec la création et avec le monde, on est loin de la conceptualisation. Il est dans son studio comme un enfant sur un terrain avec ses jeux préférés. Les choses se sont faites comme ça, légèrement, dans la spontanéité ! »

Yelli Yelli sur la compilation "The Many Are One" (label Beating Drum)

Yelli Yelli sur la compilation « The Many Are One » (label Beating Drum)

 

A propos de Jenny Lysander, autre jeune artiste magique – et Suédoise! – du label Beating Drum, Emi a cette anecdote touchante:  « J’avais une amie, une vieille dame suédoise, Inger, qui rêvait d’un champ de lavande dans son jardin. Elle parlait de sa « mer » de lavande, « Ett hav av lavendel ». Mais la plante ne prenait jamais ! J’ai été très émue, tu t’en doutes, par l’histoire de Jenny autour de sa chanson « Lavender Philosophy ». »

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l’EP Yelli Yelli en vente sur la boutique du label Beating Drum (préférez le circuit court)

Deux très belles versions alternatives dans l’émission Backstage / France Culture (Sept.21, 2015) – à 29’40 et 46’55

Yelli Yelli en concert prochainement:

yelliyelli.com

https://www.facebook.com/yelliyellimusic

 

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Devance tous les adieux – Ivy Edelstein

« L’absent revient chaque jour un peu plus. Il revient
de l’autre côté du silence, là où Dieu seul parle. »
Ivy Edelstein

www.etiennefrancey.ch

Demi-deuil à la tombée de la nuit
© Etienne Francey
http://www.etiennefrancey.ch

Il est des livres dont les pages sont comme des ailes de papillons : infiniment belles et délicates, elles enchantent l’âme ; si fragiles, elles portent néanmoins l’être tout entier vers les plus hautes cimes. On reste là, observant émerveillés leurs battements poudrés dans la lumière d’été, osant à peine respirer, se demandant comment tout cela peut exister.

Devance tous les adieux, premier livre d’Ivy Edelstein, est de ceux-ci.

Ivy Edelstein - Devance tous les adieux

Ivy Edelstein – Devance tous les adieux

Dès la première page, il naît comme une envie d’entrer doucement – et de rester longtemps – dans ce petit livre, qui se révèle en fait un long poème d’amour d’un fils à son père, murmuré par-delà les trente ans écoulés depuis le suicide de ce dernier.

C’est un livre où la douleur prend la peine de s’incliner pour que seule la douceur demeure, rendant, de son cocon tissé, les choses supportables. Il aura fallu ce temps-là pour que les mots trouvent le chemin de la surface et la force d’éclore.

L’auteur nous emmène en voyage entre le présent de l’homme écrivant aujourd’hui et le présent de l’enfant et de l’adolescent d’autrefois, qui se joignent en une seule voix tendre et sensible venue pour témoigner de ce qu’un père ne meurt jamais, pour peu que nos souvenirs lui prêtent vie.

Ainsi, à travers le poème-lettre d’amour du fils à son père, transparaît une autre lettre, toute d’amour elle aussi, du père à son fils. Dialogue renoué au-delà des mots, il nous souffle là le secret de la vie éternelle et engage : « Vous avez un père, vous aussi. ».

Un très beau livre, dont les mots peignent mille présences lumineuses sur les murs de l’absence.

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Un jour, il m’a dit qu’il fallait regarder les nuages parce qu’ils nous disent qu’il y a autre chose. Je lui ai demandé comment il le savait.
Il m’a dit que son père le lui avait dit.

Ivy Edelstein

***
Pour acheter le livre :

Devance tous les adieux, Ivy Edelstein, Editions le Cercle points, disponible en librairie, sur Amazon ou à la FNAC, par exemple

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site de l’auteur
sa page Facebook
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pour découvrir d’autres photos d’Etienne Francey

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Francois Delaroziere: le mouvement est l’ame des machines

Samedi 20 juin 2015, je me suis fait embarquer par quelqu’un qui ne vend pas du rêve.   Il le fabrique.

Les locaux de la DRAC accueillaient la conférence mensuelle de l’association Réveil Créatif, avec pour invité François Delarozière, Directeur artistique de la compagnie La Machine.

Long Ma Jing Sheng

Long Ma Jing Sheng

François Delarozière avoue n’avoir jamais été préoccupé par l’idée d’une carrière ou d’une stratégie professionnelle : « Toujours, ce sont les opportunités et les projets qui sont venus à moi ; j’ai choisi à l’instinct, avec l’enthousiasme que je détectais.  Et ça continue».

La compagnie réalise, si vous connaissez (sinon allez faire un tour et revenez pour la suite), des machines monumentales, articulées dans des scénographies extra-ordinaires élaborées avec les partenaires: tantôt déambulation, tantôt storytelling à l’échelle d’une année entière, mais toujours, absolument toujours dans le « théâtre » d’une ville et avec la priorité au mouvement.

Fidèle à son principe de proposer à l’invité une thématique décalée par rapport à son propos habituel (ici : ingénierie, hydraulique, sécurité, ..), Réveil Créatif a donc lancé François Delarozière sur le mouvement.  Le mouvement comme axe de réalisation de toutes les machines.  De la conception jusqu’au spectacle, en passant par la construction.  Et bien plus encore.

Alors tant qu’à faire, François Delarozière est parti de très loin : du mouvement qui est l’expression minimale de toute vie, de l’agitation de l’électron au battement qui anime le plus infime organisme vivant. Le mouvement vs la mort qui est l’absence totale de mouvement.  Observateur intime de la nature depuis l’enfance, c’est là que François Delarozière puise l’inspiration pour concevoir la future machine de l’intérieur, du point de vue de ce qui anime l’être qu’elle est censée représenter ou suggérer.  Car c’est bien de l’authenticité de cette animation – bien plus que de l’impossible perfection du mimétisme de l’enveloppe – que dépend la crédibilité de la proposition  et, mieux encore, l’adhésion de l’imaginaire des publics qui l’attendent.

« Construire un objet en mouvement, c’est créer une architecture vivante. Le mouvement est l’expression du vivant. »

Voilà pourquoi chaque employé de La Machine, tout ingénieur, expert en soudure, ou fin charpentier qu’il soit, est toujours également manipulateur d’une machine en spectacle.  Car ce que la machine attend de lui pour offrir un mouvement parfait ne dépend pas du levier qu’il va actionner mais bien de son niveau de conscience du geste qu’ils sont ensemble en train d’accomplir.

Jusque dans la formation des personnels en charge de faire vivre l’engin, une fois la compagnie repartie à ses ateliers, on cultive cette « anima », introuvable dans aucun cahier des charges d’un simple contrat de maintenance.

Voilà pourquoi François Delarozière appelle souvent des danseurs et des comédiens en appui du travail de mise en scène,  pour élever ces tonnes de métal, de bois, de caoutchouc et de cuir dans la grâce d’une danse habitée.

François Delarozière

François Delarozière

A l’image de ces machines monumentales dont la déambulation ne peut être que lente, la maturation des projets et la livraison des réalisations de la compagnie représentent un processus long, souvent de plusieurs années.  En cause, de manière un peu pragmatique, le montage financier et la préparation administrative, technique, de l’intégration du spectacle dans l’espace-temps d’une ville; ce n’est pas rien.  Ce temps long est heureusement mis à profit pour développer la conception de la machine et laisser naître l’histoire, la narration, l’inscription d’un scénario précis et dialogué avec l’imaginaire collectif de chaque ville-hôte.

Tout, à La Machine, est prototype : les techniques, les machines, les histoires, et les « théâtres » d’intervention.  Tout est unique et se perpétue par le mouvement.  C’est la vie.

François Delarozières (photo Réveil Créatif)

François Delarozières (photo Réveil Créatif)

La conférence de François Delarozière, captivante comme une aventure du Club des Cinq, a rapidement tourné à la causerie, tant les questions ont fusé de toutes parts.  Comme il fallait s’y attendre, on a fini dans le rêve et les mondes imaginaires, sans oublier de penser très fort à l’ouverture tant attendue de la Piste des Géants à Montaudran.

Puis (et même au tout début de l’histoire), au soleil dans la cour de ce bel hôtel particulier de la Dalbade, le sponsor Milan nous l’a jouée royalito avec petit-déjeuner, brunch, et bonbons pour les enfants.

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On trouve sur le site de La Machine quantité d’informations sur la genèse de la compagnie, le parcours de François Delarozière, des liens vers des présentations vidéos, ainsi qu’une boutique avec les références de carnets de croquis édités chez Actes Sud.

http://www.lamachine.fr/boutique/

La conférence sera prochainement disponible sur le youtube channel de Réveil Créatif.
Le Facebook de Réveil Créatif
 pour les dernières infos sur les activités.

http://www.milanpresse.com/

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Mississippi, le grand fleuve musique (3)

Un coffret-voyage par Etienne Bours & Jean Pierre Urbain

(Le Chant des Fleuves : Une collection discographique du label Accords Croisés)

© George Mitchell

© George Mitchell

L’Histoire a voulu faire de ce Sud une terre de rencontres fracassantes entre des hommes d’origines extrêmement différentes. Il fallait que les expressions musicales digèrent cette complexité humaine.  Il fallait que les langues se heurtent et se mélangent, il fallait que les chants sortent des champs de coton pour aller dire à la ville les traces de leur cheminement.  Il fallait que les instruments à cordes et les cuivres s’inventent un univers dans l’urgence d’une soif de liberté et de dignité.
Etienne Bours

L’histoire, les conditions d’apparition et de développement de ces musiques aident à comprendre, par extension, ce qui compose le bain culturel et ses expressions – pour le coup – bien actuelles.  Le long du Mississippi comme ailleurs dans le monde, on chante la vie d’aujourd’hui.  Puissants courants en eaux profondes.

_Peut-on dire que l’ensemble de ces traditions musicales « historiques » a pris le train de la modernité (les styles musicaux mainstream, la technologie, …) ?  Autrement dit, peut-on rester « root » et en même temps furieusement moderne ?

« Il me semble que certains bluesmen ou pratiquants d’une musique assez Blues du sud ont pleinement conscience (ou instinctivement conscience) que leur musique se suffit à elle-même. Parce qu’elle a été novatrice, « moderne », bien avant d’autres, parce qu’elle a été la base du Rock’n’roll, du Rhythm’n’blues et de leurs dérivés qui alimentent absolument tout ce qu’on entend sur la planète depuis plus de soixante ans. Cette musique est toujours moderne. La sève est la même qu’il y a un demi siècle. Il suffit de la jouer, de la partager, de la donner et d’expliquer aux jeunes, comme le fait Jimmy Duck Holmes, qu’elle est essentielle, qu’elle est l’expression des gens du sud, qu’elle est leur musique. Pourquoi penser à la moderniser, la transformer ? On risquerait de la dénaturer et de faire le jeu de ceux qui veulent tout faire passer dans le même moule. Alors que ce moule là il a été créé là et pas ailleurs. »

Zachary Richard ©J Faugere  -  Guelel Kumba © JP Urbain

Zachary Richard ©J Faugere – Guelel Kumba © JP Urbain

_Et donc que chantent ces musiciens ?  Sont-ils des sortes de héraults ?  portés, connectés avec la vie de la rue, des juke-joints, des chantiers agricoles, … ?

« Le Blues reste ce qu’il a toujours été. Un étonnant mélange de descriptions crues de la vie, des relations, de l’amour, des influences de la religion (ce Gospel Blues très présent). Il y a bien sûr des bluesmen actuels qui ont un chant socialement engagé (je pense à Otis taylor qui  a parfois été très clair). Mais le Blues qu’on entend au sud reste ce qu’il a toujours été : simplement une musique du quotidien. On va chanter l’ouragan puis l’errance ou l’exil, la nostalgie, la rupture, l’alcool, le sexe… Le chanteur reste une sorte de chroniqueur et aussi quelqu’un qui est là pour donner du plaisir, du rythme au quotidien, du beat à la nuit. Il est là pour qu’on s’amuse, qu’on boive, qu’on parle, qu’on rigole, qu’on prenne son pied et qu’on réagisse haut et fort à ce qu’il chante. Reflet ou miroir de la communauté, il chante pour elle. »

_L’auteur du premier livre en français consacré à Pete Seeger et d’une somme dédiée à  la musique Irlandaise a-t-il détecté dans ces courants observés dans le Delta une forme d’engagement vers le militantisme,  le grassroot movement, .. ou l’activisme citoyen, l’antiracisme, la protestation contre les violences institutionnelles, etc… ?

« Je n’ai pas détecté ça sur place, ni dans ce que j’ai écouté ou sélectionné pour le coffret. Cette dynamique passe plus par le Rap ou par une certaine chanson d’aujourd’hui (la Soul actuelle). On aurait pu faire un double cd de Rap… mais ce n’est pas un domaine dans lequel je suis très connaisseur. Le Blues n’est pas militant mais il est une façon de vivre et de penser et, au fond de cette culture, se trouve forcément une opposition, une sorte d’engagement a contrario. Vivre et chanter le Blues, c’est sans doute forcément condamner certains comportements typiques d’une société « blanche » faite par et pour les blancs. Mais on n’est pas dans la chanson militante ni dans le protest song. Le Blues est plus un constat qui semble chanter :  On vit comme ça parce qu’on n’a pas le choix . »

© JP Urbain

© JP Urbain

_Etienne Bours voyage dans les musiques populaires depuis fort longtemps.   Une fois passée la griserie de la re-découverte des traditions pures,  il a fréquenté ces ‘communautés’ et les a observées.  Il  donne aujourd’hui des clefs pour comprendre l’évolution de leur expression, ce qu’elle devient une fois frottée au monde moderne.  Au pays du ‘melting pot’ érigé en modèle culturel, le poste d’observation est idéal.  Un peu plus sociologue ou ethnologue par la force des choses, entend-il toujours battre, dans les juke-joint ou au milieu d’un carnaval, la pulsion d’une musique en train de se faire, branchée en direct sur les gens ?

« Oui, je suis toujours surpris quand je fais une immersion de ce genre. Agréablement surpris. Dans un juke joint, j’ai retrouvé ce que j’ai vécu dans une pena de Flamenco à Xérès : baigner dans un milieu où je suis totalement étranger et où j’observe une communauté qui partage, qui jubile, qui réagit ensemble ou séparément (comme des vagues qui montent et descendent, petites ou grandes). Et moi, je vois, j’entends, je découvre ce que je croyais connaître, je déguste… parce que je vois une musique qui se crée non pas sur une scène du fait de quelques musiciens ou chanteurs mais dans un lieu où tous agissent et où tout agit (l’environnement, le moment, la météo, l’alcool ou la bouffe, le nombre de gens…). Et au lieu d’avoir l’impression d’être dans le grand melting pot, j’ai eu, à divers moments et à divers endroits, l’impression (la certitude) d’être dans des cultures très précises – alors même que d’autres cultures s’agitent peut-être à quelques mètres (New Orleans, Lafayette…). J’ai vécu ça aussi en d’autres endroits mais le cas du Blues et du Flamenco m’a frappé. On pense à une musique solitaire, une sorte de cri poussé par un chanteur perdu dans sa nostalgie, sa douleur, sa personnalité écorchée, comme s’il ne chantait que lui. Puis on se rend compte, à le voir face à son public, qu’il chante ce que chacun, à sa manière, est prêt à crier, hurler, chanter. Et on réalise alors à quel point ces musiques sont communautaires, attendues par des publics qui ont besoin de leurs chanteurs pour sortir leurs tripes, mais aussi leurs joies autant que leurs peines. »

_En France, on parle beaucoup ces dernières années de « musiques actuelles » (un grand fourre-tout inventé par les institutions pour faire des économies d’échelle sur les subventions, on peut aussi le penser).    Il y a de belles découvertes, bien sûr, et sûrement de la sincérité. On a pourtant souvent le sentiment de rester majoritairement du côté des musiques savantes, à tout le moins orientées vers la recherche formelle.  Rien à voir avec le jaillissement, l’élan « organique » et le joyeux kaléidoscope des musiques du Mississippi.  C’est le fleuve qui décide ?  Il est plus fort que tout?

« Tout à fait d’accord. On fabrique de plus en plus de musiques qu’on « dit » actuelles, mais elles sont fabriquées, usinées, manufacturées. Produits parmi les produits. Les musiques du coffret Mississippi me paraissent bien peu « produits ». Il y a un élan, un jaillissement organique, terre à terre, brut (c’est de l’art brut s’il faut parler d’art) qui fait sortir ces musiques. Elles ne sont pas pensées en termes culturels. Dans notre coin d’Europe, les musiciens demandent des subsides pour composer, répéter, faire des résidences, construire des spectacles, enregistrer des disques… Aucune des musiques rencontrées en Louisiane et dans le Mississippi ne passe par ce genre de filière. Elles jaillissent naturellement, spontanément. Elles font partie d’un ensemble bien plus homogène que notre système, où la musique est dans la catégorie culture, qui elle-même est dans la catégorie loisirs… qui elle-même est sans doute divisée en loisirs sérieux ou élitistes et loisirs d’entertainment… etc. Je pense que les musiques du coffret Mississippi sont des musiques traditionnelles au sens strict du terme ; elles font partie d’une culture orale en évolution constante, mais en relation étroite avec une population qui s’y reconnaît. »

Pour refermer cette série d’articles, un groupe qui aurait pu figurer dans la sélection: Rising Star Fife and Drum Band – preuve que le champ est immense et la musique partout.  Musique pour un pique-nique, en 2010, et regardez, tout y est: la flûte taillée dans la tige de canne à sucre, les tambours militaires détournés, les rythmes qui résonnent d’Afrique, la basse électrique et la technologie de sonorisation du 21e siècle.

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Big Jack Johnson with the Cornlickers   Katrina
Big A and The All Stars                               We Juke Up In Here
Zion Harmonizers                                        Ezekiel
Spider John Koerner                                   Ezekiel
Courtbouillon                                               The Midland Two-step
Leo Welch                                                     Praise His name
Kermit Ruffins                                             Tremé Mardi Gras
The Homemade Jamz Blues Band           Hobo Man
Cedric Watson                                              La Vieille Chanson de Mardi-Gras
Reverend Charlie Jackson                         Fix It Jesus
L.C.Ulmer                                                      Long Ways From Home
John Hartford                                               Skippin’ In The Mississippi Dew
Butch Mudbone                                            It Was In The Old Times
Rebirth Brass Band                                      I like It Like That

Les Gretex                                                      Indian red
Zachary Richard                                           Le Grand Gosier
Jimmy “Duck” Holmes                               Back to Bentonia
Corey Ledet                                                   Moi Femme C’est Fou
Reverend John Wilkins                              Sinner’s Prayer
Bo Dollis and The Wild Magnolias           Jockomo, Jockomo
Afrissippi : Nduumandii                             Hands Off That Girl
Magnolia Sisters                                           L’Année Cinquante-Sept
Little Freddie King                                       Bad News
Como Fife and Drum Band                        Punky Tony
The Jones Sisters                                         Talk with Jesus
The Hot 8 Brass Band                                 New Orleans (After the City)
South Memphis String Band                     The Carrier Line
Scott Dunbar                                                Old Hen cackle

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Horsedreamer : Confidences en cavale

Roger Robinson © P.Faccini

Roger Robinson
© P.Faccini

Roger Robinson, il raconte bien.  C’est même sa spécialité: storyteller.  Depuis la parution de notre billet consacré à la présentation de son duo avec Piers Faccini (Horsedreamer: un duo de Princes vagabonds), il a posté deux textes en anglais pour expliquer le choix du nom Horsedreamer pour le projet, et le processus d’écriture des paroles de la chanson Mexico.

En voici la traduction française.

Comment Horsdreamer a trouvé son nom.

« J’ai toujours été fan de l’auteur dramatique Sam Sheppard et de son utilisation des figures du Western pour sublimer l’idée de la solitude et du désespoir.  Dans une de ses pièces, Geography of a Horsedreamer, j’ai été particulièrement marqué par le personnage d’un cowboy capable de voir en rêves la victoire d’un cheval de course.  C’était très stimulant cette idée de quelqu’un qui puisse se connecter spirituellement ou par une sorte de magie à un animal.  J’aimais bien l’idée que les gens expérimentent un peu la même relation avec les chansons qu’on a écrites, Piers et moi; donc le nom de Horsedreamer a semblé approprié à plus d’un titre.  Dès qu’on est tombés d’accord, ce nom nous a donné plein d’idées pour les chansons, et aussi pour le visuel à créer autour du thème.  Il y a ce dicton en Chine qui recommande de donner très vite un nom au bébé, sinon il va s’en aller et vous ne pourrez jamais le rattraper.

C’est la même chose avec le nom Horsedreamer : il a donné corps au projet, lui a insufflé un esprit, et l’a empêché de s’effacer. »

 

© P.David

© P.David

Histoire des paroles de la chanson Mexico.

« L’écriture des paroles pour Mexico est arrivée en réaction à la récession qu’on a connue ces 8 dernières années.  J’ai joué avec l’idée de laisser tout derrière soi et de foncer vers un endroit paradisiaque pour se ressourcer…  Mais la chanson avait besoin de plus que ça.  Je me suis dit alors que le gars pouvait être conduit à cet endroit par une femme, manière d’ajouter un peu d’ingrédients dramatiques (qui est-elle ? qu’est-ce qu’ils vont faire ensemble ?)  En continuant, j’ai commencé à réfléchir à ce qui pourrait se mettre en travers de leur route, quels obstacles ils auraient à franchir, et comme traverser le Rio Grande pour rejoindre l’Amérique…  Puis j’ai réalisé que l’Amérique est loin de représenter un paradis, alors pourquoi ne pas retraverser le Rio Grande pour aller à Mexico ?  C’est comme ça que j’ai associé Mexico au concept de paradis.  Mais la chanson avait besoin de raconter quelque chose en plus.  Alors j’ai pensé à cette histoire en arrière-plan du voyage, ce qui m’a ramené au stéréotype Western de la fuite en avant, avec  les paroles qui laissent deviner progressivement qu’en réalité ça mène quelque part, vers une nouvelle vie, une nouvelle identité.  Le truc c’était de dévoiler ça petit à petit, pour que la perspective change constamment.

Enfin l’idée de répéter le nom Mexico dans une phrase accentuait le côté mythique dans l’histoire, une façon de clôturer l’étape d’écriture.  A part quelques ajustements sur la musique de Piers, le fil narratif n’a pas beaucoup changé. »

 

Comment j’ai écrit les paroles de Bolder

© P.David

© P.David

« J’ai coutume de dire qu’une bonne chanson c’est la combinaison idéale de tout ce que vous avez vu, de tout ce que vous savez, et de tout ce que vous avez entendu.  La création de la chanson Bolder en est le parfait exemple. 

Je suis branché à fond sur les compositions de Piers Faccini, et ça depuis des années, grâce en particulier à une chanson qui m’a rendu complètement fan et qui s’appelle «Come My Demons».  Dans cette chanson, le personnage s’adresse au monde spirituel des démons comme s’ils existaient pour de vrai sur terre.  Cette figure d’affrontement voit la puissance de son personnage grandir tandis que les forces des démons s’amenuisent.  J’ai eu envie que Bolder possède ce même accès au monde spirituel, et même d’une façon quasiment pragmatique.  Je voulais aussi que la force ou  l’audace des démons puisse se comparer au pouvoir ou à la volonté de quelqu’un de faire le mal.  Le concept m’a semblé assez fort.  Alors j’ai commencé à écrire l’histoire. L’idée du personnage de Jésus tenté par le diable dans le désert m’a semblé un bon point de départ.  Mais c’était un peu facile de mettre Jésus en scène dans une histoire de démon ; il me fallait quelque chose de plus contemporain.  Je me suis souvenu que j’ai toujours adoré cette série TV de la fin des années ’80 : Quantum Leap (Code Quantum, en France ndt), dans lequel un homme voyage dans le temps et atterrit au beau milieu d’une situation historique à problèmes qu’il doit débloquer.  Je me suis dit que cette chanson pourrait faire ça.  Chaque couplet pourrait nous débarquer quelque part où une personne normale pourrait se trouver en train de commettre une atrocité et soudain se rendre compte que ses gestes sont en réalité gouvernés par le diable.
Et puis la fluidité des rimes qui me sont venues pour le refrain  (…Bolder, …Shoulder, …Colder) m’a donné le sentiment que je pouvais être fier de cette chanson, pour un bon moment.  J’y vois en fait le reflet assez juste de mes petites crises spirituelles à moi. »

(Bolder est paru sur la compilation The Many Are One, du label Beating Drum)

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http://shop.beatingdrumrecords.com/
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Horsedreamer – Un duo de princes vagabonds

Roger, horsedreamer

Roger, horsedreamer

Annoncé par un titre dans la compilation de l’hiver dernier The Many Are One, puis sur scène à l’occasion des récentes soirées du label Beating Drum à Toulouse et Paris, le projet Horsdreamer de Roger Robinson et Piers Faccini vient de sortir un mini-album digital, un aperçu de l’album complet à paraître fin 2015 / début 2016.

 

 

Dans la maison Horsedreamer, les émotions on les distille, on les raffine jusqu’à sortir le jus du folk slowcore: une instrumentalisation épurée, des textures d’ambiance, une tension surnaturelle et des chansons à textes.  A leur écoute, on a l’impression de plonger au cœur d’un puissant film épique, sans héros, et de se retrouver livré au seul sentiment d’une émouvante humilité.

Roger Robinson (poète « performer » et membre de King Midas Sound) s’est mis à écrire vers 2009 quelques textes de ce qui allait devenir Horsedreamer, un projet qui a cependant attendu sa rencontre avec le songwriter et producteur Piers Faccini pour voir le jour.  Ensemble, ils ont consacré trois sessions dans le studio de Piers, niché au pied des montagnes du Sud de la France, à écrire et enregistrer une sélection de chansons pour cet album.

Roger Robinson © Emilie Sablik

Roger Robinson
© Emilie Sablik

Elles sont le fruit du don d’écriture de Robinson et de l’habileté de Faccini à créer des mélodies et des arrangements  pour coller au mieux à la force des mots. Tout à leur goût d’écrire des chansons à l’ancienne, ces deux artisans ont œuvré dans l’isolement du studio de Faccini pour ciseler des morceaux  envoûtants.

« Un beau jour, Piers  m’a invité à venir écrire dans son studio des Cévennes.  Quand  je lui ai montré ces textes inachevés que j’avais mis de côté, il a aussitôt réagi ! On a travaillé le songwriting de façon classique : j’écris les textes et Piers compose autour la mélodie, les arrangements, et ainsi de suite jusqu’à remplir la page.  C’est comme ça que ça a commencé, c’est là que le duo est né.»

Piers, horsedreamer

Piers, horsedreamer

Pour ces amis de longue date, collaborer sur un projet d’écriture revêt un sens tout particulier quand on sait que leurs histoires familiales réunies ont leurs racines dans à peu près la moitié des peuples nomades et migrants du monde.  Cette réalité infuse dans leurs chansons, avec la mélancolie de celui qui se sent pour toujours l’étranger, mais aussi la révolte et l’instinct de survie des populations déplacées.  Horsedreamer est le chant de leur nomadisme ancestral, l’écho qui descend des plus hauts sommets jusqu’au fond des vallées.  Des déserts les plus rudes aux prairies verdoyantes, doucement dans le murmure du vent chante Horsedreamer.

S’extraire du fracas, dessiner un espace intérieur, ouvert comme l’apaisement d’un désert, pour abriter la nécessaire solitude du moment ou encore donner du champ à la réflexion personnelle, c’est l’axe de Horsedreamer.   Roger est un formidable story-teller.  Pour lui une histoire racontée est d’abord un cadeau, une sincérité primordiale qui fait l’élan, l’accroche, et le courant qui passe.  Les arrangements minimalistes dans un style folk épuré vont ensuite transporter sans l’affaiblir l’émotion originelle vers l’audience, le public.  On le reçoit comme ça en concert, emmené par la force tranquille de Robinson et les harmonisations de Faccini.

Robinson - Faccini © E.Sablik

Robinson – Faccini © E.Sablik

 Le mini-album à télécharger quant à lui est joliment illustré et mis en valeur par les réalisations artisanales des passionnés de chez Beating Drum.  Là aussi, l’essentiel est simple et puissamment expressif.  Jugez plutôt.

Le livret collector

Le livret collector

Pour ceux qui préfèreront acheter le mini-album en circuit court directement auprès du label, un joli petit livre est offert en bonus : images dessinées et colorées par Piers Faccini, sur une histoire de Roger Robinson (#collector!!).

Et pour tout le monde, cadeau de ces tout derniers jours, voici le video-clip réalisé par Piers Faccini pour le titre « Mexico ».  Piers poursuit son exploration de l’animation image par image, faite à la main et avec les moyens du bord : « Je suis loin d’être un pro dans le genre, mais je me suis bien amusé à réaliser celle-ci ! Je n’ai pas de matériel spécialisé et mes compétences techniques sont très limitées en matière de cameras et de logiciels. Pour tout dire, j’ai poussé à l’extrême l’idée de « travail pauvre » avec les seuls outils que j’avais en ma possession : l’aquarelle, du papier A4, et un scanner Canon de base ; et pour le montage, iMovie m’a suffi. Difficile de trouver un film plus artisanal ! »

 

Girl you took the hand
of this broken man
and you showed me where to go
cross the desert sands
to the borderlands
where the Rio Grande flows

You took me cross the river
and we were soaked
down to our bones
to find a place to live
and try to make a happy home
in Mexico Mexico Mexico
Mexico Mexico Mexico

Life is simple here
and the skies are clear
and the land is fit to farm
Trees are full of fruit
and the livings good
Built a house with muddy hands

You took me cross the river
and we were soaked
down to our bones
to find a place to live
and try to make a happy home
Mexico Mexico Mexico
Mexico Mexico Mexico

Now our life has changed
and we cant be blamed
cause the law makes up their lies
Tried to pin the crime
but we wont do the time
We killed no man who shouldnt die

You took me cross the river
and we were soaked
down to our bones
to find a place to live
and try to make a happy home
Mexico Mexico Mexico
Mexico Mexico Mexico

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

D’après nos entretiens avec Piers Faccini et Roger Robinson (avril-mai 2015)

Photographies live de Roger Robinson et Piers Faccini publiées avec l’aimable autorisation et © d’Emilie Sablik pour http://www.thoriumphoto.com/

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Mississippi, le grand fleuve musique (2)

Un coffret-voyage par Etienne Bours & Jean Pierre Urbain

(Le Chant des Fleuves : Une collection discographique du label Accords Croisés)

 

En ces terres crues sont nées les musiques les plus originales et les plus influentes du XIXe et du XXe siècles.  Curieusement, descendre le fleuve, c’est aller à la source de la plupart des styles musicaux de l’Amérique du Nord.  Le remonter, c’est aller écouter comment les grandes villes du Nord ont ingurgité et transformé ces influences multiples.  Tout le XXe siècle a vibré, explosé de ces musiques nées dans le Sud baigné du Mississippi.

(Etienne Bours)

 

Mississippi

Mississippi

Quand on pense au Delta du Mississippi, le son root du Blues des origines saute immanquablement aux oreilles.  Le revival des années ’60 l’a injecté directement dans l’ADN des groupes naissants du Rythm’n Blues Anglais (appellation d’origine svp!)  D’autres musiques à l’identité aussi forte, comme le New Orleans, habitent pourtant le même territoire.

« Le Blues, le Cajun, le Zydeco, les musiques de New Orleans (Kermit Ruffins par exemple), ce sont des identités différentes, même si quelques liens peuvent exister entre certaines d’entre elles. Le Mississippi ne peut pas évoquer que le Blues, du moins pour moi. New Orleans, le pays Cajun, le Delta du Mississippi, le Hill country du nord du Mississippi, Memphis…. Autant d’endroits différents et de musiques multiples. Donc en se concentrant  sur le sud, on a déjà une quantité incroyable d’expressions différentes – tout en sachant qu’on ne touchera pas tout, notamment la musique Soul si riche à Memphis.  On n’a pas voulu faire une enième sélection réservée aux grands noms du Blues ou du Gospel. Charley Patton, Bessie Smith, Muddy Waters, Robert Johnson, Fred McDowell, John Hurt, Sonny Boy Williamson… méritent mille anthologies, mais ils les ont déjà. »

L.C.Ulmer ©JP Urbain

L.C.Ulmer
©JP Urbain

A l’évidence, un fil rouge peut être trouvé dans le caractère disons « organique » qui est partagé par ces musiques : musiques nées d’envies, de la vie comme elle vous traverse, expression directe, musiques pas dictées ou trafiquées par de gros labels, et incontestablement encore très populaires.  Musiques partagées donc, mais sont-elles pour autant des musiques métissées, à l’image de l’Amérique d’aujourd’hui ?  En d’autres termes, peut-on encore parler de musiques communautaires?

« Ces musiques sont incroyablement populaires et, oui, je dirais qu’elles sont restées communautaires. Et ça c’est le voyage qui m’a permis de le réaliser. Il faut voir, dans un parc de Lafayette, la foule danser pendant des concerts de Zydeco. C’est tout simplement formidable, particulièrement le spectacle de jeunes (afro-américains évidemment) qui dansent comme ils respirent (sachant qu’ils respirent magnifiquement bien). Idem chez les Cajuns : la danse, la tchatche (même le français), la bonne humeur. Le Blues dans les juke joints du fin fond du Mississippi (Clarksdale, Bentonia) : le public a du plaisir, il vit la musique, il partage, il intervient (comme les Gitans d’Andalousie au fin fond de l’Espagne en plein milieu d’un concert de Flamenco). On vit la musique, elle se mange, elle est épicée et elle est partagée comme la bouffe justement, la bouffe du sud qui est toujours là, en même temps. C’est un tout et ça fait partie de la culture populaire. Et, justement, je n’ai pas tellement eu l’impression de métissages. En plein pays Cajun, on est dans le Cajun : musique, langue, bouffe, ambiance, accueil. En plein pays Zydeco : idem. En plein pays Blues : encore une autre alchimie. Mais on ne mélange pas. Les mélanges se trouvent dans les écoles par exemple. Comme ce concours de brass bands des écoles dans l’Arkansas, non loin de Natchez : les jeunes jouaient volontiers du Michael Jackson avec des fanfares très New Orleans. Certains artistes mélangent malgré tout volontiers un répertoire Soul avec le Blues… mais ce n’est pas un métissage très surprenant.  » 

Un musicien Indien (Iroquois), un seul : c’est la réalité, représentée en proportion ?

« Plusieurs Indiens font du Blues. Il fallait choisir. J’en voulais au moins un, ça me paraissait indispensable. J’aurais pu choisir des musiques indiennes du nord, plus traditionnelles du moment qu’elles sont encore jouées dans un Etat où coule le Mississippi. Il m’a paru intéressant de rester dans le domaine du Blues : rencontre entre expression « noire » et « rouge ». Proportionnellement, ce n’est pas trop mal et, au moins, l’hommage aux natifs du pays est là. Tout en saluant leur ouverture et l’importance qu’ils donnent à la musique. »

MississippiChant_004

Restons encore un peu sur le « terroir », le biotope de ces musiques:  ont-elles toujours des racines vives dans  la ruralité ou la culture des classes « pauvres », ouvrières, qui les ont vu naître ?

« Ce ne sont pas des musiques « riches » qui s’adressent aux riches. Bien sûr, le tourisme est là aussi et la musique est un ingrédient qui attire du monde. A Clarksdale, Morgan Freeman (le célèbre comédien)  est propriétaire d’un restaurant, un club qui a de la gueule. On y mange bien et des concerts y sont organisés. Beaucoup de touristes vont là. Mais les concerts sont meilleurs un peu plus loin, au Red’s !!! Il va sans dire que les mêmes artistes vont se produire dans les deux endroits.  La règle étant que des chanteurs et musiciens de Blues vont jouer trois, quatre, cinq fois, ou plus, sur un week-end. Chaque fois pour un très petit salaire – sur lequel cracherait le plus mauvais des musiciens de chez nous. Aux USA, on joue beaucoup et donc d’autant mieux, avec un répertoire forcément plus large, et dans une rencontre incroyable avec le public. La musique est encore identitaire et donc le Blues reste une musique de classe, le Zydeco et le Cajun aussi. 

Et ce ne sont pas des musiques de nantis.  Le Mississippi est resté une des régions les plus pauvres des USA. Le territoire des Navajos peut sans doute prétendre rivaliser. C’est très frappant, il suffit de rouler en voiture par là, tant en Louisiane que dans le Mississippi, on voit de suite quand on entre dans un quartier noir. Je pense que, malheureusement, peu de choses ont changé. Même s’il y a eu de beaux mouvements de solidarité (Brad Pitt notamment à New Orleans). La solidarité a beaucoup joué entre Noirs, entre « pauvres », après l’ouragan Katrina. Beaucoup de gens qui avaient tout perdu sont allés vivre chez des parents, amis, connaissances… au Texas par exemple. »

Là, on a le topo des points chauds sur la carte, les berceaux historiques et les foyers de la musique actuelle.  Comment s’est passée alors la sélection des titres pour le coffret, entre cette géographie, le titre « Mississippi » tout de même assez directeur, vos choix d’auteurs-spécialistes, et les demandes de l’éditeur?

« La Louisiane est essentielle et ce serait une grave erreur de penser uniquement à l’Etat du Mississippi pour illustrer l’essentiel des musiques de ce fleuve. New Orleans est tout de même le berceau de beaucoup de musiques afro-américaines et la ville n’a jamais cessé de jouer un rôle important dans ce domaine. Il faut sortir des quartiers touristiques pour comprendre. A un concert de Rebirth Brass Band, nous étions à côté de Dr. John. La musique s’y partage encore et les vedettes ne se cachent pas. Avec la série télé Treme, beaucoup de gens ont soudainement découvert un univers qu’ils connaissaient peu mais qui est extrêmement vivant et dynamique. New Orleans n’arrête pas de « musiquer ». Beaucoup de musiciens ont perdu leur maison et leurs biens à la suite de Katrina, mais ils reviennent et un quartier des musiciens a été reconstruit. La ville a une dimension musicale probablement éternelle, c’est comme une part d’elle-même qui vibre non-stop. Le reste de la Louisiane également. Les Cajun sont très attachés à leur culture et les générations se transmettent leur savoir. Même chose côté Zydeco. Ca joue et ça produit. On ne pouvait passer à côté d’aucune de ces expressions – idem pour le Mardi-gras, capital dans toutes les expressions dans cette région des USA.

Notre label Accords Croisés intervient peu, très peu, sur les choix d’artistes, des périmètres et des courants. Ma liberté est énorme du moment qu’on reste «vendeurs». Difficile à définir, mais une sélection de musiques strictement traditionnelles aurait été inconcevable. Je peux en revanche en placer dans la liste. En principe, je suis le directeur de collection mais le label a son mot à dire, notamment dans l’organisation des titres sur les CD.  C’est leur rôle:  ils gèrent le côté marchand de la chose, dont on a aussi besoin. Parfois on argumente, des deux côtés, comme ce fut le cas avec Big Jack Johnson et son titre Katrina,  qui avait été contesté dans un premier temps. »

Et qu’est-ce qu’ils chantent, dans toutes ces langues musicales, au fond d’un juke-joint, à un défilé de carnaval, dans la cuisine serrés autour du poêle, ou les soirs d’été sous la veranda?  Etienne nous parle de ça, et de son vécu à lui,  dans le troisième volet de cet entretien, à paraître ici-même.

A suivre  (avec la liste de tous les titres et interprètes des 2 cd)

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Mississippi, le grand fleuve musique (1) .

Un coffret-voyage par Etienne Bours & Jean Pierre Urbain

(Le Chant des Fleuves : Une collection discographique du label Accords Croisés)

 

Coffret double cd accords-croises.com

Coffret 2cd – accords-croises.com

 Misi Sipi, en Algonquin, signifie « le père des eaux ».  Un nom venu d’un autre temps, un mythe, un Dieu peut-être, il coule des grands lacs jusqu’au Golfe du Mexique.  Ses eaux s’en vont caresser tous les rivages musicaux qui firent l’histoire des musiques américaines.  Il colle dans les vases du blues, il sue dans les bayous des musiques cajun et zydeco, il se gonfle du souffle des jazzmen de New Orleans, il déborde d’enthousiasme sous le rock et la soul de Memphis, il bruisse des vagues old time, bluegrass, folk, rock et rap des villes et des campagnes qu’il traverse.  Il est le grand fleuve musique par excellence.

Etienne Bours

 

On frappe ici les trois coups d’une petite série de billets consacrés aux actualités d’Etienne Bours, spécialiste des musiques du monde (pour ne retenir qu’une de ses spécialités en rapport avec mon propos), co-auteur chez Accords Croisés de cet incontournable coffret discographique consacré aux musiques actuelles qui bordent le Mississippi. Plus récemment, Etienne vient de signer chez Fayard un livre qui fait déjà référence sur le thème de la musique irlandaise, un travail de fou, documenté comme une thèse de docteur, et qui se lit comme un roman.

Vous aviez peut-être suivi sur ce blog la longue interview d’Etienne Bours lors de la parution de son livre Pete Seeger, un siècle en chanson, premier livre en français relatant l’histoire de ce songwriter-militant de légende, qu’il avait eu la chance de rencontrer chez lui.

Du Mississippi à l’Irlande,  on en a pour quelques semaines à s’immerger dans les eaux musicales de sacrées cultures, vigoureuses d’une vitalité qui ne doit pas grand-chose aux subventions.  Avec Etienne, on peut parler musique des heures et des heures, ce que je fais depuis des années sans voir le temps passer.  Premiers échos depuis son bureau aux dix mille cd !

Scott Dunbar ©William R.Ferris Collection #20367

Scott Dunbar
©William R.Ferris Collection #20367

 « Ça rock sur le fleuve et ça roll sur la route, mais ça bouge toujours vers le nord »

Qui, dans sa ville ou son bout de campagne, ne va de temps à autre mettre à flot ses rêveries, et laisser l’onde du fleuve, de la rivière, ou du ruisseau qui serpente l’envahir de son murmure, laver son regard, et regonfler son cœur?  Aux flots caressants ou tumultueux des eaux douces, de tous temps l’Homme a confié ses histoires et rincé sa peau.

John Hartford © McGuire

John Hartford
© McGuire

 

Mississippi, Le Chant du Fleuve, parle de musique vivante, plus que de tradition.  La musique d’aujourd’hui y suit toujours la même dynamique: du creuset du Delta, au sud, elle remonte vers les villes du nord par le fleuve, et par son double de bitume la highway 61.

 » Il se passe beaucoup de choses très emblématiques dans le sud aujourd’hui encore : Bentonia, Clarksdale, la Louisiane… C’est-à-dire, ce sont des musiques qui sont restées proches de leurs racines sans renier pour autant tous les apports venant du Nord et des mouvements musicaux du XX siècle. Mais dire que le blues du sud a disparu serait une aberration. Il y a là une musique terriblement organique, enracinée, proche des gens, vivante… Des choses se passent à Chicago évidemment et je cite d’ailleurs le directeur du label Stax à Memphis qui disait que finalement on peut voir Chicago comme un faubourg de Memphis. Le blues est né dans le sud, le cajun aussi, comme le zydeco, et le jazz, un certain gospel également… Et tous ces styles sont encore complètement épanouis dans leurs régions d’origine. Les villes du nord sont surtout le reflet de tout ça. On pourrait vraisemblablement faire une anthologie du rap en parlant davantage de St Louis. Minneapolis prendrait plus d’importance dans un ouvrage orienté rock, sans doute. Mais on a voulu choisir ce qui était le plus emblématique du Mississippi. Historiquement parlant mais aussi socialement et, sans aucun doute : musicalement !! »

(A suivre – On laisse Etienne retourner à la préparation d’un Chant du Fleuve « Danube », s’occuper de son potager, et tenter de sauver dans son village un paysage menacé par des pollueurs  #jeSuisMultitâches)

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www.accords-croises.com (pour info)

Distribution Harmonia Mundi (aussi dans ses boutiques)

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A Beating Drum Night : They are Family

Ils sont passés par Toulouse !

BeatingDrumNightCafedeladanse



Beating Drum Records
, le label fondé par Piers Faccini et géré sur le mode slow food à une échelle quasi-familiale, offre pour la première fois un plateau live pour découvrir en 4 sets ses premiers artistes signés dans la veine Folk du 21e siècle: Jenny Lysander, Yelli-Yelli, Horsedreamer, et le MC de la soirée: Piers Faccini himself.

Voici le plus stupéfiant et qui va vous sauter aux oreilles: alors que Beating Drum s’imagine faire de la promo, on va en réalité assister à une soirée digne d’un véritable Festival!  Avec des personnalités, voire des grands noms, et une thématique – une histoire qui les réunis à ce moment de leur carrière respective.  4 sets généreux, par 4 artistes aux origines et aux parcours très différents, qui partagent une disposition particulière à raconter des histoires captivantes d’une part, et d’autre part une urgence à dire leurs origines, leur identité, fut-elle nomade et métissée.

a Beating Drum release 2015

a Beating Drum release 2015

Jenny Lysander, et son irrésistible premier album Northern Folk (passionément chroniqué ici) , offre des chansons-univers aux humeurs scandinaves, servies par une voix et un jeu de guitare inoubliables.  Cette jeune personne est un cadeau au songwriting, elle va vous épater.

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yelliYelli

Yelli-Yelli ne tient pas en place même si elle repasse souvent par la case France. Bourlingueuse, de la Suède au Japon,  elle personnifie le métissage work-in-progress et le traduit en chansons.

Aujourd’hui rattrapée et traversée par sa moitié d’origine Kabyle d’Algérie, elle invente une musique tranchante comme du rock et qui fleure la terre rouge des villages sur laquelle les Anciens dansent nus-pieds.  Yelli-Yelli, c’est tout ça: une danse et une dévotion.  Son EP  vient de sortir en version digitale.

Le titre YEMMA en écoute ici.

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HorsedreamerPlace au projet Horsdreamer, une collaboration entre Piers Faccini et le performer-poet Roger Robinson – origine: Trinidad et bien d’autres peuples migrants du monde, par ailleurs membre du groupe de Dub-Step londonien King Midas Sound.  S’extraire du fracas et des nappes de sons lourds, faire quelque chose de différent, dessiner un espace intérieur, ouvert comme l’apaisement d’un désert, pour abriter la nécessaire solitude du moment ou donner du champ à la réflexion personnelle, c’est l’axe de Horsedreamer.  Roger – vous le verrez – c’est une montagne, un solide gaillard aux allures de hobo-traveller dans les années de naissance du Blues.  On s’attend à tout sauf à la douceur de cette voix de cœur, placée entre complainte et berceuse, superbement ornementée par les compositions de Faccini, chantée certes mais rythmée comme un rap.  Il est là le fil rouge: l’histoire.  Roger le performer, le story-teller; pour lui une histoire racontée est d’abord un cadeau, une sincérité primordiale qui fait l’élan, qui fait l’accroche, et le courant qui passe.  Vous verrez: à un certain point d’attention, l’échange sonnera juste et complet entre les artistes et le public.  Là aussi un EP en téléchargement, tracté par un joli petit livre d’images dessinées et colorées par Piers Faccini, sur une histoire de Roger Robinson. (#collector!!).

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Piers Faccini aura accompagné ses artistes tout au long de leurs sets respectifs, avec la complicité du batteur Simone Prattico, tellement compagnon de route celui-là que tout le monde le compte dans la famille.  Finesse et puissance d’un fascinant joueur de peaux tendues et de baguettes, faisceaux et autres pinceaux, il a aussi son actualité, ancrée dans des projets jazz plus personnels, et dont on se fera un plaisir de parler bientôt ici.

WorkSongs

WorkSongs – 12′- maxi

Piers Faccini, trait d’union, inspirateur, producteur, réalisateur, arrangeur, … songwriter en un mot, tel qu’il est et tel qu’il sonne juste dans toutes les facettes de cette expression.  Son actualité, c’est un vinyle 12 pouces en édition limitée de 4 compositions originales, enregistrées spécialement pour le Disquaire Day.  Inspirées par la tradition du chant de travail dans le monde entier.  Résonnant  des traditions vocales des origines Afro-Américaines et du Sud Méditerranéen, ces 4 inédits éclairent d’un jour nouveau  la musique originale et sans frontières qui est la touche de Piers Faccini.

Le titre WHISTLING WIND en écoute ici.

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Ce soir, Piers concrétise un projet réfléchi pour continuer à pouvoir faire de la musique au sein d’un courant porté par des artistes Folk d’aujourd’hui –  un courant dont il avait capté l’esprit en sortant la compilation The Many Are One en décembre 2014. Ecoutez comme c’est possible, vivant, et même festif!  La caricature du folkeux est bien loin, laissons les clichés aux détracteurs.  Bien sûr que l’intensité est au rendez-vous, pour servir certaines chansons, mais il en est d’autres – pure énergie, folle danse, ou transe hypnotique.  Et entre les chansons, qu’est-ce que ça rigole sur scène!

Amis Parisiens, c’est pour ce soir au Café de la Danse.  Réservée de longue date ou décision improvisée comme vous savez le faire, vous allez passer une très bonne soirée!

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Vos places ici: http://www.cafedeladanse.com/piers-faccini-jenny-lysander-horsedreamer-yelli-yelli/

Les réalisations BEATING DRUM RECORDS sont disponibles à la boutique en ligne du label (soutenez le circuit court 🙂 )

www.piersfaccini.com

http://jennylysander.com/

Yelli-Yelli sur FaceBook

http://horsedreamermusic.com/

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My Tambourine : Mister Elio Della Noce taille sa route

MyTambourineAvis de fraîcheur en ce printemps du nouveau Folk : My Tambourine est le nouveau projet d’Elio Della Noce avec la Québécoise Ariane Brunet.
On l’accueille ici avec une joie que vous allez comprendre.  Vous pouvez contribuer à financer le projet d’EP – quelques jours encore sur ce site :  My Tambourine sur KissKissBankBank

 

C’est la veine folk comme on l’aime – enfin si vous aimez le Folk,  à peine décollée de l’épure.  Guitares sèches, du rythme partout et de belles cadences, une harmonisation frugale mais qui embarque comme un orchestre.  La voix d’Elio est dans le ton, mélodieuse sans être trop fleurie. Parce que justement, la palette et les couleurs, c’est l’affaire d’Ariane : son timbre et la justesse de son contrepoint donnent du champ, ouvrent l’imaginaire dans ces sublimes ballades.

Magicien du poème en chanson, Piers Faccini signe à nouveau un texte qui balance, qui contient son propre rythme (lisez-le à voix haute).  Il faut en avoir vécu – et pas que dans les livres –  des aubes rougeoyantes et des crépuscules troublés pour décrire en une phrase l’énergie qui vous traverse alors.   Et suggérer aussi finement l’état des pensées que vous auriez emmenées au bout de la route.  Vous reconnaissez ?

 Elio

Ecoutez la pré-maquette offerte en teaser pour la campagne de financement participatif, puis refaites une passe spéciale focalisée sur le jeu de guitare d’Elio : on entend la souplesse et le doigté sans forcer sur une harmonisation complexe.  Cette belle maturité est un des plaisirs de My Tambourine.

Et puis il y a la petite histoire, comment ils en sont arrivés là.

L’histoire d’une étincelle craquée il y a 558 jours  dans quelques heures.  Elle n’a pas mis le feu tout de suite au bois vénérable des guitares Martins d’Elio et de Piers, mais ils ont fini par se trouver en tête-à-tête, du moins la tête dans la même chanson.   Presqu’en bord de scène au concert de Piers Faccini à la Dynamo de Toulouse, on avait papoté Elio et moi, et je suis sûr qu’un vœu secret a pris forme dans l’after qui a suivi (moi en tout cas j’en avais osé un).   Ce n’est pas rien de le voir bientôt  éclore en chanson.

Elio Della Noce au concert de Piers Faccini

Ce soir-là, Elio m’avait remis son flyer de prof de guitare, à peine évoqué qu’il était aussi songwriter.  Par la suite, il avait posté quelques indices de son work in progress : des heures chez Cabrel, l’une ou l’autre vidéo d’un projet Toulousain, …  Pas de doutes,  Elio taille sa route.  Viennent ensuite quelques confidences de Piers et comprenez que je me pince : « C’est un grand fan, il est franchement doué à la guitare et il me demande des textes :  j’ai envie ! »   D’autres personnes y sont allées comme ça : Jenny Lysander, jeune suédoise dont le premier LP arrangé et produit par Faccini vient de sortir, et Yelli-Yelli, le projet Kabyle d’Emi Hanak avec des chansons co-écrites par le même.  Toutes deux en concert avec Piers à Toulouse (5 mai – Metronum) et à Paris (7 mai – Café de la Danse).

Des histoires comme ça, on veut en écrire plein.

Bonne route au son(g) de My Tambourine.

My Tambourine sur KissKissBankBank

 

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Passion Flower (© P.Faccini)

turning fast dipping slow
swallow tail in the evening glow
light trips behind the sun

and where will this longing go
when the dawn fires up and glows
turning east toward the day

everything that i thought was right
sometimes doubt clouds over the light

passion flower opening up
wine brimming over the cup
echoes spinning fast into dreams

where will this anger turn
close to the sun i always burn
i bow down my head and moan

everything that i thought was right
sometimes doubt darkens the light
all the times that i thought i knew
but here i am still chasing after you

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Jenny Lysander, nouvel horizon du Nothern Folk

a Beating Drum release 2015

a Beating Drum release 2015

Northern Folk (Beating Drum 2015)
Produit et arrangé par Piers Faccini

Certains premiers albums font mouche. Passée la séduction de la nouveauté, ils éveillent à une couleur singulière, un univers personnel, harmonieusement suggérés par une réalisation dans laquelle chaque chanson contribue à une forme de manifeste artistique.  On y reconnaît une grâce rare, celle des premières fois.

Après avoir réalisé le premier album de Dom la Nena avec le succès que l’on sait, Piers Faccini a créé en 2012 le label Beating Drum pour justement mettre en valeur et soigner ce genre de pureté.  L’envie de travailler ensemble est partagée et se concrétisera par étapes. Jenny Lysander va inaugurer les signatures du label en 2013 avec l’EP Lighthouse .

Ce qu’on entend au fil de cet album LP est stupéfiant de maturité et d’harmonie pour une personne aussi jeune: une voix dont la puissance a le timbre d’un secret, une guitare en dentelles,  un talent rare pour écrire de belles chansons-univers, une humeur nordique enfin, sagas et danses réinventées dans la modernité.

L’album ouvre avec A Painter’s Brush où les arpèges épurés de guitare se fondent et culminent dans de grandes ondes chorales.  Dans les chansons Mind Me ou Giving Thanks, les chœurs mêlant dulcimer, kora et mandolines dérivent en nappes d’éther. Un peu plus haut, une guitare 12 cordes glisse en douceur sous les accents envoûtants de la voix de Jenny Lysander.  Dancing on the Edge ou la chanson-titre Northern Folk apportent à l’album une pulsion syncopée et complètent l’intensité feutrée de la voix de Jenny.

Pour la partie rythmique de l’album, Faccini a fait appel au talent du batteur Italien Simone Prattico, complice de longue date.  Il a également convaincu le fameux bassiste Pat Donaldson de sortir de sa retraite pour enregistrer l’album.  Embarquer Pat Donaldson dans l’aventure de Northern Folk – lui qui a joué avec Sandy Denny et le groupe Fotheringay dans les années ’70 – c’est jeter un pont symbolique entre différentes générations de songwriting.

 

Dès les premières phrases mélodiques, Jenny Lysander et ses humeurs de rivages Scandinaves opèrent comme un enchantement.  Viennent à l’esprit les horizons bleus de glace des ciels du Nord, où un soleil d’hiver passe furtivement avant de disparaître à nouveau. Dans le chant et l’histoire de certains titres, comme l’envoûtant  Blackbird ou Jag Malade – chanté en Suédois, se distille une mélancolie particulière.  Loin des froides rives du désespoir, elle dessine par petites touches une atmosphère chaleureuse… Peu importe le mode mineur, une quiétude certaine y règne et diffuse  un sentiment de joie délicate.  « J’ai toujours aimé les choses sombres et mystérieuses », confesse Lysander, « La mélancolie me donne une impression de profondeur et de stabilité, comme un sentiment étrange de sécurité. »

Cette puissante humeur Nordique, la voix de Lysander la suggère au plus juste, et ses histoires, autre tradition du Nord, sont bien de celles que se racontent les gens de là-bas, quand ils courent la lande en solitaire ou se rassemblent pour chanter.

Sa carrière ne fait que débuter, mais l’engagement artistique et la personnalité de Jenny Lysander ne font aucun doute : sa pierre d’angle est ici, dans le Northern Folk.

 

L’album Northern Folk est disponible de préférence sur la boutique du label Beating Drum, et dans les points de vente habituels (digital: worldwide  –  CD: France & UK  – autres pays: dates à suivre).

Jenny Lysander participe aux Beating Drum Nights:
TOULOUSE  5 mai 2015 au Metronum,
PARIS            7 mai 2015 au Café de la Danse

Visitez le beau de site de l’artiste

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Brahim Dhour Quintet : l’impulsion arabo-andalouse


(En concert à l’Espace Croix Baragon de Toulouse – jeudi 09 et vendredi 10 avril 2015)

 

Brahim_Oud

 

Ce musicien inventif et généreux est l’invité préféré de nombreux projets innovants autour des musiques du monde et du jazz.  A Toulouse, en France et au-delà des frontières, son ferment arabo-andalou fait des merveilles, suscite des inventions collectives imprévisibles.  Car Brahim Dhour est une couleur : un rouge à secrets, échappée subtile de ses cordes pincées ou frottées.  La moindre de ses ornementations est un arrangement, une écriture libre et inspirante.  Impossible de le réduire au violon ou au oud qu’on recherche pour compléter un set ou garnir une line-up : Brahim est un auteur à part entière, on le sait, on l’attend. (1)

Cette veine créatrice qui l’infuse et anime ses doigts, Brahim Dhour l’accueille désormais pour elle-même, lui donne du champ et un nom : Brahim Dhour Quintet, car cette fois c’est son tour.

« La musique arabo-judéo-andalouse est pour moi beaucoup plus qu’un répertoire.  J’ai baigné dedans enfant, c’est ma culture, un terreau nourrissant.  Mes compositions y prennent naturellement racine et s’enrichissent de mon expérience, de mes collaborations avec d’autres musiques, d’autres cultures.  Je ne cherche pas à écrire dans un style particulier : c’est la composition qui décide.  Une mélodie va appeler telle et telle partition de basse ou de percussion pour être harmonieuse, j’aurai peut-être envie d’essayer une voix pour sublimer le bouquet, puis je chercherai les musiciens. »

 Brahim1

L’intention de donner corps à son projet personnel anime Brahim depuis 2006, époque de la création de son quartet AMAZIR.  Une aventure intense et exigeante (compositions, tournées, ..) dont avaient eu raison les engagements simultanés des musiciens sur d’autres projets.

Le goût d’y revenir s’était manifesté un peu spontanément, il y a quelques mois, sous la forme d’un trio pour une date unique au Café Plùm de Lautrec (Tarn).  Avec Grégoire Oboldouieff à la contrebasse et Florent Rousset aux percussions, la cohésion de cet ensemble pour un concert à peine répété avait impressionné Brahim Dhour.

A l’heure de choisir ses acolytes pour les premiers concerts du nouveau quintet, Brahim Dhour a une seule exigence : la liberté.

« Pour moi, le facteur humain compte à 200%.  Bien sûr les partitions sont écrites par moi, mais je tiens absolument à ce que les musiciens se sentent libres dans leur contribution, si le fil conducteur que je propose leur parle et les stimule.  C’est pour moi la clé de l’équilibre et de l’harmonie pour que la musique écrite s’épanouisse.  Et quand on atteint ce niveau d’entente,  c’est une récompense, on le sent, même en dehors des répétitions et des concerts. »

Le Brahim Dhour Quintet s’est confirmé à l’issue d’une résidence à Saint-Antonin (Tarn et Garonne) avec l’association « Même sans le train ».

Voici sa composition :

Brahim Dhour : Oud, violon

Servane Solana : chant et vocalises, guitare, percussions ; croisée dans une collaboration au sein d’un projet de Benoît Mardon, Servane apporte une couleur latine dans un style arabo-andalou qu’elle explore ici pour la première fois.

Florent Rousset : percussions ; grand amateur d’instruments arabes et des Balkans, complice de Brahim, capable de faire chanter ses peaux par-dessus l’indispensable rythmique.

Greg Oboldouieff : contrebasse et gros cœur ; bassiste rock et jazzman dans l’âme : c’est le jeune qui monte, capteurs ultrasensibles pluggés sur la passion sinon rien (et ça, c’est pas possible…).

Paul Goillot : piano, donc rythmique et mélodie ; oui, c’est bien lui le pianiste des Fabulous Troubadours !!  Donc jazz, tchatche, latino et .. très attendu à la sauce arabo-andalouse.

Vous l’avez compris, les concerts Croix Baragnon du Quintet vont illustrer une musique plus qu’actuelle : les alliances de Brahim Dhour et l’harmonie qui s’en dégage traduisent dans cet autre langage les métissages qui font la musique vivante et la vie tout court.

Ne manquez pas cette fête et les dates qui vont suivre !

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 Billetterie web, dates et lieu  en lien sur cette page :

http://www.ma-case.com/newsletter/brahimdhourmars2015.html

Une carte de visite en 4 titres : l’EP Tingis, en écoute ici et disponible les soirs de concert

 

(1) Rien moins que dans les projets de Benoît Mardon, Nadia Chemoul (Isha), Didier Labbé (Musique de chambre à part), Nadine Rossello (Vagabonde), ou plus récemment le spectacle « CENDRILLON Cuento Flamenco » de Vanessa Domiati et Mirabelle Miro.

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Par la grâce des songes d’Aurelia

De passage sur les planches du Théâtre Sorano de Toulouse, un inoubliable « Murmures des Murs » de Victoria Thierrée-Chaplin, avec Aurélia Thierrée.

 

Emballages en charpie, cartons fatigués, tout-venant de greniers abandonnés, tous ces petits bouts de riens qui nous parlent de nous.

Trois mots à peine, charriés sur un flow de plastiques, quelques accents de hanches, une course obstinée et ses grands yeux,
Bon Dieu, les yeux tout le temps grands ouverts d’Aurélia.
Dessinés par sa mère, avec les crayons du grand-père.

Murmures

Bon sang de Chaplin !  C’est si beau, c’est si pur, lorsque la lignée remonte ainsi l’Helicon du génome burlesque, explore les premiers pas de bateleur et les songes profonds du père fondateur. Il en perle encore la poésie, cette essence du drame et de la comédie.  Une presqu’abstraction qu’un petit ‘Charlot’  a conjuguée à tous les temps du rire et des larmes, jusqu’à décrocher la tendresse universelle.

Fini les superproductions hollywoodiennes : retour aux planches brutes, à la poussière des hangars-ateliers, aux courants d’air sur les décors de chiffon et de papier.  Théâtre pauvre, qui plante sans honte devant le néoclassique prétentieux des colonnes du Théâtre Sorano le gros camion saltimbanque du Cirque Invisible familial.
Ses acteurs-acrobates ont malaxé leur corps dans de longs mano a mano avec le langage premier de la scène : la posture, le geste et le placement dans la lumière.  De ces épures, de la connaissance des ressorts nus de la suggestion, naît la puissance de la représentation.  Un cirque de paillettes s’était perdu dans la performance, la parade, l’exotisme, galvaudait l’héritage de la magie ?  Voici le Nouveau Cirque.

 «  … Une femme fuit.  Elle escalade des façades d’immeubles abandonnés, pénètre dans des appartements vides et se trouve plongée dans des histoires, des bribes de vie qui ne sont pas les siennes… » La course folle d’Aurélia traverse des immeubles floutés, échappe à d’inquiétants aides-soignants, s’étourdit dans les bras d’un danseur, tente de reprendre souffle et raison en s’affairant à de dérisoires rangements, replonge dans des vagues textiles, toujours au bord de perdre pied.  De cette histoire qui n’existe pas on ne perd pourtant aucune miette.  Et si l’on cherche un continuum, il est dans le mouvement perpétuel, l’art de la transformation, et l’intensité de l’instant.  Le fil d’Ariane de tous les rêves, n’est-ce pas …

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Dans Murmures des murs, Victoria Thiérrée–Chaplin conçoit et donne une forme physique à des états d’âme, à des émotions indicibles.  Celles d’Aurélia, chevauchant ses propres démons.  Celles aussi de mémoires oubliées dont les murmures vivent encore dans les murs de maisons vides, comme la roche aquifère retient l’eau des pluies, pour la rendre un jour aux ruisseaux.

En quelques cycles de cette altération des consciences naît un océan d’eaux profondes.  A la surface de ses vagues affleure alors, pour qui veut la ressentir, l’étrange continuité entre cet apparent chaos et la subjectivité du rêveur qui s’y plonge.

Œuvrer dans l’illusion subtile, escamoter le grand cirque des conventions, embarquer le spectateur-acteur jusqu’à résonner dans son intime fantasmagorie.
Offrir du rêve éveillé est bien le spectacle ultime.

* * * * * * *

La voix d’Aurélia, ici:

Pour en savoir plus, croiser les regards, écouter d’autres cordes sensibles, allez donc lire le billet de l’ami John Lavoignat sur ces délicieux Murmures … partagés.

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The Many Are One : We are Folk !

artwork Piers Faccini – Olivier Carrie

La compilation The Many Are One a bercé ce break de fin d’année et annonce l’ouverture du jeune label Beating Drum de Piers Faccini à la réalisation d’autres projets que ses seuls albums.

Chouette: le folk n’est donc pas mort! Encore moins quand il est servi par une production aussi soignée.

Voici l’occasion de discuter tranquillement avec Piers Faccini de la philosophie de cette compilation en forme de nouveau manifeste.

C’est un peu une histoire de famille

Ça dépend un peu de ce que vous écoutez, mais en regardant du côté des auteurs-compositeurs capables d’écrire des chansons originales et qui  ne doivent pas tout aux arrangements ou à la post-production, on dirait bien que ça bouge, non?  Talents qui émergent et artistes confirmés qui écrivent avec intégrité aux 4 coins du monde des chansons simples et fortes.  Des chansons qui vous embarquent dans leur univers singulier, hors modes.

Des gens comme ça, il en rencontre souvent, Piers.  Peut-être même qu’il les cherche?!  En tout cas, il ne laisse jamais passer une occasion de collaborer, d’enregistrer la voix de l’un, ou de faire un chœur pour l’autre, une piste guitare, …  Quelquefois on le retrouve en titre pour sa série Songs I Love, sinon c’est juste pour le plaisir, pour marquer une forme de reconnaissance mutuelle.

The Many Are One n’est pas vraiment présenté comme ça mais on peut y voir une petite famille composée le long de la route, comme un carnet de voyages, fil rouge tissé de rencontres, de stimulations, et de beaucoup d’envie on dirait bien.

« Anaïs Ledoux est mon agent/manager; elle est aussi associée dans mon label Beating Drum.  Elle parle de cette idée de compilation depuis un moment: cette appartenance, c’est une réalité et il faut la montrer.  Non seulement les traces de mon parcours mais une photo instantanée, un snapshot des mes collaborations et des projets du label. »

Bon, on savait que Beating Drum était né de la volonté de Piers Faccini d’être responsable de sa musique à 100% dans un marché de la distribution plus que flottant.  Vous vous souvenez de son manifeste Why Music Is Food, que j’avais proposé en français ici.  Dans cette incertitude économique, Piers avait cependant très vite fait le vœu de pouvoir un jour produire des artistes qui l’inspirent. C’est le boulot pur feeling qu’il avait assuré en réalisant le premier album de Dom la Nena ‘Ela’ pour le label Six Degrees Records.  Puis, il s’est souvenu de cette incroyable reprise de sa chanson ‘Time of Nought’ par Jenny Lysander.  Et il n’a pas hésité à sauter le pas.  Son premier album sort chez Beating Drum ce printemps 2015.

artwork Piers Faccini - Olivier Carrie

artwork Piers Faccini – Olivier Carrie

The Many Are One: le titre

« On m’a interrogé sur le choix du titre, qui résonne un peu biblique (*), mais c’est un hasard. Le titre est plus inspiré par la physique quantique que par la religion judéo-chrétienne!  L’idée est que toute l’infinie et chaotique multiplicité est au final l’expression d’une sorte d’énergie singulière – the many are really all one!  Est-ce qu’on peut dire qu’un atome, une molécule, ou même une cellule est individuelle? En la regardant elle semble avoir un aspect individuel mais en réalite, elle fait partie d’un corps, l’individualité et son comportement est donc plutôt une apparence ou même une illusion, quand on considère le corps infini dans lequel le soit disant individu existe!

Pour l’artwork, toujours très important chez nous, il y avait l’idée de choisir une image avec chaque artiste. J’avais en tête d’utiliser des images de cellules du corps humain et en regardant les propositions, Olivier Carrie (le graphiste) a suggéré d’utiliser du papier marbré.

The Many Are One, la compilation. Petit survol avec Piers Faccini

Tout ce qui figure sur cette compilation, ce sont des inédits.  Des artistes différents mais qui sont dans une sorte d’unité, vous verrez.

D’abord, merci à Ben Harper d’être présent.  Il m’a embarqué sur sa tournée mondiale entre 2006 et 2008, je lui dois beaucoup.  Il n’a pas la tête dans le business; avec lui, je peux parler musique pendant des heures, c’est un passionné.  Il a adoré l’idée The Many Are One et il m’a envoyé ce titre ‘Thank me in the morning’, qui est du Ben Harper pur jus!

Pour Jenny Lysander, c’est une façon d’annoncer son album, avec le titre ‘Lavender Philosophy’.  Jenny, elle a son univers, et quand on lui demande d’en parler, elle le fait en histoires.  C’est une conteuse.  Sur son site web, elle illustre cette chanson par un souvenir d’enfance qu’elle raconte merveilleusement. (voir la version française en fin d’article).

Yelli-Yelli c’est l’autre projet d’album en cours chez Beating Drum.  Emi est une jeune femme dont la famille est originaire de Kabylie, elle a déjà développé des projets musicaux et voyagé pas mal.  Elle m’a contacté sur projet de reprise de chansons d’Afrique du Nord.  J’ai ressenti qu’elle portait en elle quelque chose qui me parle beaucoup: le métissage culturel, entre l’héritage du pays natal et les pays d’adoptions qu’on traverse au long de sa vie.  J’ai pensé que ça pouvait faire un axe pour des chansons bien à elle, authentiques.  On a travaillé ensemble l’écriture et voilà: on part sur un EP 4 titres au printemps et un album à l’automne si tout va bien.  Son titre ‘Ddunit Tentar’ figure sur la compilation et  signifie ‘Terre qui brûle’ en kabyle.

artwork Piers Faccini - Olivier Carrie

artwork Piers Faccini – Olivier Carrie

Puis il a les fidèles: Dom La Nena bien sûr, et sa version presque maquette, intime, de ‘Anjo Gabriel’. Claudio dans ‘L’Amore Succede’ pour GNUT : on a pas mal travaillé ensemble par le passé et on a un nouveau projet d’album pour lui .  Dawn Landes: on avait enregistré ensemble, et avec Sylvie Lewis, un morceau de Woody Guthrie pour la série Songs I Love; Je l’ai invitée pour un récital acoustique cet été dans une chapelle romane dans les Cévennes.  Dawn a choisi un traditionnel, sur lequel j’ai ajouté une voix. On prépare une tournée ensemble aux USA pour la fin de cet hiver.  Italie,  encore plus dans la tradition populaire avec Canzoniere Grecanico Salentino; j’avais écrit et interprété une chanson ‘La voce toa’ sur leur album Pizzica indiavolata.

Jasser Haj Youssef, à qui j’ai confié le seul instrumental de l’album, une respiration chaude très pure, apaisante.  Avec Jasser, c’est comme avec Vincent Segal ou Ibrahim Maalouf: avec leur instrument, ces musiciens ont une sensibilité comparable à la voix; on se connecte très vite.

Roger Robinson est une vieille connaissance.  Du côté des gens que je fréquente en Angleterre: les poètes performers.  Roger est aussi actif dans le pop electro, il a un groupe genre dub-step: King Midas Sound. Mais il me parlait de son envie de faire quelque chose de totalement dépouillé. Ça a donné le projet Horsedreamer; on a écrit le titre ‘Bolder’  ensemble.  Il a une voix incroyable, délicate, inoubliable; elle a appelé les chœurs. C’est une chanson très chorale.

Autre bel exemple de collaboration avec Emily Barker. J’ai découvert sa musique grâce à un morceau qui s’appelle ‘Nostalgia’, que j’aime beaucoup.  Je l’ai invitée à faire un récital sur La Route de la Voix avec moi.  Elle était partante mais au final on n’a pas pu le faire, peut-être 2015?  Elle a écrit et enregistré dans son home studio en Australie, puis envoyé le fichier à Alabaster dePlume pour ajouter des pistes de saxophone, et enfin en Suède chez Ruben Engzell and Jesper Jonssonn (de Vena Portae), pour les parties de basse, batterie, et le mixage final.

Les Maliens de BKO Quintet m’ont fait une confiance totale en m’envoyant le fichier et toute la 2e partie open pour y enregistrer le chant que je voulais! Le titre ‘Donsulu’ est repris depuis sur leur bel album ‘Bamako Today’.  Je suis évidemment touché et fier d’y avoir participé.

Vous allez découvrir William Patrick Duncan, encore très peu connu, enregistré lors de son passage dans mon home studio des Cévennes.  Les Fils du Calvaire, avec la seule chanson en français de la compilation.  Guy Blakeslee, entre vieille ballade roots et mélopée, j’aime bien.

Et puis j’ai ajouté une chanson à moi, Keep Me. »

artwork Piers Faccini - Olivier Carrie

artwork Piers Faccini – Olivier Carrie

Encore un joli coup esthétique pour Beating Drum avec un objet riche,  décliné en CD et vinyle.  C’est la philosophie de Beating Drum: ne pas transiger sur la qualité, offrir plus à ceux qui suivent la démarche.  Une option économique risquée, précaire, toujours sur le fil.  Loin des tendances d’un marché où les artistes peuvent perdre leur statut dans d’improbables compromissions, Beating Drum trouve pourtant un écho auprès d’un public qui le suit. Des personnes qui font des choix, et qui savent que leurs choix, leurs actes d’achat peuvent peser. Enfin, parce que son manifeste est clair, Beating Drum commercialise aussi ses réalisations sur les plateformes de téléchargements. Pour étendre son réseau et amener davantage d’amateurs à découvrir le catalogue « maison ».

Alors, à vos réseaux!  Et pour le circuit court, le shop en ligne c’est par ici.

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(*) Because there is one bread, we who are many are one body, for we all partake of the one bread.(1 Corinthians 10:17)

Le bonus: Philosophie et Lavande, par Jenny Lysander

« Lorsque j’étais petite, je passais beaucoup de temps avec mes grands-parents.   C’était un bonheur absolu.  Ma grand-mère – telle que je m’en rappelle – était toujours rayonnante, heureuse, prête pour un jeu ou pour raconter une histoire, ou encore penser à ce qu’on pourrait bien faire.  Elle disait les histoires de son passé, et celles de mon grand-père aussi.  Comment, par exemple, il avait tellement voulu devenir pianiste. Mais  il avait décidé que c’était une idée ridicule, et il était devenu ingénieur à la place.  Je me souviens lui avoir écrit des lettres, me faisant passer pour différents clients du monde entier qui lui demandaient d’inventer telle ou telle machine.  Ca le faisait rire.  Mais d’une sorte de rire en retenue, très silencieux.   Sinon, je m’en rappelle comme quelqu’un de très silencieux.  Il avait ce regard vif d’intellectuel maître de lui.  Toujours occupé, jamais de temps libre.  Mais toujours calme, d’une certaine manière.  De temps en temps il jouait du piano.  A chaque fois, ma grand-mère interrompait ce qu’elle faisait et m’imposait de faire de même, pour m’asseoir et écouter.  J’étais bien sûr trop agitée pour y arriver.  Ça ne représentait rien pour moi – « Trop de notes », disais-je à ma grand-mère, citant le film Amadeus que ma mère regardait en boucle à l’époque.  Alors ma grand-mère m’envoyait dehors, sur le balcon, et me disait d’imiter chaque oiseau, chaque insecte, et le moindre petit bruit que je pourrais entendre.  Elle disait que ça m’apprendrait à apprécier mon grand-père au piano.  Bon, ça n’a pas trop marché … Mais j’ai appris à respecter ces moments, sincèrement.  Et je suis aussi devenue experte pour imiter les chants d’oiseaux !  Autrement, ça m’a surtout permis de comprendre que j’étais sans doute une grande rêveuse.

 Quand j’étais là-bas et qu’elle n’était pas près de moi, je me rappelle que ma grand-mère travaillait au jardin.  Pour une raison quelconque, je me souviens que tant ma grand-mère que ma mère voulaient absolument faire pousser de la lavande dans leurs jardins.  Elles s’y efforcèrent longtemps mais ne réussirent jamais.  Voilà pourquoi la lavande a pour moi une signification particulière, un peu mystérieuse.  Aussi je pense toujours à ma grand-mère  et à sa philosophie de la lavande quand j’entends ce mot, quand j’en vois ou que je respire son parfum. »

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Le Dit de Terrestres par le Peintre et la Bad Girl

GUY OBERSON, peintre des grandes huiles, des pierres noires, et NANCY HUSTON, auteur de fameux romans et essais – ici poète, publient ensemble chez ACTES SUD le très beau livre TERRESTRES, fascinant,  attachant comme une chanson en tête.

Invités par la Librairie Ombres Blanches, ils le présentaient l’autre jour à la Médiathèque José Cabanis à Toulouse.  Mais ce que l’on pouvait attendre d’une lecture ordinaire s’est mué en une mémorable performance d’art vivant.  Et c’est ce qui vous attend bientôt.

terrestres

Reproduction de « Bois-Paysage 2 » ( détail) Guy Oberson

  On vient  là,  simplement attiré par le visuel de l’affiche ou familier des œuvres de Guy Oberson, excité à l’idée de rencontrer Nancy Huston.  Personne n’imagine cependant se retrouver à ce point sidéré,  puis chaviré, par autant de beauté et d’engagement mêlés.

Qu’annonçait-on, en vérité ?  Une lecture sur fond de diaporama : la formule n’est pourtant pas neuve.  Sauf que voilà, les deux artistes ont composé ce soir-là une œuvre d’art singulière, la combinaison éphémère de la lumière, du souffle, et du rythme.  Un battement : celui d’une vie qui pulse ou qui s’éteint.  Longue et lente transe.

Terrestres explore notre rapport à la nature, à notre part animale, sédiments de nos comportements primitifs, nos croyances et mythologies (…). « Je veux être l’abeille, écrit Guy Oberson dans son journal d’atelier.  Je veux être le cerf et la montagne, le vent et la pluie, le bourdonnement de la ruche ou le martèlement des sabots, le sang de la bête égorgée… (…)  Je veux faire entrer ces natures dans ma conscience de « Terrestre » (…).
À travers une trentaine de poèmes, Nancy Huston commente avec tendresse et drôlerie les prétentions de notre espèce, qui sont à la mesure de sa fragilité. (Actes Sud)

Quelques phrases pour introduire et déjà une dramaturgie s’installe.   Dans le presque-noir et la tension parfaitement obsédante d’une musique d’essaim surgissent alors les premières images.  Sidérantes disions nous, elles le sont d’entrée.  Saisissantes et pleines.  Servies par une très haute qualité vidéo et une animation camera aussi discrète que le voyage de l’œil à la recherche de grains de lumières sur une toile de Vermeer.

Par ces glissements insensibles au milieu de fragments que l’on sent mis en mouvement par des instincts écoutés, le geste de Guy Oberson revit, sa main trace perceptiblement pierre noire, lavis, coulures d’aquarelles, huiles épaisses, …  Il figure, transfigure,  laisse à voir : l’Homme, le petit d’Homme, l’animal, et leurs entre-deux.  Fragilité de la massive montagne noire.  Nudité du souffle sur la terre dégradée.  Refuge des petits oratoires rouge-sang.

Tout à coup nous voilà conscients que les artistes parlent depuis quelques minutes : extraits du journal de son atelier, lus par Guy; poèmes conçus devant les œuvres, interprétés par Nancy.  Il y a dans leur lecture beaucoup de tendresse exposée, et une émotion affleurant avec pudeur à la vue de cette extraordinaire animation vidéo dans l’âme des œuvres. Nous comprenons alors que c’est bien la lecture à voix haute qui donne la clef de l’unisson avec le voyage en chaque œuvre de Guy.

La grâce culmine – peut-être en conviendrez-vous – au bout d’un lent zoom-avant dans les limbes de l’huile nommée « Souffle blanc »,  exactement là où dans le livre Nancy Huston  écrit: son dernier souffle a rejoint le blanc de l’air .  Mais à ce moment, Nancy Huston dit ces mots, et avec une intensité, une presqu’abstraction qui confine à l’épure, si on convient que l’épure existe dans la voix : sa voix était le blanc, était les limbes.

Reproduction de "Souffle blanc"  Guy Oberson

Reproduction de « Souffle blanc » Guy Oberson

 

De Terrestres à Bad Girl

Mais qui donc vit dans les limbes?

« Des fœtus hybrides, mélanges entre humains, animaux, peluches et autres espèces imaginaires… drôles d’héritages, n’est ce pas ?  Des êtres pas encore nés qui cherchent la vie, le chaud, et l’espace de « respirations ».  (Guy Oberson – extrait du journal d’atelier   « Fœtus fabulateurs »  Berlin 1er juin 2012)

Jonas  Ce n’est pas la première fois que je fais référence à Jonas. Ici, il représente la mission que l’on peut recevoir avant de naître.  Son pouvoir de perception est tel que la mission va s’inscrire dans toutes les cellules de son corps.  Impossible d’y échapper, les parois ne font que le renvoyer à lui-même.   Violente imprégnation. Puis amnésie de la naissance.  Ensuite cette mission va suinter de partout jusqu’à ce qu’il l’accepte enfin. »
(id. « Jonas »)

Sur Terrestres, leur créativité conjuguée diffuse comme la braise ardente et silencieuse. Souvent, les poèmes de Nancy craquent comme escarbilles et se fichent dans la toile.  Par cette insémination féconde, Jonas cousine un peu avec Dorrit, ce fœtus pas encore né qu’elle fut et que Nancy Huston tutoie tout au long de son nouveau livre BAD GIRL,  « afin de lui raconter sur le mode inédit d’une « autobiographie intra-utérine » le roman de sa vie. » (Bad Girl – 4e de couverture)

Ainsi, la lecture va se poursuivre dans le frôlement des deux œuvres:

« voilà, amour
tout est prêt maintenant
tu peux naître !
ta vie est neuve mais porte,
empreintes en ton corps-âme :
l’histoire des tiens et toute la
capoeira de la forêt primordiale

peinture: "L'enfant-chamois" Guy Oberson

Reproduction de « L’enfant-chamois » Guy Oberson


dangers, danses et défenses 
peurs et prostrations
inscrits en toi en miniature
attendent leur moment pour éclore
le chant de tes ancêtres
est le nid d’où tes rêves
prendront leur envol »

(poème « Jonas » in Terrestres)

 

L’identité, souvent questionnée dans les écrits de Nancy Huston, est ici nichée dans l’antériorité, l’oratoire amniotique, où le récit place des lectures de Samuel Beckett, Roland Barthes, Anaïs Nin, Romain Gary… préfigurations de sa langue, de sa musique de future terrestre…

 » Tu vivras la littérature en mélomane. Sur les sables mouvants de ton enfance, langage et musique seront des échafaudages invisibles, amovibles, sans poids, auxquels tu pourras toujours te cramponner. »

(extrait de « Bad Girl »)

* * * * * * *

Par cette nouvelle expérience, on  mesure un peu mieux ce que certains artistes exposent d’eux-mêmes à la nécessité de leur création, ce mouvement vers le ‘en-soi’ à travers les « Lignes de failles » (roman de N.Huston), les interstices, si infimes soient-ils, ces passages où le corps tremble.(1)

Leur sincérité absolue, leur engagement d’artiste, ce serait cela : entrer en résonance avec l’anima, vibrer un temps avec elle, et puis revenir tenter de l’interpréter, témoigner.  Par la peinture et ses lectures infinies.  Par la langue, fouillée, malaxée, lissée, dont l’écrit garde la puissance.

 « Plus nous entrons loin en nous même, plus claire et plus impérative sera l’image que nous pouvons donner de nos sédimentations intérieures, plus aussi notre expression sera universelle» déclarait il y a maintenant quelques années le peintre Hans HARTUNG, dans une belle interview par Ugo Pandolfi. (2)

* * * * * * *

TERRESTRES – le livre est attirant, confortable par son format, doux dans les mains qui d’instinct caressent le grain subtil de la page, l’iconographie chatoyante disposée entre équilibre et abîmes.  « Terrestres » est un livre que l’on tient contre soi.
A l’écoute des artistes, la grande maison ACTES SUD l’a rendu possible.

[Feuilletez ici quelques pages du livre TERRESTRES]

Bien sûr, tous les lieux de leurs futures lectures n’offriront pas le confort de ce grand auditorium pour la projection vidéo.  Mais gageons qu’ils sauront restituer partout l’esprit, la richesse, et la grâce de cette belle forme originelle.

La prochaine « lecture de TERRESTRES est à Paris ce 8 janvier 2015!!

Guy OBERSON a réalisé la vidéo et l’a illustrée avec des extraits des musiques de Paul Giger, 17f, Bliss, Murcof et Jon Hopkins.

Le site web de Guy Oberson  et sa page ‘artiste’ sur Facebook, avec les dernières news

Nancy Huston chez Actes Sud

(1) Ceci n’est pas sans nous évoquer le mouvement vers les Corps Parallèles / Parallel body, l’oeuvre poétique de Dom Gabrielli.

(2)  Hans HARTUNG – Texte intégral de l’interview

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Complètement Maalouf

Illusions, une tournée et un artiste de rêve en 2014

On le connaît performer multimédia, collaborateur trans-genres, mais Ibrahim Maalouf  est avant tout un raconteur d’histoires. Des histoires qu’il fignole comme un artisan : concevoir le thème, dessiner la trame et la solide charpente du récit, écrire – détailler, dire enfin : jouer, chanter, enregistrer,  mixer.  Peaufiner les albums ou ré-inventer toute l’histoire dans l’urgence de ses concerts.

© Denis Rouvre 2013

© Denis Rouvre 2013

Diriez-vous que 2014 à été l’année Ibrahim Maalouf ?

Avec la parution courant 2013 de son 5e album Illusions, Ibrahim Maalouf a déroulé sur 2014 une longue tournée internationale, et marqué de sa participation de prestigieux  festivals.
Pour le Festival de Saint-Denis, il met en musique une dizaine de poèmes d’Hildegarde von Bingen, religieuse et musicienne du XIIe siècle.
Vous le connaissiez en duo avec le slamer Grand Corps Malade, le voici sur un projet excitant avec le poète rappeur Oxmo Puccino : Au pays d’Alice, d’ores et déjà distribué en album.(1)

Au Pays d'Alice

Au Pays d’Alice – cliquez sur ce lien Deezer

Au cinéma, il avait débuté en 2012 avec une remarquable composition : Wind (album éponyme), imaginée comme la bande-son de La Proie du vent, long-métrage muet de René Clair datant de 1927.
Il est choisi en 2014 pour la musique originale du biopic Yves Saint-Laurent.

Côté distinctions, il y a eu le Grand prix Sacem Jazz et la Victoire de la Musique, en musiques du monde ce dont il n’est pas peu fier.  Autant que d’avoir vu distinguer pour la première fois un instrumentiste dans cette catégorie.

C’était une année bien remplie.  Et il nous promet une suite au moins aussi prolifique et agitée.

Ma dernière expérience du Sire en live commençait à dater: 2009! – on le disait prometteur ! – au Festival estival Millau-en-Jazz dans l’Aveyron. (2)  Une mise-à-jour s’imposait.

Ibrahim Maalouf Millau en Jazz 2009

Ibrahim Maalouf Millau en Jazz 2009

Début décembre à Toulouse – Blagnac, l’avant-dernier concert de la tournée Illusions ouvre dans une salle Odyssud sold out.  Deux douches de spots en parapluie nimbent le guitariste François Delporte et le claviériste Frank Woeste pour l’introduction, d’abord minimaliste, bien dans le style « Il était une fois .. », annonciatrice d’une grande histoire à venir.  Bientôt basse et batterie viendront soutenir la montée en tension de l’opus, la guitare gémit, se fait plus baroque, un presque climax qui retombe: c’était Illusions, le morceau-titre de l’album. Une respiration, juste le temps de lancer sur cette énergie encore palpitante Conspiracy Generation et la section de quatre cuivres, quatre trompettes flamboyantes pour une entrée majestueuse et longue comme un soleil éclatant. Il s’en détache et avance enfin, il maestro : Ibrahim Maalouf, attendu  dans le rôle du conteur.

Dans un album-concept ou à la fraîche d’un concert, c’est toujours un petit miracle de reconnaître chez un musicien la richesse de ses influences, de ses univers, et dans le même temps, entre les mêmes notes, ce que cet univers a d’unique, d’harmonieux, de ré-inventé.  Rien à voir avec un collage astucieux, ni même avec une sorte de syncrétisme lié au parcours de l’artiste : Maalouf est d’origine Libanaise, il a écouté beaucoup de (hard)rock et de pop dans sa jeunesse,  il a étudié et joué du jazz ‘pur’, son père – Nassim Maalouf – est l’inventeur de la trompette orientale à 4 pistons, ..  et voilà ?  Pas si vite.

Bien sûr, le monde est rempli de faiseurs, plus ou moins talentueux, en art comme dans tout.

Ce qui est à l’œuvre pour les artistes dont nous parlons est de l’ordre de ce qui affleure naturellement de leur univers intérieur, battement sans nom un peu ou très sauvage.  Parce qu’ils ont appris à le reconnaître, à l’apprivoiser, et à le guider vers une expression qui résonne avec toute leur personne, nous tous – auditeurs attentifs (l’érudition n’a rien à faire ici)  – pouvons y reconnaître une œuvre juste et belle, y déceler quelquefois la grâce qui fait les chefs d’œuvre.
Ça ne se fait pas tout seul, mais le travail de l’artiste, ici musicien mais bien sûr aussi peintre, sculpteur, plasticien, poète, … n’est en aucun cas laborieux, besogneux. C’est un travail de recherche, d’écoute de soi, de son histoire intime dans un face à face parfois éprouvant mais qui accouche souvent de vérité, de sincérité plus ou moins supportable, plus ou moins facile à exprimer dans la forme artistique.

© Laurent Mignaux

© Laurent Mignaux

Prenez le titre  Beirut,  par exemple, issu de l’album Diagnostic (2011).  Son intensité nous avait saisis à la première écoute. Connaissant les origines libanaises d’Ibrahim Maalouf, on pouvait y lire en surface une forme d’hommage ou de compassion avec une ville qui a beaucoup souffert de la guerre. Certes.  En vérité, confie-t-il au public, la mélodie de Beirut est née de sa première confrontation avec la réalité de la guerre dans sa ville, la vision d’un enfant seul qui a vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir à son âge.  La mélodie a surgi dans sa tête, alors qu’il s’éloignait de la scène.  Une mélodie qui s’incruste, se mélange à la musique rock de son walkman, allumé par réflexe comme pour s’étourdir, amortir un peu ces images agressives.  Allez savoir comment ce mélange improbable de musiques et d’images fait de Beirut un morceau riche et puissant …  Mais si, vous savez bien.
Sur la foi de cette évidence, quel beau chœur nous formions à Odyssud en chantant tous ensemble le thème de Beirut.

Et sur scène, c’est tout pareil.  Plus fort même.  Avec la liberté d’improvisation constitutive du Jazz, stimulé par des musiciens tous au diapason de son univers, et avec l’engagement qui peut se produire en live, Ibrahim peut jouer à l’instinct le plus pur.  Et ce sera dans le ton, ce sera riche, ce sera inouï – mais nous paraîtra couler de source.  Sans faire le malin, on peut citer une phrase du psychanalyste Jacques Lacan, qui sonne juste elle aussi :    « Ce que vous faites sait ce que vous êtes ».(3)  Même à l’instinct – surtout à l’instinct ? – on ne crée pas n’importe quoi,  n’importe comment.

Voilà sans doute pourquoi, dans le déroulé d’un titre, les musiciens sentiront qu’ils peuvent se retirer et laisser Ibrahim Maalouf revisiter en solo ses racines, ses maîtres, et même ses bonnes fées, lorsqu’il jouera les accents d’une partita que l’on veut croire dédiée à Marie-Louise Girod-Parrot, une grande dame de l’orgue qui croyait beaucoup en lui.(4)

Chaque titre interprété ce soir est une de ces histoires, un scénario, avec la scène d’installation, le thème et ses déclinaisons, puis l’histoire qui vit : crescendo, brillance, éclats, lâché de chevaux par ses musiciens électrisés que d’un signe il rassemble dans sa main. Puis sans transition, trompette-voix et ses quarts de ton pour des confidences musées au creux de l’oreille. Enfin le final, souffle apaisé ou coda magnifique.
Autre chose, côté cuivres: la trompette est l’instrument du soliste, une voix qu’Ibrahim souffle jusqu’au murmure parfois. Dans la culture occidentale, elle évoque cependant autant les fanfares, les Big Bands, Bagads de Bretagne, et – plus à l’Est – les fanfares des Balkans mâtinées de Tzigane.

MaaloufTrumpetSolo
Parce qu’il a cette culture nomade, ces secrets de cuisine et de feux de camp, Ibrahim Maalouf brasse tous ces accents dans une expression: la sienne.  Des accents qui sont sa palette de peintre, et infléchissent le rythme, le battement essentiel.  Ecoutez ces dialogues entre la trompette du soliste et le chœur des trois autres, particulièrement marqué sur les titres Conspiracy Generation, InPRESSI, et Nomad Slang; on est entre la musique joyeuse de mariage quelque part dans un village et, en creux, la majesté, la révérence des répons de la musique liturgique dans ses plus beaux motets.

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Un mot, comme c’est l’habitude ici, sur tous les artistes qui accompagnent Ibrahim Maalouf dans ses Illusions .

©www.marcocomettophoto.com

©www.marcocomettophoto.com

Des musiciens, la plupart solistes sur des projets personnels ou recherchés par d’autres formations.  Ils sont tous de haute volée.  Fins connaisseurs, amoureux de leur seul véritable partenaire : leur instrument !!  Le dira-t-on jamais assez , ce lien fort qu’ils entretiennent avec leur compagnon de travail, de répétition, de recherche, et de plaisir…Virtuoses donc, cela va sans dire, mais tout artisan « n‘oublie-t-il » pas la technique quand il sert un grand ‘œuvre?  En fin de tournée, comme c’est le cas pour ce concert à Odyssud, leur symbiose est optimale. Infusés de la musique d’Ibrahim, ils font des merveilles.  Jazzmen pur jus, ils vous déclinent le thème sans perdre de vue ni la trame ni le tempo.  Et quand ça vire power jazz, lorsque la tentation rock devient irrésistible, eh bien tout le monde y va, avec une fraîcheur et une absence de complexe dignes des glorieuses seventies.  Mention particulière à Youenn Le Cam qui nous a torché un solo au biniou – vous avez bien lu : au biniou ! – digne des plus grands guitar-heros, sauts et  final sur les genoux compris !!  Sur l’engagement aux côtés d’Ibrahim Maalouf, tous ont cette attention, cette intelligence musicale qui distingue les meilleurs sidemen.  Un exemple qui vaut pour tous : François Delporte et sa guitare. J’illustre volontairement avec une vidéo qui n’est pas extraite d’un concert public live.   Dans cette version libanaise de True sorry, voyez le regard, l’attention, la complicité qui permet l’impro, comment ils se calent l’un par rapport à l’autre, et le bonheur partagé.

(Allez, on prend 5 minutes: à la partir de la 3e, Ibrahim doit reprendre – va reprendre sur la guitare de François qui l’attend, puis non, juste pour le plaisir – ça se voit! – il laisse encore un tour, quelques mesures de guitare à se régaler. )

Et devant ?  Face à la scène, à la table de régie, il est d’autres artistes : ingénieur du son et créateur des lumières. Damien Dufaître, créateur haute-couture d’éclairages raffinés qui – c’est la première fois que ça m’arrive ! – m’ont fait plusieurs fois quitter la scène des yeux pour suivre au plafond de la salle les circonvolutions de ses boucles et ellipses élégantes.

Avant, après, derrière, et dans les camions, le régisseur Jean-Louis Couleard conduit un ballet de pros, règle un plateau aux petits oignons pour le confort des musiciens mais aussi le nôtre.  Et cela concert après concert, puisque on parle bien d’une tournée.  Si vous restez des fois quand la salle se rallume, vous les voyez bosser.  Merci à eux.

lumières Dalmien Dufaître

lumières Dalmien Dufaître

Pendant ce temps-là, donc, Ibé signe des autographes, dédicace des albums, pose avec le sourire pour des photos de fans, …

Quand vers la fin vient notre tour de remercier pour le concert, et la chance d’installer une petite discussion, on évoque ses collaborations sur les  albums de Lhasa (The Living Road) et de Piers Faccini (My Wilderness), et avec Piers, les apparitions dans leurs concerts respectifs pour un peu de musique en duo.

« Ha Piers ….. Je suis un fan absolu! »  Il pose le stylo, et son regard dit qu’il est ailleurs. « Avec Piers .. il y a quelque chose entre nous, quand on joue ensemble, on ne cherche pas quoi faire, on sait tout de suite …  Je suis sûr qu’on fera quelque chose ensemble un jour.  Là, il y a les autres projets en cours, tout ça prend un peu de temps mais on le fera. »

Sur ce sujet, Piers Faccini n’est pas en reste :

« Mon rapport avec Ibrahim c’est quelque chose de mystérieux, un peu comme l’amitié, même si on se connaît depuis moins longtemps qu’avec Vincent par exemple (Vincent Segal – 25 ans d’amitié et un premier album en duo Songs of the Time Lost).  On ne sait pas par quel chemin on est arrivé là, quels enchaînements ou quelles conversations, mais on se sent bien ensemble, immédiatement, tous les deux.  Et c’est assez rare en musique.

On avait eu plusieurs occasions de collaborer, mais pour mon album My Wilderness, j’ai écrit la chanson The Beggar and the Thief pour lui, en sachant ce qu’il pouvait apporter à la chanson et à quels endroits, avec quelles tonalités il enrichirait, sans aucun besoin d’indications.

 

Il fait partie de ces instrumentistes que j’apprécie particulièrement, comme aussi Jasser Haj Youssef avec son violon ou sa viole d’amour; je les considère comme des chanteurs, ils ont cette compréhension de la voix chantée, avec leur instrument ils vocalisent réellement.

Tout virtuose qu’il soit, lorsqu’il accompagne quelqu’un qui chante, Ibé s’occupe d’abord de mettre cette voix en valeur, de la servir avec toute l’invention et la finesse dont il est capable.  De la part d’un musicien acclamé comme l’est Ibrahim, c’est un cadeau inestimable. »

Quelquefois, un artiste qui parle d’un autre ça vaut plus que toutes les publicités personnalisées pondues par des algorithmes compliqués non ?

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(1)  Au Pays d’Alice en concert en 2015 à la Philharmonie de Paris avec Oxmo Puccino, la Maîtrise de Radio France et un orchestre symphonique (5-6-7-8 Février).

(2) Petit mais estimé festival Millau-en-Jazz , où les artistes sont tellement bien accueillis qu’ils se le disent! Au bénéfice d’une affiche qui a souvent le chic de présenter en avant-première quelques valeurs sûres de demain.  Long live Millau-en-Jazz !

 (3) Page Facebook d’Ibrahim Maalouf – 30 août 2014·

« Voici une nouvelle qui me rend profondément triste :(((
Il s’agit de l’une des femmes qui a le plus compté dans ma vie, et dans celle de mon père. Elle a été la musicienne qui m’a le plus encouragé entre l’âge de 7ans et l’âge de 15ans. J’ai dû faire une centaine de concerts avec Marie-Louise pendant cette période, et elle a surtout encouragé mon père dans les années ’70 à développer sa vie musicale. Très peu de gens connaissent son nom, mais pour moi elle fut fondamentale. Je l’ai beaucoup aimée et l’aime encore profondément.
Un jour Marie-Louise, qui fêtait ses 87 ans, en 2002, me demande d’enregistrer un disque avec elle pour la paroisse pour laquelle elle est titulaire (Le Louvre, à Paris). Je lui dis alors que personne ne me connaît, et qu’elle ferait mieux de le faire avec quelqu’un d’un peu plus connu… Elle, évidemment, me dit que je suis idiot de dire ça, et me répond malicieusement qu’un jour je le lui rendrai bien. Je lui demande alors « comment ? », et elle me répond, « quand tu seras un peu connu, ne m’oublie pas et invite-moi à faire un disque pour fêter mes 99 ans ». Je lui réponds alors « mais pourquoi pas vos 100 ans? », « Jamais! » me dit-elle !
Alors j’ai enregistré ce disque (c’est d’ailleurs mon premier disque que personne ne connaît !!)
Malheureusement, cette grande dame de l’orgue nous a quittés à 98ans. Donc non seulement elle a eu raison pour le « jamais », mais en plus elle ne m’a pas laissé honorer l’engagement !! Sacrée Marie-Louise !!!
Nous avons donc rendez vous lorsque ce sera mon tour de monter là haut et nous rejouerons ensemble avec JS Bach et tous les autres.
Bon voyage Marie-Louise et merci pour ces grands moments de bonheurs et pour vos illustres improvisations musicales inoubliables. »

(4) Jacques Lacan, 11 Décembre 1973 (merci Annie Bellecaille):

« Entre votre Symbolique, votre Imaginaire et votre Réel… depuis le temps que je vous les ressasse, …vous sentez pas que votre temps, votre temps se passe à être tiraillé ?
En plus ça a un avantage, hein, ça suggère que l’espace implique le temps, et que le temps c’est peut-être rien d’autre, justement, qu’une succession des instants de tiraillement.
Et aussi « Ce que vous faites, sait – sait : s.a.i.t. – sait ce que vous êtes, sait « vous». »

* * * * * * *

Autour d’Ibrahim Maalouf pour la tournée Illusions :

Trompettes   Youenn Le Cam, Martin Saccardy, Yann Martin
Biniou-hero  Youenn Le Cam
Batterie         Stéphane Galland
Basse             Laurent David
Claviers         Frank Woeste
Guitare          François Delporte

ibrahimmaalouf.com

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Feather Light

Etaient-ce les circonstances ou était-ce le destin
Le jour où tes lèvres ont rencontré les miennes
Chance ou mauvaise fortune
Je le saurai avant l’heure

Si ton amour venait à durcir comme la pierre
Arrête ce feu qui ne dévore plus que moi

Tellement fatigué de tomber Que vienne l’appel
Mais tu ne réponds toujours pas
Lassé d’attendre
Je suis a toi
Je ne sais plus où me cacher

Si ton amour venait  à durcir comme la pierre
Arrête ce feu qui ne dévore plus que moi

Je dérive au loin  Serre-moi fort
Je me laisse emporter  Plume au vent

Tu es le nom intact que ma langue ne prononce pas
Le nœud sans regret,  inoubliable, qui se défait

Si ton amour venait à durcir comme la pierre
Arrête ce feu qui ne dévore plus que moi

 

Je me consume  Serre-moi fort
Je me laisse emporter  Plume au vent

 

(Piers Faccini – Album Between Dogs and Wolves – Label Beating Drum 2013)

www.piersfaccini.com

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I shall not walk alone (Ben Harper)

Beauty that we left behind
how shall we tomorrow find

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Songs of Time Lost – La Bande-Son de leur Amitié

merci à J piers-DEF-800x800

Piers Faccini et Vincent Segal / Nø Førmat

 

Faccini_Segal_(c)Payram_04C’est juste que la musique est notre première maison, elle nous protège.
Avec cette présence,
il n’y a plus rien de ce qu’il y avait avant.

Vincent Segal

 

Il y a quelque 25 ans, ils marchaient facilement une heure dans Paris avant de trouver un coin de place pour chanter s’accompagnant d’une guitare et d’un violoncelle.  Piers Faccini  était alors surtout peintre, ébauchait sa trace en musique avec le groupe Charley Marlowe et en composant des instrumentaux pour la télévision anglaise. Premier prix de Conservatoire mais déjà visionnaire, Vincent Segal ne tenait pas en place et courait les collaborations inspirées en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et en Europe: Chuck Brown, Elvis Costello, Steve Nieve, Cesaria Evora, Papa Wemba, Nana Vasconcelos.  Les deux complices parlaient de peinture, se passaient des disques préférés, échangeaient leurs impressions, testaient avec l’autre une nouvelle chanson, un riff de violoncelle, électrique ou acoustique.  On les imagine fébriles, passionnés, curieux.

07 – A half of me

J’ai écrit ce titre pour une bande-son en 1996. Les morceaux devaient être tous instrumentaux, mais le réalisateur m’a demandé si je pouvais aussi composer quelques chansons pour le film. Il y avait un petit budget pour la musique et je me rappelle comment j’étais fier de pouvoir faire venir Vincent, payer son voyage et même un petit cachet.  C’était la première fois que notre collaboration était publiée.

 J’adore écrire de nouvelles chansons juste pour le plaisir de voir ce que Vincent va en faire, la première fois que nous les jouons ensemble; n’importe comment, il parvient toujours à trouver l’accompagnement parfait.  Par rapport au premier enregistrement réalisé en 1996, Vincent joue ici un peu différemment, en particulier sur les passages instrumentaux.  Mais pour l’essentiel, c’est le même arrangement de violoncelle qu’à l’époque.  Près de 20 ans plus tard, c’est bon de voir qu’on ne s’est pas trompés.

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02 – The closing of our eyes

 (…) J’ai initialement composé ce morceau pour le film « Children of the revolution » pour lequel j’ai aussi composé « A half of me ».  Vincent a pensé que ça pourrait également fonctionner avec des paroles, alors dans les semaines qui ont précédé l’enregistrement, je les ai écrites.  Par la suite, j’ai réalisé qu’écrire cette chanson nous avait pris 17 ans!

Arrivent les années 2000: chacun sur sa route, les amis prennent de l’assurance.  Vincent Segal multiplie les collaborations de haut vol (M, Dick Annegarn, Vanessa Paradis, Alain Bashung, ..), crée son groupe Bumcello avec Cyril Atef (1999),  et sort son premier album solo (T-Bone Guarnerius – 2000).  Piers prend résolument la voie de l’auteur-compositeur et sollicite naturellement son ami pour la production de son premier album Leave no Trace (2003).

Concevoir l’accompagnement comme une manière de prendre soin, se dédier, faire don de son potentiel comme on fait don de sa personne en amitié comme en amour, c’est une manière singulière de faire de la musique, de plus en plus rare : vouloir et poser la richesse dans la relation.  L’écoute et la confiance réciproques engagent, stimulent l’expérimentation ; le dialogue conforte dans la voie explorée qui conduit l’artiste à une nouvelle dimension de lui-même.

Piers Faccini est un vieux compagnon.  Il est ma voix.

Embarqué par la capacité de Piers à plonger au cœur de la chanson, à en extraire la trame nue, Vincent libère son violoncelle des conventions de l’accompagnement pour tisser avec la voix fascinante de Piers une conversation délicate.  Par ses doigtés, avec son archet, il lance son violoncelle sur des inventions  rythmiques et mélodiques qui fonderont l’originalité d’une « touche » Vincent Segal appréciée dans les univers de Sting (album If on a winter’s night ) et Ballake Sissoko (albums Chamber Music, At Peace), entre autres.

Vincent-Ségal

Mon violoncelle, c’est comme un Leica pour un photographe.  Avec lui, je peux non seulement fixer des sons, mais aussi des individus, des atmosphères, des périodes de ma vie.

Pour Piers, le regard de Vincent a légitimé la valeur du ressenti, de l’émotion brute, et du ton mezzovoce pour composer son identité d’artiste – quelque chose qu’il faut apprendre à écouter soi-même parce que personne ne vous l’apprend.  Piers peut alors aborder le songwriting avec la même rigueur qu’il applique à traduire ses émotions en peinture.  C’est une prise de conscience essentielle.

L’intimité et douceur sont la tonalité de notre amitié, on a toujours joué comme ça entre nous.  Je chante comme ça aujourd’hui dans la continuité.  La douceur est là parce que la chose est ancrée en profondeur.  Et puis si quelqu’un écoute vraiment, pourquoi parler fort ? (PF)

08 _ Mangé pou le cœur

(…)   Entre 1990 et 2003, je venais à Paris quelques fois par an et j’arrivais souvent à retrouver Vincent pour essayer de nouvelles chansons ou écouter quelques disques.  Je ne partais jamais du studio de Vincent dans le Marais sans des nouveaux trésors musicaux dans lesquels me plonger.

(…) Ca faisait des années que je cherchais à harmoniser dans ma musique et mon écriture les rythmes africains avec l’art du folksong européen.  Alors quand Vincent m’a joué la musique d’Alain Peeters pour la première fois, j’ai été littéralement ensorcelé dès la première note.  Avec ses chansons en créole, Alain Peeters a déverrouillé beaucoup de portes pour moi, et m’a donné la clé pour assimiler plusieurs influences dans mon écriture musicale. (…) Les compositions d’Alain Peeters sont aussi typiquement modernes dans le sens où la tradition et l’innovation fusionnent au bénéfice d’une forme d’écriture totalement personnelle.

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Pour Vincent Segal, le choix des titres pour Songs of Time Lost reflète fidèlement la nature et la diversité de ces années d’amitié,  à l’image de ce qu’ils écoutaient et de ce qu’ils jouaient : des reprises, des compositions originales, dans l’insouciance.

Chez nous il n’ y a pas de volonté de faire la révolution ou « tabula rasa », ni de faire de cet album un jalon dans l’idée de création à l’occidentale ; on n’est dans  le « temps perdu »,  pas dans la hiérarchie ; ça peut être la musique du souvenir ou pas – voyez la coutume au Mali de reprendre d’année en année les chants traditionnels et de les faire évoluer. (VS)

Songs of Time Lost c’est aussi la voix des anciens qui rentre et qui sort, comme celle de Skip James que je chante souvent ;  ce sont comme des fantômes qui reviennent : quand on les chante, la voix est là, ils sont là, le temps écoulé n’existe pas. (PF)

Perlées au gré de leurs récitals raffinés et sur cet album précieux, les chansons italiennes et napolitaines ne font pas que signer l’attachement de Piers Faccini aux accents d’une partie de sa famille; leur simple noblesse proche de l’eau claire procure à qui sait l’entendre le réconfort de l’élégance – la goûter met en joie.

01 _ Jesce Sole

Ce titre est une des premières chansons Napolitaines que j’ai apprises.  Pour autant que je m’en souvienne, il s’agit du plus ancien texte dans la tradition de la cité.  D’après l’Encyclopedia della canzione Napoletana d’Ettore de Mura, elle était chantée au lavoir par les femmes du quartier de Vomero, mais on le déclamait déjà  en rimes au 13e siècle.  Cette chanson est une sorte de complainte ésotérique ou une salutation médiévale au soleil.  Nous ouvrons souvent notre concert avec ce titre.  Au festival Jazz à Vienne en France (2010), nous l’avons joué à l’aube, alors que le soleil se levait sur l’amphithéâtre romain.

Songs of Time Lost offre l’écho tant attendu des récitals plutôt rares de ce duo de princes que vous ne manquerez pourtant pas d’apprécier en direct ; vous verrez comme la simplicité fait des merveilles. Voir les dates de la tournée en fin d’article.

L’abum en lui-même est très finement réalisé et met pleinement en valeur ce qu’on attendait aussi de ces orfèvres du grain : le timbre, le souffle, les cordes, les touchers de l’archet et des doigts, la résonance des lieux, et le bouquet de musique vivante qu’ils composent.  Ajoutez  la grâce de ses mélodies qui en disent long,  et vous trouverez vite en Songs of Time Lost un compagnon familier pour vos temps choisis.

Songs of Time Lost a été enregistré dans différents lieux des Cévennes françaises: une chapelle perdue au fond des bois, une cave à vin, une clairière, ou simplement dans une maison familiale.  Des lieux pleins de vie, d’aujourd’hui ou du « temps perdu », des lieux paisiblement chargés d’histoire(s) comme Piers Faccini les choisit depuis quelques années pour La Route de la Voix.
Une résonance toute indiquée à l’intention de cet album.

Les citations en italiques précédées d’un titre de chanson sont traduites des commentaires de Piers Faccini repris sur la pochette de l’album.  Les commentaires manquants seront progressivement traduits et ajoutés à la suite de cet article principal.

Les autres citations sont extraites d’entretiens ou d’émissions radio.

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Images sublimes d’une session en chapelle et clairière ici:

http://www.blogotheque.net/2014/09/26/piers-faccini-vincent-segal/

Pour se procurer l’album, on peut favoriser le circuit court qui contribue sensiblement à maintenir l’activité, l’indépendance, et le travail original du label Nø Førmat.  Voyez également leur offre de Pass.

www.piersfaccini.com pour tous ses albums en circuit court.

Vincent Segal pour son actualité.

La tournée:

30.09.14 – PARIS – Théâtre des Bouffes du Nord [w/ Vincent Segal] (FR)
10.11.14 – ALENCON – La Luciole [w/ Vincent Segal] (FR)
13.11.14 – CHOLET – Les Z’Eclectiques – Chapelle St Louis [w/ Vincent Segal] (FR)
14.11.14 – BAYONNE – Scène Nationale [w/ Vincent Segal] (FR)
15.11.14 – ROCHEFORT – Théâtre [w/ Vincent Segal] (FR)
16.11.14 – LONDON – Royal Festival Hall [w/ Vincent Segal] (UK)
18.11.14 – MERS LES BAINS – Picardie Mouv – Cinema [w/] Vincent Segal] (FR)
20.11.14 – ARRAS – Théâtre [w/ Vincent Segal] (FR)
21.11.14 – NANTES – Église Saint André de Rezé [w/ Vincent Segal] (FR)
22.11.14 – QUESTEMBERT – L’Asphodèle [w/ Vincent Segal] (FR)
23.11.14 – MORLAIX – Espace du Roudour (with Vincent Segal) (FR)
25.11.14 – VEVEY – Théâtre [w/ Vincent Segal] (SZ)
27.11.14 – VALENCE – Théâtre [w/ Vincent Segal] (FR)
28.11.14 – LYON – Temple [w/ Vincent Segal] (FR)
29.11.14 – ANNONAY – Chapelle Sainte Marie [w/ Vincent Segal] (FR)
02.12.14 – ANTIBES – Anthéa [w/ Vincent Segal] (FR)
17.04.15 – CHATEAUVALLON – CNCDC [w/ Vincent Segal] (FR)
19.05.15 – LOIRON – Théâtre des 3 Chênes [w/ Vincent Segal] (FR)

 

En français: d’autres textes tirés du livret de l’album

03 – Camina camina

Mon mariage au sein d’une famille Napolitaine m’a fait plonger la tête la première dans les eaux riches et sombres de la culture de cette cité.  Entre deux leçons de Napolitain, j’écoutais autant de musique locale que je pouvais.  Même si je préférais le répertoire traditionnel et populaire, je suivais toutes les suggestions de mes amis.  C’est comme ça que mon beau-frère, l’auteur-compositeur Claudio Domestico, m’a fait découvrir le grand Pino Daniele.  La chanson ‘Camina camina’ date de son premier album ‘Terra mia’ – un chef d’oeuvre!  Elle parle d’un vieil homme qui marche en solitaire le long du port, au clair de lune.  C’est d’une beauté triste et nostalgique, un mélange idéal de parfums doux et amers – comme beaucoup de classiques Napolitains.

04 – Cradle to the Grave

En attendant de monter sur scène pour un concert il y a quelques mois (printemps 2014), Vincent m’a joué dans les loges un riff d’inspiration New Orleans qu’il venait de trouver.  On a pensé que ça pouvait faire une bonne chanson, alors je suis arrivé avec des paroles juste avant l’enregistrement de cet album.  Cette mélodie m’a inspiré pour écrire quelque chose basé sur la tradition du carnaval et l’idée d’une danse universelle qui s’empare de nous du berceau jusqu’à la tombe. Les rituels de carnaval existent depuis des siècles; cela me fait penser à certaines  peintures que j’aime et qu’on trouve dans des églises médiévales: elles dépeignent des hommes de toutes conditions et de différents métiers qui dansent tout le long de leur chemin vers la tombe.  Le style syncopé New Orleans est plutôt éloigné du Moyen Age européen mais ce thème universel les relie.

Comme plusieurs chansons de cet album, nous jouons celle-ci sans guitare, laissant les mots chantés coller au plus près du thème pincé sur les cordes du violoncelle de Vincent. (PF)

05 – Quicksilver daydreams of Maria

Les grands amis ont souvent les mêmes goûts en matière de musique et c’est certainement notre cas.  Je ne pense pas qu’on ait jamais parlé de Townes van Zandt. Pourtant, en parlant d’ajouter l’une ou l’autre reprise à un spectacle que nous préparions il y a quelques années, nous nous sommes découvert un amour partagé pour sa manière de composer.  Quand je chante cette chanson, j’ai l’image de Townes, poète saoul et  aristocrate cow-boy, chevauchant au soleil couchant dans le désert, au son d’une valse du Sud. (PF)

06 – Vilanella di Cenerentola

Il m’a fallu un solide coaching de la part de ma femme pour seulement imaginer chanter cette chanson et je l’ai répétée intensément avant qu’on l’enregistre. Le texte original, écrit par le poète Napolitain Giambattista Basile, date de la fin du 16e siècle. Il a été mis en musique plus tard. (PF)

09 – Cicerenella

Quand je joue de la guitare, j’utilise beaucoup d’accords ouverts – un des mes préférés est Ré-La-Ré-Sol-La-Ré. Davey Graham s’en servait dans les années ’60 et plus tard des gens comme Bert Jansch et Jimmy Page. Un jour où je m’amusais dans cet accordage, j’ai réalisé qu’il fonctionnait très bien avec le traditionnel Napolitain Cicerenella.  C’est une association improbable, mais en la jouant sur ma vieille National des années ’30, le son caractéristique de la guitare autant que l’accordage Ré-La-Ré-Sol-La-Ré nous aident à nous approprier cette chanson.  Au fil du temps, Vincent et moi avons ajouté quelques chansons napolitaines à notre répertoire; celle-ci est une de nos favorites.  On l’a enregistrée dans les différents lieux choisis pour la réalisation de cet album mais nous avons préféré cette version, enregistrée dans le beau prieuré Roman de Cézas, en Cévennes.

10 – Wenn Ich mir was wünschen dürfte

Marlène Dietrich et Friedrich Holländer ont enregistré cette chanson en 1930, allant jusqu’à payer eux-mêmes la location du studio.  Elle a été composée par Höllander peu avant de quitter l’Allemagne. « Si je pouvais faire un voeu, je ferais le voeu d’être heureux(se) mais juste un peu, car trop de bonheur me rappellerait ma mauvaise fortune. »

11 – Everyday away from you

Bien qu’on se connaisse depuis 25 ans, Vincent et moi n’avions jusqu’à aujourd’hui jamais composé ensemble.  La musique écrite par Vincent m’a inspiré des paroles que j’aurais pu écrire sur vieux standard jazz.  Il y a du romantisme affecté dans cette mélodie à l’ancienne qui me fait penser à Luiz Bonfa, dont nous apprécions tous les deux la musique.

12 – Dicitencello vuje

J’ai passé quelques mois à Rome en 2001. Avec l’aide de mes amis Romains, j’en ai appris davantage sur la musique italienne. Je connaissais bien quelques chansons de Fabrizio de André, Lucio Dalla, Francesco de Gregori et d’autres encore, souvenirs des voyages en Italie avec ma famille dans les années ’70. A rester sur place tout ce temps, j’ai réalisé que j’avais traité cette musique avec moins de révérence que le folk anglais ou le blues du Mississippi. Moi-même descendant d’immigrants Italiens, j’ai vécu la découverte des disques de Roberto Murolo comme une sorte de retour en musique à la maison. 

On reconnaît la beauté d’une chanson quand il ne lui faut rien de plus qu’une guitare et une voix. A coup sûr, les interprétations des classiques Napolitains par Roberto Murolo en font partie. Si j’avais a désigner la plus belle voix masculine jamais enregistrée, je devrais tirer à pile ou face entre Murolo et Sam Cooke. Il y a tellement de chansons formidables dans le répertoire Napolitain.  Celle-ci est un classique et c’est une joie de la chanter. Vous ne trouverez pas chanson plus romantique dans le style Napolitain que ‘Dicitencello vuje’.  Je l’ai chantée à ma femme quand on s’est rencontrés pour la première fois. Et je pense à elle chaque fois que je la chante. (PF)

13 – Make me a pallet on your floor

J’ai appris cette chanson avec un vieux disque de Mississippi John Hurt récupéré d’occasion au marché de Portobello.  J’avais 20 ans. A l’époque, le country blues était à eu près tout ce que j’écoutais, et à en juger par l’état du disque, j’ai dû le jouer un nombre incalculable de fois. Hurt, à la différence de beaucoup d’autres bluesmen country, utilisait un accordage de guitare standard, ce qui rendait les chansons plus faciles à apprendre, sauf à parler de son extraordinaire technique de ‘finger picking’. Ce titre est un de nos préférés depuis longtemps ; il a cette allure joyeuse et enlevée de ragtime qui vient de la ligne de basse crochetée dans les cordes. Entre ma guitare et le violoncelle de Vincent, je pense que nous avons trouvé notre façon à nous d’apprécier cette merveilleuse chanson.

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ISHA ou L’Alliance des Mondes

Une tournée de concerts par Naïma Chemoul et l’ensemble MAAYAN*

(ici la chronique d’une représentation durant l’été 2014)


Isha

De cette terre dorée coulent les chants de ces femmes, souvenirs charnels de mes ancêtres.

De cette terre s’élèvent leurs voix, mémoire vivante de l’amour et de la vie,dont elles furent le réceptacle et les gardiennes.

De ces lignées de femmes,
je suis et je chante.

Naïma Chemoul

C’est une célébration, une liturgie pleine de grâce, un long poème sacré.  Un modèle d’harmonie et pourtant une alliance audacieuse. Ces mélodies yéménites,  judéo-arabo-andalouses  frottées au jazz disent la foi, la compassion, et l’espoir. Par ses bras graciles et accueillants, Isha est une musique comme seules en peuvent les femmes.

Passeur des traditions Sépharades familiales, formée au théâtre et au chant jazz, Naïma Chemoul confie qu’un Djin l’a mise un soir sur la piste d’Isha, le regard musical d’une femme tournée vers elle-même, l’alliance possible des mondes et des cultures que démontre sa simple existence.

Les ingrédients de l’enchantement

On découvre dans Isha les mélodies liturgiques des piyutim, un répertoire traditionnellement réservé aux hommes et très rarement joué en dehors de la communauté hébraïque.  Un joyau, porté haut par Naïma Chemoul en hommage à ces femmes sépharades restreintes aux fonctions domestiques ô combien profanes, et pourtant gardiennes du Sacré dans les cuisines et les intérieurs, pendant que des hommes respectés le célébraient dans les synagogues.   Pas d’enchantement sans poésie, bien entendu: traditionnelle spirituelle ou profane hébraïque, ou encore  contemporaine, écrite par et pour les femmes.

L’harmonie et l’intensité d’Isha sont à proprement parler ravissantes, et ‘cueillent’ un auditoire choyé par la voix et la danse de Naïma Chemoul.  Elle-même évolue avec émotion dans un cocon instrumental de cordes et de peaux offert par ces musiciens hommes au service d’un projet de femme. Chant sacré laissé aux femmes, servies par les hommes: revoici l’alliance, rare.

Les artisans

Si Naïma Chemoul a conçu le projet à l’instinct, avec pour seuls jalons le premier et le dernier chant, les musiciens ont apporté avec leurs arrangements ce qui fait l’étoffe et les ors d’Isha. Alliance encore entre les accents tribaux et la sophistication du jazz.  Un modèle d’harmonie qui préserve les singularités et enrichit l’expression commune.  Le noyau dur d’Isha est composé de Samir Hammouch au Qânoun, spécialiste de la musique arabo-andalouse, et de Bona Akoto, aux percussions et à la batterie. Thierry Di Filippo les accompagne souvent – et pour la circonstance – au Oud, et parfois à la guitare.  Dans la configuration retenue pour ce concert, Isha s’adjoint la douceur du violon de Raphael Sibertin-Blanc et la basse organique de Grégoire Oboldouieff.  Vous verrez: Isha est vraiment taillé pour ‘sonner’ à sa pleine mesure avec un ensemble de musiciens aussi étoffé. Lors de précédentes éditions toulousaines, on avait beaucoup apprécié Brahim Dour au violon, Julien Duthu à la contrebasse, et le grand batteur jazz Pierre Dayraud.  Il faut prendre soin de ces musiciens attentifs, généreux, engagés, qui font la beauté d’Isha, ce pur chant d’oiseau .

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Coup de cœur …

… si vous le permettez, pour la contrebasse d’Isha.  Emblème du jazz et puissante contribution au rythme, certes.  Mais quelle sensualité, tendresse des cordes crochetées alliée à la  sourde résonnance du bois, lorsque le musicien tisse avec la voix nue de Naïma Chemoul l’intime duo Bat Ahouvat El.  Nous avions vu à Toulouse Julien Duthu, sublimé par cette conjugaison subtile.  Il fut un temps le professeur de Grégoire Oboldouieff, que vous écouterez ce soir. Greg_IshaUn jeune musicien plus que prometteur, qui se livre à l’instrument avec de l’ardeur et de l’âme – et ce duo en demande.

Le dernier mot sera donc pour l’âme: qui anime toute forme réussie d’art vivant, et singulièrement Isha, l’alliance des mondes. Un message apaisé et très actuel- comme le soulignait Samir Hammouch à l’issue d’une représentation à Toulouse – dans lequel peuvent se reconnaître toutes les cultures et toutes les communautés. 

Pierre DAVID

* Maayan:  ‘sources’ en hébreu

Trouver l’album chez l’éditeur Troba Vox ou en Fnac, sur Amazon, etc.

Le site web de Maayan consacré à l’autre spectacle: Chant de femmes sépharades, avec des précisions historiques et biographiques.

Ecouter sur Soundcloud

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Jenny Lysander – Rencontres au jardin de LIGHTHOUSE

Jenny Lysander Son univers intérieurUn pas de côté pour échanger avec les protagonistes de l’EP LIGHTHOUSE, ‘debut-album’ de Jenny LYSANDER, déjà chroniqué ici.  On est au tout début d’une carrière d’artiste, et pourtant tout semble en place depuis longtemps.  Une rencontre a tout permis.

La première fois que Piers FACCINI a mis Jenny LYSANDER en lumière, souvenez-vous, c’était à l’occasion de sa cover à la bougie de Time of nought. Une bougie à la lumière aussi intense que lente si l’on peut dire. Jenny avait en quelque sorte installé un petit univers de lumière, de cordes, de doigts et de rythme, focalisé sur la mélodie et la délicatesse de cette chanson qui ne ressemble à aucune autre dans l’écriture de Piers.

Piers__ « J’ai d’abord été interpelé par le choix de cette chanson en particulier, et vite impressionné par son interprétation tellement personnelle, un jeu de guitare très poussé. Plus tard on se rencontre à Londres et je découvre à l’écoute de ses démos un univers affirmé, un genre de sensibilité que je partage sur beaucoup de plans. Là, oui, j’ai un coup de foudre et je lui propose de dialoguer un peu entre musiciens, de venir enregistrer ses chansons dans mon home studio des Cévennes. On a un peu de temps, celui de se découvrir mutuellement nos univers. Ce n’est pas tant une culture précise, géographique, qui est partagée, mais une conception universelle de la musique Folk reliée à la vie des gens, aux histoires ressenties ; dans mes références à moi, elle me fait penser à Bert Jansch, Sandy Denny, Anne Briggs, par exemple. En plus elle a ce talent déjà bien en place pour l’écriture mélodique, mais pas sur une trame pop couplet-refrain ; c’est plus comme une histoire qui se déroule. »

C’était l’été dernier (2013), et quelques semaines après cette session, il y avait une de ces fameuses étapes de La Route de la Voix, sur le site caussenard de l’Association Bouillon Cube. Longues conversations sous les étoiles, et celle-ci avec Piers et Patrick JAUNEAUD, l’ingénieur du son qui est de tous ses projets et qui a travaillé un temps en Angleterre pour quelques fameux projets (The Wall, Pink Floyd entre autres).

Patrick Jauneaud__ « En écoutant cette fille chanter, parler de ses chansons, discuter des arrangements, je me souviens des premières sessions avec Kate BUSH. Toute jeune, elle débarquait en studio avec ses premières chansons en sachant exactement ce qu’elle voulait. Elle avait une maîtrise dans la voix aussi qui contrastait avec son jeune âge. Jenny LYSANDER me donne la même impression : elle a cette maturité précoce et prometteuse pour la suite. »

Faccini Cévennes 2013

Piers FACCINI, songwriter, aborde naturellement cette rencontre bien au-delà du rôle de simple réalisateur ; dans l’esprit d’une collaboration entre artistes, il sera celui qui enveloppe, qui regarde l’ensemble, et donne la couleur de l’album.

Piers__ « Ça fait écho à mon premier album Leave no trace, produit par Vincent SEGAL (violoncelliste , producteur, ..). On avait déjà enregistré ensemble 5 ans avant, avec mon groupe Charley Marlowe, mais je rêvais de cette collaboration où je pourrais confier entièrement le travail de réalisation et les arrangements à Vincent. Là, je pouvais me concentrer sur les compositions et laisser cette partie du travail à quelqu’un d’expérimenté, l’observer, apprendre sur le métier, approcher cet immense savoir par l’expérience.
Aujourd’hui à mon tour, avec Dom La Nena (pour la production de son premier album Ela) ou avec Jenny LYSANDER, j’utilise mon expérience, les savoirs accumulés, pour enrichir le travail des autres. J’ai aussi la chance de travailler dans mon petit studio, qui est mon atelier d’artiste, rempli d’instruments de musique ramenés de mes voyage, que je connais bien et dont je joue souvent ; c’est un univers familier qui me met en pleine capacité de concevoir, d’expérimenter, et de proposer. »

Jenny LYSANDER

Jenny LYSANDER

Qu’en dit la principale intéressée ?

Jenny__ « Durant cette session, je me souviens combien c’était extraordinaire de voir la façon de travailler de Piers, comment une idée qui lui venait trouvait naturellement sa juste place, et comment l’environnement : les cigales, les criquets, le bruit des avions qui passent dans le ciel, et même les petits bugs techniques s’intégraient aussi dans la musique. L’expérience de ça comme un tout a été incroyable. »

Piers__ « L’univers de ce studio, ma façon de travailler, c’était évidemment nouveau pour Jenny. Je travaille à l’instinct, je mets très vite mes idées en œuvre : ajouter tel instrument, composer un chœur, .. J’aime beaucoup ce travail sur la texture, apporter de la matière. On est bien loin du cliché guitare sèche – voix feutrée ; sur ce EP il y a beaucoup d’assemblages, des chœurs, des glissés d’harmonies, c’est riche et complexe. J’ai pu aussi développer le potentiel voix de Jenny ; elle a un potentiel de modulation très fin, une gamme de fréquences dont elle ne soupçonnait pas l’emploi: elle a dû me faire confiance. »

Naturellement, l’ambiance home-studio contribue à installer ce climat de confort et de confiance indissociable des belles réussites. On n’en parle pas souvent. Jenny y est sensible, encore une fois d’une façon très personnelle :

Jenny__ « J’ai deux souvenirs précis de ce séjour, oui. Piers avait un exemplaire de The essential Chuang-Tzu. J’ai lu une de ces histoires qui débutait avec ce bûcheron à la recherche d’un arbre à scier ; il en croise un, épais et en bonne santé, mais il ne le coupe pas. Chuang-Tzu lui demande pourquoi et le bûcheron répond que ça ne vaut pas la peine, que cet arbre est trop difficile à travailler, qu’on ne pourra rien en faire … Chuang-Tzu réplique que grâce cette « inutilité », l’arbre va vivre de longues et belles années… Rien que ce petit extrait est beau … »
Je me souviens aussi de ses tasses à thé. Peut-être les plus belles que j’ai jamais vues. Elles étaient petites, pas de anse, avec des tonalités de terre chaudes et profondes sous le glacis ; je pouvais presque sentir la fraîcheur de l’argile et l’humidité de la terre mélangées au parfum de menthe quand je buvais … »

Jenny LYSANDER

Jenny LYSANDER

La manière dont la Demoiselle porte son regard sur les petits détails de la Beauté, la manière dont elle en parle, l’importance qu’elle accorde à une atmosphère, un tempo, une tonalité ou un son, … voilà qui engage à l’interroger d’une manière un peu différente sur ses débuts en musique.
La musique n’est-elle qu’un de ses jardins ou exprime-t-elle un univers global?  Et – s’il en est – sur quelles découvertes, sur quels serments de jeunesse est-il fondé ?

Jenny__ « Eh bien, j’ai commencé vers 13 ans je crois, à chercher quelque chose ; j’étais très troublée par l’état des choses, je m’inquiétais pour mes proches, et même à ce jeune âge j’avais une vision claustrophobe de ne pouvoir en faire assez et de manquer de temps. Un jour je suis tombée sur cette vidéo d’un sage soufi nommé Hisham Kabbani, qui commençait un discours par ces mots : ‘J’essaie d’être, .. autant que possible … zéro. Ce qui veut dire que j’essaie d’être rien… Parce que quand vous n’êtes rien, vous serez capable de comprendre … tout.’ Et ces premiers mots (j’ai oublié la suite), ce qu’ils signifiaient, me sont allés droit au cœur. Je crois que pas un seul jour n’est passé depuis sans que ces mots surgissent dans mon esprit à un moment de la journée. Ils me guident dans mes décisions, dans mes choix, et je ne me lasse jamais d’en rechercher le sens, de chercher d’où ils viennent et pourquoi ils résonnent si fort en moi. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles je suis également intéressée par la philosophie chinoise, le taoïsme, le bouddhisme zen…
Ma chanson Giving Thanks parle de cela, de vivre avec la gratitude, de rester humble face au monde, face à sa beauté, dans l’espoir de devenir assez transparente pour un jour en faire partie, être en harmonie avec lui…. »

lighthouse

 

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Lighthouse de Jenny LYSANDER – Son univers intérieur

Un album 4 titres du label BEATING DRUM, produit et arrangé par Piers FACCINI

 

Album Beating Drum Records

Album Beating Drum Records

Voici un cristal, une lumière lente, une couleur sans nom aux parfums lourds de terres neuves, une histoire.  Un voyage est né.

Chacune de ses chansons sonne comme un serment tatoué.  Habite-t-elle quelque lieu secret ou chevauche-t-elle le vent ?

 

 

Jenny LYSANDER, vous savez, faisait lundi ses premiers pas de chanteuse folk dans la cour des grands, ou plutôt dans le jardin de BEATING DRUM – le tout jeune label de Piers FACCINI. Ici la lumière des projecteurs est celle du soleil – préféré de l’aube ou du crépuscule, et puis celle des bougies quand on rentre pour veiller. Le ton est donné, celui d’une rencontre inscrite.

Jenny LYSANDER

Jenny LYSANDER

Aujourd’hui paraît LIGHTHOUSE, un ‘debut-album’ comme disent les anglo-saxons, quatre titres pour signer l’entame d’une collaboration délicate et naturelle, fruit d’une histoire toute simple (résumée sur la page du site de Beating Drum) : la reprise du Time of nought de Piers FACCINI postée par Jenny LYSANDER au cœur de la nuit sur un YouTube remarqué, une rencontre à Londres et les démos remises en mains propres – ‘comme on dit merci’, jusqu’à l’invitation au studio des Cévennes.

Lighthouse - extrait video P.Faccini
Avant cela, Jenny joue de la guitare, compose, pose des chansons sur MySpace et Soundcloud, se produit dans des clubs en Suède. Sa belle maturité ne date pas d’hier, n’en doutez pas. Son assurance, une capacité rare à écouter sa musique intérieure, en impressionne plus d’un. Nul besoin alors d’aller chercher outre-Atlantique la référence à des voix iconiques : Jenny est de son pays, de sa terre, de ses îles. Ses danses sont populaires et tellement scandinaves. Ses chants sont pour les églises froides ou le feu du bord de route. Elle en a d’autres juste pour dire la gratitude d’être au monde, même s’il est battu par des vents furieux. ‘(…) Sentir que la vie te viens juste pour faire l’expérience de l’aube et de la tombée de la nuit. C’est magique. Il n’y a rien de comparable à la mer, à l’océan.’

La pureté, le tissu culturel mêlé d’invention des chansons de Jenny s’impose depuis les premiers titres à diffusion confidentielle jusqu’au titre Memento mori, publié sur le 45 tours vinyle partagé avec FACCINI pour le Record store day d’avril dernier (un collector !!). LIGHTHOUSE offre à Jenny LYSANDER l’incomparable première fois, celle de sa musique confiée, produite et arrangée par un pair.

Taille fine et gestes inspirés qui font d’une pierre brute le bijou d’une seule femme.

Jenny Lysander Son univers intérieur
Les chansons
Dancing on the edge offre de ces accents folk scandinaves les plus modernes. Elle n’a pas leur voix et ne décline en rien leur répertoire, mais le terroir des Mari Boine, Sidsel Endresen, ou encore Kirsten Braten Berg est bien là. Traditions de campagne ou prières chantées. Polyphonie et danses. FACCINI a tout capté.
Mind me est ma préférée je crois. Elle m’évoque une valse avec l’aimée. Lendemain de bal dans une grange vidée de son foin. Douceur du plancher pour le pied nu. Lumière rasante du petit matin. Et les amis qui arrivent, avec les chœurs. Chacun son ressenti mais l’éternité pour les danseurs.
Giving thanks. Celle-ci raconte une histoire. A l’oreille, on la devine saga, couplets d’une vie accomplie. Tendresse.
The thought that I love est une composition fine et sophistiquée. L’écoute attentive révèle tout le talent de compositrice de Jenny LYSANDER. L’invention semble une expression originelle chez cette artiste – ou faut-il parler de sa nature ? – et c’est ce qui captive : un récit inouï, des phrasés à voix ténue, soutenu par la dentelle d’arpèges frottés, soudain brisés par des chœurs comme des cadences de Bach. Un voyage, oui.

Jenny LYSANDER semble-t-il ne cherche rien d’autre que d’être au plus juste avec l’expression de son univers intérieur, celui qui lui est donné et qu’elle parcourt sans relâche.
Un album complet est au programme de sa future collaboration avec Piers FACCINI. Voilà qui va donner de l’espace et du temps à cette raconteuse au cœur serré, les yeux ouverts face aux vents debouts.


L’estampille BEATING DRUM est à nouveau remarquable sur l’objet-album réalisé pour LIGHTHOUSE : l’artwork de Piers FACCINI et du graphiste Olivier CARRIE, le choix des papiers, et le bonus de l’artiste Jenny LYSANDER qui offre une fenêtre supplémentaire sur son univers avec un récit original inséré dans l’album physique.
C’est toute la démarche originale et la valeur ajoutée des réalisations de BEATING DRUM, qui conjugue la qualité, le circuit-court, et l’échange avec des auditeurs-clients qui s’engagent pour qu’existent une culture et des artistes nourrissants.

Lighthouse: l'album et l'histoire de Jenny

Lighthouse: l’album et l’histoire de Jenny

A suivre ici et bientôt une dérive dans l’univers de Jenny LYSANDER et quelques éclairages sur l’histoire de cette rencontre originale, commentée par Jenny et Piers en personne pour les fidèles de LA MAISON JAUNE.

Jenny LYSANDER

Jenny LYSANDER

 

Acheter l’album sur la boutique BEATING DRUM

facebook_24Jenny LYSANDER est sur Facebook

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Thierry Metz

comme on aperçoit tout-à-coup
durant une fraction de seconde à peine
la plaine
et tous les reliefs endormis
lorsque l’éclair déchire la nuit

tu comprends

avec soudain
cette certitude

qu’il était là depuis toujours
il était là sur le bord du chemin
il était là

une écriture de chair et de sang
de celles qui viennent frapper à ta porte
fermement
jusqu’à ce que tu lui ouvres

lorsque tu l’invites à entrer
elle s’en vient
dans toute la lumière
d’une aube d’été
bouleverser ta perception du monde
transformer tes paysages intérieurs
portant en elle
des effluves de terre et de plus-que-réalité

il ne te reste qu’à confier ta demeure
tout entière
à ses mains d’orfèvre
qui longtemps
très longtemps
apprivoisant le feu
à coup de poèmes forgés martelés
ciselant sa douleur
ont tenté de dire
ont tenté la vie
malgré tout

à bout de mots
l’homme a cessé de lutter
fuyant ce corps trop plein
du vide
laissé par son fils
il est parti le rejoindre

reste le poète
dont les mots sont ces brins tressés
jetés entre hier et demain
sur lesquels nous marchons
funambules
à sa suite

***

Invitation :

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/metz/metzthierry.html

***

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« Dans ce Nil ou ce Gange.

L’enfant attrape ma voix et joue plus loin, sans marquer de but. Il lui suffit de m’avoir soulevé. D’une seule main.

J’écris dans cette main qui se referme chaque soir, qui me garde pour que je veille. C’est souvent le rêve de l’étable et de la maman. Tout peut le contrarier, le parasiter. Qu’une feuille se détache et l’arbre s’absente pour guérir plus loin, parmi d’autres feuilles. C’est un rêve pour un grillon.

Nuit qui reçoit chaque oiseau comme un baiser sur la joue. Je n’ai plus le temps de m’endormir : une dame blanche a creusé son lit dans ma nuque. Entre elle et l’enfant, dans ce brasier de regards, je deviens bleu.

Instants noircis comme dans une vigne : je piétine mes mots, pieds nus, étant le seul récipient, sans fond.

Le jour est plus simple. C’est un peu plus d’herbe. C’est un vent qui me fait sortir- Et c’est moi que l’on voit, peint sur le pichet, une branche à la main, rouge comme ivresse.

Mais ce pourrait être autre chose, échappant à l’écriture, sortant du livre à la première occasion, se mêlant dans les rues à tout ce qui est dit puis jeté dans le caniveau. »

(Thierry Metz – Terre)

***

Image

« Je vis de ruisseaux et d’orties
avec de l’herbe
pour me lier à ta main
pour lui parler
d’un arbre
car je n’ai plus qu’à aimer
dans ce que j’ai à dire
emporté par nos voix. »

–

« le poème est amoureux
bercé par les vents
près de toi
qui bouleverse mon écriture
pas à pas
heureux de n’être
qu’un étourneau. »

(Thierry Metz – Tel que c’est écrit)

***

Image

 

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(Thierry Metz – Tout ce pourquoi est de sel)

***

Image

« J’écris pour ne plus trop m’éloigner
De ce que j’ai à faire.
Avec l’autre, celui qui voit tout : le buveur.
J’écris avec ce qui me reste, entre le
pouce et l’index, dans un pincement
d’étoile. »

(Thierry Metz – L’homme qui penche)

***

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« Un homme viendra
prendra une pierre
dira une maison une
lampe
prendra une feuille
nous fera attendre jusqu’au
soir
avant de parler de l’arbre
d’y arriver

et toi : tu n’auras que ces
mots pour naître »

(Thierry Metz – Journal d’un manoeuvre)

***

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« Sortir de nos paroles, simplement, comme
des moineaux pour habiter la langue mère de
nos mains.
Jemme baigne où tu passes.
Tu es celle qui verse l’eau. »

(Thierry Metz – Lettres à la Bien-Aimée)

***

???????? ???????? (Thierry Metz – Sur un poème de Paul Celan – Ed. Jacques Brémond)

 

 

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Her name et Memento Mori: Les nouvelles floraisons du label Beating Drum de Piers Faccini

Disquaire Day

En cette veille de Pâques 2014, Le Disquaire Day offrait une nouvelle occasion de diriger un peu de lumière sur le chemin précieux de la musique : comme elle naît, voyage, et se donne à l’écoute. Lumière et célébration, accueil des plaisirs revenus.

Goûtez certes aux plus fins chocolats sur les arômes longs de votre café préféré, mais offrez-vous aussi ce petit bijou de 45 tours vinyle du label BEATING DRUM. Deux faces A, pour mélanger le plaisir familier et l’excitation de la découverte. Her name, titre inédit de Piers Faccini, et Memento mori de Jenny Lysander – nouvelle signature du label. Ce 45 tours est un lever de rideau sur l’histoire d’une rencontre artistique féconde, livrant ici un premier objet précieux.

45tDisquaireDay2014

Her name

Les premières mesures de Her name disent que la chanson a commencé bien avant l’écoute ; c’est très curieux, cette impression de se trouver d’emblée à la sortie d’un refrain, sur une cadence instrumentale qui introduit au nouveau couplet. Nager dans l’onde d’une rivière familière, un peu large, retrouvée pour un nouvel été, ronde et animée par la surprise de nouveaux courants, de légers tourbillons : voilà comment entraîne Her name. Entame en mode mineur calée sur un air qu’on dirait reconnaître, le temps de deux phrases.   Oui, Her name est du même tonneau que Catch a flame, de l’album Leave no trace (2004) – c’est peu dire à celles et ceux qui se reconnaissent dans la peau et pour toujours l’empreinte de cette chanson. Le cachet de celle-ci va pourtant se révéler dans les glissements subtils de tonalité qu’opère Piers Faccini. En conservant la même trame, il va s’affranchir d’une couleur un peu blues, un peu ballade, pour tendre vers les touches plus contemporaines de la chanson anglaise … ou italienne. Quel bouquet !!  Il est fascinant en effet de constater à quel point la carte-mère composite des origines culturelles et géographiques de Piers Faccini affleure aujourd’hui avec un naturel aussi harmonieux.

photo Mcup

C’est une chanson douce. Une chanson lente et pourtant rythmée, sur des pincements de cordes assez secs, un jeu de notes égrenées sans fioritures qui laisse exprimer la sonorité si particulière de la guitare National, courte et veloutée. L’ornementation vient par petites touches : nappes d’harmonium indien au souffle perceptible, plainte de cordes poussées à miauler dans la distance, mélodies d’appui au chant de Piers (bon Dieu, ses envolées en voix de tête !!) – pour le coup dans un assemblage délicat où chaque partition reste perceptible (on jurerait reconnaître le travail d’orfèvre du grand-maître Patrick Jaunaud, immense ingénieur du son de Piers Faccini depuis tant d’années).

Her name – son nom, répété à l’envi pour que chuchotement devienne musique, s’élève comme la caresse d’un doigt sur la peau, ravisse comme un courant chaud traversé dans l’eau fraîche, porte et baigne à la fois. Plénitude.

Memento Mori

Jenny Lysander. On peut dire la maturité de cette jeune chanteuse suédoise, son assurance, la pureté d’écriture de ses chansons, tout ce qu’elle installe avec une poignée de notes, et cette voix… ! On peut – et on ne s’en privera pas (chronique et interview à suivre ici), tant sont belles les chansons ciselées pour son premier EP Lighthouse, à paraître chez Beating Drum dans quelques semaines.

Memento mori a le rythme d’un ruisseau de montagne qui traverse des taillis serrés, serpente entre des blocs de granit infranchissables. La chanson dégage un univers riche et secret, un pays sauvage plus qu’un jardin. Memento mori semble indissociable de cette dimension, comme re-goûter les mûres sauvages projette dans les chemins creux de l’enfance campagnarde. Son chant nous parvient plus haut, minéral, chargé d’humus, enchanté comme le sont les histoires scandinaves.  La voix est douce mais incisive, porte des accents de chamane Sami qui lui donnent force et mystère. Un léger vibrato n’est pas sans évoquer le grain particulier de la guitare National de Piers Faccini : ce sera notre trait d’union entre les deux faces de ce petit vinyle. Chez Jenny Lysander, la guitare est parcourue par un doigté fin disant une sensualité qui affleure à peine dans la voix, contenue pour l’instant mais sûre de ses pouvoirs à venir.

Voici donc une mise en bouche, un opus qui ne figurera pas sur l’EP. Une épure de chanson : la voix, la guitare, et absolument aucun autre arrangement. Premier disque et aucun tremblement, aucun fard. Jenny Lysander peut exister aux yeux du monde dans la forme et la force de ce cristal pur. Toutes ses chansons à venir couleront de cette eau la plus pure, dont la plage vinyle est le plus bel écrin. Memento mori, sur un pressage limité à 300 exemplaires et garanti sans version mp3, sera donc la source de la discographie de Jenny – Serez-vous de ceux qui  la reconnaîtront ?

 photoMcup

Ces chansons, prenez-les comme vous voudrez, mais surtout pour ce qu’elles sont. Point n’est besoin d’invoquer des icônes du folk et de biaiser le plaisir de la découverte, de la séduction toute personnelle dont sont capables ces artistes-ci.

* * * * * * * *

Commander par correspondance sur le site du label : http://www.beatingdrumrecords.com/

Le site http://www.piersfaccini.com/

Jenny Lysander sur https://www.facebook.com/
et https://soundcloud.com/jennylysander

Lire à propos de :

La création du label Beating Drum : https://lamaisonjaune-53.live/2013/09/14/piers-faccini-inaugure-son-label-beating-drum/

Ce que bel objet veut dire : https://lamaisonjaune-53.live/2013/09/24/songs-i-love-somptueux-livre-cd-de-piers-faccini/

Et les bienfaits du circuit court en musique : https://lamaisonjaune-53.live/2014/01/18/pour-que-tous-les-gouts-restent-dans-la-nature/

(photos MCup)

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Atout coeur (Cyrano toujours)

Commencez où vous voulez : le panache, la tirade des nez, le suspense du truchement, … Recomposez votre souvenir.
Voici pauvrement résumés les ors d’un patrimoine national. Oui, Cyrano De Bergerac est un ouvrage précieux et familier. Presque immanquablement, le souvenir d’une représentation théâtrale en jeunesse, ou – plus prégnante encore – l’adaptation filmée pour le cinéma avec Gérard Depardieu dans le rôle titre a fixé dans notre mémoire des envolées de chapeaux à plume, d’estoc et de touche par l’épée, du grandiose, de la bravoure, et puis quoi ? Un beau livre que l’on chérit sur une étagère ?

Qu’en reste-t-il aujourd’hui qui nous sauve, sinon le texte.

Créée au Théâtre National de Bretagne (Rennes – 2013), la version scénographiée par Dominique Pitoiset est passée par Toulouse (Odyssud) en ce début de printemps.
Monte la sève. La scène froide d’un immense carrelage blanc, le mobilier agressif d’une salle commune d’asile psychiatrique, les allures convenues des personnages chartés plus ou moins psychotiques, et un Cyrano ouvrant tête rasée, vêtu d’un jogging et d’un marcel fatigué … Rien, absolument rien pour accueillir la chaleur d’un mot d’amour, d’une lettre, d’un élan au balcon. Rien, hormis les lumières d’un jukebox antédiluvien qui pulse ses chansons comme un brasero rassemble les transis. Beaucoup ont souligné l’artifice de pareil dispositif, reprochant à Pitoiset de se servir du texte pour accentuer le décalage d’une mise en scène audacieuse. Mais ce filon est épuisé depuis fort longtemps et même certain public qui va au théâtre à l’aveugle, sur abonnement, n’en veut plus.

Raclé jusqu’à l’os, jusqu’à découvrir la substantifique moelle, le texte d’Edmond Rostand n’a plus pour convaincre que ses mots et sa rime. Tantôt bondissante, fulgurante, ralentie, ardente, celle-ci caresse les mots et leur musique dans sa matrice pour mieux les déposer dans la bouche aimée de son interprète. S’impose ici l’évidence – ou on veut y croire ! – que Rostand a créé ce texte en le jouant, cent pas dans sa maison, cent autres sur les chemins , cent autres sous la lune, voix haute, geste libre – comment sinon distiller et redire des sentiments aussi épurés, originels, et pourtant vulnérables à toute la vulgarité du monde ?
Comment dire aujourd’hui le baiser, l’amour ? Comment trois mots, puis les trois autres qui suivent peuvent-ils troubler, capter, engager à croire à ce qui est là… Peut-on l’écrire ? Qu’ajoute la parole à cette intensité vibrante ? Peut-on toucher par le verbe, faire exister, vivre réellement ce que l’on dit ? Que reste-t-il de nous-mêmes lorsque nous prenons ce risque ? Exposé, suis-je vulnérable ou révélé ?

Philippe Torreton dans Cyrano De Bergerac

Philippe Torreton dans Cyrano De Bergerac

Dans une collision improbable entre l’époque du Gascon et un futur Californien pas si lointain, c’est l’actualité de la programmation à Toulouse qui rapproche ce théâtre et la vision du film Her de Spike Jonze. Ici, un homme, dont le métier est d’écrire des lettres d’amour à la demande, tombe amoureux du système d’exploitation personnalisé de son ordinateur. Amours virtuelles, vraies pulsions, bouleversements, obsessions, et chagrins. Même question : qui trouver derrière la parole, les mots, le verbe toujours, sinon soi-même? Le chemin pour le découvrir, pour se le dire, dure ce que dure un système d’exploitation ou la vie presque entière d’un Cyrano.

Nous étions venus à ce théâtre de répertoire revisiter un souvenir, misant beaucoup sur Philippe Torreton dans le rôle de Cyrano pour faire revivre la plume de Rostand. C’est l’expérience du théâtre, jamais loin de la musique, qui réussit à emmener par les paliers du texte, par la sincérité et la générosité de ses comédiens, à construire et installer dans notre esprit comme un château de cartes ce qui ressemble d’abord à une probabilité : vais-je y croire – vais-je embarquer ? Cyrano et Roxane deviennent vite Cyrano et moi, Roxane et moi, toi et moi.

Au même rythme que le texte, que les êtres de cœur et de souffle qui le vivent devant nous, rejoindre le point d’orgue où s’expose Cyrano – Torreton à son ultime vérité, accomplir ce moment-là – précisément porté par la chanson d’Alain Bashung Comme un lego – nous fait exister enfin. Main saisie, larme à l’œil. Osez si vous pouvez.

Commencez où vous voulez. Monte la sève. Cyrano était beau.

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BEATING DRUM RECORDS: un label et un nouveau site web

BEATING DRUM RECORDS: un label et un nouveau site web

 

BDrumManifesto

Inauguré en 2013 pour la production et la distribution des nouveaux opus de Piers Faccini, le label BEATING DRUM se dote aujourd’hui d’instruments de communication pour mieux diffuser son manifeste innovant.

Dans un marché du disque en pleine confusion, libérer la créativité, en totale autonomie, et miser sur la relation particulière que recherchent les amateurs touchés par la musique d’artistes choisis.  Concevoir alors et construire progressivement une offre d’objets finement réalisés pour accompagner les productions originales de Beating Drum.  Ainsi les récentes parutions (l’album original Between Dogs and Wolves et le livre-cd de reprises Songs I love ou encore le DVD A New Mornig) combinent-elles harmonieusement la musique, les créations graphiques de l’auteur, dans une présentation soignée pour amateurs avertis.

Le parcours de Piers Faccini est depuis longtemps enrichi de rencontres avec des musiciens remarquables.  Beating Drum et sa ligne éditoriale appellent, on le sent bien, l’ouverture du catalogue à des artistes partageant les convictions de son manifeste.

Voici les pistes à suivre jusqu’à la cabane, ses trésors, et son journal de bord:

http://www.beatingdrumrecords.com/

le blog Tumblr: http://beatingdrum-records.tumblr.com/

https://www.facebook.com/beatingdrumrecords

http://twitter.com/beatingdrumrec

http://soundcloud.com/beatingdrum

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Tigran à Bruxelles: dernier concert de la tournée!!

Tigran à Bruxelles: dernier concert de la tournée ce samedi soir à Flagey!!

Une chance de découvrir ce boulimique de la musique jazz, infusé de ses traditions arméniennes: un enchantement que ce théâtre d’ombres. Suivez le lien ci-dessus pour Bruxelles

Nous avions succombé au charme de ce show lors de son passage à Toulouse:

compte-rendu ici

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KELLYLEE EVANS:une diva à MILLAU EN JAZZ

KELLYLEE EVANS:une diva à MILLAU EN JAZZ

En teaser, ce petit Stromae à la sauce Jazz

 

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Pour que tous les goûts restent dans la nature

photo P.Faccini

photo P.Faccini

Il y a quelques semaines, dans la confidence des petits moments échappés des agapes, Piers FACCINI nous parlait nourriture.

En barquette pour tête de gondoles ou à la coupe sur un marché fermier ? A votre avis ?

MANIFESTE

Auteur-compositeur, désormais auto-produit et patron de son propre label Beating Drum, le songwriter expose en quoi le circuit court « producteur-consommateur » – pour la musique comme pour l’alimentation – est à la fois une question de survie pour la production artisanale, la garantie de maintenir la biodiversité dans l’offre globale,  et probablement l’un des visages les plus inattendus qui fera la « distribution » de demain.

Dans son post WHY MUSIC IS FOOD, Piers FACCINI raconte en creux l’appauvrissement de la disponibilité de biens communs – culture et nourriture, qui sont le fruit de nos civilisations, de notre histoire : un patrimoine, si ça vous parle. Cravachant la technologie pour qu’elle tire sans cesse des nouveaux marchés, nécessairement de masse vu les pauvres marges que leur laisse notre maigre pouvoir d’achat, l’industrie sélectionne, hybride, rationalise et appauvrit  sans vergogne, dans la bonne conscience de nourrir et de divertir à l’échelle mondiale.

Nous-mêmes, qui nous prétendons cultivés, ne sommes-nous pas à deux doigts de nous laisser abuser – par exemple en achetant du bio au supermarché ou croyant soutenir les artistes en s’abonnant à Deezer et Spotify ?  Restons sur le terrain de la distribution digitale de la musique.  Piers vous apprendra que 5000 « plays » sur l’un de ces diffuseurs en streaming rapportent peut-être à l’artiste l’équivalent de la moitié d’un cd vendu : 7 ou 8 €!  Qui donc, à part les poids lourds de la pop mondiale, peut prétendre vivre de cette distribution « moderne » ?

ownJukeboxes

Comic Book Reflection (P.Faccini)

« Tous les goûts sont dans la nature » – mais qui sait désormais où les trouver ?

Pour que ce choix persiste, parce que cette diversité c’est la vie, et parce que le maillage des micro-réseaux (sociaux – oui : ils sont notre pouvoir !) est le seul modèle qui survive aux autres depuis que l’homme commerce, nous pouvons décider d’acheter directement aux producteurs, musique et nourriture. Entre autres biens et services communs.  Qu’en dites-vous ? Belles paroles Et petites actions à portée de bourse : c’est l’audience power, et on y croit.

Voici reproduit le post de Piers Faccini dans sa version française, agrémenté de ses illustrations originales.  La version anglaise est accessible directement sur le site officiel, en suivant ce lien.  Relayez, propagez, faites passer comme on dit.

WHY MUSIC IS FOOD

Beaucoup d’entre vous savent que, cette année, j’ai décidé de lancer mon propre label: BEATING DRUM. A l’approche de 2014, laissez-moi vous dire comment l’affaire a tourné ces derniers mois.
BEATING DRUM a fait ses premiers pas avec des réalisations importantes: j’ai sorti mon 5e album Between Dogs and Wolves et le livre/cd Songs I Love. Croyez-moi, créer un label, en assumer la responsabilité tant financière qu’artistique, c’est un fameux challenge. Mais surtout une belle aventure. Et je m’y suis lancé avec beaucoup de plaisir.

Je réalise que l’une des raisons pour lesquelles j’apprécie cette nouvelle activité, c’est de voir la communication omniprésente dans mes réalisations, qu’il s’agisse d’écrire, de créer de la musique, ou de gérer le label. Et par chance, j’adore ça!

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

 Tant de choses ont changé ces dernières années. Dans l’industrie du disque, les règles du jeu ont été sensiblement modifiées par la crise financière, les mutations technologiques, sans parler du boom des réseaux sociaux.
L’époque est bel et bien révolue où un artiste en tournée et couvert par la presse s’assurait automatiquement de la vente de ses albums. Aujourd’hui, la plupart des gens n’achètent simplement plus de musique, ils se l’échangent ou l’écoutent en streaming. Avec les montants insignifiants des royalties récoltés auprès des diffuseurs en streaming, la plupart des musiciens aujourd’hui ne peuvent pas compter sur cette source de revenus.
Alors où donc ces artistes trouvent-ils de quoi continuer à travailler et assurer un toit pour leur famille? En réalité, la plus grande partie d’entre nous survit grâce à une combinaison de tournées, de droits d‘édition, et de quelques ventes d’albums physiques et en téléchargement.

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

Une des nouveautés de notre 21e siècle est l’apparition d’une forme de consommation responsable. Plus question de dépenser n’importe comment et n’importe où avec nos moyens limités. On n’achète plus quelque chose seulement parce que ça nous plait… Beaucoup d’autres critères entrent en ligne de compte. Prenons la nourriture en exemple: ça peut dépendre de qui est le producteur, si c’est un légume de saison, cultivé localement, produit en respectant une certaine éthique, sans dommage pour l’environnement, etc., etc. Au final, acheter n’est-ce pas poser un geste politique, un petit geste mais un geste qui compte ?

Avec ma famille, voilà comment nous faisons. D’abord, nous allons au marché local pour trouver des produits de saison, sains, parfois bio. Ici, dans les Cévennes du Sud de la France, il y a beaucoup de petits paysans qui proposent sur place d’excellents produits. En choisissant d’acheter directement aux producteurs de notre région, nous les aidons à maintenir leur activité. Bien sûr, je ne prétends pas faire vivre à moi seul tous les producteurs de fromage de chèvre de la région… Mais si je suis concerné par la manière dont la nourriture est produite, et si je suis cohérent en favorisant ces petits producteurs, mon acte d’achat impactera nécessairement leur activité. Et je continuerai à trouver leurs produits sur le marché, semaine après semaine. Une chose est sûre : si nous allons tous au supermarché, ils plieront boutique.
Bien qu’ils aient besoin de clientèle, ils veulent surtout que nous comprenions le lien entre la vente directe et leur survie. Et pour ça, il faut communiquer.

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

On ne cuisine pas la musique, on ne la ‘mange’ pas. Mais pour moi les chansons nourrissent autant que les fruits et les légumes. Et là aussi, tout a un prix. Comme vous, je n’ai certes pas les moyens d’acheter des centaines d’albums chaque année, mais je peux en sélectionner quelques-uns parmi les artistes dont je veux soutenir l’écriture, la musique, et la production.
Aujourd’hui, la consommation massive de musique est une réalité, et il faut admettre que les services de streaming permettent aux curieux de découvrir davantage d’artistes. On sait aussi que parmi ces usagers, il y a des personnes qui ont des coups de cœur, et qui achètent. Je reçois de nombreux messages de ces personnes qui ont choisi d’acheter mes albums directement sur la boutique de mon site web.
Elles savent qu’elles font la différence et que j’apprécie leur geste.

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

 J’ai parlé de ça à d’autres musiciens, à des patrons de petits labels, et nous sommes tous d’accord : désormais pour les artistes et les groupes qui voudront se développer et continuer à faire de la musique, aucune vente d’album n’ira de soi. Chaque vente, même minime, va contribuer à un résultat qui peut faire la différence entre couler ou rester à flot. A cause de la direction radicale prise par le marché, quiconque aujourd’hui achète un album peut se considérer comme un mécène. Toute décision d’acheter un cd, un vinyle, ou même un produit dérivé a un impact déterminant sur la musique et la production des artistes bénéficiaires. J’y crois et je le vérifie moi-même cette année, avec mes réalisations distribuées via mon propre label BEATING DRUM. Avec la même foi, nous publierons en 2014 la talentueuse songwriter Jenny Lysander, une jeune artiste Suédoise encore méconnue. D’un côté, c’est un projet un peu intimidant, vu ce que je décris plus haut ! Mais d’un autre côté, parce que le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs, je suis excité par tout ce que nous allons pouvoir réaliser ensemble.

Alors, à ceux d’entre vous qui ont lu ce texte jusqu’au bout, et en particulier à ceux qui m’ont acheté un album ou le livre Songs I love cette année, je dis merci !
Votre adhésion à ma newsletter et votre préférence pour la boutique en ligne de BEATING DRUM sont inestimables.

Texte & illustrations par Piers Faccini – www.piersfacini.com
Adaptation française Ideïous

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Matt ELLIOTT – La braise et notre souffle

Matt ELLIOTT – La braise et notre souffle

Pré-annonce.  L’écoute de ce titre ancre dans un réconfort qu’on ne s’imaginait pas à ce point vital.  Plus à dire certainement, dès réception de l’album éponyme, commandé sur la foi de ce qu’en dit quelqu’un de proche ( vous savez comment ça va …).

http://mattelliott.bandcamp.com/album/the-broken-man

En attendant, prenez vos marques:

05-02-2014 • Poitiers • (FR), Confort Moderne (en groupe)

07-02-2014 • La Rochelle • (FR), La Sirène (en groupe)

08-02-2014 • Toulouse • (FR), La Dynamo (en groupe)

14-02-2014 • Lorient • (FR), Le Manège (en groupe)

15-02-2014 • Saint-Lô • (FR), Le Normandy (en groupe)

20-02-2014 • Köln • (DE), King Georg (solo) (Billets)

21-02-2014 • Duisburg • (DE), Steinbruch (solo) (Billets)

22-02-2014 • Braunscweig • (DE), Hansa Club (solo) (Billets)

23-02-2014 • Desden • (DE), Beatpol (solo) (Billets)

24-02-2014 • Berlin • (DE), Roter Salon (solo) (Billets)

25-02-2014 • Nürnberg • (DE), Musikverein im K4 (solo) (Billets)

26-02-2014 • Heidelberg • (DE), Karlstorbahnhof (solo) (Billets)

27-02-2014 • München • (DE), Provisorium (solo) (Billets)

28-02-2014 • Bayreuth • (DE), Glashaus (solo) (Billets)

18-03-2014 • Mulhouse • (FR), Noumatrouff (en groupe)

19-03-2014 • Lyon • (FR), Marché Gare (en groupe)

20-03-2014 • Reims • (FR), Palais de Tau, Festival Equinoxe (en groupe)

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Espaces polyphoniques aux Carmélites

L’ensemble vocal Toulousain ‘A Contretemps’ dans son programme de concerts ‘Espaces Acoustiques’

Ensemble vocal A ContreTemps

Ensemble vocal A ContreTemps

Petit billet de circonstance pour une occasion en or d’aller écouter un programme de chant choral a cappella explorant la richesse de l’expression polyphonique.

Des polyphonies jusqu’à 11 voix différentes, de Bach à Arvo Pärt, en passant par Purcell, Gregorio Allegri, sans oublier le compositeur contemporain et Toulousain Nicolas Debard.

Premier concert hier aux Carmélites de toute beauté! La résonance bienveillante du plafond de chêne a délicatement composé avec l’harmonie subtile des polyphonies de l’ensemble vocal. Le placement des pupitres sopranes, altos, ténors et basses dans tout l’espace de la chapelle sublime une acoustique qui élève au sacré. Nous étions un public enveloppé, choyé de vibrations que certains ne disent que mécaniques, mais que nous assumerons joyeusement dans le registre de l’émotion! Merveilleux amateurs-qui-aiment et qui prennent soin, on les a vus transformés par la colonne d’air qu’ils modulent si finement, visages illuminés miroirs des peintures de la voûte, et là – oui: ils chantaient avec les yeux!

En extrait sonore: une des rares chansons de Debussy.

Ce dimanche à 18 heures, (et ce sera chauffé!), architecture et résonance de pierre dans l’église paroissiale de Saint Exupère, à Toulouse toujours.

les coordonnées pour ce soir: https://www.facebook.com/events/619902921404076/

http://www.acontretemps.fr/

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FEW OF US – un film primal de Sarunas BARTAS (1996)

Dans le cadre de sa programmation EN PLEINE NATURE, la Cinémathèque de Toulouse offrait une séance unique pour ce diamant noir du cinéma, inclassable, déroutant pour certains, et addictif pour ceux qui sont restés dans la salle.

A ce point-là ? « Des plans fixes. Longs. Pas de narration. Pas de paroles. Pas muet non plus. Des paysages. Des visages » détaillait le programme. Nous étions donc avertis.

FEW OF US aurait-il l’apparence d’un documentaire sur l’extinction programmée des Tolofars, peuple nomade, ‘peuple du renne’, sédentarisé par le régime soviétique dans les années ’50. Aussi. Et décimé par l’alcool que livrait en masse l’hélicoptère qui les ravitaillait 5 fois par an. Toujours et partout pareil n’est-ce pas.

FEW OF US se vit bien au-delà comme un drame glacial, intense comme une tragédie grecque, saisissant comme des vêtements arrachés à des corps déchus, abandonnés des dieux. C’est un film très écrit, … et donc pas bavard d’un seul mot. En cela, il honore le cinéma par la force des images, du montage, et du jeu des focales. Une langue vivante, universelle, et pourtant si rare.
L’histoire n’a presque pas d’importance. On peut en imaginer l’avant et l’après. Un banal et brutal fait divers (ils le sont tous) au sein d’une micro-communauté d’êtres humains lentement suicidée, régie par quelques instincts primitifs que capte le filmage sans maquillage aucun. C’est la seule hauteur de vue qui nous est donnée.

Et voilà comment un film peut rentrer dans la peau, capter littéralement les sens du spectateur, comme l’illustre cette scène du pierrier, dans son indispensable longue durée.

« Dans le noir, le spectateur appartient à ce qu’il voit. Il ne peut pas le changer, il peut dormir ou s’en aller, c’est tout » dit le réalisateur.

L’un ou l’autre. Irrésistiblement.

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Histoires autour d’un concert de Piers Faccini à La Dynamo de Toulouse

Fallait être un habitué des lieux pour ne pas s’affoler de tout un beau monde en mode bouchon sur la rue Amélie l’autre soir à Toulouse !  Dame : un dimanche à 18h45, c’est  pas les sorties de boîte, aucun calicot pour décorer une hypothétique manif’, mais des visages bien déterminés tout de même – la banane bien en place je veux dire !  En voilà un indice !

Le club La DYNAMO annonçait un concert de PIERS FACCINI à 19h – fallait comprendre : ouverture des portes !  On avait eu le temps de laisser planer un doute, pas longtemps en fait, vu qu’une fois ouverte la porte large comme un chas d’aiguille, l’œil accrochait tous les signaux d’une soirée rêvée.

Piers Faccini

Un peu avant, dans la rue, à regarder si on reconnaissait pas des gens des fois (on voit souvent les mêmes du côté de chez Piers ‘ FB-Official-Page hein ?!, je disais à mon graaaand fils qu’il devait y avoir là autant de fans gonflés à bloc que de gens qui découvrent – et alors qu’est-ce qui les a fait venir ?  A mon avis, au minimum un super bouche-à-oreille, parce que dans la salle, on ne voyait que des visages prêts pour une tranche de merveilleux (en plus c’est le nom d’un gâteau en Belgique !)

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Pour commencer, si vous vous pressez vers la scène, il y a les guitares qui attendent.  Trois.  On compte aussi la batterie, un xylophone et un genre balafon (allez, corrigez-moi !) Par terre, un grand tambourin et posés sur l’ampli de guitare, deux ou trois harmonicas.  Si on connaît un peu son album BETWEEN DOGS AND WOLVES qui vient de paraître, et son engagement sans concession à chercher l’épure dans les arrangements de toutes les chansons de ce nouvel opus, alors rien qu’à voir ce dispositif minimaliste on a la garantie que Piers et Simone (son fidèle batteur – percussionniste vous avez deviné)  vont encore s’élever sans filets ce soir, prendre tous les risques du live intime et ça, c’est justement ce qu’on souhaite aux personnes qui découvrent Piers en live pour la première fois.

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Et vous savez quoi ?  Ils sont juste à côté de moi !  Pendant que je rêvasse ce que je viens d’écrire, j’entends des voix dire tout haut ce que mes yeux décodent.  Elle et lui ont les yeux brillants.  Les yeux rivés sur la guitare folk, lui a reconnu une Martins bien-bien vintage.  Et c’est là-dessus qu’on démarre of course. « Sauf erreur, il l’a achetée dans le magasin de la maman de Ben Harper _ Ah oui, c’est vrai que ses parents sont dans ce business … ! _ Et elle doit dater de 1945 ou 1949 à ce qu’il m’a dit un jour.. _ Je me disais aussi !  La mienne… _  Quoi t’en as une aussi ?!  _ Oui, elle date de 1953, dénichée à Paris dans une arrière-boutique  etc… etc.  Et le plus beau : c’est leur premier LIVE, après un concert annulé à Gaveau / Paris ; un duo de Piers prévu avec Vincent Segal.  On a parlé comme des fiévreux – vous me croyez ?,  à s’échanger coups de cœur, souvenirs, impressions et impatience, jusqu’à ce que Piers passe une tête par la porte des loges, puis descende le colimaçon dans le crépuscule des lumières qui s’éteignent.  Le concert peut démarrer : je vous dis qu’on est blindés de bonnes ondes !

Lovers Piers Faccini

Et ce qu’il sait faire, Piers, mais alors très bien faire, c’est ramasser tout son beau monde dans la main avec une chanson d’intro qui vous attrape par les sens et vous place lentement dans l’apesanteur propice à la première partie de son set.  Ca n’a pas loupé : un glissé de cordes pour un I’ll wait by the water, inédit en album, rare de chez rare en concert.   Et quand ça c’est calé, il peut  tranquillement accrocher des transparents de ses dessins : un chemin, plus tard  un arbre, …  pour un visu direct et un projeté-flouté sur toile de jute en fonds de scène juste en parfaite harmonie avec tout le reste.  Là-dessus, Black Rose avec des ornementations de guitare sur les cadences qui se raffinent au fil des concerts je trouve.  Il camino – si : chanté en Italien – et là j’en vois déjà qui lévitent.

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Je ne vais pas refaire le concert.  Juste quelques flashes sur des petits bonheurs – chacun a les siens je parie ?! et qui font qu’on a envie d’y revenir, parce que ce n’est jamais pareil.  Broken Mirror – on l’aime celle-là ! – et Piers qui prend des risques vocaux, à grimper dans les aigües comme jamais, et à les tenir, même dans les derniers souffles de la chanson qui s’apaise.

Mangé pou’ le cœur, cover du grand Réunionnais Alain PEETERS (le blues est partout), entamée par Simone PRATTICO par une combine de sorcier je vous assure entre batterie et balafon, avec des décrochages de rythme de fou – et un jeu de baguettes (des faisceaux de petites baguettes, vous avez vu ?) entre puissance et retenue.  Vous avez causé avec lui après le show ?  Il vous a dit que c’était de l’impro?!! Et vous voulez un scoop ?  Simone vient de sortir son premier album, en trio avec unE contrebassiste et un pianiste.  Une prise unique en studio à New York.  L’album Brooklyn Sessions est en vente à la fin des concerts de cette tournée.  Sautez dessus.

 Re-belotte sur le mythique If I – ce morceau-là, on l’entend venir dans les premières notes des intros que Piers n’arrête pas de changer (pour essayer de nous perdre je parie !)   If I, de la bombe, qui a même fait danser mon graaaand fils, pourtant juste rentré d’une nuit d’électro-transe au Bikini.  Autre chose de très important, amis Toulousaingns : nous avons été intronisés « Meilleurs chœurs » de la tournée (ok : « so far ») sur Home Away from Home , A storm, et Tribe !  Félicitations !

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Il y a eu ma préférée : To see is to Believe (et je n’étais pas le seul à chanter).  Une autre préférée : Two grains of sand (quelle beauté ! quelle légèreté !)  L’espérée : Like water Like stone.  Et le choc de la soirée : Three times dont la deuxième partie (après la rupture dans le tempo) a fusionné avec  Uncover my eyes, incandescente comme la course d’une torche dans la nuit qu’elle va embraser.

 Deux heures intenses – Quatre rappels.  Fallait y être : on y était.  Vous y serez : la tournée n’est pas finie !

L’After !  Vous connaissez votre visage un peu groggy dans les lumières qui se rallument ?  Y’en avait plein !  Mine de rien, si vous étiez pas pressés, vous aviez le temps de reconnaître des regards apaisés, des cœurs gros comme ça, et des rêveurs encore perchés.  Mon couple « première fois » du début, of course, en causette avec Simone.  Des tout jeunes qui cherchent la photo posée avec Piers – trop craquants !  Puis faut acheter un album ! _ Je les ai tous, même les vinyls ! _ Ha oui mais après il faut les offrir ! Avec une belle dédicace ! _ (… bec dans l’eau.. !) ».

Après, ça rigole aussi .  Vous aidez un couple en les prenant en photo avec Piers – historique et unique ! – et puis « Non mais vous m’avez complètement foiré MA photo avec Piers ?!! »  Pffff C’te blague… J’y ai cru assez longtemps-hein ?!  Aussi, provoquer des rencontres : « Piers, il y a un gars dans la salle qui a une vieille Martins.  Il veut te voir ! » A lui : « Piers veut absolument te voir à propos de ta Martins ».  J’ai un peu triché, Elio, mais ça l’a fait ou pas ?

Et si on continue vers la scène, où ça remballe à tout va, l’occasion de serrer la pince à Patrick Jauneaud l’ingé-son, magicien complice des albums de Piers et référence respectée dans le métier.  Patrick suit Piers dans la tournée – quel cadeau ! on imagine mal !  Il s’arrache les cheveux à sortir un son correct dans des salles à l’acoustique  ahem  difficile mais il est presque hilare : « T’as vu comme ça fait des super concerts ?!! »

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

Oui.  Pari réussi.  Créer son propre label BEATING DRUM, y sortir un album aussi épuré que BETWEEN DOGS AND WOLVES, et lancer une tournée transcontinentale (US, Canada, et Europe) sur une option scénique aussi sèche, il fallait y croire.  Voyez comme il est beau, le circuit court : les bons journalistes et critiques sont au rendez-vous. Et ce joyau de concert ARTE  Live Web,  capté à Fip – vous l’avez (re)vu ?  Nous l’attendions juste comme ça, pas vrai ?  Chacun en conversation personnelle avec lui et pourtant tous ensemble. « Good vibes » il dit.  Et ça fait tout le boulot.

* * * * *

La totale:

on parle du nouvel album:https://lamaisonjaune-53.live/2013/09/20/between-dogs-and-wolves-un-album-a-fleur-de-peau/

de la démarche autour de son nouveau label: https://lamaisonjaune-53.live/2013/09/14/piers-faccini-inaugure-son-label-beating-drum/

du très bel objet livre/cd de reprises (tirages numérotés): https://lamaisonjaune-53.live/2013/09/14/piers-faccini-inaugure-son-label-beating-drum/

et le fameux live Fip – Arte (encore 346 jours today): https://lamaisonjaune-53.live/2013/10/19/live-de-piers-faccini-a-fip-sur-arte-live-web/

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Tigran HAMASYAN et son SHADOW THEATER – Nouvel album

Tigran_ShadowTheaterInclassable, novateur, auteur – décidément grand poète sur la route, Tigran HAMASYAN dévoile, en album et en concert, un Livre des Merveilles enraciné dans les vivaces traditions d’Arménie, mais qui se prête sans retenue aux lectures les plus audacieuses.

Un récent concert à Toulouse dans le cadre du fameux festival JAZZ SUR SON 31 en a fait une démonstration stupéfiante.  Et on pourtant on le suit depuis longtemps!  Lisez ce qu’on en disait lors de son passage à MILLAU EN JAZZ.

Pianiste virtuose précoce, oui. Un talent dont il n’a usé que pour prétendre à la cour des grands et y trouver partenaires et stimulations pour des dialogues musicaux où il a incontestablement sa place.   Ses collaborations avec les frères MOUTIN, Dhafer YOUSSEF, ou encore le grand Lars DANIELSSON ont permis d’écrire des pages qui ne pouvaient manquer à l’histoire du jazz et aux musiques du vaste monde.

Un album d’enfance, donc, avec des accents de conte et de berceuse qui rappellent d’où vient le grand musicien d’aujourd’hui.  Un univers auquel il doit tant, Tigran, et autant à ses mentors bienveillants – ce cher oncle initiateur ! – que SHADOW THEATER se pose comme l’album le plus intime d’un artiste éveillé à lui-même.  Il peut alors se permettre de casser les codes du merveilleux pour en faire ressortir à nu la puissance poétique.  C’est son hommage, sa gratitude, son identité. Ecoutez Tigran : Montrer aux gens des choses irréelles, fausses, inventées – comme au théâtre d’ombres – leur permet de comprendre ce qui est vrai dans leur propre vie.

Un tour de force, un engagement à servir la musique qui ne se peut qu’avec une grande foi, une soif de plaisir, et la jubilation d’un band en super phase !  Ca n’a pas loupé,  l’autre soir à Toulouse.  Une pièce qui démarre comme une boîte à musique – Tigran courbé sur ses doigts sur les touches lance un tintinnabulement aérien : on attend les fées ! Areni AGBABIAN, au chant, les campera avec grâce.  Si la mélodie s’accélère, elle ne cherche pas loin le soutien de la guitare du très doué Charles ALTURA, à l’agile sobriété des grands jazzmen.  Un temps mort, et on devine presque ce qui nous attend : une énorme section rythmique met tout à plat. Coups de boutoir des claviers de Tigran (l’électricité s’en mêle !), basse entêtante de Sam MINAIE (bonne surprise de le retrouver ici !) et batterie nerveuse à souhait d’Arthur HNATEK.  Sûr, ils veulent nous perdre ! Pourtant, ce sont les mêmes ensuite qui reconstruisent, sur la trame d’origine ; qui transforment un conte familier en un poème puissant, essentiel, auquel soudain nous appartenons tout entier.

Tigran_ShadowTheater2C’était un concert d’une modernité inattendue.  Du côté des avancées d’un Herbie HANCOCK à l’époque de son album  HEAD HUNTERS.  Ou d’un certain Tigran HAMASYAN flirtant avec FOWATILE au prestigieux JAZZ A VIENNE.  On attendait du folklore : il y était.  Du jazz ? Incontestablement ! De l’électro hip-hop (comme ils disent !) ? Bienvenue !!  On entendait tout ça et autre chose : la musique de Tigran.

Attrapez cet album.  D’une oreille distraite, il déroute. Écoutez-le attentivement et il vous deviendra vite indispensable.

Tigran_JazzAVienne2012

http://www.tigranhamasyan.com/

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LIVE de Piers FACCINI à Fip sur ARTE Live Web

Une qualité de concert comme au plus près d’une petite salle intimiste. L’artiste apparaît dans l’essence de son expression dépouillée, naturellement chantante, jamais surchargée. Exactement à l’image de son dernier album BETWEEN DOGS AND WOLVES et de son généreux beau livre-cd SONGS I LOVE consacré aux reprises de grands maîtres. A suivre sur son site ou en concert près de chez vous.
http://www.piersfaccini.com/

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SONGS I LOVE – Somptueux livre-cd de Piers FACCINI

C’est l’étendard de son tout nouveau label BEATING DRUM. 17 titres, reprises-hommages à ces maîtres qui l’ont ému et fait song-writer: Skip James, Bob Dylan, The Smiths, Lhasa, Bruce Sprinsteen, Leonard Cohen, … Un travail d’orfèvre, de la production à l’édition d’un objet attachant, à toucher, proche du journal intime dont on relirait une histoire tous les soirs – ici avec la chanson dans les oreilles, la nuit vous appartient! Une couverture tissée de rouge passion, siglée de l’arbre des origines, abrite des pages épaisses presque Canson, rien de mieux pour les peintures-portraits originaux de chaque artiste par Piers lui-même. Un vrai beau livre, qui nous donne autant de plaisir que BEATING DRUM a eu à le réaliser. (Disponible sur http://www.piersfaccini.com)

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Between Dogs and Wolves – Un album à fleur de peau

Artwork by Piers Faccini - Album design by Uncle O
Album design by Uncle O

Piers FACCINI      Nouvel album studio

sortie le 23 septembre 2013
 
 
 

Des chansons qui ne disent rien d’inconnu à nos cœurs bourlingueurs – vous pariez ?  Des émotions  de toujours que Piers met cependant ici – et avec quelle grâce – au plus-que-présent.

Au gré d’articles et d’interviews déjà parus, Piers Faccini a bien développé le concept de la dualité intérieure à chacun de nous, mais également de cette heure crépusculaire dont la tonalité et l’apaisement lui ont inspiré un titre pour son cinquième album de compositions originales.

Il va être question ici de Love and Want, d’amour et de désir. De pulsion et de tourment.  De passion. 10 chansons d’amour, 10 facettes de cette notion bien plus floue que le rassurant  Babe I love you des crâneurs-et-puis-s’en-vont.

I was the skin for your thorns
   j’étais la peau pour tes épines
The pale light for your bloom
   la pâle lueur pour ta floraison
Black Rose

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

« On entame l’album avec BLACK ROSE qui est la chanson la plus charnelle que j’ai jamais écrite ; des paroles très physiques, l’expression de la douleur, du sacrifice pourtant irrésistible. Je suis quelqu’un de très passionnel.  Comme tout le monde j’ai eu – et je souhaite à tout le monde de connaître – une histoire  où tu es complètement englouti, upside-down, chaviré.  Je voulais que cette chanson débute l’album parce que c’est le début du voyage : te perdre dans quelqu’un. Mais ça ne marche pas. C’est noble, touchant, absolument magique, mais ça n’aboutit jamais, parce que tu t’effaces, il y a un déséquilibre. Il faut le vivre d’ailleurs.  Comme s’il fallait d’abord se perdre pour se trouver.

Après, il y a beaucoup d’ambiances différentes, qui parlent de séparation, de quête, de miroir, de dialogue,…   Et l’album ferme avec LIKE WATER LIKE STONE, la chanson où tu réalises que si tu veux vivre BLACK ROSE, tu ne trouveras jamais la paix.  Donc c’est l’histoire de quelqu’un qui marche le long de l’eau, qui jette un caillou, et qui regarde les ondes produites à la surface.  Ce qui l’emmène de façon un peu hypnotique vers une réflexion sur ce qu’il est en train de vivre, sur lui-même.  Comme dans tous mes albums, les éléments ont une grande importance.  Ici l’eau, avec le titre RESTE LA MAREE – qui est aussi sur l’album.  L’eau de la marée, qui apporte et qui reprend, et qui laisse quelque chose aussi.  Et tout ça dans un mouvement à  l’infini.  Comme l’amour. »

WOLF-VECTOR

Qui vient de parler ?  Un peintre, assurément. Un passionné qui va au bout de sa quête, sans concessions.  A d’autres époques, des mots différents, mais la même fièvre : « Je choisis un endroit au hasard et je creuse. Je ne sais jamais ce que je vais trouver, mais, comme un chasseur, j’ai acquis une technique qui me permet de connaître mon territoire et les réactions du gibier.» (interview à  Libération – 2006) . Un peintre, à moins d’être portraitiste appointé, dans son élan créateur n’écoute que lui-même, poursuit ses chimères, souffre ses propres douleurs, expose sans souci de jugement les émotions qui affleurent.  Un peintre – qui d’autre pour plonger à mains nues exclusivement dans sa matière – et pas dans l’air du temps, avec des instruments et des arrangements down to the bone : réduits à ce qui est absolument essentiel à  la chanson.  Un peintre, sensible, ouvert, à l’écoute de son impulsion créatrice et, tous sens aiguisés par son sujet, qui construit son album dans un cheminement fluide et homogène, comme sa toile terminée, offerte au regard de loin,  et dont l’identité se renforce à mesure qu’on l’approche, par la moindre de ses touches.

artwork Piers Faccini

artwork Piers Faccini

Des petites touches, chacune essentielle à l’ensemble, et que Piers compare à  « ces belles conversations, en amitié ou en amour, dans lesquelles chaque mot est entendu, la moindre nuance de sentiment est exprimée et accueillie, où rien n’est perdu.(…) On est là exactement entre chien et loup, au cœur de l’ambigüité et du paradoxe de la poésie, qui ne peut pas se définir, qui échappe à la connaissance, qui peut juste être vécue dans le trouble. » (voir l’article du Daily Times).

Implacable et envoûtant BLACK ROSE, on y revient pas. Si, on y revient : Piers explique les choix artistiques de cette vidéo artisanale, réalisée à l’ancienne.

Parmi les titres déjà diffusés en vidéo, BROKEN MIRROR, découverte par quelques chanceux en live sur quelques récitals du début de l’été, n’est pas loin d’être notre préférée … du moment …

… et MISSING WORDS,  ici dans une version foraine.  Incroyable harmonie des accents africains et de la singularité d’une chanson  anglaise:

Une chanson en français (RESTE LA MAREE), une autre en italien (IL CAMINO) assument la triple culture : italo-britannique – de naissance, et française – de résidence, depuis près de 10 ans.  Gageons que la tentation esthétique n’y est pas pour rien non plus : la musicalité d’une langue étrangère est toujours séduisante et Piers démontre ici qu’on peut mieux faire que l’anglais-yaourt des sixties françaises !

Bouleversante GIRL IN THE CORNER, un texte plus explicitement corps à corps que BLACK ROSE, une adresse enveloppante à l’être aimé.  Elle est chantée comme une complainte, résonne comme un pas de côté sous les étoiles, dans le jardin attenant au bal où s’épuisent les passions.

FEATHER LIGHT, entre se consumer, tomber comme une pierre, ou s’en remettre comme une plume au vent.

WIDE SHUT EYES est une chanson hantée.  Mais pas lugubre:

When the poison leaves its violet trace
The bruise will lift like dawn’s embrace
Wide shut eyes
I blindly see

 PIECES OF OURSELVES, épure de la voix et du piano – bien présent dans cet album de doigtés.  Conscience de la perte, déjà sur le chemin de l’abandon … L’apaisement de la mélodie va pourtant suggérer à elle seule le chemin qui se poursuit.  Magique.

LIKE WATER LIKE STONE, puissant écho à la chanson EACH WAVE (album  TEARING SKY 2006), est peut-être la plus dense.  Elle clôt l’album tels des points de suspension à l’infini.  Esthétiquement, elle contient l’essence du blues, dont la mélancolie nous laisse cependant purifié, régénéré, reborn:

The journey’s hard and the path is long
I walk the way that keeps me strong

Un album sans batterie ni percussions et pourtant pétri de rythme.  Pour qui observe depuis longtemps le jeu de guitare de Piers, ceci n’est pas une surprise. Il est ici admirablement soutenu par la contre-basse du fidèle Jules BIKIOKO.  Les marteaux d’un vieux piano qu’on dirait de famille sont un peu des percussions.  L’instrument trouve sa place dans les arrangements de cordes, privilégiés sur cet opus. Dom la NENA relaie les prestigieux violoncelles de Vincent SEGAL ou de Claire MENGUY (Trio Zephyr); un instrument avec lequel Piers entretient décidément une belle et longue histoire.  Le précieux violon de Rodrigo D’ERASMO, haute-couture sur musique populaire, est à nouveau consacré.  De tout cela, l’ingénieur du son Patrick JAUNEAUD a tiré un élixir que les puristes apprécieront à sa juste valeur.  Mais son plus bel accomplissement est ici de rendre extraordinairement goûtue une assiette sans sauce ni sucres ajoutés, posée à même la table de bois.  Chapeau l’ingé!

WOLF-VECTOR

Depuis quand n’avons-nous pas eu l’expérience d’un concept-album, intègre et harmonieux ?  Un album qui ne se construit pas en fonction des attentes supposées du marché.  Un album qui ne décolle pas de son sujet et qui l’habille comme il l’entend.  Un album rendu possible par une option éditoriale radicale, puisque Piers Faccini vient de créer sa propre maison de disque – son label BEATING DRUM – et s’affranchir du même coup de cette dynamique du compromis avec un interlocuteur-financeur « qui ne te laisse pas prendre tous le risques artistiques dont tu aurais envie, et c’est sans doute compréhensible. » (voir à ce sujet notre article précédent et celui de notre collègue La Baguette Culturelle).

Voici donc l’album que nous attendions depuis TALK TO HER (album TEARING SKY en 2006), et l’éveil provoqué par cette chanson construite comme une seule phrase, dans laquelle on entendait des choses pas dites depuis si longtemps.

Comme le peintre devant sa toile achevée, Piers est parti d’emblée montrer son bébé à la famille, aux amis : il est déjà en tournée !  Une tournée acoustique, comme il se doit, calibrée à l’image de l’album, pour les clubs et les petites salles.  Des concerts-récitals du même tonneau, où les percussions sont de retour avec un xylophone hypersensible au bout des doigts  du compagnon de route Simone PRATTICO.  Et la promesse des apparitions de l’ange DOM la NENA au violoncelle, lorsque les tournées respectives le permettront.

Here I am

Dans ce processus 100% artiste, si peu « système », Piers est à la porte de la galerie, en ce 23 septembre – jour de parution de Between Dogs and Wolves, à croiser les doigts pour que ce vernissage se passe bien, pour que les gens trouvent jusque dans les nouvelles profondeurs de son travail des choses qui parlent d’eux, dont ils pourront parler ensemble.

WOLF-VECTOR

Acheter l’album sur le site web de l’artiste, ou à la sortie d’un prochain concert (assuré alors d’échanger quelques mots avec Piers), poster sur sa page Facebook, .. c’est le circuit court, le lien direct, c’est l’audience-power.

BETWEEN DOGS and WOLVES est disponible dès à présent en prévente sur l’espace boutique du site de Piers FACCINI.  Différentes combinaisons sont proposées avec le livre-cd SONGS I LOVE.

La tournée des concerts pour le nouvel album a débuté en Amérique du Nord cette semaine (album paru là-bas depuis le 10 septembre).  Piers sera de retour en France, en Belgique, et en Suisse dès le  28 septembre. Toutes les dates sur le site.

Piers FACCINI le peintre.  En voici un aperçu dans la rubrique ART de son site web.

Et là, juste pour se faire plaisir, un coup de rétro avec cette vidéo de 2008, Piers invité de l’émission ONE SHOT NOT sur ARTE.  Voyez un peu comme avec il fait sauter sur leur chaise les pointures Manu KATCHE (batterie) et Pino PALLADINO (bass).

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Piers FACCINI inaugure son label BEATING DRUM

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

 

Close my eyes tight to the beating drum
Time is come time is come

Fire in my Head – album Tearing Sky 2006

Songs I Love – Between Dogs and Wolves

2 albums à paraître le 23 septembre

Avec toute la projection poétique dont ce blog est capable, on sera tenté de lire à la suite les titres de ces deux albums pourtant bien distincts: Les chansons que j’aime entre chien et loup.  En quelques mots, voici exposées les lignes de force qui tendent vers l’horizon de BEATING DRUM:  faire ce que j’aime et choisir mon heure.

WOLF-VECTOR

Manifesto

Nous suivons l’actualité de Piers FACCINI depuis plusieurs années maintenant.  D’albums en concerts, nous nous sommes attachés à observer la progression singulière d’un artiste dans la société que nous connaissons : l’auteur-compositeur est-il épanoui dans ses réalisations ? comment  s’accommode-t-il de la crise du disque ? connaît-il le visage de son public ?  Beaucoup d’articles de presse commentent le sujet façon photo de groupe, dans les rubriques économie ou société.  Nous avons préféré suivre une trace, décrypter une réalité, et comprendre notre rôle possible dans la célébration de belles expressions artistiques.

Quelle que soit la manière dont on apprécie sa musique (aucun mystère là-dessus en ce qui concerne LA MAISON JAUNE et Piers !) on peut regarder d’un peu plus près cette entreprise artistico-économique par laquelle un song-writer, arrivé à une forme de maturité, prend une option aussi exposée que la création de son propre label.

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A la faveur de quelques entretiens avec Piers, les fondamentaux montent en surface, le manifeste s’énonce clairement, la voie est libre.  Voyez ici ce qu’il en dit.

Florac – Corniche des Cévennes – Avril 2013

Piers vient de terminer le mixage de son 5e album BETWEEN DOGS AND WOLVES.  Celui qui fit la première partie de Ben HARPER dans une tournée mondiale en 2006 appuie aujourd’hui le Disquaire Day avec un show-case dans la petite boutique de Guillaume,  La Quatrième dimension.  Petite place de village plutôt que Paris ?  Tout un symbole.  Avant la balance pour le concert acoustique prévu le soir dans un club associatif local, nous rentrons dans le vif du sujet.

 » Moi qui ai toujours beaucoup de projets en cours, tout le temps en train d’écrire des chansons, de fabriquer de l’artwork ou des objets, … voilà quelques années que je me sens à l’étroit dans le schéma classique du contrat d’artiste avec une maison de disques qui te laisse sortir un album tous les 2 ou 3 ans.  C’est un phénomène amplifié par la crise, bien sûr, mais il ne faut pas oublier qu’un label c’est avant tout une entreprise qui doit payer ses salariés et faire si possible du bénéfice. Alors, un artiste comme moi, avec un bon succès critique mais pas de gros chiffres en vente, je les intéresse pour l’image du catalogue. Mais c’est clair qu’ils ne vont pas me financer n’importe quel projet.  Je comprends cette loi de l’économie, mais c’est frustrant : tu as l’impression d’exister à moitié. »

extrait du clip Black Rose . P.Faccini

extrait du clip Black Rose . P.Faccini

 » Alors, avec maintenant un peu d’expérience du web, sur mon site et les réseaux sociaux où j’ai testé certaines choses, regardé les retours et les commentaires, en parlant beaucoup avec les gens à la sortie de mes concerts – toujours ce dialogue que je privilégie depuis des années, j’ai commencé à réfléchir à un autre modèle.  Par exemple si je conçois pour ce public que je commence à bien connaître un objet un peu spécial, disons un concept-album très personnel, la maison de disques va me dire qu’avec les 500 exemplaires espérés à la vente, ils ne peuvent pas vivre.  Mais moi oui !  Avec une petite structure, en faisant beaucoup de choses moi-même, avec une souscription et de la vente directe sur mon site ou à la sortie des concerts, c’est jouable : le modèle économique n’est plus le même.  »

Piers FACCINI n’est pas le premier à parvenir à ces conclusions. Dans d’autres registres, on peut rappeler l’avènement du chanteur de variétés GREGOIRE grâce au dispositif de financement participatif My Major Company.  Ou le pianiste GONZALES, également  producteur de FEIST.  Ou encore le groupe MORIARTY.  C’est par contre plus rare de voir un artiste s’engager dans cette voie à ce stade de sa carrière.  Oui et non, nuance Piers.

 » Oui, c’est un pari : on en reparlera dans un an !  Mais c’est aussi parce que j’ai cette expérience des circuits et que je communique beaucoup avec mon public que j’ai aujourd’hui une vision plus claire de la manière dont je veux travailler, de ce que je peux investir.  Une artiste plus jeune, comme DOM la NENA dont j’ai réalisé le premier album ELA, a préféré travailler sur une base plus classique avec un label qui prend en charge plus de choses.  Et je la comprends : elle a 23 ans.  Créer sa propre structure, c’est aussi beaucoup de travail administratif, des centaines de mails à écrire, … on n’a pas toujours l’énergie pour ça.  J’espère que ça ne sera pas trop lourd à la longue. « 

WOLF-VECTOR

Passage à l’art

Piers FACCINI a donc créé BEATING DRUM en association avec Anaïs LEDOUX – qui est son manager depuis des années et  bien au fait des arcanes de la production et de la distribution discographiques.  Une micro-structure qui tient le projet à bout de bras.

 » On a besoin de beaucoup de partenaires partout.  Autant avec la FNAC pour un accord de distribution, que la presse pour faire écho, ou encore le relai de blogs comme LA MAISON JAUNE pour présenter le travail avec une approche plus en profondeur.  Et pour les concerts, c’est la même chose.  80 personnes à 12€ l’entrée dans une chapelle romane en pleine montagne sans électricité, c’est juste inconcevable pour un tourneur classique.  En revanche, en partenariat avec l’association BOUILLON CUBE dans le Gard,  on peut le faire chaque été depuis 2011 avec le concept de La Route de la Voix. « 

Dans cette architecture minimaliste, on a bien compris que le public de Piers (les fidèles et les toujours nouveaux ‘adhérents’) joue un rôle essentiel.  On pourrait presque définir l’art par cette entrée d’ailleurs : l’art existe-t-il si la salle est vide ? si personne ne vient voir l’expo ? si aucun livre n’est vendu ?  Ca marche dans les 2 sens il semble : d’un côté un public qui témoigne de ce qu’il attend en matière de qualité ; de l’autre, un artiste qui se sent ‘engagé’ à développer ses options artistiques ainsi validées, voire à mettre sur la table du ‘matériel’ dont la distribution ne pouvait s’envisager dans le circuit classique.

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

 » Avec SONGS I LOVE par exemple, on a une série de 17 chansons reprises d’auteurs compositeurs que j’adore comme LHASA, Leonard COHEN, Bruce SPRINGSTEEN, … que j’offre en téléchargement gratuit régulièrement depuis 2009.  Tout est donc à disposition depuis longtemps.  Pourtant le 23 septembre on va sortir un livre-cd avec ces 17 titres, un objet somptueux, travaillé au millimètre avec mon partenaire graphiste Uncle O (complice de toujours), avec une petite histoire, une illustration que j’ai faite pour chaque chanson, et tous les enregistrements remastérisés, … Voilà.  On pense qu’on peut le faire, avec un tirage de tête limité et numéroté, pour ce public de fidèles pour qui les chansons sont seulement une partie de l’objet. Un truc comme ça, on le fait pour l’amour de la musique.  Pas pour faire de l’argent.  On donne de la plus-value pour ceux qui comprennent la démarche. »

 » Même chose avec ce vinyle 45T (rouge!) qu’on sort pour ce Disquaire Day.  Un titre inédit : YOU NEVER LEFT et une b-side instrumentale tirée d’une musique que j’ai faite pour un documentaire TV.  Là aussi, tirage limité à 300 pièces et l’engagement qu’il ne sera jamais vendu sur les plateformes de téléchargement. Un vrai collector ! « 

 » Et derrière, il y a plein d’idées, des choses à faire avec du matériel plus ancien, enregistré à l’époque de mon groupe CHARLEY MARLOWE  en Angleterre, et même avant, des trucs très roots, enregistrés sur un 4 pistes, …  Si ce canal d’échange et de confiance s’amorce bien, on peut l’alimenter avec beaucoup de choses.  »

WOLF-VECTOR

BEATING DRUM, on peut le voir comme un circuit court, à l’image de ces maraîchers qui proposent des paniers de légumes souvent bios, directement de la ferme à la cuisine du particulier.  Manière de faire vivre une certaine agriculture, à condition que le consommateur y trouve son compte, cela va de soi.

 » D’accord avec ça.  La comparaison avec la nourriture me va bien : essentielle au bon fonctionnement de l’organisme à condition qu’elle soit de qualité, sinon tu tombes malade, tu développes des allergies, …  D’accord aussi pour préserver la fonction de l’artiste dans la société, sauf que pour moi c’est plus que sauver un métier d’autrefois.  Je le vois plutôt comme une forme de parrainage : une communauté qui s’entendrait avec un peintre pour réaliser des fresques dans son église, voilà une image qui me paraît mieux correspondre.  C’est un concept un peu perdu, mais c’est de ce côté-là que je regarde.  »

A LA MAISON JAUNE, ça fait un moment qu’on insiste là-dessus : l’artiste dans un rôle populaire, qui sublime la culture d’une communauté  et assure le passage du témoin avec les traditions et l’histoire passées.

Between Dogs and Wolves . artwork P.Faccini

Between Dogs and Wolves . artwork P.Faccini

 » BETWEEN DOGS AND WOLVES », mon 5e album de compositions originales qui va lui aussi sortir le 23 septembre, est une chose tout aussi atypique, qu’aucun label n’aurait imaginé pouvoir exploiter en radio ou découper en vidéo-clips.  Un album réalisé sans une once de compromis, comme je le rêve depuis 10 ans. Les choix artistiques (des chansons pour le crépuscule), les arrangements (100% acoustique, aucune batterie ni percussion), la production : tout est fait maison !  »

WOLF-VECTOR

Voir loin

Avec ce genre de dynamique, on a le droit d’avoir de l’ambition pour son travail.  On perçoit déjà bien chez BEATING DRUM l’amour du travail éditorial bien fait, qui démarque cette entreprise du simple outil de distribution.  Sans concessions quand le public vous encourage, c’est aussi le pari éditorial réussi de l’éditrice DIANE DE SELLIERS.  Dans un tout autre genre – les textes littéraires fondateurs de l’humanité illustrés par les plus grands peintres – Diane de Selliers œuvre depuis 1992  comme l’architecte d’un ouvrage d’art dont la réalisation peut prendre jusqu’à 7 ans, par exemple pour le  DIT DU GENJII de Murasaki-shikibu illustré par la peinture traditionnelle japonaise du XIIe au XVIIe siècle.  Un parcours long et collaboratif, dont le financement comporte une large part de souscription en direction d’un public patiemment prospecté.  Quoi d’autre que le désir de partager pour motiver de tels défis éditoriaux ?  Un exemple qui encourage.

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

 » Pour nous, c’est important de soigner le travail et les objets qu’on propose.  Aujourd’hui, avec l’explosion du numérique et des plateformes sociales, tout le monde filme ou photographie avec son téléphone, poste sur YouTube ou Facebook, tout devient « cheap », jetable. On veut que les personnes qui achètent nos réalisations trouvent autant de plaisir que celui qu’on a eu à les fabriquer. »
Un credo que ne démentira certainement pas Diane de Selliers.

Créer son label, c’est implicitement inscrire sur la liste des projets la publication d’autres artistes.  Dans ce domaine, Piers a l’expérience de la réalisation de l’album de DOM la NENA (voir plus haut) et celui de CLAUDIO DOMESTICO (GNUT) : Il rumore della luce.

« Bien sûr qu’on y pense, mais c’est trop tôt. BEATING DRUM doit d’abord bien démarrer et stabiliser sa viabilité.  Il y a des coups de cœur qu’on a envie d’accompagner.  Toujours dans l’idée d’élargir et de nourrir la proposition à un public qui nous fait confiance.  Après, il y a ce rôle de passeur vis-à-vis d’autres artistes.  J’en ai moi-même bénéficié à mes débuts, quand Vincent SEGAL m’a mis sur le bon chemin, jusqu’à produire mon premier album solo.  Mon parcours personnel, même en dehors de la musique, est jalonné par ces rencontres avec des personnes que je considère comme des maîtres – pas au sens galvaudé de gourou, mais celui qui te montre le chemin.  Aujourd’hui, c’est normal que je facilite la progression de nouveaux artistes qui me touchent.  Mais tout n’est pas possible tout de suite.  Avec Vincent SEGAL par exemple, avec qui je joue depuis plus de 20 ans, on a enregistré cet été dans une chapelle une session acoustique qui nous ressemble, jouée comme ça vient, et on va le sortir en album, probablement en 2014.  Mais ce sera chez NO FORMAT, le label qui publie Vincent, avec Ballaké Sissoko et d’autres grands.

P.Faccini avec Vincent Segal - été 2014

P.Faccini avec Vincent Segal – été 2014

WOLF-VECTOR

Beating Drum

Le nom du label est tiré d’un vers de la chanson Fire in my head (album Tearing sky) :

Ashes will rise and the dus twill come
Close my eyes tight to the beating drum
Time is come time is come
What’s done is done

Quand on révèle à Piers le sens de l’expression ‘tambour battant ‘ en français, ça lui va aussi: une façon d’aborder l’aventure avec beaucoup d’allant!

Exigeant mais intègre, porteur de liens entre la peinture, la musique, et l’écriture, le manifeste de BEATING DRUM accouche  de réalisations à l’identité immédiate.  Dans les mains ou à l’écoute, SONGS I LOVE ou BETWEEN DOGS AND WOLVES ne ressemblent à rien de connu.  Comment expliquer  alors ce sentiment diffus de se rapprocher de son ‘homeland’,  de son pays intérieur ?

Parce qu’on l’a bien cherché sans doute.  Partenaire choisi, c’est tout de même mieux que consommateur assigné !

WOLF-VECTOR

A suivre très prochainement sur LA MAISON JAUNE la présentation des nouveaux albums  de Piers FACCINI :

  • SONGS I LOVE, livre-cd de reprises commentées et illustrées
  • BETWEEN DOGS AND WOLVES, nouvel album de compositions originales

Acheter n’est pas un acte neutre.  Acheter sur le site de l’artiste, c’est envoyer un signal.

PiersFaccini-SongsIlove-mrcup-02

artwork P.Faccini-Uncle O / ph mrcup

Ces 2 albums sont disponibles dès à présent en prévente sur l’espace boutique du site de Piers FACCINI.  Différentes formules sont proposées.

La tournée des concerts pour le nouvel album a débuté en Amérique du Nord cette semaine (album paru là-bas depuis le 10 septembre).  Piers sera de retour en France, en Belgique, et en Suisse dès le  28 septembre. Toutes les dates sur le site.

Enfin le Youtube channel, avec des vidéos extraites du film NEW MORNING, des raretés avec CAMILLE, des live avec son projet THE RIVER (Badje Kountara et Seb Martel), des covers des chansons de Piers, etc..

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Route de la Voix 2013: Are you Experienced?

BIRDS ON A WIRE (Rosemary Standley & Dom Pinto)

DOM LA NENA

PIERS FACCINI avec SIMONE PRATTICO

Un événement BOUILLON CUBE, à La Grange (Hérault) – 3 août 2013

©Piers faccini

©Piers Faccini

La ROUTE DE LA VOIX, les gars, c’est pas n’importe quoi.  Un décor, une heure chaude, une batucada de cigales n’y suffisent pas.  Vous croyez qu’il suffit de réserver sa place, amener des bières, et rentrer dans le décor? Vous êtes mal renseignés.

Et pourtant, rien ici de mystique ou de réservé à de prétendus initiés.  La ROUTE DE LA VOIX est une proposition tout ce qu’il y a de plus simple, tellement simple qu’elle paraît impossible aux blasés du show-biz et aux petits marchands.

Ici, la musique pour elle-même et quelques artistes ont jeté tous les masques et les apprêts dont les affuble cette industrie des loisirs qui prétend si bien nous connaître.  Quelques artistes seulement, confiants dans leur seul souffle.  Et autant d’auditeurs attentifs que le permet une voix nue.

Pour le seul amour de la musique, rapprochez-vous de votre enfance, des chansons poussées à tue-tête en revenant de l’école ou en cavalant vers les bois du plein été des grandes vacances.  Osez raviver le souvenir de ces instants poignants où votre vie tenait à une seule chanson, greffée à même la peau. Souvenez-vous que vous chantiez, naguère.  Rappelez-vous comme c’est tout simple. Et que ça fait du bien.

La ROUTE DE LA VOIX emprunte ce chemin-là, s’il est disponible, pour proposer à une écoute attentive quelques chansons « chantantes » qui, avec la résonance du lieu et tous les petits bruits de la vie alentour, composeront un accord parfait.

Et ce que l’on découvre alors n’a pas de prix: la voix sans micro, même chuchotée, les percussions effleurées, les cordes et le bois des guitares, l’épaisseur de l’air du soir qui module le chant, les brindilles qui craquent sous le pas, .. tout est musique, et tout est à notre portée.  Petit à petit, tout ce qui compose la musique va être élaboré devant nous, comme une écriture dont nous pourrions sentir l’encre et le papier.  Tout ce qui est englouti d’ordinaire par le son lissé de la bande FM et le carrousel des clips TV. Petit à petit, au prix d’une attention qui s’aiguise comme un couteau – prévient Piers FACCINI, nous allons comprendre la musique comme elle naît.  Une sacrée expérience! De celles qui n’ont besoin d’aucune trace, si on s’est bien compris, rappelle Piers: photos, vidéos, enregistrements en tous genres not welcome.

Initiée par Piers FACCINI et l’Association BOUILLON CUBE au début de l’été 2011, LA ROUTE DE LA VOIX est un concept minimaliste qui associe la chanson acoustique dans sa plus simple expression avec des lieux intimes – sites naturels ou du patrimoine – à forte émissivité sympathique.  Cette année, LA ROUTE revient dans la clairière de LA GRANGE, sur le site incroyablement accueillant de l’Association BOUILLON CUBE. (voir nos chroniques des éditions passées dans la section Archives ou suivre le lien plus bas)

Trois set de moyenne durée ont vu se succéder – mais aussi collaborer – le projet BIRDS ON A WIRE, DOM LA NENA, et Piers FACCINI avec SIMONE PRATTICO.

ROSEMARY STANDLEY, chanteuse au sein du fameux MORIARTY, s’est associée à DOM LA NENA – chanteuse et violoncelliste (ou le contraire!) pour le projet BIRDS ON A WIRE. Les deux cigales tournent depuis près de deux années avec un répertoire 100% envies et chansons d’enfance, mélangées avec des pièces de Claudio Monteverdi, Leonard Cohen,  Tom Waits, Fairouz, ou Purcell…. Un set tonique, ludique, et bourré de tendresses.  Et avec quel naturel les deux jeunes femmes ont-elles joué de l’espace, s’éloignant dans la frondaison, grimpant sur un rocher ou se rapprochant du public pour la plus fine des balances.

BIRDS ON A WIRE en album, c’est pour début 2014, avec une session studio enregistrée en juillet dernier.  Patience!

L’occasion n’est pas rare d’approcher MORIARTY dans des mises en scènes de proximité saisissantes. Mais qu’il soit permis ici de souligner l’incroyable présence de Rosemary STANDLEY, élégance et voix porteuse de tous nos rêves pour très loin. Dans cet écrin des bois, sans conteste la plus belle découverte de la soirée.

Son premier album à peine lancé, DOM LA NENA est rapidement devenue une artiste cordiale: avec du cœur pour chanter et toutes ses cordes à vibrer.  Celle-ci a eu la chance de tourner, entre autres vedettes, avec Jane BIRKIN plutôt qu’avec Céline DION!  De quoi libérer et légitimer le souffle de sa voix, qui jaillit désormais sur ses propres textes et compositions.  On a chroniqué ici son récent premier album ELA, produit par Piers FACCINI.  Un album travaillé entre autres dans ces mêmes Cévennes il y a juste un an, ce qui nous avait valu une étape de LA ROUTE réhaussée de sa présence.  Depuis, le monde est sa marelle.  L’Amérique du Sud est son jardin (l’album y sort au Brésil ces jours-ci).  L’Amérique du Nord se l’arrache entre studio-sessions, interviews et grimpette dans le top 10 des musiques du monde.  L’Europe lui ouvre ses festivals et ses salles intimes.  Elle traverse tout ça avec le culot de la jeunesse et la maturité des musiciens qui bossent: personne ne s’y trompe.  Backstage, à côté du flightcase pour le violoncelle, son énorme valise déborde de robes de scène, de petits instruments acoustiques et de plans de vol.  En nomade magnifique, Dom est sur la route.  Et lorsque justement cette chanteuse-là coupe par les bois de LA GRANGE, on mesure notre chance unique de recueillir sans filtres ni amplification l’élixir de ses chansons géniales, comme écrites et jouées dans l’instant: à la source.

Pas plus que les autres artistes sur La ROUTE DE LA VOIX, Piers FACCINI n’est en tournée promo. On reparlera bientôt ici de son actualité: création de son label BEATING DRUM et nouvel album en septembre BETWEEN DOGS AND WOLVES.  Et s’il joue ici quelques chansons de son album à paraître, c’est avant tout parce qu’elles s’accordent avec le concept acoustique de LA ROUTE (Like Water like Stone, Missing Words, ou les déjà diffusés Reste la Marée ou Black Rose).  Comme souvent, des versions inédites sur des titres anciens sont juste un régal de dégustation: Fire in my Head, Catch a Flame, et un mémorable To see is to Believe à la belle charpente rythmique exhaustée.

A ses côtés, Simone PRATTICO, brillant batteur et percussionniste,  mais surtout compagnon des routes, des scènes et des albums depuis Two Grains of Sand.  Ces deux-là se connaissent si bien que Simone ne peut que se fondre avec grâce dans l’humeur de la clairière et, comme le ferait un grand couturier, habiller de ses petites frappes et autres caresses sur les peaux toutes les mélodies distillées ce soir.  Pour le set de Piers, bien sûr.  Et chaque fois que Rosemary, Dom et Piers s’inviteront l’un l’autre pour un tricotage jubilatoire, il en sera!  Jusqu’à la tombée de la nuit, le silence des cigales, et la dernière note étirée de Three Times.

La Grange ambiance Bouillon Cube

Entre ces récitals hypnotiques, on remontait de la clairière comme d’une mine d’or vers l’esplanade de La Grange.  Sous le Micocoulier tutélaire et sa guirlande multicolore, on y mangeait les assiettes-maison avec un verre de Pic Saint Loup, servi au bar par un souriant bon gars des Pouilles italiennes.  On vous l’a dit ça?  BOUILLON CUBE reçoit comme à la maison, avec le sourire.  No speed mais tout fonctionne en temps et en heure.  Du coup on s’y sent plus participant que consommateur.  Et ça le fait comme ça tout l’été, au gré de l’agenda de la mixture culturelle concoctée par tonton Yo et Clayre.  Jetez un oeil au programme: ceux qui connaissent font le détour exprès et les résidents de Montpellier, Nîmes ou des patelins alentour y grimpent volontiers pour se dégourdir les neurones!

Cette année, c’était un peu spécial, sans étape foraine pour LA ROUTE DE LA VOIX.  Ça va revenir.  Il reste beaucoup de chapelles perdues dans la montagne, tant d’heures magiques entre chien et loup, et pas mal de chansons à confier à nos sens aiguisés.  Pour BOUILLON CUBE, c’est devenu un art de vivre et de faire vivre le « pays ».

Pour Piers FACCINI, LA ROUTE DE LA VOIX est définitivement un concept central et emblématique de la manière dont il conçoit son rapport à la musique et au public-partenaire.  Engagé comme il l’est désormais sur cette LIVING ROAD comme disait LHASA, il n’est pas près d’en perdre la trace.

Prochaine étape: automne 2013.  Soyez-en si vous y tenez tant que ça.

* * * * * * *

Entrez ici, chez BOUILLON CUBE

Lisez plus sur l’album ELA de DOM LA NENA

Les débuts de LA ROUTE DE LA VOIX en 2011

Le nouveau site de Piers FACCINI: actualités, vidéos, ventes en ligne

MORIARTY: juste un band sublime!!

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SING TWICE ! Eric LEGNINI & the Afro Jazz Beat

Nominé pour l’album de l’année aux Victoires du Jazz 2013. Grosse impression avec cet album prodigieux, de la part d’un solide jazzman Belge qui ne rêve que de suivre … son rêve d’invention. Et d’ouvrir son jazz à la chanson, aux chanteurs, et à l’Afrique, sans rien perdre de sa couleur à lui: l’aventure humaine de la rencontre, sinon rien! Faites passez: avec SING TWICE, Eric Legnini redessine les frontières du jazz: y’en a pas! Y’a pas plus ouvert que le Jazz. SING TWICE tout l’monde!

Sing Twice!

http://dai.ly/xydek2

interview!

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Festival Millau en Jazz 2013

affiche_13Encore et toujours chouchouté par sa bonne étoile, le Festival Millau en Jazz continue d’attirer sur des scènes conviviales pointures du circuit international et pépites immanquables.

Entre le 13 et le 20 juillet prochains, il ne faudra sans doute pas vous pousser pour aller écouter-voir Lars Danielsson ou Laurent De Wilde (et son invitée Géraldine Laurent).  Mais le programme fourmille d’outsiders et de découvertes pour tous les goûts, où se niche toujours « le » ou « les » concerts marquants du Festival.

Focus par exemple sur trois ensembles qui tournent cette année avec des projets remarquables; des propositions pour ouvrir, enrichir, et interpréter notre vaste monde en mode ‘musique’.

Corps, âme, et esprit

Trio Barolo

trio-barolo

A Millau en Jazz (équipe, public et followers réunis), on aime l’engagement. Alors Trio Barolo est fait pour nous !

Rencontrez ici un trio de pointures au grand cœur, des mélodistes inspirés, et de fins maîtres-chai pour un voyage de tous les sens, qui pourra vous transporter sur une place fraîche de Palerme, une jetée du port de Marseille, ou dans une ruelle d’Alger. Et que trouve-t-on dans l’assemblage de ce grand cru : Francesco CASTELLANI, qui fait chanter son trombone comme Sinatra ; Philippe EUVRARD, contrebassiste converti au grand Jacob Pastorius, héraut de toutes les musiques du monde et riches de tant de rencontres ; Remy POULAKIS, accordéoniste de concert et ténor formidable, insuffle le lyrisme qui sublime les envolées de l’ensemble. Trio Barolo joue de la générosité, de la couleur, et de l’inépuisable richesse du langage musical pour mettre sur la table sa contribution à un concert dont la réussite dépend aussi de l’écoute et de la réponse du public. Vous savez bien : cette alchimie de grâce éphémère qui se forme parfois entre artiste(s) et public et qui élève un concert parmi d’autres au rang de mémoire vive. Be there ! (14 juillet)

Premier Album en cours de production – souscrire ici : http://labelleanaphore.fr/actualite.html

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Be-bop meets Rock’n Roll

Francesco Bearzatti & Tinissima 4tet

francesco-bearzatti-quartetQue diriez-vous d’un petit choc ?

Place alors au Maestro Francesco Bearzatti et son quartet pour un précipité prodigieux entre les thèmes cultissimes de Thelonius MONK, pianiste-icône du Be-bop, et quelques mastodontes du Pop-Rock, genre Lou REED, Michael JACKSON, AC/DC, ou encore Pink Floyd. Le souffleur italien et ses compères testent l’idée depuis 2005, au gré de rappels en concert ou de délires dans le bus des tournées. But now’s the time ! Ici, pas de collage sous l’étiquette galvaudée du ‘Power Jazz’. C’est au contraire avec le pur jus extrait des racines Blues de Monk ET du Rock que Bearzatti et Tinissima 4tet concoctent leur potion rythmique. Et avec quelle foi ils relient Bemsha Swing et Another One Bites the Dust de QUEEN, ou ‘Round Midnight et Walking on the Moon de POLICE. Ce soir, Francesco BEARZATTI et Tinissima 4tet vont nous livrer un set à l’image de la genèse de l’album éponyme : ludique et plein d’une énergie communicatrice.

D’accord : le jeudi du Festival, ça secoue toujours un peu. Alors pour se lâcher, cher public, c’est ce soir ! (18 juillet)

Album Monk’n Roll (Cam Jazz / Harmonia Mundi)

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Transe Klezmer

Yom trio

yomSurdoué de la clarinette mais aussi gros bosseur, Yom tient le haut de l’affiche depuis quelques années en explorant les frontières de la musique juive d’Europe Centrale et Orientale. Loin de répéter les mêmes thèmes Klezmer, il repense sa vision harmonique globale, intègre des influences régionales (Balkans, Turquie, ..), et ose aujourd’hui la fusion avec un style électro des plus vif.

A la fois aventureux et conscient de l’héritage dont il est porteur, Yom développe d’albums en concerts, en passant par de belles collaborations (Claude Tchamitchian , Denis Cuniot , Wang Li, Ibrahim Maalouf, ..) un univers aussi festif que profond. Tout ce qui fait une musique vivante.

Avec cette formule trio electro, apprêtons-nous à larguer quelques amarres, à aborder au terme d’une transe régénératrice la musique d’un continent disparu et pourtant plus vivante que jamais, bouillon d’énergie hier comme elle l’est aux accents d’aujourd’hui .

Hyper-synthés, rythmique bien rock, et clarinette en bâton d’énergie … le ton est donné : venez pour que vivent les musiques actuelles. (20 juillet)

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Consultez le programme et réservez vos places:

Festival Millau en Jazz – du 13 au 24 juillet 2013

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‘The Parallel Body’ renaît en ‘Corps Parallèles’ – La poésie bilingue de Dom Gabrielli

LE POÈTE DES INTERSTICES

photo: Laetitia Lisa

The Parallel Body / Corps parallèles édition bilingue (Éditions C.Chomant – 2013)  préfacée par Jacques Ancet

photo Ideïous

Dos au chêne

Le chemin m’a donné un large chêne pour filtrer l’implacable soleil et répondre à la soif.  Loin des Causses et pourtant, dans la flore de ce Volvestre accueillant, même flore luxuriante en ce temps de l’herbe : mêmes vulnéraires ondoyant sous la brise des plateaux qui purifie l’œil attentif des Milans noirs.  Le lieu se combine au moment, propice à l’ouverture du livre, à l’écoute du poète, et de la pulsation du monde.

C’est un rendez-vous un peu intimidant avec les vers de Dom Gabrielli que je m’organise là.  L’homme est pourtant familier, par la vertu de quelques échanges en petits cercles ou sur le boulevard des réseaux sociaux.

Après les brûlures adolescentes, les engagements incandescents de la prime jeunesse, la poésie je l’avoue m’était devenue un objet distant, séparé de mes émotions par les mises en scènes boursouflées de quelques petits agitateurs institutionnels.  Le jus n’y était plus.  Miraculeusement, résistait dans un coin la musique particulière de la poésie lue dans deux langues étrangères : l’anglaise et la russe – habillée des quelques images sublimées. L’anglaise, fiévreuse et rythmée, iconisée dans la jeunesse de Shakespeare. La russe, lyrique bien sûr, et que dans leur pays même les malfrats récitent la larme à l’œil.

Alors oui, par l’esthétique presque érotique de la langue, la poésie de Dom Gabrielli était déjà présente dans le chant-rivière dont je nourris ma représentation du monde. The Parallel Body, The Eyes of a Man,  A Strange Frenzy, publiés ces dernières années, brûlaient comme des feux d’hiver à rejoindre sans détours.

Certains artistes sont à mes yeux d’authentiques chamanes, proprement saisis, assaillis par des visions du monde qu’ils n’ont pas sollicitées. Ceux-là voient des gouffres, des cortèges sans visages, ils reconnaissent la seule mélodie capable de mettre le nomade sur la route, l’exacte température de la joie possible ; ils savent tout cela qui les effraie, ne savent pas si les mots au plus près de cette transe parleront aux autres, aideront les autres – mais les déguiser serait pire alors voilà leur seul travail : dénuder le mot, tailler dans le verbiage pour se rapprocher du jaillissement,  assembler les sons justes dans le rythme, donner au lecteur- receveur l’impulsion d’engager son propre voyage.  Ni affectation, ni prétention de poète de cour ; encore moins  recette façon thérapie brève pour BoBos à l’ikéa de l’existentiel ; ce poète-là est d’abord dans l’urgence de sauver sa peau ; publier – même de façon confidentielle – pour décharger le fardeau,  adoucir au grand jour la vision solitaire en plongée abyssale.

Ce poète-là est bien différent d’un écrivain au sens commun, et son style n’en est de même pas scruté par les diseurs médiatiques. Pas à l’abri pour autant de ne pas exister aux yeux de nous-autres.  Incapable d’inventer, interdit d’exercice de style, il s’efforce de dire ce qui ne peut l’être.

‘ Poems are’   – ‘Les poèmes sont’

Toucher le pouls du monde nous arrive quelquefois : entrevoir en une fois la souffrance de toute une vie ou au contraire son incandescence.  Sous le coup d’émotions fortes, nous cédons assez vite à ce réflexe vital de la quête de certitudes, de confort, et de plaisirs qui rassurent et aliènent à la fois.  Le poète ne connaît pas ce refuge face aux visions qui le tiennent captif.

Parvenir aux vers de Dom Gabrielli dans ma langue maternelle n’est pas évident.  Je me disais plus haut intimidé:  par cette confrontation avec la vérité que me rapporte le poète, palpitante dans un poing tendu.  Vérité de ma condition. Miroir de moi.  Car sans être poète, ni exégète, il est donné à chaque lecteur sincère de partager dans la poésie de Dom Gabrielli une tension intérieure, née de choses que nous ressentons sans les comprendre.  Dans le chaos de nos croyances occidentales qui s’effondrent – et le paroxysme de leurs derniers feux – l’humanité de demain est peut-être en train de naître.  Plus que jamais en ces temps de mutation, loin des lois cartésiennes qui asservissent, la parole des poètes est une chance.  Car les mots qu’ils remontent de leurs plongées dans les interstices éclairent cette tension entre abandon et devenir.  D’un monde à l’autre.  D’un corps à l’autre.

words can sing now‘ what is it one receives from a poet
when words fall
night and day
and create pools to outwit the rains of spring’

‘ que reçoit-on d’un poète
quand les mots tombent
jour et nuit
et créent des flaques pour tromper les pluies du printemps ‘ 

poème 41

Si justes et aboutis qu’aient pu être les vers de The Parallel Body en anglais, la pauvre traduction que je m’inflige avait jusque là tout juste permis d’identifier la nature, l’état, la vision d’un poème ; j’étais loin d’une compréhension émotionnelle globale, cette quatrième dimension indispensable pour acquiescer à toute proposition artistique.  Que dire alors si telle forme d’art touche à notre questionnement existentiel ?

Convaincu de la sincérité de la poésie de Dom Gabrielli, restait donc à éprouver l’impact de sa parole – qu’elle résonne comme lue à mes oreilles – pour être concerné.  Notre vie entière – le croyez-vous ? – est à la merci du moindre et tout-puissant signal culturel : un son, une parole, une image, un mouvement, une odeur, une brise et je me mets en marche.  Quand telle est l’attente, traduire ne suffit pas. Il faut ressentir, interpréter, et finalement re-dire.  Pour ce job, Dom Gabrielli n’a pas dû beaucoup hésiter à travailler avec Lætitia Lisa.  Chavirée dès les premières publications par cette ‘poésie des lisières’, comme le préface Jacques Ancet,  Lætitia Lisa a régulièrement accueilli et commenté les poèmes de Dom Gabrielli avec un instinct et une densité émotionnelle troublants de justesse.    Et ce n’est pas la moindre vertu de ce travail collaboratif sur la renaissance de The Parallel Body en Corps Parallèles que de révéler chez Lætitia Lisa ce talent de « dire » – même avec les poèmes d’un autre.  Une sensibilité doublée d’un sens de la beauté de ce qui simplement ‘est’, et qui fait l’âme des poètes.  Elle-même commence à s’en convaincre et c’est heureux.

‘  elle est étonnante
cette ouverture béante de la nuit
alors qu’elle dévoile
ses secrets qui hurlent en silence
mais tu es plus fort aujourd’hui

je suis un chemin qui porte au loin
mes poings sont des oiseaux
qui dansent dans la lumière orange

je sais cela prend du temps
mais ton sourire peut l’emporter
sur ce que jamais nous n’aurions dû savoir
et apprivoiser la chaleur du jour
pour couler des poèmes
en moules d’obscur

tu es frère de la nuit
tu as été confié à une noirceur
dont l’ouverture doit être forcée

promesse infinie ‘

(poem 17)

Jouir des textes dans l’écho des deux langues est un petit plaisir que l’on pratique à voix haute, jusqu’au rythme parfait qui révèle encore.

Voici d’où vient le poème 17 :

‘ night’s eternal openness
astounds
as it unveils
secrets which scream in silence
but you are stronger now

I am a path to further
my fists are birds dancing in the orange light

I know it takes so long
but your smile can outwit
what we were never meant to know
and lift the heat from daylight
as you cast poems
in forms of dark

you are night’s sibling
entrusted to a darkness
which must be prised open

infinite promise ‘

Il suffit donc de peu aux poètes de l’urgence pour se reconnaître entre eux.  Ainsi Jacques Ancet qui, dans une préface indispensable, nomme le fil rouge de ce recueil, trace cette lisière de l’entre-deux où se confond le poète-caméléon.  Ainsi Piers Faccini, dont les illustrations de couvertures sont des poèmes en soi.  Elles portent haut les signaux d’intensité et de sensualité qui courent dans les veines de ce beau livre.

La sensualité s’apprécie également dans la qualité des livres façonnés par Christophe Chomant : du choix des papiers aux options de format, sans oublier l’originalité d’un marque-page bien attachant, voilà qui participe à ce qu’on appelle un livre précieux.

Sorties de l’humus dessous le chêne, les fourmis par dizaines couraient sur ma peau et m’avaient tenu captif d’une légère tension du danger jusqu’à ce que j’épuise le livre. Sauvé!!

 * * * * * * *

La totale

Pour l’actualité :

http://domgabrielli.blogspot.fr/

Pour obtenir un exemplaire dédicacé, envoyez un message privé sur la page :

https://www.facebook.com/DomGabrielliPoetry

Pour commander :

http://chr-chomant-editeur/Dom-Gabrielli-Parallel-Body-Corps-paralleles

Jacques Ancet chez lui:

http://www.blogg.org/blog-55642.html

Piers Faccini, peintures, dessins, etc..:

http://www.piersfaccini.com/art/

Du côté de chez Laetitia Lisa :

http://laetitialisa.blogspot.fr

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Dom La Nena chante pour le coeur

ELA – Premier album (Six Degrees records)

« A force de voyager entre deux mondes, on finit un jour par créer le sien »   

Frank ANSELL, guérisseur Aborigène (Nungkari)

Dom-La-Nena

Son premier album ELA vient d’arriver en France, bordé d’un accueil élogieux et de critiques qui se succèdent à un rythme impressionnant. Voyez donc ici.

Par la vertu des rencontres et suite à quelques compagnonnages heureux, la violoncelliste Dominique PINTO s’éveille au pays du chant intérieur et laisse éclore DOM LA NENA, une belle personne-artiste tout en harmonies.  Apparemment, ça la transporte. Bonne nouvelle: c’est contagieux!

Il y a quelques semaines, incapable de trouver ELA dans les bacs de la FNAC, vous auriez sollicité l’aide d’un responsable de rayon et il vous aurait demandé: « DOM LA NENA? Quel genre de musique? »  Vous auriez sans doute été bien en peine de répondre…  Car entre Brésil, Argentine, Portugal, Paris, sans oublier le tentaculaire pays des aéroports où les musiciens passent beaucoup de temps, comment en effet catégoriser une artiste infusée d’autant de cultures musicales que d’étapes dans sa vie?  Les contingences bien explicables du métier de disquaire offrent facilement le prétexte à rebondir sur la question de l’identité de DOM LA NENA et de la genèse de son acte de naissance: ELA.

Pas honteux de notre manque d’érudition dans la musique de genre, à La Maison Jaune on est (peut-être) comme vous: convertis par la beauté d’une œuvre, et d’autant plus curieux des motifs de cette adhésion.

Un premier réconfort, tout d’abord, dans cette nouvelle démonstration que la musique n’en finit pas – n’en finira jamais – de vivre au travers des combinaisons infinies de son dialogue avec la vie et l’histoire des gens: ceux qui la chantent; ceux qui inspirent ceux qui la chantent.  Rien de cadré, rien de tracé à l’avance pour DOM, qui aurait pu à chaque étape investir un schéma connu: violoncelliste classique ou musicien d’accompagnement pour les projets d’album et les tournées d’artistes-phares.

Dom by J

On ne sait – du besoin d’émancipation ou de l’urgence d’exprimer – ce qui accouche un beau jour de DOM LA NENA?  Ce qui est probable en revanche, c’est que le terreau fertile devait être prêt, lente maturation des expériences, des enrichissements, des émotions fixées tout au long de la route.  Sans avoir cherché à cultiver dans une quelconque visée stratégique une virtuosité d’instrumentiste ou un folklorisme exotique, DOM semble avoir au contraire laissé affleurer toutes les sources de son patrimoine agrégé.  Sa décision la plus inattendue est alors de considérer qu’elle peut commencer à écrire: la plume saura d’elle-même dans quelle encre tremper, car c’est bien souvent dans l’écoute intime, l’abandon des prétentions complexes – sans pour autant méconnaître ses talents – que naît l’identité durable d’un artiste complet.

Gage de cette maturité et d’une harmonie réussie, « chacun reconnaîtra les siens » pourrait-on dire.  Phrases et toucher du violoncelle désormais indissociables des projets récents de CAMILLE, Jane BIRKIN, Piers FACCINI, Etienne DAHO ou encore Rose-marie STANDLEY.  Voix chorales et douces des univers latino-américains de sa jeunesse, qui replongent illico dans la douceur des conversations musicales entre le poète chantant Vinicious DE MORAES et TOQUINHO.  En un mot, de belles chansons – tout le monde comprend ce qu’est une « belle chanson »: limpide, universelle,  et tout autant intime.  Des témoignages forts qui n’occultent en rien l’invention présente dans chaque chanson de DOM.

Si l’intention créatrice est là et bien là, il n’est pas rare, dans le cas d’un premier album, qu’elle soit détournée ou surchargée pour servir un improbable « coup de production ».  Ici encore: bonne pioche! Le choix de coproduire l’album avec l’auteur-compositeur Piers FACCINI ne pouvait mieux convenir.  Engagé dans un mouvement semblable avec sa propre production, Piers a mis tout le soin qu’on lui connaît à servir avec intégrité une impulsion créatrice personnelle et l’habiller sans excès de fards ni de rubans pour sa sortie dans le monde.  Home-studio dans les Cévennes, balades en montagne pour décanter les idées, tablées familiales après le boulot, sans oublier la touche magique de l’ingénieur du son Patrick JAUNEAUD au mixage, … DOM LA NENA avait toute la palette à disposition et elle n’a rien gâché.  Ajoutons-y, pour les photos et les clips, l’œil inspiré de Jeremiah – réalisateur entre autres du film « A NEW MORNING » avec Piers Faccini, et vecteur de bien des rapprochements heureux entre artistes musiciens.  Cet exhausteur de goût 100% naturel a le don pour détecter dans le cadre le moins élaboré l’élément visuel qui symbolise le mieux l’artiste ou le geste artistique à l’œuvre.  Suivez ce garçon.

Au final, on se retrouve toujours avec la même question: pourquoi certaines chansons nous touchent tant?  Pas fabriquées comme un tube de l’été, pas une musique à danser, ni manifeste militant, ni lamento-explicite-garanti-vécu.  Et pourtant elles ne nous quittent plus.  Là-dessus, il n’y aura jamais que des hypothèses.  Celle-ci, par exemple, qui verrait dans ces chansons le véhicule de nos émotions, de nos souvenirs, de nos espoirs diffus.  Une proposition sensorielle qui ferait écho à ce que chacun de nous trimballe, de lourd ou de léger, dans l’imaginaire que fabrique l’esprit.  Un petit bout d’histoire qui rattraperait la nôtre et la guiderait de l’esprit vers le cœur, là où l’on vit pour de vrai.

On entre dans cet album comme dans une maison familière. Familiale. On y reconnaît les sons qui nous accompagnent, qui racontent l’heure de la journée, le temps qu’il fait, la vie qui s’écoule ; on reconnaît les ombres portées sur la table, qui dessinent un corps aux instants du jour.

Des bruits de pas sur un plancher, qui en a porté d’autres que nous, et qui raconte leurs passages, comme une invitation à mettre, nous aussi, un pied devant l’autre et à suivre le chemin du vent.

De petites clochettes venues tinter là-bas derrière, loin, très loin, happant notre regard (écoute), ouvrent l’espace, qui devient soudain vaste, si vaste que nous sommes plongés au cœur du cosmos, à toucher les étoiles du doigt … Le chant des oiseaux se chargera de nous rappeler sur terre, où l’on s’éveillera, bercés par le vent-violoncelle, comme dans un hamac suspendu aux branches d’un chêne séculaire. A moins que nous soyons ce chêne …

Cet album, vraiment, mérite l’écoute au casque : pour profiter de ces délices si finement ciselés, des interpellations instrumentales, de ces voix qui nous traversent, nous habitent… ; pour se laisser aller au délice de rester en suspension entre deux passages, entre deux morceaux de vie, lorsqu’une chanson se termine et qu’on attend la prochaine pour réapprendre – doucement – à respirer, tout entiers enveloppés de cette douceur palpable que Dom La Nena sait communiquer aux chansons ; pour jouir de cette belle proximité déjà aimée, louée sur les albums de Piers Faccini ; de ces ambiances qui nous font ressentir la musique comme vivante, charnelle, pleine et porteuse des bruits du monde … Vraie.

[Lisa    Ideïous]

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Pour aller plus loin:

Une merveille de petite médiathèque: le site officiel de DOM LA NENA 

DOM LA NENA se déguste en concert – dont celui-ci (clic!), qui promet! – car c’est là que la musique palpite!
(pour les autres dates cliquez sur le lien du site et naviguez jusqu’à la rubrique TOURNEE)

Facebook_Icon la page pour les dernières nouvelles

Une porte vers Jeremiah …

… et Piers Faccini:  le nouveau channel Youtube avec des videos de Jeremiah ET un duo avec Dom

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Un Malted Milk bien frappé !

En concert le 22 février 2013
Théâtre de la Maison du Peuple – Millau – 20h45

(Extrait du site de Millau en Jazz)

 

malted-milk

Biberonné au Delta Blues puis au style Chicago, Malted Milk a trouvé dans la Soul le meilleur terrain d’expression de son énergie scénique naturelle et décomplexée …), tout en imposant sa touche bluesy désormais véritable marque de fabrique des 7 Milkmen.

En cette période où de nombreux artistes de la scène musicale française et internationale se réclament de la Soul, Malted Milk tire son épingle du jeu avec l’écriture réussie d’un répertoire original, nourri de l’héritage transatlantique des pères du genre (Al Green, James Brown, Donny Hathaway, ..)

Reconnu pour ses prestations scéniques furieuses et détonantes, le groupe revient avec un nouvel album Get Some disponible depuis mars 2012. Grooves imparables, harmonies vocales peaufinées et cuivres rutilants, tous les ingrédients sont réunis dans ces nouvelles pépites funky-sexy servies par une production diablement oldschool.

Que vous soyez un gardien du temple Blues, un partisan du « Fonk » ancestral, un auditeur curieux ou aguerri, plongez dans l’écume d’un Malted Milk bien frappé !

Arnaud Fradin : guitare et chant
Igor Pichon : basse
Nicolas Mary : claviers
Yann Cuyeu : guitare
Gilles Delagrange : batterie
Franck Bougier : trompette
Sylvain « Sly » Fétis : saxophone

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Kouyaté & Neerman : Maîtres des lamelles

En concert le 26 janvier 2013
Théâtre de la Maison du Peuple – Millau – 20h45

kouyate-neerman maîtres des lamelles

C’était samedi soir le premier concert de la saison 2013 pour Millau en Jazz, un spectacle en co-accueil avec le Théâtre de la Maison du Peuple à Millau.  Pour l’occasion, le public Millavois s’est enhardi, jusqu’à secouer vite-fait la dernière neige et se masser dans une salle prête à chauffer sur mesures le creuset des inventions des ‘Maîtres des Lamelles’ :  Lansine Kouyate (balafon) et David Neerman (vibraphone).

Comme l’annonçait le programme, toute l’intelligence musicale et l’audace de ces maestros a subtilement embarqué le public dans l’aventure sensorielle que visiblement il attendait.  De paisibles plages acoustiques teintées de poésie lunaire en envolées rythmiques cadencées jusqu’au paroxysme, la partition de cette soirée unique est maintenant gravée dans quelques centaines de mémoires.

Il fallait voir et entendre ce magicien de Lansine Kouyate faire corps avec son immense balafon bondissant, dans un dialogue organique entre culture millénaire et vibration de matières.  En face, David Neerman a joué d’un vibraphone dopé aux amphétamines électro et autres distorsions rock comme d’une tablette ultrasensible : caressées du bout des doigts, grattées, frappées du feutre ou du talon des ses mailloches, il a tiré de ses lamelles toute la palette des émotions primales pour habiller le récit de ce voyage en live.  A la batterie, David Aknin a donné bien plus que ses appuis, rappelant avec un brillant à-propos la nature essentiellement rythmique de la transe de ce soir.  Aux basses, Antoine Simoni a joué à merveille le trait d’union entre les univers électro et jazz, entre ornementations au synthé-basse pour nappes profondes et engagement ‘full-contact’ avec le bois de sa contrebasse, en résonance sympathique avec celui du balafon.

Tradition la plus pure et invention débridée dans le même concert ?  C’est la musique qui s’invente aujourd’hui.  Et grâce au Théâtre de la Maison du Peuple et à Millau en Jazz, ça se passe aussi près de chez vous.

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Un livre à célébrer (A Strange Frenzy – Dom Gabrielli)

 De la célébration du livre

La naissance d’un livre est un événement à célébrer plus que jamais, en ces temps où le numérique a tendance à prendre le pas sur le papier.

Elle est témoin de ce que des écrivains, des poètes s’attachent encore, et de plus belle, à mettre toute leur attention dans la confection d’un objet qui soit nourricier. Dans cet amour du beau – du livre-objet qui va nous régaler non seulement par ses mots et le dialogue à chaque fois particulier, intime et personnel qu’il va entretenir avec son lecteur – ils vont alors se préoccuper de réjouir tous nos sens. Lire la suite →

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Qui-Vive? La Route de la Voix – édition 2012

Les bourrasques tordent la vigne et les ifs fouettent d’encre les murs de la chapelle. Nous sommes ces gamins enjoués qui s’ébrouent dans la poussière du chemin longeant le petit cimetière. Soudain la vue des deux silhouettes nous fige et le souvenir nous rapte, nous jette sur la Route qu’eux n’ont jamais quittée.  Alors, oui, tout nous revient : et ces pas dans les chemins, et ces notes musées dans le souffle de la marche, ces abandons dans le repos des clairières, et les sous les voûtes romanes.

 La Route de la Voix 7 juin 2012 St Julien de Salinelles - Piers faccini | Makan Badje Kountara

Ils sont arrivés, entend-t-on dire ; ils se préparent, il faut attendre. Bavarder, manger, boire un peu de vin. Parler de l’hiver qui est passé et des étapes qui se dessinent.  Laisser s’installer le temps long. Certains s’écartent, contemplent, se perdent un peu dans la vigne et reviennent vers le pôle de Saint Julien de Salinelles.  Fils ténus devenus chrysalide impalpable, nous n’avons pas bougé et pourtant le temps n’est plus le même : en cet instant la Route nous a repris.  Pas une note encore, mais au bruissement de cette vie apaisée, Piers et Badjé sont à l’écoute: le récital a donc commencé.

La chapelle est belle mais pas si sauvage. Propice alors à la célébration de la voix et de l’écoute. Piers Faccini jouera des volumes, du chœur, de la voûte, et de l’abside.  Il pourra murmurer les notes perdues et frotter l’ongle sur les cordes pour un final qui se fond dans l’écho.  Sa voix pourra sonner, égrener la pierre sèche des Pouilles, brasser l’eau sombre des Glen, caresser l’herbe du grand West. Tout sera entendu.

C’est cela, la célébration.

Quand arrive  Badjé, c’est une autre affaire, un autre monde, une autre musique qui prennent vie.  Makan Badjé Kountara est grand, tout sourire et douceur, et il est magicien. Son apparition nous bouscule un peu, nous quittons la célébration pour une terre inconnue.

Même si musicologues et historiens ont depuis longtemps établi la filiation du Blues avec la musique d’Afrique de l’Ouest, ça fait toujours du bien de le palper.  A fortiori lorsque – comme ce soir –  on est au-delà de l’exercice de style.

Ce qui se passe là, c’est l’enrichissement, la génération spontanée d’une musique jouée à l’instinct par deux musiciens puisant dans la quintessence de leur tradition les émotions, les accordages et les sonorités d’une musique nouvelle pour chacun.  Par quelle magie exprime-telle aussi fidèlement chacune des traditions et en même temps est-elle invention ?  Sans doute par la magie de la liberté offerte dans ces moments-live à des musiciens pourtant éloignés.  Pour qu’advienne cette magie, il faut l’envie, l’humilité, l’écoute, la générosité.

Comme la rencontre qui n’aurait pas eu lieu il y a 80 ans entre un immigré irlandais des Appalaches et un songster noir du Delta du Mississippi, chacun s’est projeté dans l’invention du moment, a servi la musique en train de se faire.

Notre ami Étienne Bours, dans la regrettée émission Terre de Sons (RTBF), illustrait chaque semaine comment, de tous temps, avec  les marins, les caravaniers et les marchands, la musique circule, des chansons sont reprises, adaptées, vivent et se transmettent.  Piers Faccini et Makan Badjé Kountara vont plus loin : , ils co-inventent en apportant ce qu’ils ont de plus riche, de plus authentique, même de plus traditionnel; et la magie est dans l’harmonie du résultat vivant, pas dans la leçon de musique.

Voilà la Route de la Voix, voilà l’incomparable expérience du dépouillement, de la création et du live : dans ces lieux choisis, par la limitation de l’assistance et de l’équipement, sans oublier l’incroyable adaptabilité de la production assurée par l’association Bouillon Cube, on oublie les conventions du spectacle, du rapport chanteur/public/performance; tout et tout le monde concourt à l’expérience, à sa sincérité.

Et puis il y a cet autre chose de bien installé dans la jeune tradition de la Route de la Voix : sur un agenda qui s’étale,  une communauté et son artiste se rapprochent au plus près, lançant leurs Qui-Vive ?  pour revalider ce ‘contrat naturel’, où chacun nourrit l’autre par ses émotions, ses histoires, et son questionnement.

L’orage claquait son plein lorsque nous émergeons de la chapelle, ce qui n’étonna personne puisque A storm is gonna come figurait sur la set-list.

Nous sommes repartis, plus gamins que jamais, serrant dans nos poches un album de plus ou l’affichette de la soirée.  D’autres nous ont dépassés ;  sautant dans les flaques, ils ont couru jusqu’aux camions.  Tous parlent de revenir.  Tous promettent de faire connaître La Route…

* * * * * * *

Pour une présentation plus générale de la Route de la Voix, se déporter sur le site de l’association Bouillon Cube (lien ci-dessous) et lire les impressions des concerts 2011 ici-même (section Archives en haut à droite).

Association Bouillon Cube ou encore ici

Piers Faccini: le site web  et le forum

Piers Faccini et Makan Kountara partagent avec un troisième musicien, Seb Martel, le groupe  The River, et un répertoire dédié.

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Words can sing now – Dom Gabrielli

 «Peu de livres changent une vie.
Quand ils la changent c’est pour toujours. »
Christian Bobin

Ce fut d’abord un poème venu à ma rencontre.
D’enivrants effluves qu’il me semblait devoir suivre.
Et quelques jours plus tard, le livre dans ma boîte aux lettres.

J’ai commencé sa lecture et le livre m’a faite sienne.
J’ai pleuré, j’ai tremblé. J’ai frémi, j’ai souri. J’ai vécu avec lui.
Rien qu’avec lui durant trois semaines.

Et puis, alors que j’émergeais, on m’a demandé ce que j’avais fait pendant ce temps, si mes vacances avaient été agréables, où j’étais partie …

j’étais chez moi …
dans un livre …

Oui, un livre m’avait appelée par mon nom.
Cela s’est produit.

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TÂLE YÂD : LA MEMOIRE INVISIBLE D’ONEIRA

Si la lumière des étoiles met des centaines de milliers d’années à parvenir jusqu’à nous, alors leur mémoire est sans doute la plus ancienne mémoire des mondes, propre à féconder le commencement et le devenir de tout être humain.

 

(Nouvel album chez Helico Music HWB58122 )

Il y a près de deux années, les Six Rois mages d’ONEIRA nous avaient ouvert une route maritime et initiatique (album SI LA MAR), à la fois manifeste de leur projet artistique naissant et acte de foi en notre capacité à redimensionner nos projets d’avenir sur le mode poétique.
Paru le 30 janvier 2012, le très attendu deuxième album d’ONEIRA se vit comme les retrouvailles au caravansérail de voyageurs arrivés là par chacun sa route, chacun son étoile en ligne de mire.  L’heure est alors aux échanges, à l’écoute, aux célébrations, et aux projets.

En ces temps agressifs, où l’on nous assigne une cure, une peine, et presque un destin rétréci, les propositions poétiques d’ONEIRA – à mille lieues d’un distrayant lyrisme New Age – offrent une nourriture émotionnelle qui permet de croire au monde plutôt que le comprendre.  Cette innocence banale, si on y réfléchit bien, se révèle incroyablement mobilisatrice : loin d’abstraire de la réalité, elle réveille en nous la palpitation vitale, par cette audace dont Goethe rappelle qu’elle renferme en elle génie, pouvoir, et magie.

Ainsi va la musique d’ONEIRA, audacieuse par son branchement de la tradition sur l’invention.  Ainsi va  TÂLE YÂD  (Mémoire d’étoile en persan), une collection de chansons semblable à une noce villageoise au cœur de la belle saison, riche en rencontres et en partages.

Nourri au sérail familial de la percussion iranienne, Bijan CHEMIRANI est l’initiateur de ce projet hors du commun.  Attentif et valorisant les apports de chacun, Bijan confirme des talents brillants d’arrangeur.

Maryam CHEMIRANI et Maria SIMOGLU offrent par la modulation de leurs voix tant de variables simultanées qu’il faut souligner le mérite des ingé-sons de les avoir toutes restituées !  Tantôt chœur vibrant, véritable essaim d’abeilles en surchauffe qui allument l’ensemble instrumental sur de furieuses cadences (Ferdows Dami  et On se tend).  Tantôt sur des mélodies qui rendent grâce ou des mélopées plus graves : dans Sorcière, traditionnel Finlandais, c’est un petit miracle d’ONEIRA qui harmonise et laisse distinguer, au cœur d’un univers méditerranéen, la scansion sèche et la sauvagerie du Joik  de Laponie.

Tant qu’à pousser son audace, ONEIRA trouve dans la voix prodigieuse du chanteur Sarde Gavino MURGIA , invité sur Filoi Mou Sa Tha Vriskeste, un autre trait d’union de notre culture héritée et métissée : accents de chant diphonique Mongol,  sur un texte de l’Occitan André MINVIELLE ,chanté en Grec.

L’Occitanie, omniprésente grâce aux nappes subtiles ou les mélodies innovantes de Pierre-Laurent BERTOLINO et sa vielle à roue (Brumes), se devait en effet d’inspirer un jour où l’autre la rencontre d’ONEIRA avec MINVIELLE (Filoi Mou… , La Bourdique).

La flûte Ney d’Harris LAMBRAKIS imprègne les sens des vents du soir sur les terres brûlées : pas de meilleure ornementation pour les poésies persanes d’Omar KHAYYAM et Djalaladine  RUMI  (Mou’Pe Mia Magissa et Sanamâ).

Stratis PSARADELLIS et sa Lyra touchent à l’intime : chacun pour soi l’émotion dans les cordes (Négâr).

Kevin SEDDIKI est bien un visionnaire : on le connaissait virtuose, on le découvre arrangeur doué, insufflant la liberté de parole de son univers jazz à la charte d’ONEIRA.  Sa guitare est un orchestre à part entière, autant qu’une partition rythmique indispensable pour le sextet (Apopse Ta Mesanyhta, 21 et Filoi Mou ..  en particulier).

Le traditionnel  Hassan –Chabi Majnoun  a accompagné mes rencontres avec ONEIRA ou les CHEMIRANI.  Avec Râh, iIl est une des chansons inoubliables de l’album, de ces airs qu’on se met en tête à la première écoute et qui ne vous quittent pas de la journée : ça aussi c’est nouveau !

 

Voilà comment – et avec une élégance que vient renforcer  l’artwork remarquable – ONEIRA nous réapprend à parler aux étoiles.  Pas moins.

Sur cette trace incandescente, une étincelle du poète YEATS,  pour enrichir encore le métissage :

Si j’avais les étoffes brodées de cieux
Tra
mées de lumière, d’or et d’argent
Les étoffes bleues, les pâles et les sombres
De la nuit, du jour et du demi-jour
Je les déroulerais sous tes pas

 Mais moi qui suis pauvre
Je n’ai que mes rêves
Sous tes pas j’ai déroulé mes rêves

 Marche d’un pas léger
Tu marches sur mes rêves

* * * *

Pour en savoir plus:

découvrir ONEIRA en concert

le Site Myspace d’ONEIRA avec extraits de l’album en écoute et dates des concerts

facebook page ONEIRA

facebook Kevin Seddiki

Helico Music

les dessins de Lena Konstantinidi

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My Wilderness : le nouvel album de Piers FACCINI

Maintenant que nous avons partagé avec Piers FACCINI quelques vagabondages en chacun ses terres vierges (voir notre article précédent), voici venu le temps d’approcher l’album : palper, feuilleter, écouter, et franchir la porte.
 
 
 

« Ce garçon, à sa manière,
invente un nouveau monde
et l’on découvre que c’est le nôtre. »
Henry Bauchau in L’enfant bleu
(Babel/Actes Sud 2004)


Il y eut l’attente. La longue attente. La délicieuse attente. Les promesses semées le long du chemin, les petits cailloux que l’on choisit de suivre, ou pas. J’ai tenté et je suis parvenue à éviter tous les extraits distillés ci et là depuis des semaines, les émissions radio – gardées pour plus tard, les morceaux offerts sur les players, MySpace ou BandPage de Facebook …

Aucune note, aucun souffle. Rien. Je ne voulais rien percevoir avant d’avoir cet album en mains. J’aime …

l’attente menée à son apogée.

Impossible toutefois de passer à côté de la pochette, douce confirmation de ce qu’aura été la lecture du titre de l’album : MY WILDERNESS, comme une exploration de ses propres terres, intimes, territoires reculés ou sauvages. Un voyage qui, une fois amorcé, aura changé notre regard sur les paysages pour toujours ; aucun retour en arrière possible. Jamais.

J’ai donc reçu LE disque. Aujourd’hui.

D’abord le sortir de l’enveloppe avec une certaine impatience … et apprécier chaque seconde de cette apparition, de cette apocalypse en son sens grec. Prendre le temps de l’effleurer, apprécier son contact sous les doigts, en respirer l’odeur. Le tourner et le retourner dans tous les sens.
Enfin, doucement, l’ouvrir.

Commencer alors la lecture du livre, comme pour Two Grains of Sand. La lecture en premier lieu.
Délectation.

Le ton est donné dès que l’œil rencontre la pochette. Un autoportrait, patchwork de pièces taillées dans des cartes routières ou maritimes. Un chemin dont on découvre la topographie à l’issue de chaque méandre, que l’on suit en pèlerin, Piers en ouvreur. Pas besoin de plus pour l’instant. Apprivoiser déjà les paroles, poèmes semés au vent, envolés de leurs propres ailes pour un temps, avant que ne les rejoigne la musique. J’ai lu. Une interrogation sans fin du silence. La question laissée en suspens. J’ai lu et j’ai pleuré.

J’ai lu et j’ai refermé le livre.

Demain, j’écouterai la voix de Piers rejoindre celle qui s’élève du poème, le silence et les mots dans une danse irrésistible, qui étourdit, mène au ciel.
Demain.

« Dans ma famille, les frères, on est tous écrivains; tous très différents mais complémentaires, tous concernés par ce qui touche à la parole, « the word ».  Parmi les voies mystiques qui explorent la création du monde, il y a celle qui pose le principe créateur premier comme une vibration, le son « Aum ».  Cette énergie originelle, primaire, vibre en toute chose; même les physiciens commencent à l’expliquer! »
A l’évidence, Piers FACCINI instille un peu de ce principe générateur dans ses chansons,  que l’on peut transposer en une expérience personnelle, « comme une lampe dans la nuit, tu décides librement de la diriger vers ce que tu veux ».

(In this light truth gets exposed)

Cette idée d’exploration respectueuse de ses propres étendues sauvages, ce wilderness que nous portons tous en nous, Piers FACCINI la prolonge au moment d’écrire ses chansons et de réaliser l’album.  L’intégrité des récits rapportés et le champ libre préservé pour la résonance naturelle des « ingrédients » (mauvais mot pour désigner les musiciens collaborateurs, les instruments, et les voix mixés sur l’album) font de MY WILDERNESS un album abouti, d’une grande cohérence, un gisement pour des écoutes multiples, attentives, émouvantes.

Le producteur arrangeur …

Cette approche globale, intégrée, maîtrisée oserait-on dire, était absente des premiers albums, dont la réalisation avait été confiée – à des degrés divers – à des grands noms : Vincent Segal (pour l’album Leave no trace), JP Plunier (Tearing Sky), Renaud Letang (Two Grains of Sand).  En cumulant tous les rôles : compositeur, arrangeur et producteur, Piers se donne avec MY WILDERNESS la possibilité de travailler cette unité, l’intégrité de son projet artistique, comme il le ferait d’une toile ou d’un poème.

… et le sens du son

Avec cette vision très précise de ce récit qu’il cherchait à rendre, Piers FACCINI a trouvé en Patrick Jauneaud, ingénieur du son et ami, un comparse idéal.  Ce grand professionnel, collaborateur des grands, s’est posé pour challenge de tout mettre en œuvre pour réaliser la vision de Piers sur ce projet complexe.  Complexe, parce que, dans la « pop », l’idée générale du son c’est la transformation : tailler dans le spectre, dans l’enregistrement de chaque piste, voix ou instrument, pour tout faire rentrer dans le mix « idéal ».  Vraiment une affaire de technique.

« Mon idée, avec Patrick, c’était le contraire : réaliser un album quasiment sans effets, de chercher au maximum à préserver la nature intégrale de chaque voix, de chaque instrument.  Faire en sorte que chaque collaborateur instrumentiste, par exemple Badje (Makan Kountara qui joue du N’Goni) soit traité comme un soliste et reconnaisse pleinement son instrument sur le mix final.  C’est une vraie prise de tête, de ne pas dénaturer les sons et de les garder ainsi côte à côte.  Pour réaliser ça, je me suis pas mal inspiré du travail effectué avec JP Plunier, sur l’album Tearing Sky; ce type est un génie.  Mais les ingrédients de l’album étaient peu nombreux, tout aurait pu tenir sur un 16 pistes.  Sur MY WILDERNESS, pour un titre comme « Strange is the Man » par exemple, imagine-toi qu’il y près de 50 pistes!  C’est un gros travail, une forme de maturité gagnée à fréquenter ces grands professionnels : Vincent Segal, JP Plunier et Renaud Letang ».

Rien d’étonnant – connaissant à présent le personnage – à ce qu’il partage et mette désormais ce savoir reçu au service des projets d’artistes proches, tel Claudio Domestico  et Dom Pinto, dont il a produit les albums à paraître en France.
Irriguer et recevoir : dans une famille, ces flux sont implicites, spontanés, harmonieux, et nourriciers.

La musique est nomade

L’autre principe fondateur de cet album repose sur l’idée d’une musique sans frontières, ce qui ne veut pas dire qu’elle est de partout.  Pour Piers FACCINI, écrire la musique est un voyage, un mouvement.  « Ce voyage est déjà en moi, dans mes géographies, dans mes racines et mes branches personnelles : Italie, Angleterre, Irlande et Pays de l’Est. »

(Digging in deep I’m digging in slow
The roots go deep but the branches grow)

Pas de collage non plus dans la liste des influences musicales de Piers FACCINI : le blues du Delta du Mississippi, la musique malienne, la chanson napolitaine, la dentelle des percussions persanes, le folk anglo-irlandais, toutes citées à l’envi dans les copiés/collés des bios à cliquer.
 A l’image de sables colorés jetés dans l’eau, ou les épices dans la marmite qui mijote, vient ce moment – impossible à déterminer – où le temps long ayant fait son ouvrage, la symbiose et le repos accouchent d’une expression nouvelle, transcendée, et unique.  L’artiste peut alors la valider, dès lors qu’elle fait sens pour lui, à ce moment de sa vie.

The songs

Voici pourquoi (« vous me connaissez bien » dit-il) nous savons Piers incapable de stratégie, de formatage, a fortiori dans la réalisation de MY WILDERNESS et du concept associé (voir l’article précédent). « Cet album doit être lu comme un ensemble, une danse soufie, avec des moments où ça tourne lentement (« Strange is the Man », « The Branches Grow ») et d’autres où ça tourne plus vite (« Dreamer »).  Mais jamais je ne présenterai quelque chose en dehors de cette cohérence d’ensemble. »

Alors TRIBE les amis : TRIBE, ce Mississippi charrie le fracas des peines et des espoirs du monde. Entendez la cadence des worksongs, le pas des migrants, les gospels ruraux des affranchis, et l’Afrique pas loin: tout est de front, presque trop riche. TRIBE est un sacré morceau, qui roule avec l’histoire, prend possession, s’étale. « A bridge of hope accross the Western lands »  Souffle la trompette et le répit, au coin de la rue le musicien de passage et son chapeau dans la poussière.

Poussant aux Suds, la frontière mexicaine ou notre proche-Orient, THE BEGGAR AND THE THIEF prend des airs de fable pour stigmatiser les discriminations, le racisme, et tous ces clichés qui ont accompagné le douloureux épisode de l’expulsion des Roms.  Ecrit comme une conversation musicale avec Ibrahim Maalouf, souffleur de tragédies, de romances, d’épopées ou de danses.  Du bout des lèvres même à pleins poumons, ce fin modulateur est un héritage à lui tout seul, et pour Piers FACCINI, une de ses clefs vers cette musique orientale qui l’attend.

MY WILDERNESS – la chanson. Quintessence d’écriture en fusion d’auteurs (avec Francesca Beard), de violoncelle en haute voltige (Vincent Segal) et de contrebasse inouïe dans cette couleur (Jules Bikoko), chœur de solistes en pulsations, assurés par la rythmique de Simone Prattico autour de la voix de Piers.  Tout ce qui passe dans cette chanson, en si peu d’artifices et autant de bravoure, meublerait une vie de paix – si on pouvait en rêver une.

Il reste tant à dire, à ressentir; c’est un chemin semé de chansons et pas un article à boucler.  Nous le partageons tous. « Everyone -Everyone -Everyone »

L’artwork

Des paysages intérieurs, la musique comme un voyage, le tout en dynamique de découverte de soi-même, autant d’accentuations qui annoncent l’artwork de MY WILDERNESS, composé de collages réalisés avec des morceaux de cartes géographiques.  Une oeuvre originale de Piers, déclinée en deux versions différentes pour les éditions européenne et américaine.
« J’ai choisi des cartes qui avaient un sens biographique et un sens dans mes inspirations musicales : l’Afrique et le Sahara pour la peau, les cartes des Cévennes pour les cheveux, Texas et Mississipi avec le quadrillages des longues routes droites pour la chemise, mers et océans pour le fonds, Asie mineure, Iran pour les montagnes.« 
Compte tenu des inévitables contraintes du travail graphique, le rendu est surprenant.  Il renforce le concept global déjà évoqué, en mettant entre nos mains un authentique carnet de voyage.

Chuchotons ici la diffusion dans les tout prochains jours d’un vidéo-clip pour accompagner la parution de l’album.  Un travail d’orfèvre, réalisé au départ de ces collages par des artisans anglais de l’animation.

J’ai écouté la voix se mêlant à celle du livre.

J’y ai aperçu un portrait à la craie, tout en douceur et en intimité. Les petits craquements de la guitare m’ont projetée droit dans le creuset où, dans un écrin tissé de dentelle, j’ai vu la vie prendre naissance, là où l’on peut l’esquisser, jusqu’à faire du vent son oreiller et des cieux son lit … (“the wind is his pillow and the skies are his bed …”). J’ai suivi l’appel des cordes et des chœurs. Jusqu’à l’envol final, au-delà de la stratosphère.

Les chansons, les poèmes comme autant de pigeons voyageurs, porteurs de questions toujours retournées, toujours creusées, questions en dialogue avec d’autres questions, une ébauche taillée dans le silence comme seule réponse, permettant de conserver l’ouverture, rendant la vie des mots, de la pensée, possible.

J’ai assisté au labour d’un champ avant les semailles, au travail de la matière afin de la rendre malléable, fertile. Semer, se voir, se savoir arbre. Puiser son énergie dans la terre nourricière, laisser grandir nos branches, produire de l’oxygène, porter du fruit, la vie.
Écouter respirer le monde en se laissant guider par le rythme – flux – reflux-, qu’on dirait éternel, jusqu’à la lente et longue expiration finale des cordes.

Je l’ai écouté aussi dire mais surtout ne pas dire. Qu’on aime. Qu’on restera. Qu’on sera là.
Toujours.
Ne rien savoir. Ne surtout pas vouloir savoir. Progresser pas à pas. Découvrir le chemin ensemble. Dans ses contraintes et ses libertés. Soulever, déplacer les pierres au fur et à mesure. Et avancer.
Coûte que coûte.

Enfin je l’ai suivi dans une élévation en deux actes, une lente progression crescendo, jusqu’au cœur du poème, centre, pivot, point de passage, après lequel le chemin change d’apparence, enveloppé dans les brumes d’une aube inattendue peut-être, dans une recherche désormais toujours renouvelée, les yeux clos, le noir pour servir d’écrin aux couleurs dont on peindra sa vie désormais.

(Blind
Blind I walk
Everywhere I search
I search for you)

Du noir …

… au noir

(I called out
to the darkness
I’ve been looking for my eyes)

en passant par le spectre de la lumière au complet.

Sur tous les tons

Toutes produites et arrangées qu’elles soient sur l’album, chaque chanson de MY WILDERNESS recèle un potentiel d’interprétations infini, gage d’une charpente bien conçue, d’une composition limpide.  Aussi, chaque occasion de concert sera la bonne : unique et témoin de l’ensemble de la démarche, de la danse.

Votre concert de Piers FACCINI sera celui-là. Portés, enveloppés par une note en voie d’extinction, une porte vers l’infini vient de s’ouvrir à nous.


La tournée MY WILDERNESS verra Piers FACCINI se produire la plupart du temps en trio, quelques fois en duo, et s’offrira ça et là le plaisir de quelques invités de renom : il n’en manque pas dans le cercle.

Pour le trio, Piers sera entouré de Simone Prattico (batterie, percussions) et de Kieran Smith (basse, violoncelle).

* * * * * * *

Pour acheter My Wilderness :
le label Tôt ou Tard (Europe) ou Six Degrees Records (Canada & U.S.)
fnac.com
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Les lyrics complets de l’album sur le site de Piers FACCINI


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Into MY WILDERNESS : entretien avec Piers FACCINI

Le 26 septembre paraîtra le nouvel album de Piers FACCINI :  MY WILDERNESS.
Nous consacrons à cet événement une revue en deux temps, invités tout d’abord par l’artiste à pénétrer au cœur des choses.

« Le concept de MY WILDERNESS est en moi depuis mon premier album, LEAVE NO TRACE.  Mais à force d’écrire – et surtout de vivre – tu comprends de mieux en mieux quelle est ta démarche, quelle est ta marche, ta route.  MY WILDERNESS n’est pas juste un recueil de chansons ;  cet album a un vrai sens, une cohérence : c’est un accomplissement.»

* * *

Le coup de froid a surpris tout le monde ce dimanche 18 septembre à Claret.  Il est midi et le serveur du Café de la Place regrette sûrement son option T-shirt/bermuda au moment de nous servir en terrasse.  Nous avons rendez-vous avec Piers FACCINI pour parler du concept de son nouvel album : MY WILDERNESS.
Quelques gouttes de pluie nous refouleront à l’intérieur du bistrot de village, dans un joyeux bazar, dosé des commentaires du match de rugby (la télé), de franches rigolades (c’est l’apéro des papas), et d’enfants qui braillent (ils ont faim – où sont les mamans ?!).

Je ne sais plus trop ce qu’on a mangé, si le vin blanc valait le coup ;  juste qu’on avait peu de temps avant la répétition pour le concert de Piers avec le TRIO ZEPHYR ; alors on a plongé sans détour dans les grands espaces, on était là pour ça. Lire la suite →

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TRIO ZEPHYR EN GRAND PIC SAINT LOUP

Ces filles ont du grain, dans la voix, dans le frottement des cordes vers les bois en tension. De ce grain par lequel la pierre des églises adoucit la lumière rasante.

Elles sont filles et c’est un sacré supplément au bénéfice de la musique.  Raillez ce lieu commun et balayez-en tous les clichés ; observez ce qui reste et convenez de ceci, vous qui étiez à Claret : du bout des doigts, au bord des lèvres, au fond du cœur, et à bras le corps, la musique prend naissance, se délie et dessine une vie d’émotions par la grâce de trois anges.  L’une la regarde s’élever du dedans ; l’autre la souffle en harmonies, la troisième la porte du regard jusqu’aux ciels de la voûte. 

Cette musique organique ose une langue maternelle, réveille un pouls vital, et nous dépose au bord du vaste monde, apaisés.

Ces choses-là se vivent de préférence au premier rang, si on ne craint pas de prendre en plein buffet le choc de l’onde, le cri primal qui ébranle ; on peut entrer alors en résonnance avec la musique qui prend corps, suivre son chemin initiatique, et franchir ses propres frontières. Chose faite dès le premier titre SAUVE TES AILES, éponyme du prochain album à paraître en janvier 2012.

TRIO ZEPHYR (Marion Daques : violon alto et voix mezzo soprano ; Delphine Chomel, violon et voix alto ; Claire Menguy, violoncelle et voix soprano) s’affranchit des démonstrations d’une virtuosité accomplie, dans cette sorte de maturité qui rend du plaisir à l’intensité.  Fort d’une expérience de dix années, le chœur de ces solistes affine sans concessions un caractère affûté et qui le restera.  Toutes soifs étanchées aux échos du monde, TRIO ZEPHYR livre son crû dans le grand concert des musiques qui aident à vivre.  A nos oreilles ébahies, des sons inouïs.  Dans ce langage de l’indicible, des réponses et du réconfort : nous sommes entendus.

Dans cette célébration intègre, certaines rencontres sont fantasmées, d’autres sont inscrites  Quelques cailloux blancs semés sur le chemin, fil tissé d’envies partagées, et voici venu le jour rêvé de l’épure, celui de l’acoustique cordiale des univers de TRIO ZEPHYR et de Piers FACCINI.  Du dernier, nous parlons souvent dans ces pages. La collaboration de Claire MENGUY (violoncelliste du TRIO) aux albums de Piers FACCINI et à une précédente tournée de ses concerts serait ce fil rouge d’une découverte mutuelle et des projets semés ? Merci Claire. Celui d’un partage dans l’acoustique d’une petite église couvait depuis quelques temps.  L’association BOUILLON CUBE a joué les bonnes fées en posant le cadre : une résidence d’artistes pour le TRIO ZEPHYR et l’invitation faite à Piers FACCINI pour le concert du 18 septembre en particulier.

Quelques repères ont suffit à l’un et aux autres pour accorder ce bel unisson de leurs timbres, de leurs grains, et de répertoires qui se parlent.  Et par cette invention naturelle qui naît des belles intentions, la fusion des manières de chacun des artistes a créé un ensemble nouveau, prodigieusement inventif, où l’on reconnaît et découvre en même temps.  Sur les compositions du TRIO ; Piers apporte une vocalise modulée, travaillée par le souffle et la dynamique dans l’espace ; ses guitares, et singulièrement le jeu bottle-neck sur la Dobro National, l’harmonica, ou encore le tambourino italien tantôt soutiennent ou ornementent de motifs plus sauvages et primitifs le tissé délicat du TRIO .  Jesce Sole, salutation napolitaine au soleil, donnée a cappella, a résonné à Claret d’une intensité particulière, écho d’autres éditions de ce chant, vécues dans des lieux autant chargés d’Histoire (le Théâtre antique de Vienne – juillet 2010, et la chapelle romane de Saint Etienne d’Issensac – juin 2011).

La nouvelle chanson de Piers FACCINI : Three Times Betrayed  illustrera la symbiose intuitive, l’accord parfait, la vie riche et son infinité de reflets, dans un dialogue idéal entre voix et instruments , poussé en toute liberté jusqu’à sa conclusion naturelle par des artistes enchantés.

Fallait-il un coda à cette alchimie ?  Il fut donné par une improvisation commune, déployée avec grâce par TRIO ZEPHYR et son invité, orfèvres d’une note parfaite.

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La résidence d’artistes de TRIO ZEPHYR en Grand Pic Saint Loup, organisée par l’association BOUILLON CUBE, permet au TRIO de préparer les concerts qui accompagneront la sortie de leur troisième album en janvier 2012.  La sortie de résidence le 30 septembre 2011 sera l’occasion d’un concert sur le site de La Grange au Causse de la Selle, chez BOUILLON CUBE. Ne le manquez pas !

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Pour aller plus loin:

http://www.myspace.com/triozephyr

http://www.piersfaccini.com/

http://www.bouilloncube.fr/

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La route de la Voix #3: Piers FACCINI et Dom PINTO

aquarelle Piers FACCINI 1993

Initiée en juin dans le recueillement de la chapelle de Saint Etienne d’Issensac , la Route de la Voix s’était exposée en juillet aux vents fous de Saint jean de Buèges.  A ses pèlerins que le chemin a fourbus, elle offre en août la quiétude et la fraîcheur, la délivrance au bout de la quête.

Il faut d’abord s’extraire du long boyau infesté de marchands qui grimpe de La Clamouse à Saint Guilhem, louvoyer entre les blocs de rochers à la vitesse du désir, puis – sur cette lancée – propulsé dans l’air clair du Causse, dériver jusqu’à La Grange et se poser comme une bulle sur la plus haute branche de la plus haute yeuse du site de Bouillon Cube.  Savourer les bruits de cette paix qui se palpe, y reconnaître des amis, et les rejoindre enfin.

C’était le 17 août dernier  à Causse-de-La-Selle, site de La Grange, la troisième et (provisoirement ?) dernière étape de La Route de la Voix, mini-série de concerts impromptus de PiersFACCINI.  Organisées par l’Association Bouillon Cube, ces rencontres ont associé quelques lieux intimes des Cévennes à un format de récital cher à Piers FACCINI : public restreint, acoustique naturelle, performance unplugged et éphémère pour rendre tout son pouvoir à la mémoire émotive ( Leave no trace).

Le site de Bouillon Cube à La Grange avait ce soir toutes les allures d’un caravansérail.  Avec sa grande bâtisse d’épais moellons, son réfectoire en plein air disposé à l’ombre bienveillante des grands arbres, son écologie joyeuse et le sourire de ses hôtes, la sensation d’accueil, de refuge, et de soulagement s’y ressent presque physiquement : être de passage et pourtant se sentir chez soi!
Le caravansérail, ne sont-ce pas des routes qui se croisent, des histoires qui s’échangent, des amitiés qui se nouent, des denrées qui se troquent, et des artistes qui font vibrer la nuit ?
Vous reconnaissez-vous, chacun ? D’où veniez-vous ce soir-là ? Voyageur, estivant, amateur musico-bucolique, faccinien invétéré, ou tout à la fois ? Dans vos sacs quelles histoires, quels fardeaux, quels espoirs ou quelles résolutions ? Qu’apportiez-vous à la fête ?  Quelle allait donc être votre expérience ?

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La Maison Jaune

On se disait depuis les débuts de ce blog, qu’un jour il faudrait que nous expliquions le pourquoi du comment de son intitulé … Dissiper un peu les brumes de notre « about »

Voici, donc.

A la base, nous avions une envie commune, de célébrer, partager, éditer, disions-nous.

Parler de, propulser, faciliter, mettre au jour, exploiter des gisements, des filons, suivre nos intuitions, inviter à explorer les chemins de traverse … Editer ? Oui mais comment ?

Naquit de cette réflexion, un jour, un dialogue :

– Toutes les belles histoires commencent par un délire ! Allez, on commence : « Il était une fois … » (tu continues ?)

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La Route de la Voix # 2: Piers Faccini et JP Nataf

aquarelle P.Faccini 1993

L’été débute à peine mais la secade déjà bien installée épuise la petite caravane qui serpente entre les blocs calcaires du Causse.  Ce n’est pas la route la plus facile.  L’eau y est rare, seule l’ombre des chênes verts offre quelque répit au cortège silencieux qui approche du château de Saint Jean de Buèges. 

Nomades engagés sur la Route de la Voix, nous approchons de l’étape avec appréhension : le ciel charge à toute vitesse  et l’orage cerne l’étroite vallée de montagne. Dressé sur son piton rocheux, le château de Saint Jean se gravit sans pause, comme un destin fatal qui vous aimante implacablement.  Ce soir, il sera graal ou cataclysme. Mais ce n’est plus un choix.

Nous rejoignons Piers FACCINI en plein ciel : advienne que pourra !

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L’association Bouillon Cube n’a décidément pas froid aux yeux.  Nul n’aurait imaginé qu’elle pousserait le concept de La Route de la Voix jusqu’à installer un récital intimiste dans cette extrémité minérale, ce nid d’aigle dont la vocation militaire, héritée d’époques plus redoutables, a proscrit toute notion de confort.  Mais nous commençons à bien connaître les increvables animateurs de Bouillon Cube, capables de transformer un bout de causse en centre culturel, d’y attirer toute l’année un monde fou sur une programmation d’enfer, et de contaminer joyeusement les alentours en décentralisant quelques uns de ses événements.  Grâce leur soit rendue.  Parvenus en haut du piton, on découvre le campement Bouillon Cube : sa cantine et ses quatre tables, et les premiers arrivés.  A reconnaître du premier coup d’œil de nombreux visages aperçus à la chapelle de Saint Etienne d’Issensac, théâtre du premier récital de La Route de la Voix, on réalise qu’il n’y avait d’autre choix que de s’engager pour toute la Route, de faire l’expérience intégrale de cette proposition de Piers FACCINI et de Bouillon Cube.  On lit cette confirmation dans les regards croisés, les mots échangés avec les présents.  Alors, même si l’orage menace, cette étape comptera.

A l’entame du récital, dans cette manière qui est devenue si personnelle, Piers FACCINI livre un a cappella dont l’intensité surprend toujours. Je ne suis sans doute pas le seul à percevoir ce rituel au-delà de sa stricte fonction d’ouverture. Voilà donc comment un premier chant m’installe dans l’environnement particulier du lieu, dans la tonalité du récital, et presque dans les intentions ou les attentes de l’artiste. Pour chaque concert, Piers FACCINI choisit manifestement le chant le plus à même de traduire son invitation au public.  Ce sentiment est renforcé par les regards qu’il portera sur tout ce qui l’entoure : les murs et les tourelles du château, les crêtes et rochers alentour, le ballet aérien des martinets, et enfin les yeux des spectateurs qu’il recherche et allume pour composer une sorte de tableau intérieur commun, prêt à recevoir et à partager la musique.

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La Route de la Voix # 1 : Piers Faccini et Francesca Beard

Aquarelle de Piers Faccini pour La Route de la Voix - St Etienne d'Issensac

Aquarelle de Piers Faccini pour La Route de la Voix – St Etienne d’Issensac

Sud-Cévennes avant l’été. Caresses à la pierre Romane. Derniers recueillements sur le seuil de la chapelle: c’est le départ de La Route de la Voix.

(Saint Etienne d’Issensac –  4 juin 2011)
 

Tout entier dévolu à l’accomplissement de son projet artistique, Piers FACCINI inaugure en montagne un cycle initiatique de concerts éphémères, perles invisibles semées sur la route du nomade sidéré, en quête du sens du son, de la musique célébrée, et de lieux qui élèvent l’âme.

C’est une idée naissante et qui le restera.  Une chapelle, un vieux château, une clairière, .. avec leur charge d’histoire et leur acoustique naturelle. Ce soir-là Saint Etienne d’Issensac. En juillet, Saint Jean de Buèges. Le Causse de la Selle en plein août. D’autres lieux à suivre, sans doute. Piers FACCINI invite un artiste et partage avec lui un répertoire choisi, pour un public restreint. Toutes les volontés réunies accouchent ainsi d’un événement chaque fois unique, volatile, et qui pourtant irrigue, à la manière d’un filet d’eau, d’un ruissellement de pluie: Leave No Trace. Les mots peut-être, seuls en écho, tenteront le témoignage au fil de ces trois premières dates, pour que se perpétue La Route de la Voix.

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L’OR DE SUAREZ

GARDEL Quartet – Le concert de Millau en Jazz (5 mars 2011)

Il en va des moments de grâce comme de certains matins d’été: ils inondent la chambre à mesure qu’on ouvre les volets.  Pleine mesure, oui, l’autre soir à Millau, dans la générosité des quatre artistes emmenés par Lionel Suarez et la ferveur d’un public accueillant.

Carlos Gardel, « le plus célèbre chanteur et composteur de Tango », était une invitation bien inspirée à libérer un lyrisme musical des plus réconfortant par les temps qui courent. Devant nous, donc: Lionel Suarez, l’accordéoniste multi-scènes surdoué que les plus grands réclament, instigateur et cheville ouvrière de ce brillant projet; Airelle Besson: on oublie vite que c’est rare, une fille à la trompette – Airelle fait partie des magiciens capables de révéler l’intime de cet instrument; Minino Garay, percussionniste Argentin et ce n’est pas tout: voix d’or, intuition, charisme incroyables – voici un showman!; Vincent Ségal, un prophète sans piédestal, maître d’inventions inouïes, tant de couleurs du monde dans les cordes de son violoncelle libéré.

 

De ces quatre virtuoses, affamés de rencontres et de projets atypiques, on retrace aisément le grand chemin d’excellence, planté de distinctions et de productions remarquables.  Quelques liens y renvoient, proposés ici en fin d’article.  Mais peu importe, en réalité.  Ce que ces pedigree renseignent entre les lignes, c’est l’immense culture musicale d’artistes qui ne semblent avoir d’autre pulsion, d’autre instinct que de partager tout ce qu’ils ont, tout ce qu’ils sont, dans un va-tout de flambeurs joyeux.  Avec une différence: joueurs de poker sans le calcul, chercheurs d’or sans la fièvre qui aveugle, nos prospecteurs pressentent qu’ils ont tout à gagner dans cette ruée dont ils savourent chaque enjambée.  Grands princes, ils nous invitent à leur table, et quelle table!

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Dans cette lente spirale de tendresse (Les Rêves Dansants)

En confiant aux  mains d’adolescents inexpérimentés la semence de son ballet Kontakthof (1978), la grande Dame de la Danse contemporaine allemande ne cherche pas le coup de lifting improbable dont son œuvre n’a de toutes façons pas besoin.  Fidèle à un processus créatif qui la voit accoucher d’êtres dansants, Pina Bausch guide les premiers pas de jeunes personnes balbutiantes dans l’exploration émouvante d’eux-mêmes et de leur rapport aux autres.

Dans cette lente spirale de tendresse, des femmes et des hommes sont nés.

 

Les rêves dansants – Sur les pas de Pina Bausch (Tanztraüme) – Documentaire – Réalisation Anne Linsell et Rainer Hoffman – Allemagne 2010 – 1h29′ – prod. Tag/Traum – WDR

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Voici, les amis, un bouquet de talents.  L’heureuse conjonction d’impudeurs et de séductions, le ravissement de corps autrefois prisonniers, les pleins feux d’un grand ballet.  Voici un film d’aventure, d’audace, et de douceur.

Pina Bausch est née dans le giron de la  « danse-théâtre » à la Folkwang-Hochschule de Essen, en Rhénanie du Sud.  L’Amérique la découvre à la sortie de la prestigieuse Julliard School de New York, et lui offre un parcours lumineux qui culminera là-bas avec son engagement au sein du Metropolitan Opera et du New American Ballet.  Cette célébration de la parole et de la danse, ce « théâtre de la danse » constitue l’apport le plus remarquable de Pina Bausch à la danse contemporaine. De retour en Allemagne au début des années ’60,  elle poursuit dans cette voie au travers de prestations de soliste, de chorégraphe ou de directeur artistique.  En 1973, elle prend la direction du Tanztheater de Wuppertal, qui incarnera longtemps le fleuron du ballet Allemand.

Les rapports homme/femme, la relation entre la séduction et la violence, et plus largement la communication humaine sont les thèmes récurrents de ses créations. Solliciter la vie, explorer l’anatomie de chaque danseur pour construire son personnage, telle est la méthode de travail de Pina Bausch.  Elle nous fait penser à l’école américaine de l’Actor’s studio, dédiée aux comédiens, et qui fonctionnait sur les mêmes ressorts.

En 1978, Pina Bausch crée Kontakthof, une chorégraphie de la séduction et de l’amour, une singulière danse de l’exploration « (…) un lieu où l’on se rencontre pour nouer des contacts, se montrer, se défendre, avec ses peurs, avec ses ardeurs.  Déceptions. Désespoirs. Premières expériences.  Premières tentatives.  De la tendresse, et ce qu’elle peut faire naître. » En 1999, Kontakthof est remonté avec des danseurs-acteurs seniors, afin de charger le propos du poids de l’existence.  Le résultat est émouvant et surprenant.

La gageure d’une distribution adolescente, c’est bien entendu concilier – ou exploiter? – la confusion propre à ces âges particuliers avec le propos universel du ballet.  Arrivent donc quelques dizaines d’ados,  vaguement volontaires, un peu bravaches, et tous inconnus au bataillon des pointes et des entrechats.  Qu’à cela ne tienne: ils sont d’accord pour jouer, un peu, et il s’y prêtent dans la confusion des premiers pas.  Certains se cabrent lorsqu’une pudeur trop familière les envahit.  Dame, à ces âges, la tendresse « c’est avec Maman , et les caresses, pour mes chats! ».  Alors, pour une tape sur les fesses, ou un déshabillage fille/garçon tout en minauderies, imaginez les valises de patience et de confiance en soi …! Mais quel voyage!  Et quels cadeaux de la part de ces filles et garçons dès qu’ils s’approprient ce travail d’équilibriste.  S’y mêlent leurs bouffées de désirs ados d’être eux-mêmes, l’envie de bien faire – stimulé par une complicité touchante avec les répétitrices (Bénédicte Billiet et Jo Ann Endicott), et bientôt des morceaux de leurs déjà longues vies: sentiments reclus, émotions étouffées, convictions censurées.

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Ecrire sur le sable

A propos de PLATONOV, d’Anton TCHEKHOV, par la Compagnie MACHINE THEATRE

Par les temps qui courent, lorsque la brutalité décomplexée et la résignation miséreuse éteignent une à une les étoiles à nos firmaments, n’y aurait-il pas urgence à célébrer le poète et à fréquenter davantage le spectacle vivant?  Voltigeurs par-dessus les abîmes et les vasières, l’auteur et l’artiste – pourvu qu’ils soient humbles, généreux et sincères, plus que virtuoses – ne seraient-ils pas notre chance, notre plasma régénérateur, notre indispensable questionnement pour retrouver du sens?

 

La jeune Compagnie Machine Théâtre n’a d’autre boussole que celle qui conduit à débusquer la vérité absolue dans l’épaisseur de la vie.  Pas d’autre dynamique que celle, collective, qui électrise son « chœur de solistes » dans un engagement total au service du texte-matrice.  Et tout s’éclaire lorsque s’alignent ou s’organisent, avec l’évidence d’une constellation, leur acte de foi, l’univers d’Anton Tchekhov, et cette adaptation de son Platonov tout particulièrement.

La comédie de mœurs n’a jamais simplement représenté pour Tchekhov un genre littéraire où il excellerait à illustrer avec talent la fameuse « âme russe », déclinée en mode théâtre.  Pas plus que Machine Théâtre ne prend prétexte de ce fleuve de mots et d’une peinture luxuriante de la condition humaine pour donner du champ aux virtuosités individuelles – termes absents de l’ADN de la compagnie.

L’un et l’autre courent en effet un tout autre galop! Lire la suite →

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Piers Faccini et Vincent Ségal en duo : Entre grâce et ferveur

Dans le cadre du XVe Festival International de la guitare (2010), le JAM de Montpellier accueillait les deux musiciens pour une soirée exceptionnelle, dont les maîtres-mots demeureront: intimité et enchantement.

On aura bien palpé ce soir la complicité éprouvée de ces deux artistes complets, née sur le pavé des street-singers qu’ils furent à leurs débuts – il y a plus de 20 ans. Puis, c’est pour chacun un chemin qui se dessine, ponctué de retrouvailles sur quelques «bon plans»: une apparition dans le concert de l’un, une ou deux pistes sur l’album de l’autre. La braise, ça se couve!

Vincent SEGAL* et son violoncelle, il y a tant à dire, c’est … tous les continents si on s’y met, et une vaste culture musicale sur quatre cordes.  Pour ce soir, mettons-le juste dans l’axe de Piers FACCINI* – et c’est déjà énorme.

Le répertoire choisi est essentiellement celui de Piers Faccini, avec une sélection adaptée à ce duo.  Elle va assez naturellement privilégier – mais pas seulement – des titres issus de l’album Leave No Trace, produit en 2004 par un certain Vincent Ségal.

Nous avions assisté en juillet dernier au concert de Piers Faccini et Vincent Ségal en clôture du festival Jazz à Vienne. Le dernier concert d’une généreuse Jazz Mix Night: oui, une nuit entière de musique, et puis ce récital, à l’heure où le soleil se lève. Nous étions dans un drôle d’état, proche de l’hallucination, pour recevoir ces versions revisitées d’un répertoire assez connu.  Un ange était passé sur cette aube-là …

Au JAM, le set démarre dans une amorce des plus intime, lorsque Piers pose son Jesce Sole comme un petit oiseau dans votre main. On retient son souffle mais pas lui : il chante juste doucement, sans se retenir néanmoins. Avec cette chanson Napolitaine, comme naguère avec Deep Blue Sea ou New Morning, chantés a cappella en tout début de récital, il est capable de pénétrer au cœur de notre attente dès les premières notes : c’est un mystère ou son miracle, comme on voudra.

Sans transition,  Vincent glisse vers Circles ’round You, dans le même registre de confidences. Arrive Where Angels Fly. Un morceau mythique pour les fans, de plus en plus attendu depuis que Piers le projette dans le cosmos de ses délires psychédéliques avec loops et effets. Les spectateurs de ses derniers concerts en duo avec l’époustouflant batteur Simone Prattico peuvent en témoigner.  Mais là, pas de Simone, pas de pédales, pas de loops, et un ton de confessionnal depuis le début ! Alors ??! Alors c’est Vincent qui fait le boulot, sur un violoncelle qu’il fait pleurer, proche du sitar.
Les ressources de ce virtuose inspiré sont infinies : on entendra encore de la contrebasse autant que du fiddle dans ce concert !!  Il nous offrira en outre une belle démonstration de sa capacité d’invention et d’improvisation.

Sans aucun doute, Jesce Sole, Circles ’round You, Where Angels Fly, composent un triptyque qui donne le ton, qui pose le concert : là on a compris qu’on était à l’intérieur du tabernacle.

(Les yeux fermés, je reçois, je reçois, je reçois … un flot d’énergie, une vague qui emporte, exporte, reporte, transporte, va, vient, berce. Rien de brutal, je m’y laisse aller en confiance. Et je vogue loin.)

L’ange de Jazz à Vienne n’est pas très loin, perché tout là-haut sur une poutre de la jolie charpente qui surplombe le public charmé du JAM.  Est-ce sa présence qui élève le spectateur, chacun dans son cercle intime ? Lui qui ouvre le cœur pour comprendre l’enjeu de ce concert, que Piers place sous le signe de l’amour de la musique et de l’amitié? Chaque spectateur va prendre son temps, oser les pensées que cette musique lui inspire, les formuler tout bas, comme nous le faisions à Vienne:

(Les chansons savent où nous trouver, mènent à la rencontre entre l’artiste et la vision donnée par l’ajustement de notre prisme à un certain moment.
Je prends, j’accepte, sans lutte, en reconnaissance.)

La suite est à l’avenant, ce qui ne veut pas dire sans surprises.
On est toujours surpris et heureux de retrouver de vieux amis : les covers chaleureuses de Mississippi John Hurt et son Make Me Down a Pallet on Your Floor, Townes Van Zandt et Quicksilver Daydreams of Maria nous ramènent à Jazz à Vienne:

(Chacun de nous aura reçu. Beaucoup reçu. Son moment rien qu’à lui, et lui seul saura pourquoi. Nous repartirons tous plus riches. Une parcelle de bonheur, des braises auprès desquelles venir se réchauffer lorsqu’il fera un peu plus froid. Des braises à partager, un feu sur lequel souffler, à tour de rôle ou tous ensemble.
Pour que la musique vive toujours.)

Catch a Flame, en harmonie parfaite avec les deux artistes et l’écoute du public à ce moment-là, introduit et gentiment « fermé » par Vincent sur des notes pures, filées … C’est le morceau le mieux ressenti par Piers sur ce set, nous avouera-t-il plus tard !  To See is to Believe, rare en live et ici dans une version magique, également soulignée par Piers.  Each Wave that Breaks en final (avant les rappels), dans une version aussi intimiste que dans le liveincam, un webconcert italien diffusé l’hiver dernier. (voir la vidéo sur Liveincam)
Il faut citer No Reply, un titre tout neuf qui figurera sans doute sur le prochain album.  Doux-amer, sombre par le texte, bien enlevé  par le rythme et la mélodie ; un titre écouté dans une sorte de recueillement, comme chaque fois qu’on reçoit une faveur !

C’était une bulle hors du temps, oui, et deux magiciens aux cordes et au cœur. Leur art fut de construire un cadre intime qui accueille autant la ferveur et la délicatesse que la détente, qui favorise le déploiement d’une forme de beauté et laisse le temps aux commentaires amusés des deux complices.

(Piers et Vincent nous ont offert d’être témoins de cette très belle osmose. Leur joie de jouer ensemble faisait plaisir, vraiment plaisir à voir. Et cela se ressentait dans les interprétations. Piers était puissant ce matin-là, très fort. Fort de ce soutien peut-être, fort de leur bonheur. Vincent, lui, rayonnait et tout semblait si facile. Touchés par la grâce, nous avons été touchés en écho.)

Les hasards (qui n’en sont pas !) nous auront également offert deux autres bonheurs ce soir.

S’être placé un peu par défaut hors du champ de diffusion des grandes enceintes nous aura donné l’impression d’assister à un récital presque acoustique. Les heureux détenteurs d’un billet pour le concert de ce duo à Saint-Eustache (Paris) en novembre prochain goûteront, eux, pour de vrai à cette qualité.
Ensuite la rencontre avec une spectatrice particulière : Claire Menguy*, brillante violoncelliste sur un titre et une bonne partie de la tournée en 2009 de l’album Two Grains of Sand, de Piers Faccini. Claire Menguy est membre du Trio Zephyr (cordes et voix), dont l’album Le lendemain Matin, magnifiquement inspiré,  mérite une écoute attentive. On emprunte d’instinct à la pochette de leur album cette citation fort appropriée:

« Pourquoi la musique existe-t-elle, sinon pour porter secours au plus malheureux, pour le sauver dans les pires circonstances, rendre son cœur à celui qui l’a perdu ? Ce n’est pas le musicien qui compte, ni la musique non plus.  L’auditeur seul est cette étoile qui se lève, inattendue et impossible, dans le ciel de sa détresse; la chaleur dans son froid; l’espérance inconnue dans l’océan connu et tourmenté du désespoir. L’amour est là.  Ni dans celui qui donne ni dans celui qui reçoit, ni même entre les deux: il est l’échange de l’un à l’autre. La musique est cet échange; le musicien, celui qui le commence »
(Shakespeare in «La Tempête»)

L’ange, là-haut, approuve d’un battement d’ailes.
(La tête dans les étoiles pour encore longtemps …)

Idéïous et Lisa

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* Pour poursuivre la balade :
Avec Piers : Le site de Piers (avec des surprises et des merveilles à découvrir et emporter)
Avec Vincent : Le site de Bumcello (Vincent Ségal et Cyril Atef)
Avec Claire : et le Trio Zephyr
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Parole d’auteur : Etienne Bours raconte Pete Seeger (suite)

 

(propos recueillis par Ideïous, seconde et dernière partie)

Les compositions de Pete Seeger sont irrésistiblement entraînantes, elles appellent une reprise en choeur par le public, que Pete sollicite d’ailleurs assez systématiquement en concert.  Cette connexion qu’il installe est d’une grande ferveur; ses chansons sont littéralement portées par tous.
D’où vient cette magie?  Ces chansons sont-elles construites sur un modèle particulier?  Comment ça marche?!

Il n’aime pas chanter en concert, il aime chanter de concert. Il n’aime pas chanter pour, il aime chanter avec. C’est aussi simple (et compliqué) que ça. Son credo c’est participer. La chanson se partage obligatoirement. Chanter est un plaisir, il aime profondément la musique mais pour lui ça n’a de sens que ensemble. Il existe des images filmées remarquables où on le voit s’arrêter sur scène pour écouter le public chanter et on le comprend parce que son public chante souvent magnifiquement. Et Seeger applaudit le premier à la fin du morceau.  Il a poussé des milliers de gens à chanter, à se décomplexer, à oser, à prendre des libertés avec les airs traditionnels mais à entrer dedans, à se les approprier et à les continuer, les relancer, les rechanter. C’est vrai que la ferveur peut être terrible, au point qu’il a fait changer des gens d’avis parce qu’ils ont compris.

Ce n’est pas étonnant que certaines personnes n’aient rien compris aussi et que dès lors il est arrivé souvent qu’on le taxe de boy-scout. Tout simplement parce que certains n’aiment pas cette impression qu’ils ont d’être à un feu de camp. Mais on ne chante pas ce genre de chansons à un feu de camp !

Le fait qu’il a passé des années à chanter en école (il le fait toujours – il va sortir un disque prochainement avec des enfants de sa  région) est significatif. Quand il a compris qu’il pouvait emmener les enfants dans son chant et qu’ils y prennent plaisir en le comprenant de l’intérieur, il a compris qu’il pouvait faire la même chose avec les adultes. Ce qu’il a de toute façon fait dès le début en faisant reprendre des chants par des travailleurs, des grévistes, etc.
Le FBI l’a fiché notamment parce qu’il entraînait les gens à chanter avec lui – c’était donc un homme dangereux que les autres suivaient … Lire la suite →

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Parole d’auteur : Etienne Bours raconte Pete Seeger (première partie)

(propos recueillis par Ideïous)

Journaliste, conseiller artistique, auteur, conférencier, producteur, chargé de formations, Etienne BOURS revendique sans doute avant tout l’ardeur du chercheur. Son ‘Dictionnaire thématique des musiques du monde‘ (Fayard 2002), a publié un travail admirable, organisé dans le souci de la pédagogie et de la transmission qui ont été au coeur de sa mission au sein du réseau des médiathèques belges durant des dizaines d’années. Son émission radio hebdomadaire ‘Terre de Sons‘ (Musiq’3 / RTBF)(**)tient du même élan, pour partager avec le plus grand nombre les trésors infinis des expressions musicales identitaires, encore plus riches lorsqu’elles se croisent. Sur un agenda professionnel désormais plus « choisi », Etienne BOURS a rapidement souhaité enrichir l’écoute des musiques du monde en éclairant le contexte dans lequel la musique est produite et entendue: Le sens du son (Fayard 2007).

Avec son dernier opus: Pete Seeger – Un siècle en chansons (Editions LE BORD DE L’EAU, juin 2010)(*), Etienne BOURS révèle sa quête toute personnelle du « sens du son », s’attachant à un artiste emblématique qui lui semble résumer tout ce qu’il cherche – et depuis si longtemps – dans la musique populaire. Un accomplissement.

Je l’ai invité à dévoiler ici la belle histoire de sa route vers Pete Seeger. Il le fait dans un style direct et passionné. Lire la suite →

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Six Rois Mages: OnEira sextet

Prochains concerts:

15 fevrier – Région En Scène – Aubagne – (13)
09 avril – Planète Musique – Nanterre (92)
04 mai – Stanser Festival – Suisse
02 Juillet – Haapavesi Folk -Finlande

En prélude aux prochains concerts du sextet et de ses probables invités, nous livrons ici le compte rendu de leur récital du 28 mai 2010 à Millau (Aveyron), organisé par l’Association ‘Millau en Jazz’

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Avant OnEira, j’étais un peu né. En jeunesse, j’avais tenté davantage. Éveillé mes sens dans le désordre odorant de nos cités du sud. Cherché un départ, endormi sur le pont des ferries, entre Crète et Cyclades. Phantasmé un lointain dans la compagnie d’Iraniens en exil.

Et puis, si vous me comprenez, il fut temps de « vivre au pays », de gratter son jardin, de penser à construire. Très bien. J’ai vraiment essayé.

Un jour, j’ai trouvé un cerf-volant lâché par un enfant qui lui avait confié ses rêves: étrangement il était à ma taille, je veux dire qu’il m’a semblé le reconnaître. A suivre ce fil, à ne pas perdre la voile des yeux, j’ai réappris à regarder les ciels et les nuages. Et une voix disait: Toi, tu vois.

C’est en baissant la tête que m’est apparu le pays soi-disant imaginaire, le vrai vaste monde d’OnEira, avec ses racines et ses grands vents, avec ses villes et les rumeurs de ses gares routières. La Méditerranée est son foyer; l’Asie mineure, sa montagne; la fraternité, sa réserve naturelle. Et l’Occitanie, notre passerelle. Je m’explique. Une culture lointaine, une expression artistique venue d’un autre continent peut nous séduire, voire nous fasciner, et nous demeurer cependant exotique, extérieure. Pour l’approcher, pour la comprendre, et un jour la ressentir, il nous faut davantage: l’expérience d’une vie commune, le chemin partagé d’un passeur, ou un territoire de rencontres et d’échanges. L’Occitanie est pour nous le lieu de ces transmissions. Lire la suite →

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GRACE AND DANGER – John Martyn

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« Si j’avais réussi à plus me contrôler, je pense que ma musique aurait été beaucoup moins intéressante. Au bout du compte, ce qui est important, ce ne sont pas les personnes; c’est la musique. »

Ce genre de choses qu’on peut dire au soir de sa vie, au petit matin d’une nuit de déprime, ..   Toute une vie résumée d’un flash: la vie de John Martyn, auteur de cette sentence.

Avec quelle pudeur nommerons-nous ce que le patrimoine culturel de l’humanité a reçu au prix de vies brûlées, de douleurs jamais éteintes?  Sacrifice? Je ne crois pas. Reflets, plutôt, échos du paradoxe de cette magnifique hésitation congénitale de l’ Humanité, entre grâce et danger.  Tragédie et chef d’oeuvre: voici, (trop) vite fait, John Martyn.

EN PISTE

On est dans la matrice Folk-Blues revival Britannique des années ’60. Beaucoup d’ingrédients mijotent dans la marmite et Woodstock est dans la ligne de mire. A Glasgow (UK), un ado teigneux, parents chanteurs d’opérette, vire son acné en choisissant la guitare comme mode de vie. C’est qu’il est rapide, doué, et déjà inspiré. Il sait faire et on le remarque. Harry Imlach, chanteur-guitariste en vue, le chaperonne une petite année et l’introduit en ‘guest set’ au milieu de ses concerts dans les clubs écossais, puis londoniens. Parmi ceux-ci, « Les Cousins » est une de ces scènes fameuses où défilent les Joan Baez, Bob Dylan et consorts ..

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Initialement catalogué ‘Folk Celtique’, John Martyn va rapidement évoluer vers son propre style, tirant déjà vers les sonorités Jazz, en déployant une spontanéité, un goût pour l’inattendu et une prédisposition à la prise de risques qui deviendront les pierres angulaires de sa personnalité d’artiste. Il fera grosse impression dans ce circuit un peu convenu en y injectant une dynamique beaucoup plus inventive. Rapidement, il y tiendra ses propres concerts. C’est là que Chris Blackwell, patron de l’emblématique label Island, le signe en 1967 pour un premier album (London Conversation)..

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Pour Island, LE label des musiques jamaïquaines, c’est aussi une nouvelle tranche de vie: John Martyn est son premier artiste « blanc ». Suivront bientôt les Spencer Davis Group, Jethro Tull, Free, .. au point de positionner Island comme le label leader du « Progressive Rock » à la fin des années ’60.

Plus accaparé par la maturation de sa musique que préoccupé par son statut de star en devenir, John Martyn va désormais multiplier les expérimentations artistiques au gré de son inspiration et de ses rencontres: addition de lignes de flûte (The Tumbler), ensemble instrumental complet (Stormbringer), duo de légende avec le bassiste (acoustique) Danny Thompson (depuis l’album Road to ruin jusqu’à la fin des années ’70), glissement vers la guitare électrique, découverte du déphaseur et des technologies Echoplex et Fuzzbox (sur le fameux Solid Air de 1973) , expérimentations à la base du trip-hop, période « rock-band’ aux ambitions plus commerciales lors de son passage chez Warner),etc., etc. L’imprévisibilité du tempérament de l’artiste et sa vulnérabilité aux accidents de la vie décideront du destin de sa musique.

Toutes les cartes passeront à sa portée et il en saisira la plupart, mais pour quelle bonne fortune?

TRAJECTOIRE ET HISTOIRES

Jeune poulain chez Island , le voilà embarqué en 1969 à Woodstock dans le sillage de la production de l’album de son épouse, la chanteuse Beverley Kutner. Appelé en renfort sur les guitares, il y rencontrera The Band’s Levon Helm – des pointures – et Jimi Hendrix, hôte régulier des WE dans la villa louée par la production. Impressionné, le jeune John, et motivé de plus belle. Il écrit et propose des chansons pour cet album et le suivant, qui seront finalement publiés sous le double nom de John et Beverley Martyn! La carrière solo se construira de facto, avec les maternités de Beverley. Mais c’était inévitable: John est lancé, sur orbite, son énergie, son tempérament doivent en passer par là. L’homme ne s’arrête jamais, enchaînant les tournées avec les sessions d’enregistrement au finish, des jours et des nuits pour trouver la fièvre et l’adrénaline propices à la création. Sortir des disques comme d’autres écrivent des journaux intimes. Durant cette période solo des années ’70, John joue et expérimente avec le bassiste Danny Thompson (ex-Pentangle). Ces deux-là formeront un des plus extraordinaires duo en terme d’improvisation et d’imprévisibilité, de folie. « Jamais on ne discutait de la musique ou de la poésie de John. Il ne me donnait aucune instruction. On le faisait, c’est tout » (D.Thompson).

Revenons sur la chanson Solid Air (1973), cri du ventre et du coeur pour un grand ami. Une main tendue désespérément pour atteindre Nick Drake, dont la dépression s’était sérieusement aggravée au point de menacer leur solide amitié. John Martyn s’empare du désarroi de Nick Drake mais en parle d’une façon très délicate et ressentie. Son décès l’année suivante laissera longtemps John dans le remords de n’avoir pas fait assez. « Nick était un homme magnifique (…) Il a été tué par l’opportunisme indécent et parasite qui prévaut dans le music business » (JM)

Retour aux concerts, aux sessions. Pour s’étourdir? A vrai dire, il y a déjà un dossier. Les problèmes de santé sont diagnostiqués depuis longtemps et la fatigue, les abus n’arrangent rien. Et une blessure plus ancienne, intérieure celle-là, commence à affleurer. Un blessure que John tentera de refouler avec la dernière énergie. Certains auront du mal, désormais, à reconnaître en privé l’artiste doux et romantique suggéré par tant d’albums inspirés. On termine les années ’70 sur une longue et épique tournée promo avec Eric Clapton. Trous d’air et grosses secousses.

A ce rythme de dingue, John Martyn ne pourra éviter le divorce. Hébergé un temps par un Phil Collins à peu près dans la même situation, il commettra un album-catharsis: Grace and Danger, produit par P.Collins. Une douleur tellement à vif que Chris Blackwell, effrayé, retient près d’un an la sortie de l’album. Rien ne sera plus comme avant. L’autodestruction semble enclenchée. Au même moment, Phil Collins sort Face Value et rencontrera le succès que l’on sait aujourd’hui. John Martyn, lui, reste l’artiste favori de la critique. A coup d’albums essentiels, à l’écart des modes et sans grand tapage. Et sans véritablement rencontrer le « grand public ».

John-Martyn

Alors bien déboussolé par ailleurs, John se lasse et décide qu’il est temps de disposer des moyens de réaliser un « grand album ». Warner (WEA) les lui offre. C’est le virage commercial, le temps des préoccupations d’argent et de carrière. Exit le bassiste complice, John joue désormais avec un rock band sur d’interminables tournées promo. Sa musique, de plus en plus rapide et agressive, perturbe les fans. Mais rien ne décolle. Embourbé dans des problèmes financiers et toujours l’alcool, John jette l’éponge et revient chez Island. Chris Blackwell est heureux de produire One World, l’album de la renaissance en quelque sorte, surprenant avec des prises réalisées en plein air (Small Hours).

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Insatiable John Martyn. Le voilà qui s’embarque dans un nouveau trip avec le label Go!Discs et l’ingénieur du son Stefon Taylor, biberonné au Hip Hop. La musique d’abord, il dit. Mais John est toujours sur la pente et il semble même accélérer le tempo: il passe autant de temps à l’hosto (éclatement du pancréas, amputation d’une jambe) que ses frasques s’étalent dans les rubriques des faits divers (pas de détails, please!). Mais « J’ai choisi la route. J’ai choisi la bagnole. C’est mon choix. C’est la faute à personne d’autre! »

Alors, la suite, c’est vite vu. Retraite en Irlande. Troisième mariage avec une Theresa affectueuse au possible. Rencontre avec le Bouddhisme Zen … Il y a des mieux et la qualité du boulot – désormais on enregistre à la maison – s’en ressent. Optimisme? Pour le coup, l’artiste se fait pudique: « Bah, vous savez, il y aura toujours cette mélancolie pour griffer ma nature profonde ». Alors, pulsion de mort ou addition salée d’excès mal gérés? Les deux, mon général. Retenons plutôt l’élégance du désespoir, et les poignantes prestations des derniers concerts. Epuisé, le grand homme rend son dernier souffle en janvier dernier, 2009. Too bad, Johnny! (emprunté à Johnny too bad, titre du documentaire de la BBC – 2003)

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MUSIQUE DROIT DEVANT

La musique et la recherche auront donc déterminé en grande partie la destinée de John Martyn.

Poussé par la recherche, déterminé à suivre ses instincts, John Martyn va très vite se lasser de la structure Folk traditionnelle couplet / refrain. Il préfère de loin ouvrir sa composition, la bousculer, tout mélanger, laisser venir, tout comme dans la vie elle-même, où rien n’est jamais pareil.

L’artiste va progressivement acquérir les moyens d’extérioriser ses intuitions musicales en prenant rapidement confiance dans ses capacités d’instrumentiste d’abord, puis de compositeur, d’arrangeur et de producteur enfin. Dès l’album Bless the Weather, John Martyn sera son propre producteur. Il n’y a donc pas de hasard à trouver sur cet album une chanson-charnière qui va révolutionner son style et imprimer sa griffe sur le reste de sa production. Glistenning Glyndebourne démontre en effet sa puissance créatrice au plus haut degré, en 6 minutes 30 de brillance instrumentale contrôlée. Mais le morceau déroule surtout une structure dramatique interne impressionnante, qui semble presque raconter une histoire.

L’album de la maturité: Solid Air, déboule dans la foulée, déployé avec les effets Echoplex sur les guitares et une voix transformée, traitée comme un instrument noyé dans le mixage global. « Ma voix habite l’espace entre la musique et les paroles » . Une voix âpre, aventureuse, un phrasé qui roule comme une vague, et un chant hanté. Écoutez donc cette reprise de Skip James (tiens donc!) I’d rather be the Devil: des gémissements, des grognements presque. Un appel aux pionniers du Blues de la première moitié du 20e siècle dont il se réclamait et en particulier Skip James, auquel il s’identifiait le plus. Mais quel boulot sur cette cover: l’héritage est là, l’invention est là: traduire, pas reproduire – on en revient toujours à cette fameuse « main invisible ».

Le premier pas, on le fait tout seul dans son coin, hésitant. Le hasard ou le fil de votre intuition recompose à coups de petits échos, de bribes de poème, d’un accent porté sur une note, ou la manière de conduire son énergie, … il y a cette évidence qui vous parle avant d’avoir trouvé.

John Martyn, des compositions habitées par des histoires qui touchent au cœur, une confiance croissante dans ses capacités d’arrangeur-producteur, une travail permanent sur la voix, une écriture libérée, une musique sans cesse renouvelée, des concerts jamais répétés, … choisissez.

 

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Kiline

(article initialement publié sur Myspace en février 2010)

‘En l’homme, tous les chants prennent naissance dans les grandes régions vierges.
Quelquefois, ils nous viennent comme des pleurs, profonds comme la peine de la terre; quelquefois comme des rires insouciants qu’on ne peut réprimer en sentant la vie et les beautés des terres du monde.
Sans que nous le sachions, ils viennent avec notre souffle, ces mots et ces intonations qu’on n’emploie pas tous les jours, et ils deviennent la propriété de celui qui sait comment les chanter pour les autres.’

Kiline, Inuk de la Côte Est du Groenland, (cité par Norbert Rouland, Inuit Studies, Vol 3, 1979)

Ce texte, je l’ai cherché longtemps.  Sans me rappeler que l’ami Etienne me l’avait mis sous les yeux quelques vingt ans plus tôt(*).Dans un sanglot étouffé de Billie ou l’explosion de joie de Sonny Terry, les premiers troubles.  Le long de la route du Blues du Delta, une conviction qui se forge.  Arrivent Ballake Cissoko et Vincent Segal, et l’arc en ciel se forme.  D’autres assemblages, d’autres timbres mais toujours une même illumination.

D’où vient donc le chant des hommes, le chant de celles et ceux qui ne font pas semblant ?  Tout à l’exhubérance d’avoir compris, tout à l’urgence de convertir, on en fera des tonnes, on (je) ne contiendra(i) pas le fleuve des mots.

Heureusement il y a Kiline l’Inuk.
On ne va pas le fantasmer, puisqu’il existe et qu’il parle.  En peu de mots.  Quelques mots, trois phrases lui suffisent à tout dire.  Car Kiline est d’un peuple premier qui tient encore le fil de la tradition populaire, orale, vécue, de sa communauté.

Le chant et la musique comme pulsion vitale, comme nécessité sociale, ce lien entre le ventre, le souffle, le rêve, et la communauté …
Quelle évidence, si commune, mais quelle évidence!Kiline est un passeur.

Il légitime le rôle que prendront, en conscience éveillée et à différentes époques, des Skip, Billie, Johnny, Cast, Woody, Pete, Bob, Bruce, Neil, Jimi, Lhasa, .. et Lou, et Nick, et Rog, et ..

On peut rallonger la liste.  On va encore trop causer.
La parole de Kiline suffira.  Et son écho jusqu’à nous et ceux qui suivront.

(*) Musiques des Peuples de l’Arctique – Analyse discographique – Etienne Bours ( La Médiathèque 1991 – ISBN 2-87147-078-2)

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SKIP JAMES ET LE STYLE BENTONIA

Ce gars, c’est l’épure en musique. Une session mythique  enregistrée au tournant des années ’30, 18 titres qui touchent au ventre du Blues, à sa matrice. On y trouve la réalité, la vie, la mort: que du cash, à chialer.  

 

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On parle de Skip James, Qui d’autre? Plein d’autres (Alain Peeters, Nick Drake, …) mais tout de même « Probablement le plus étrange, le plus complexe, le plus bizarre des artistes Blues du Mississipi, mais aussi un des plus grands » (Blues Universe).

Ce mec est un ovni.  Doué, inventif, visionnaire, exigeant, convaincu de son talent. Bourlingueur, foutu caractère, repenti et désenchanté pour ce qui est de sa vie d’homme. Un roman à vous filer … le blues.

C’est la vieille histoire d’un gosse lâché assez jeune par un père joueur et petit trafiquant, mais aussi guitariste à ses heures. On est au début du 20e siècle, dans un coin isolé du delta du Mississipi, près de Bentonia. Le topo d’alors, c’est encore les plantations et les «nègres », ça rigole pas. Le gamin est a l’abri avec sa mère, cantinière dans une plantation. Mais il apprend vite à se débrouiller seul et à tailler la route. Des petits jobs sur place, puis il trace jusqu’à Memphis, passera aussi par l’Illinois et l’Arkansas. Dans le film de Wenders (« Martin Scorcese presents: The Blues »), on rappelle opportunément que Skip : celui qui ne tient pas en place, est un sobriquet qu’il n’a pas volé! Des embauches de saisonnier agricole, d’ouvrier en scierie. D’autres jobs, moins reluisants, dans des juke-joints, sortes de bastringues, voire même dans des maisons de passe, mêlant des prestations de musicien professionnel, le jeu et les paris, les trafics, .. Il se dit même qu’il n’était pas avare du coup de feu dans les rixes. Jusque-là, il ne cesse de jouer et de s’améliorer au gré des rencontres, jusqu’aux enregistrements mythiques de 1930-31 (on y revient). Il va surfer un peu plus d’un an sur un petit succès discographique avant de tout planter, amer.

Faut dire que l’époque n’est pas triste: le Dust Bowl (la grande sécheresse) a ruiné des milliers de paysans et jeté sur les routes des populations désespérées. Le krach de Wall street et la Dépression finissent de boucher l’horizon. Lisez ou relisez Steinbeck (Les raisins de la colère, Des souris et des hommes) pour palper l’ambiance de la route, la détresse quotidienne. Sans oublier ségrégation et lynchages: il y en a encore pour trente bonnes années! No future.

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Skip retrouve son père, repenti de la débauche , et le suit aussi sec dans la quête de la rédemption en se tournant vers Jesus. On range la guitare, on claque le piano. On bosse et on prie. Silence radio complet pendant trente ans, jusqu’au bref revival à partir de 1964, le passage au Festival de Newport et les reprises par les groupes anglais. Conscient, comme ses autres collègues « ressuscités », que l’engouement de jeunes universitaires blancs fous de folk authentique peut tourner au cirque (certains les traitent parfois comme des reliques!), cela ne l’affecte pas outre mesure, et il empoche le chèque comme un juste retour des choses. Dame! Quelques milliers de dollars qui arriveront juste à temps pour payer les frais d’hôpital et les obsèques: Skip meurt d’un cancer en 1969. Rideau.

Triste vie? Bon, ‘chacun sa vie’ – c’est d’accord, sauf que celle de Skip est tout le temps mêlée à la musique; que cette vie alimente sa musique. Dans le temps des apprentissages, il y a les rencontres avec les musiciens de balloche, des fanfares, ceux qui viennent jouer dans les plantations; c’est de la musique de divertissement, pas mal pour apprendre la technique de la guitare. Le piano, autre instrument de prédilection de Skip James, ce sera à l’école. Un gars va compter, Henry Stuckey, copain d’enfance qui fréquentera des musiciens Hawaiens en France durant la première guerre mondiale et en rapportera des accords de guitare particuliers, auxquels il va initier Skip. Lorsque la route et les embauches le fixeront pour un temps dans le milieu des bastringues, Skip va cachetonner comme pianiste – en profiter pour s’initier au boogie-woogie avec un drôle d’oiseau mais excellent pianiste: Will Crabtree, tourner dans les juke joints du Delta, et finira par auditionner pour H.C. Speir, ‘découvreur’ de Charley Patton entre autres talents.

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Dès 1925, l’industrie du disque de Blues trouve en effet une alternative intéressante (en terme de marché!) en suivant les musiciens ruraux que leur renseignent les commerçants locaux (lesquels stockent et vendent les disques de ces compagnies). Ces enregistrements sont un gros succès local mais également parmi les migrants noirs montés vers le nord et Chicago en particulier. Les compagnies de disque mettent alors le paquet pour dénicher ces talents locaux, en lançant des ‘talent scouts’ dans tout le Delta, utilisant entre autres les radios locales pour réaliser les enregistrements (voir le film ‘O’Brother‘ des frères Coen). Skip James sera ainsi dirigé vers les studios de la Paramount, à Grafton, Wisconsin, pour enregistrer sa session mythique guitare/voix et piano/voix (voir l’édition remasterisée des 18 titres chez Yazoo Records – 2009).

Cette session a été consacrée ‘mythique’ par Skip James lui-même, convaincu de sa qualité intemporelle et supérieure à toute transposition ou adaptation qui pourra en être proposée par la suite, qu’il s’agisse des reprises par les groupes anglais des années ’60, Clapton et Cream, ou de l’électrification des guitares et le ‘Blues à danser’ qui a tenté nombre de ses collègues pressés d’oublier les évocations douloureuses des années de persécution associées aux versions acoustiques d’origine. Lui-même n’a jamais dévié de son interprétation originale des années ’30. Un dur de dur.

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Deux mots sur le style Skip James. C’est le style du Delta, bien entendu, considéré comme le berceau du Blues. On y rattache les fameux Charlie Patton, Robert Johnson, Son House, Bukka White ou encore Big Joe Williams. Socialement, dans les 30 premières années du 20e siècle, époque de la ségrégation et du racisme, les Noirs qui forment la majorité de la population vivent un état d’isolement prononcé qui favorise la création d’une culture très affirmée. Le Blues qui s’y est développé retient ainsi une très forte prédominance de l’influence africaine: peu de mélodie mais un rythme syncopé et lancinant, des riffs répétitifs, un chant véhément et tendu, souvent récitatif avec des effets de falsetto (voix de tête). La guitare est utilisée en accord ouvert de sol ou de ré: les cordes sont accordées de façon à produire à vide un accord parfait. Autre caractéristique: peu de lignes directrices dans les versets des chansons, mais plutôt des métaphores à double-sens qui finissent par créer une atmosphère poétique, évocatrice. On y raconte peu d’histoires. On préfère, par le rythme et les incantations, trouver et proposer un exutoire aux tourments personnels ou à ceux de la communauté.

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On attribue à Skip James la paternité d’un micro-style très particulier: le Bentonia style, guitare accordée en mineur, voix très haut perchée, répertoire extrêmement sombre, d’où se détache l’impressionnant Hard times killing floor blues, devenu l’archétype du Blues sur la Dépression de 1929 (tiré de G.Herzhaft – ‘Le Blues’).

Le Blues offre donc ce paradoxe si simple et qui se confond avec la vie: une succession de souffrances et d’extases. Au cœur des chansons de Blues les plus tristes, les plus tragiques, vous sentez la vie revenir en vous, plus forte que jamais. C’est la force du blues, son miracle (D.Ritz in ‘Le Blues est dans le sang’).

Pourquoi le Blues, pourquoi Skip James? Je ne sais pas. C’est un mystère.
C’est Skip James.

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Le maître:

 

 

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