Suite Ravel, par Woeste et Keberle à Antony : Tissu de résonances, un siècle plus tard.

Ce samedi 25 novembre 2017 à Antony, le concert des jazzmen Frank WOESTE et Ryan KEBERLE  va être l’occasion inédite d’inscrire dans le même set leur nouvel album Reverso – Suite Ravel (chroniqué ici) et l’œuvre originale du maître: Le Tombeau de Couperin, qui les a inspiré.  Zéro pédagogie.  Simple juxtaposition de matières qui va lever de lui-même le voile sur le dialogue fécond entre Maurice Ravel, le dernier des musiciens classé classique, auteur du célébrissime Boléro, et ce que ses inventions ont semé dans la tête de jazzmen du 21e siècle.

photo © Pauline Penicaud

Le concert alternera les mouvements de l’œuvre originale, donnée au piano par Clément Lefebvre, avec pour chacun leur miroir inspiré pour le projet Reverso par le quartet Jazz (Frank Woeste – piano, Ryan Keberle – trombone, Vincent Courtois – violoncelle, Greg Hutchinson – batterie, percussions).  Une rare filiation esthétique, livrée dans sa continuité.

Frank Woeste, ce n’est pas la première fois qu’on le chronique ici en pianiste de jazz  aussi doué en sideman ou arrangeur pour les autres que pour lancer de somptueux projets.  Mais voilà, depuis notre dernière conversation, il a semé quelque chose qui trotte en tête, et qui vient toucher à l’idée qu’on peut se faire de la matière première de la création artistique, toutes disciplines confondues.  Un petit livre de David Sanson consacré à Ravel  (Actes Sud – Classica)  nous a même offert quelques citations de Ravel lui-même qui viennent étayer ce que les musiciens Frank Woeste et Ryan Keberle ont mis en œuvre à l’instinct.

La parlotte est détendue à Odyssud -Blagnac où Frank est venu en octobre dernier assurer les claviers pour la diva YOUN SUN NAH.  Il parle de la fascination visionnaire de Ravel pour le jazz , ses inventions rythmiques et harmoniques, son écriture libre et ouverte, et la part belle faite à l’improvisation.

L’improvisation existait déjà avant le jazz, rappelle Frank. JS Bach, qui fut organiste, l’inscrivait dans ses compositions pour la liturgie.  Il fallait bien meubler pour couvrir les aléas dans le déroulement de la messe!

Lui et Ryan se sentent-ils des pionniers absolus dans leurs compositions, sans héritages aucun?

Certainement pas!  Tout fonctionne toujours par fécondations, inspirations successives.  Ça a fonctionné pour Ravel, et ça le refait pour nous, qui avons construit nos mouvements dans cette Suite Baroque revisitée à partir de ferments de l’œuvre originale: une suite harmonique, un élément rythmique, une mélodie… que nous avons développés dans notre écriture propre.

Comment alors fonctionnent ces artistes?  Si on lit Ravel lui-même, il n’y a pas de comment, ni de pourquoi:

Musicien: pas un professionnel, diable! Créateur ou dilettante; être sensible au rythme, à la mélodie, à l’harmonie, et à l’atmosphère qui créent les sons.  Frissonner à l’enchaînement de deux accords, comme au rapport de deux couleurs.  La matière: cela importe d’abord, dans tous les arts.  Le reste en découle.
(« Impressions », sur Chopin – 1909)

Cette liberté de ressentir, de chercher à l’instinct, Frank Woeste non seulement la revendique pour son écriture mais la recommande comme attitude pour explorer la musique selon sa propre sensibilité:

Je suis issu de formation classique, rappelle Frank, ce qui ne m’empêchait pas d’écouter autre chose dans ma jeunesse.  C’est le jazz fusion qui m’a attiré en premier.  Puis ça m’a intéressé de découvrir ce que tel musicien qui me branchait avait fait avant, ce qu’il écoutait dans sa jeunesse à lui, de voir ses influences, son parcours, … Je suis remonté comme ça à Bill Evans, au Cool et à Miles, au be-Bop,…

La parole à David Sanson, pour conclure:

Les plus grands artistes et les plus grandes œuvres se reconnaissent notamment parce qu’ils savent secréter en chaque être un système d’échos, un tissu de résonance propres qui, à notre insu, agissent à la manière d’un miroir et, finalement, d’un révélateur.  Certaines œuvres, certaines musiques nous accompagnent qui semblent n’avoir d’autre effet que de nous permettre de mieux entendre le monde. (…)  La musique de Ravel fait partie de ce trésor, de ce patrimoine inestimable (…).  Pénétrante et sereine, la musique de Ravel, entre autres bienfaits, enseigne l’art du compagnonnage.  Qu’ils soient cinéastes ou écrivains, comédiens ou interprètes, compositeurs ou plasticiens, la plupart de ceux que nous avons pu interroger (…) ont eu des mots qui ne trompent pas pour évoquer l’entêtante et vertueuse alchimie à l’œuvre chez Ravel.  A leur manière, eux-même prolongent sa musique en la faisant vivre à travers eux, en faisant fructifier ce qu’elle a à nous apprendre.

Concert à Antony (région parisienne) le 25/11/2017, organisé dans le cadre du Festival Place au Jazz (cliquez sur la date et accédez à la billetterie en ligne) ou encore ici
ou réservez par tel à l’Espace Vasarely au 01 40 96 68 57

Cet article, publié dans All that Jazz, Musique (blog), est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire