Dans son propre rêve et avant même de connaître son existence, A. me la décrit avec des bijoux dans les yeux.
Que peut-on lire dans les yeux d’Hengameh quand elle débarque d’Iran, jeune ado, pour étudier en Belgique ? La niaque. Certainement pas encore qu’elle accompagnera, produira ou vendra à l’international les films de ces cinéastes-auteurs qu’elle aura su repérer. Point de cauchemars dans son dream-catcher : un ours, un lion, et une palme d’or.
Mais plus tôt, avant de courir le monde, de négocier sur les plus grands marchés, et avant que son avis de décès inonde l’autre jour les publications professionnelles, d’Hollywood à Tokyo, avant tout ça, au temps des premières armes à Bruxelles, le bureau est dans son entresol, lumière allumée toutes les nuits, et la petite imprimante à jet d’encre crache les feuilles du catalogue.
Pour sa première participation au marché du film à Cannes, elle remplit un fourgon avec son canapé et la table basse du salon pour habiller le stand. Un studio pour six dans la périphérie de Cannes, et ses sœurs qui rappliquent pour aider à plier les flyers et aller acheter les sandwiches.
A l’époque, la production du documentaire sur Charlie Parker se montait et Hengameh avait dégotté un tuyau pour tenter d’arranger une interview avec Miles Davis. « On a ce numéro aux USA pour l’appeler ce soir ; il en change tous les jours. » Sonnerie – répondeur : court solo de trompette – beep « Good evening Mr Davis, I’m Hengameh Panahi .. » etc.. Elle raccroche, les yeux allumés comme jamais « On verra bien ! »
Tous ceux qui l’ont connue parlent d’abord de son sourire.
Ses bijoux dans les yeux.
La nouvelle étoile dans le ciel, c’est elle.
Hengameh Panahi, the dream-catcher
Without even knowing her existence, A. tells me she saw her in a dream with jewels in her eyes.
What can be read in young Hengameh’s eyes when she arrives from Iran to study in Belgium? A kind of get-up-and-go . Certainly not yet that she will support, produce or sell internationally the films of these filmmakers-authors that she’s been able to spot.
No nightmares in her dream-catcher: a bear, a lion, and a palme d’or .
But earlier, before running the world, negotiating on the major markets, and before her obituary floods the professional magazines the other day, from Holywood to Tokyo, before all that fame, in the time of first experiences in Brussels, the office light in her mezzanine is on every night, and the small inkjet printer spits the catalog sheets.
For her first participation in the Cannes film market – MIP , she fills a van with her own sofa and coffee table to dress the stand; a studio for six is hired on the outskirts of Cannes, and her sisters come to help fold the flyers and fetch the sandwiches.
In these days the production of Bird Now (*) was going up and Hengameh had managed to try and arrange an interview with Miles Davis about Charlie Parker. “We have this number in the US to call him tonight; he changes it every day.” Ringer – answerphone: short trumpet solo – beep « Good evening Mr Davis, I’m Hengameh Panahi .. » etc.. She hangs up, eyes lit like never «We’ll see!»
Everyone who knew her first talk about her smile.
Her jewels in the eyes.
She’s the new star in the sky.

Cher Pierre
Merci pour ce touchant et bel hommage à Hengameh , ma petite sœur de cœur depuis plus de 55 ans. Le portrait est magnifique.
Grand réconfort à nous voir aussi nombreux à l’unisson dans l’énergie et la douceur inspirées par Hengameh.