(1976)
Celle-ci date du moment où on bascule de l’Instamatic-à-souvenirs pour s’intéresser à la photographie. En curieux d’abord, puis on commence à regarder différemment, on cadre, on guette le fameux « instant décisif » selon la théorie d’Henri Cartier-Bresson. Et un beau jour arrive un de ces encouragements qui confirme l’instinct (j’ai pas envie d’appeler ça la chance du débutant).
Je suis en voiture, arrêté à un carrefour, l’appareil sur le siège à côté. Au feu vert, la voiture devant moi ne démarre pas de suite, mais la file d’en face s’avance lentement. Cette voiture passe à ma hauteur, marque 1 ou 2 secondes d’arrêt puis redémarre – c’est là que mon bras part tout seul et que je me retrouve à déclencher après une mise au point à la volée (inch allah les autres réglages en mode full manuel!).
Je n’étais pas à l’affût. Je n’ai pas choisi l’instant décisif. J’allais presque dire que je n’y suis pour rien! Un ami photographe m’a dit Non, t’étais prêt, c’est un bonus.
C’est à ce jour mon portrait le plus abouti: instantané fugitif, expression de ces éclats de vie qui nous sautent au visage et enrichissent notre bibliothèque émotionnelle.
Je « relis » cette gamine comme le passage d’un papillon dans le vent de sa vie qui se lève et l’emporte …
Mais voilà que je me raconte encore des histoires. Comme dit si bien l’immense cinéaste Andreï Tarkovski:
L’image n’est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur mais tout un monde miroité dans une goutte d’eau.
