Carnet de photographie (11)

Peu importe l’année et l’endroit. A l’évidence c’est l’été à la plage, pourtant ce qui interpelle c’est la posture pas vraiment je-bronze-à-Benidorm de la fille allongée.

Nous étions partis en voyage pour tenter de donner un peu d’air à une relation qui commençait à s’essouffler. Vadrouilles sac sur le dos, hors des circuits, petites auberges ou nuits à la belle, … tout ce qui nous allait si bien depuis longtemps ne parvenait pas à faire refluer chez l’un et chez l’autre des épisodes de mélancolie. Je peux donc témoigner que ce n’est pas l’image d’une sieste réparatrice. La serviette autant que la posture de repli figurent à mes yeux un espace personnel nécessaire, un petit territoire isolé dont les frontières ne sont contigües à aucun autre.

Aujourd’hui cette photo m’évoque (un peu) le confinement qu’on nous impose comme pis-aller. Ou plutôt, dans un registre plus personnel, la confusion dans laquelle cette quarantaine – et sa raison – plonge certains d’entre nous.
Je ne parle pas de ceux qui, essentiellement frustrés de tant de privations matérielles, se préparent une orgie de consommation compensatrice.
Je pense à ceux pour qui cette période ouvre sur une prise de conscience aigüe des conséquences dévastatrices du modèle économique néo-libéral dominant sur le vivant. Ceux-là passent nécessairement par une étape de sidération, d’extrême confusion, et sont saisis d’un questionnement vertigineux: quoi faire? quoi faire pour restaurer le vivant dans sa globalité, avec l’humain à sa juste place?

A cette époque, mon amie se levait tôt pour peindre, et à dater de ces jours, elle y a consacré de plus en plus de temps. Elle a fini par s’installer aux USA et y vit depuis de son art. Loin de moi l’idée de poser cette histoire particulière en panacée comme réponse artistique à toutes les crises, ce serait trop simple.
Mais dans toute crise, il y a un nœud à dénouer.

photo ©pierreDavid

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