(Tunisie 1979)
J’ai longtemps observé ce gamin totalement absorbé par le rinçage de son balai. Certes le filet d’eau est mince mais il est resté de si longues minutes parfaitement immobile, sans déplacer ni faire tourner son balai, que l’affaire a sans doute tourné à la contemplation méditative. Bruit cristallin de l’eau, tourbillons de vent qui soulèvent la poussière, et puis le clac de mon déclenchement (qui ne l’a pas perturbé).
Je n’aborderai pas le sujet de la méditation, auxiliaire reconnu de la médecine et produit très prisé sur le grand marché du bien-être. Aujourd’hui dégagés d’un agenda autrefois (!) plus rythmé, nous sommes plusieurs à surprendre notre regard neuf sur des petits gestes du quotidien – répétés faute d’alternatives distrayantes, ou à contempler tel ou tel élément de notre cadre de vie, à regarder par la fenêtre les yeux dans le vide, jusqu’à cette forme d’abstraction méditative. Dans l’idée, allez voir les travaux de collègues photographes dont le regard de poète (Lau de Mels ou Mariaozk), regard de portraitiste (Patrick Betbeder), regard de journaliste (France Keyser) soulignent ces traces avec sensibilité.
Le négatif de ma photo du gamin au balai a souffert de l’humidité et des moisissures dans un carton trimbalé au fil de ma vie nomade. Scanné récemment à très haute définition, il a révélé craquelures et filaments en grand nombre. Je renonce évidemment aux journées de retouche requises, mais je saisis l’occasion de valoriser cet aspect vieille toile de peintre pour illustrer mon titre-clin d’œil La méditation à travers les âges ;-))

touchée…par cette image,ce jeune garçon en méditation, celle de l’enfance, capable de s’oublier dans un filet d’eau