Dans le Delta du Rio Loco (chercher l’or fin)

Lorsqu’un festival de l’envergure de Rio Loco consacre 100% de sa programmation à des artistes féminines, c’est en soi un acte militant remarquable, conforté cette année encore par une belle fréquentation du public.  Une thématique aussi affirmative que « La Voix des femmes » peut s’illustrer de mille façons.  Heureusement, la programmation éclectique de cette édition 2019  a permis de s’en convaincre, parfois à l’écart, dans les petits bras du fleuve.

Bruno Galeone & Maria Mazzotta photo© Giulio Rugge

Par les temps qui courent, il faut saluer la constance du Festival Rio Loco sur sa ligne éditoriale, sa programmation ouverte, et la célébration des cultures du monde, qui forgent son image de festival engagé.  Bien sûr, un gros festival situé au cœur de la ville (étudiante) et programmé au début de l’été n’attire pas que des militants !  Et tant mieux pour l’équilibre financier de la manifestation. C’est aussi un trait de l’époque, saturée de concepts bien-être, de challenges drivés par la pube, de « places-to-be » vantés par une presse branchouille, que de se construire des expériences à checker d’un selfie plutôt qu’à ressentir.  Des mondes coexistent, c’est comme ça.

On retiendra ce qu’on veut d’un festival, on trouvera ce qu’on cherche – ou ce qu’on nous suggère de chercher ?  Ainsi le fêtard tamisera du kif côté sound-systems, d’autres viendront valider le gros son dont les femmes sont aussi capables que les hommes (ha bon c’était ça l’idée ?), voir si la miss incarne vraiment les divas jazz du passé, recevoir le message punchy d’une femme « puissante », ou conforter le story-telling intime d’une autre…

Mais des fois ça ne colle pas.  Sono mondiale, girl-power, postures sophistiquées, et incantations formatées, ça ne fait pas toujours une œuvre sincère et touchante pour autant.  Câblé comme ça, c’est forcé qu’on vive un festival autrement, à dériver entre toutes les scènes, à tamiser la musique et les sensibilités, au seul risque de trouver quelques pépites.

Comme, par exemple, la puissance organique de Maria Mazzotta.  Rien à voir avec son énergie qu’il serait cliché de réduire à ses interprétations de pizzicas ou de tarentelles.  La puissance de Maria, ce sont un tempérament et un répertoire enracinés dans les traditions pour dire des choses ultra-contemporaines sur la condition et les richesses des femmes.  Maria chante, et tout est dit.  Parfois sans battage médiatique, comme ici en duo avec Bruno Galeone, à la médiathèque Empalot / Toulouse, dans une décentralisation emblématique qui est tout à l’honneur du Festival.

Ou la maturité rayonnante de Kate Tempest.  Son regard bleu dont la douceur témoigne de mille vies et dit la fragilité, l’espoir de la nôtre avec une fraîcheur bouleversante.  On entend Shakespeare jeune dans la scansion de cette fine dramaturge qui a su habiller son show d’une ligne claviers-machines digne de la haute-couture.  Tout était subtil dans ce concert augmenté.

photo P.David

Comme la bravoure de Moonlight Benjamin, jamais déviée de son combat de femme Haïtienne – et c’est pas du blabla.  Comme tant d’autres belles artistes, ces femmes dont Angélique Kidjo rappelait le rôle essentiel dans la société africaine, où la culture tient par ailleurs une place prépondérante.

L’Afrique sera la thématique du Festival Rio Loco 2020.

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