Dans l’ether de KANAL

Images de l’usine Citroën désaffectée avant sa reconversion pour abriter la Fondation KANAL-Centre Pompidou dédiée à l’art contemporain

©RLICC-IPW3-Studio Citroën

[Bruxelles, place de l’Yser, février 2018]
Il y a un mois à peine, l’immense bâtiment de béton, d’acier et de verre qui me fait face était encore une usine Citroën. Édifiée dans les années ’30 dans un style qui entend correspondre à l’esprit moderniste de l’époque, elle sera, pendant une longue période, la plus grande d’Europe. Au déménagement de l’usine hors-les-murs, la Région de Bruxelles-Capitale acquiert le bâtiment afin d’y développer un pôle culturel d’envergure internationale: la Fondation KANAL-Centre Pompidou dédiée à l’art contemporain. En 2018/2019, le site a ouvert avec une programmation exceptionnelle pour une année de préfiguration, avant d’entamer de lourds travaux de reconversion pour une ouverture définitive fin 2022/début 2023.

photo©pierre_david

En février 2018, l’usine vient juste d’être vidée et les travaux provisoires pour l’ouverture en juin de l’année de préfiguration n’ont pas encore débuté. A ce moment d’équilibre, j’ai la chance d’être introduit dans les lieux par Jennifer Beauloye, Collections & Research Manager, pour une déambulation libre de plusieurs heures.

Jennifer Beauloye, Collections & Research Manager @KANAL-Centre Pompidou – photo©pierre_david

Ce n’est plus une usine, ce n’est pas encore un musée; seul le bâtiment peut revendiquer son statut de roi nu, ou plutôt de palais dépouilléé. Mais il flotte dans l’air un ether dont les volutes embrument un regard qui ne peut demeurer strictement documentaire, distillent la vision hybride d’un lieu qui existe au même instant dans sa fonction industrielle et dans l’épure de sa reconversion culturelle; une ambivalence nébuleuse et féconde pour la pensée du visiteur.

photo©pierre_david

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Le plus extraordinaire est que les éléments de ce précipité hallucinatoire, encore dans le jus de leur fonction industrielle, sont déjà identifiables dans l’écriture muséographique moderne de l’aménagement futur.

 

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Mes images ont tenté de capturer un peu du souffle de cet esprit du lieu. Ici résonnait l’écho de voix fortes dans le bruit des machines et le rugissement des moteurs, les rires et les colères dans les vestiaires; une bande-son ambient et le bruissement de conversations feutrées lui succèderont sans doute. Ses courants d’air brassaient l’odeur du carburant, de la graisse, de la peinture des carrossiers, la sueur des journées; bientôt la clim aseptisée et les effluves de cuisine d’un bistrot gourmand. Depuis que l’atelier s’est vidé de ses outils, avant le nettoyage, le public, et les travaux à venir, à ce moment précis j’ai cherché quelques des traces.

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La reconversion est le lot de certains bâtiments industriels parce qu’ils sont remarquables.
L’usine Citroën/Yser a cette chance.
Mais des gars ont bossé dur ici, puis sont partis.  Leurs traces et le vide qu’ils ont laissé auront peut-être impressionné et inspiré les architectes et designers de la transformation.  Pour le savoir, rendez-vous à l’ouverture!

photo©photo_veerle_vercauteren

 

kanal.brussels/fr

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